Comprendre les pathologies rétiniennes : Focus sur la membrane épirétinienne et les urgences oculaires

La rétine est la fine couche de tissu nerveux qui tapisse le fond de l’œil, jouant un rôle crucial dans la transformation de l’information lumineuse en information électrique qui sera ensuite envoyée au cerveau via le nerf optique. C’est une membrane d’environ 0,2 mm d’épaisseur qui tapisse les deux tiers postérieurs du globe oculaire. Elle est composée de deux feuillets, un externe et un interne. Le feuillet interne ou neuroépithélium est tapissé de cellules nommées photorécepteurs (cônes et bâtonnets) qui permettent de capter la lumière et les couleurs. La macula, zone centrale de la rétine, est responsable de la vision fine, des détails et des couleurs (lecture, conduite, reconnaissance des visages). Elle mesure 5,5 mm de diamètre au centre de la rétine. En son centre, la fovéa (1,5 mm de diamètre) est la zone d’acuité visuelle maximale. Le vitré est le gel transparent qui remplit la cavité postérieure de l’œil entre le cristallin et la rétine. La choroïde, située sous la rétine, est une couche très vascularisée qui apporte oxygène et nutriments aux photorécepteurs. Les pathologies rétiniennes constituent un enjeu majeur de santé visuelle, dont le pronostic est directement lié au délai de prise en charge.

La membrane épirétinienne : causes et mécanismes

La membrane épirétinienne (MER), aussi appelée épimaculaire ou prémaculaire, est une pathologie fréquente liée au vieillissement dans la majorité des cas. Elle est présente chez environ 10 % des sujets âgés de plus de 70 ans et constitue le premier motif de chirurgie vitréo-rétinienne. La membrane épirétinienne est une prolifération cellulaire bénigne, d’évolution lente, indolore et autolimitée. Elle correspond à la pousse d’une fine couche de cellules sur le centre de la rétine, formant un fin voile transparent à la surface de la macula. Cette membrane se développe avec l’âge et le vieillissement des cellules rétiniennes dans plus de 80 % des cas.

Le phénomène de décollement postérieur du vitré est le principal facteur de risque de membrane épirétinienne. Avec l’âge, le vitré commence à vieillir, à se liquéfier et à se détacher de la rétine. En général, le vitré se décolle sans problème, mais dans certains cas, il favorise la prolifération anormale de cellules de la rétine. Dans 20 % des cas, cette membrane peut survenir chez des personnes plus jeunes, liée à une autre cause comme un décollement de rétine opéré, des rétinopathies vasculaires (occlusion veineuse rétinienne, rétinopathie diabétique) ou inflammatoires (uvéites, tumeurs).

Symptômes et diagnostic de la membrane épirétinienne

La membrane épirétinienne se manifeste le plus souvent par une vision déformée (les lignes droites verticales ou horizontales apparaissent courbes, ce sont les « métamorphopsies »), une baisse visuelle ou un flou visuel le plus souvent de près, plus rarement d’une vision double. Elle peut également entraîner une micropsie ou macropsie (vision trop petite ou trop grande). Il est important de noter que cette gêne ne s’accompagne d’aucune douleur. Les membranes épirétiniennes apparaissent le plus souvent lentement, et la première phase de développement est asymptomatique.

Pour le diagnostic, l’ophtalmologiste réalise un examen du fond d’œil, où la membrane est visible au niveau de la macula sous l’aspect d’un voile transparent recouvrant la rétine, avec parfois une déformation des vaisseaux dans cette zone. L’examen de référence est la tomographie par cohérence optique (OCT). En OCT, la membrane est visible sous forme d’une ligne hyperréflective, située à la surface de la rétine. Il existe dans la plupart des cas un aspect convexe de la rétine centrale avec un effacement de la dépression fovéolaire, qui est plus ou moins irrégulier en fonction de l’importance du plissement. L’indication à un traitement dépend du retentissement visuel de la membrane, des plaintes du patient et de l’analyse OCT.

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Traitement chirurgical et suivi

Les membranes épirétiniennes sont souvent peu évolutives : 80 à 90 % des personnes ont une acuité visuelle inchangée au bout de 3 ans. L’abstention thérapeutique est le seul traitement naturel d’une membrane épirétinienne. Cependant, lorsque la membrane est symptomatique (c’est-à-dire associée à une baisse de vision et des métamorphopsies), l’unique solution consiste à opérer l’œil pour enlever cette membrane.

L’intervention se déroule au bloc opératoire sous microscope, sous anesthésie locorégionale. Elle est réalisée grâce à des instruments de microchirurgie. Le but de la chirurgie est d’enlever la membrane qui déforme la macula. L’opération consiste à aspirer le vitré (c’est l’étape de la vitrectomie), puis à enlever la membrane en la « pelant » à l’aide d’une petite pince, parfois après coloration pour mieux la visualiser. Avant la chirurgie, il est nécessaire de rencontrer l’anesthésiste. Le patient doit être à jeun. La durée de cette opération est d’environ une heure. En fin d’intervention, une pommade antibiotique et anti-inflammatoire est appliquée. Il est probable que la vision s’améliore lentement en 1 à 3 mois. La récupération visuelle est lente après une opération de membrane épirétinienne.

Le décollement de rétine : une urgence absolue

Le décollement de rétine est une maladie ophtalmique rare, mais grave, à l’origine de troubles de la vision affectant un seul œil. Il survient chez 10 000 à 15 000 personnes chaque année en France. La rétine se détache de l’épithélium pigmentaire sous-jacent, perdant sa source de nutriments et d’oxygène. Dans 99 % des cas, une déchirure de la rétine est responsable de l’entrée de liquide intraoculaire entre le neuroépithélium et l’épithélium pigmentaire. Le décollement postérieur du vitré, phénomène physiologique du vieillissement, peut entraîner une déchirure rétinienne, précurseur du décollement.

Les symptômes d’alerte sont l’apparition brutale de corps flottants nombreux, d’éclairs lumineux (phosphènes), suivis d’un voile noir progressif dans le champ visuel qui s’agrandit. L’apparition d’un décollement de rétine est le plus souvent soudain et indolore. Une consultation ophtalmologique en urgence, sous 24 à 48 heures, est impérative. Plus le décollement progresse vers la macula, plus le risque de séquelles visuelles définitives est important. La chirurgie constitue l’unique recours envisageable. La vitrectomie est la technique chirurgicale la plus utilisée : elle consiste à retirer le corps vitré qui exerce une traction sur la rétine afin d’obtenir une cicatrisation des berges de la déchirure. Une autre technique, la cryo-indentation, permet d’obtenir une cicatrisation de la déchirure sans pénétrer chirurgicalement dans l’œil.

Autres pathologies rétiniennes majeures

La DMLA (Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge) est la première cause de malvoyance après 50 ans en France, touchant environ 1,5 million de personnes. Elle correspond à un vieillissement anormal de la macula. On distingue la forme sèche (80-85 % des cas), caractérisée par une atrophie progressive, et la forme humide (15-20 % des cas), caractérisée par la pousse de néovaisseaux choroïdiens anormaux provoquant un œdème maculaire. La forme humide est traitée par injections intravitréennes d’anti-VEGF.

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La rétinopathie diabétique touche 30 à 40 % des 4 millions de diabétiques français et constitue la première cause de cécité chez les actifs. Le diabète chronique altère les capillaires rétiniens, provoquant micro-anévrismes, exsudats et hémorragies. Le dépistage par fond d’œil annuel est obligatoire chez tout diabétique. D’autres pathologies incluent l’occlusion de la veine centrale de la rétine (OVCR), l’occlusion de l’artère centrale de la rétine (OACR) - urgence absolue - et le trou maculaire, un défect anatomique de pleine épaisseur au centre de la fovéa nécessitant une vitrectomie avec positionnement face vers le sol.

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