Le Voile Rouge à Libreville : Histoire et Enjeux

Libreville, capitale du Gabon, est une ville où tradition et modernité se rencontrent. Située sur la rive droite de l'estuaire du Komo, elle offre un paysage urbain unique avec ses plages de sable blanc, ses avenues modernes et ses bâtiments à l'architecture contemporaine. Au-delà de son dynamisme économique et de ses attraits touristiques, Libreville est aussi le théâtre d'histoires complexes, où se croisent influences politiques, économiques et réseaux d'influence. L'une de ces histoires, méconnue du grand public, est celle du "Voile Rouge", une métaphore désignant un certain milieu d'affaires et de pouvoir, où des figures comme Michel Tomi et des réseaux corses ont joué un rôle significatif.

L'univers des jeux à Libreville

Au cœur de Libreville, l'industrie des jeux d'argent est un microcosme fascinant. Au premier étage d'un bâtiment discret, un casino abrite un monde à part. Derrière une porte gardée par un vigile, les machines à sous et les tables de jeux attirent une clientèle variée. Parmi les employés, une communauté se distingue, un groupe de Corses qui se connaissent depuis l'enfance et qui, en privé, parlent leur langue natale.

Ce casino, à deux pas du Pari mutuel urbain gabonais (PMUG), est l'un des points d'ancrage de Michel Tomi, souvent présenté comme "l'empereur des jeux" en Afrique centrale. Bien que son influence semble avoir diminué avec le temps, son groupe Kabi reste un acteur important du secteur.

Racines corses en Afrique : Une longue histoire

L'histoire des Corses en Afrique est une saga qui remonte à l'époque coloniale. Confrontés à un environnement économique difficile sur leur île natale, de nombreux Corses ont émigré vers le continent africain en quête de meilleures opportunités. Entre 1900 et 1950, la Corse a perdu 40 % de sa population. Ils sont devenus marins, fonctionnaires, policiers, et se sont engagés dans l'armée. Au fil du temps, certains se sont établis dans les colonies, ouvrant des commerces, des bars, et parfois s'impliquant dans des activités moins avouables.

C'est ainsi qu'est né le "réseau corse", un ensemble de relations et d'influences qui s'est étendu à travers le continent. Après les indépendances, beaucoup ont choisi de rester, s'intégrant aux nouvelles administrations ou se mettant au service des pouvoirs en place. Certains ont même été associés au système mis en place par Jacques Foccart, figure controversée de la politique africaine de la France.

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Figures emblématiques et héritages complexes

Don-Jean Colombani est l'une de ces figures de la transition post-coloniale. Chargé de superviser un référendum au Niger, il est resté dans le pays après sa retraite et a intégré le conseil d'administration d'une société de commercialisation de l'arachide. À une certaine époque, une part importante des cadres techniques du gouvernement nigérien étaient d'origine corse.

Plus tard, la famille Massida a migré d'Indochine vers Djibouti, où elle a créé une entreprise de transit. Bien que Djibouti ne soit jamais devenu un fief corse comme Niamey, une communauté corse y a prospéré, notamment dans les secteurs de la restauration et du divertissement.

Les Feliciaggi sont un autre exemple emblématique de la présence corse en Afrique. Jérôme Feliciaggi a débarqué à Pointe-Noire en 1909, et ses descendants ont tissé des liens étroits avec les élites congolaises, notamment avec Denis Sassou Nguesso. Charles et Robert Feliciaggi sont devenus des acteurs incontournables de la vie économique congolaise, facilitant l'obtention de contrats pour des entreprises françaises.

La "Corsafrique" et ses réseaux d'influence

À partir des années 1970, l'Afrique est redevenue attractive pour les Corses, notamment grâce à l'essor de la "Corsafrique", un réseau d'influence où se mêlaient affaires, politique et relations personnelles. Alex Giannoni, employé de Michel Tomi au Gabon, témoigne de la présence de nombreux Corses dans le pays, occupant des postes clés dans l'administration et les services de renseignement.

L'historien Jean-Pierre Bat souligne que la "Françafrique" a évolué au fil du temps, avec l'émergence de différents réseaux d'influence, notamment ceux liés à Charles Pasqua, homme politique corse proche de Jacques Chirac. Pasqua a cherché à développer une "zone franche financière" à São Tomé-et-Príncipe, impliquant des multinationales, des banques, des chefs d'État africains et des figures de la "Corsafrique".

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André Tarallo, surnommé "le Foccart du pétrole", a été PDG d'Elf-Gabon et a joué un rôle central dans le scandale Elf. Robert Feliciaggi et Michel Tomi faisaient également partie du cercle Pasqua, bénéficiant de relations privilégiées au sein du pouvoir français.

Tomi et Feliciaggi : L'ascension et les controverses

Michel Tomi et Robert Feliciaggi ont connu une ascension fulgurante dans le monde des jeux d'argent en Afrique. Ils ont développé un réseau de casinos et de Fortune's Club dans plusieurs pays, et ont eu l'idée de génie de faire parier les Africains sur les courses hippiques françaises. Leur succès a suscité jalousie et suspicion, notamment en raison de leurs liens étroits avec des chefs d'État africains.

Feliciaggi a noué une amitié particulière avec Denis Sassou Nguesso, tandis que Tomi s'est rapproché d'Omar Bongo Ondimba et d'Ibrahim Boubacar Keïta. Ces relations ont permis aux deux hommes de prospérer, mais les ont également exposés à des critiques et à des enquêtes judiciaires.

Des rapports de police ont fait état de flux financiers transitant par des paradis fiscaux et recyclés en France via la Société d'études pour le développement (SED). Tomi et Feliciaggi ont également été impliqués dans des affaires corses, mêlant politique et criminalité organisée.

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