Le voile islamique non légiféré : Définition et perspectives

La question du voile islamique, ou « hijab », est un sujet de débat complexe et souvent passionnel, tant dans les pays musulmans qu'en Occident. Elle touche à des notions fondamentales telles que la tradition, la modernité, la liberté individuelle, le corps des femmes, les identités culturelles et le vivre-ensemble dans des sociétés multiculturelles. Cet article vise à explorer la définition du voile islamique non légiféré, en s'appuyant sur des sources textuelles et des interprétations diverses, tout en tenant compte des enjeux contemporains.

Le voile : protection et pudeur

Dans la tradition islamique, la femme est considérée comme une « perle précieuse », un trésor d'une valeur inestimable. Le voile est alors perçu comme un moyen de la protéger et de la mettre à l'abri des regards et des intentions malveillantes. Le Coran, dans la sourate Al-Ahzab (33:59), enjoint aux croyantes de « ramener sur elles leurs grands voiles » afin d'être reconnues et d'éviter d'être offensées. Cette injonction est interprétée par certains comme une obligation de se voiler conformément à la Sunna (tradition) du Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui).

Un hadith (parole du Prophète) met en garde contre deux catégories de personnes vouées à l'enfer : ceux qui frappent les gens avec des fouets et les femmes « vêtues mais nues, perverses et incitant à la perversion ». Ce hadith est souvent cité pour souligner l'importance de la pudeur et de la modestie dans l'habillement féminin.

Diversité des formes du voile islamique

Le terme « hijab » recouvre une variété de vêtements portés par les femmes musulmanes à travers le monde. Parmi les plus courants, on peut citer :

  • Le hijab : Un voile qui couvre les cheveux, les oreilles et le cou, ne laissant voir que l'ovale du visage. Il est souvent associé à la confrérie des Frères musulmans.
  • Le tchador : Vêtement traditionnel iranien, une grande pièce de tissu posée sur la tête, maintenue fermée à l'aide des mains, laissant apparaître l'ovale du visage.
  • La burqa : Un long voile qui couvre complètement la tête et le corps, avec un grillage dissimulant les yeux. Il est associé au régime des talibans en Afghanistan.
  • Le niqab : Voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu'une fente pour les yeux, répandu dans les pays arabes sous l'influence de l'islam wahhabite.
  • Le sitar : Un tissu fin qui recouvre même les yeux, parfois ajouté au niqab.
  • Le jilbab : Vêtement unique qui couvre tout le corps, comme une cape que la femme laisse tomber sur sa tête jusqu'à ses pieds. Il peut aussi être en deux pièces.

Conditions du voile islamique

Selon certaines interprétations, le voile islamique doit respecter un certain nombre de conditions pour être considéré comme conforme aux principes de l'islam :

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  1. Être ample et couvrir tout le corps du regard des hommes étrangers (non-mahram).
  2. Ne pas être transparent de façon à ne pas laisser entrevoir la peau.
  3. Ne pas être moulant de façon à ne pas épouser les formes du corps.
  4. Ne pas être parfumé afin de ne pas attirer l'attention des hommes.
  5. Ne pas ressembler aux vêtements des hommes.
  6. Ne pas ressembler aux vêtements des non-musulmanes.
  7. Ne pas être un vêtement de luxe ou de renom dont le but principal est d'attirer l'attention.
  8. Être une protection contre les maux et les méfaits et une preuve de chasteté.

Le voile : un débat sémantique et conceptuel

Asma Lamrabet, dans son analyse du « voile » dit islamique, souligne une distinction importante entre le terme « hijab » et le terme « khimar ». Elle explique que le terme « hijab », qui signifie « rideau », « séparation » ou « cloison », est souvent utilisé à tort pour désigner le foulard recouvrant les cheveux des femmes musulmanes. Selon elle, le terme coranique approprié pour désigner le foulard est « khimar », qui fait référence à l'écharpe que portaient les femmes arabes à l'époque du Prophète.

Le Coran invite les croyantes à rabattre leurs « khumur » (écharpes) sur leur poitrine (« jouyoub ») afin de dissimuler la partie haute de leur buste. Lamrabet soutient que cette injonction vise à encourager la modestie et la pudeur, mais ne prescrit pas un vêtement spécifique ou une forme particulière de voile. Elle critique l'utilisation du terme « hijab » pour désigner le foulard, car elle considère que cela contribue à une interprétation restrictive et essentialiste de l'islam, qui réduit l'identité musulmane à un simple signe vestimentaire.

Le voile : entre obligation religieuse et choix personnel

La question de savoir si le port du voile est une obligation religieuse ou un choix personnel fait l'objet de débats passionnés au sein des communautés musulmanes. Certains considèrent que le voile est une prescription divine claire et obligatoire, tandis que d'autres estiment qu'il s'agit d'une pratique recommandée mais non obligatoire, ou d'une question laissée à la discrétion de chaque individu.

Ceux qui défendent le caractère obligatoire du voile s'appuient sur les versets du Coran et les hadiths qui mentionnent le voile, ainsi que sur l'interprétation des savants et des autorités religieuses. Ils considèrent que le voile est un moyen de se conformer aux commandements d'Allah, de protéger sa pudeur et son honneur, et de se distinguer des non-musulmanes.

Ceux qui défendent le caractère facultatif du voile mettent en avant les arguments suivants :

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  • Les versets du Coran qui mentionnent le voile sont sujets à interprétation et ne prescrivent pas un vêtement spécifique ou une forme particulière de voile.
  • Le voile est une pratique culturelle qui a évolué au fil du temps et qui varie d'une région à l'autre.
  • Le voile peut être un obstacle à l'intégration sociale et professionnelle des femmes musulmanes dans les sociétés occidentales.
  • Le voile peut être utilisé comme un instrument de contrôle et d'oppression des femmes.

Le voile : un enjeu d'identité et de liberté

Au-delà des considérations religieuses, le voile est devenu un enjeu d'identité et de liberté pour de nombreuses femmes musulmanes. Pour certaines, le voile est un symbole de leur identité musulmane, de leur fierté culturelle et de leur résistance à l'assimilation. Pour d'autres, le voile est un choix personnel, une façon d'exprimer leur foi et de se sentir plus proches d'Allah.

Cependant, le port du voile peut également être perçu comme une contrainte ou une forme d'oppression, en particulier lorsqu'il est imposé par la famille, la communauté ou l'État. Dans certains pays, les femmes sont obligées de porter le voile sous peine de sanctions, tandis que dans d'autres, elles sont confrontées à la discrimination et à l'exclusion en raison de leur choix de porter le voile.

Le rôle de la femme dans l'Islam

Il est important de noter que le voile n'est qu'un aspect de la vie des femmes musulmanes. L'islam accorde une grande importance à l'éducation, au travail et à la participation sociale et politique des femmes. De nombreuses femmes musulmanes sont des leaders dans leurs communautés, des professionnelles accomplies et des militantes pour les droits des femmes.

Le Coran et la Sunna contiennent de nombreux exemples de femmes fortes et indépendantes qui ont joué un rôle important dans l'histoire de l'islam. Aicha, l'épouse du Prophète, était une érudite respectée et une source d'inspiration pour de nombreuses générations de musulmans. Khadija, la première épouse du Prophète, était une femme d'affaires prospère et une fervente partisane de l'islam.

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