Le voile juif orthodoxe : Explications et significations

Le voile juif orthodoxe est un sujet complexe et nuancé, ancré dans l'histoire, la tradition et l'interprétation religieuse. Cet article vise à explorer les différentes facettes de cette pratique, en tenant compte des perspectives historiques, religieuses et sociologiques.

Origines et significations du voile

La question de Madeleine sur la signification de la kippa pour les Juifs et les raisons pour lesquelles les femmes n'en portent pas ouvre une fenêtre sur la tradition du couvre-chef dans le judaïsme. Delphine Horvilleur, rabbin et philosophe, explique que la kippa est un symbole de conscience permanente de quelque chose qui nous dépasse, une manière de se souvenir qu'il existe plus grand que nous. Bien que le port de la kippa soit principalement associé aux hommes, rien n'interdit aux femmes d'en porter une, et certaines traditions familiales encouragent même cette pratique.

Le voile, quant à lui, est un symbole ancien, antérieur de plus d'un millénaire au prophète Mohammed. Les lois assyriennes attribuées au roi Téglat Phalazar Ier (vers 1000 av. J.-C.) rendaient le port du voile obligatoire pour les filles, les épouses et les concubines d'hommes libres, ainsi que pour les prostituées sacrées mariées. Ces femmes voilées étaient protégées, tandis que les femmes non voilées (esclaves, prostituées non sacrées ou non mariées) ne bénéficiaient d'aucune protection.

Dans le monde sémitique, la Torah ne fait pas obligation juridique du voile, mais il est clair que les femmes des temps bibliques le portaient. L'exemple de Rebecca se couvrant d'un voile avant de rencontrer Isaac illustre cette pratique.

Le voile dans la tradition juive

Dans la tradition juive, le port du voile est associé à la pudeur et à la modestie. La première source traitant de cet enjeu est le 'Houmach dans Bamidbar 5, qui discute du phénomène d’une femme Sota (femme suspectée d’infidélité). Une Sota est une femme suspectée d'infidélité par son mari. Si, après avoir été découverte avec un autre homme que son mari, la femme reçoit un avertissement de la part de ce dernier et l'ignore, elle peut soit boire des « eaux amères » afin de prouver sa fidélité, soit divorcer. Boire des « eaux amères » inclut une procédure humiliante lors de laquelle la femme en question doit se découvrir la tête en public.

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Le ‘Hatam Sofer va plus loin en disant que « nos ancêtres, en toutes circonstances, ont adopté cette pratique; il s’agit d’un concept halakhique à part entière et qui est obligatoire ». Le mérite que détient une femme qui se couvre la tête en bonne et due forme est colossal. L'histoire de Kim’hite, une femme qui veillait à ce que les murs de sa maison n’aperçoivent jamais ses cheveux, en est un exemple. Elle fut récompensée par sept fils qui furent nommés Kohanim (Grands-Prêtres).

La chevelure d’une femme devient sacrée lorsqu’elle passe sous la ‘Houppa et le statut de cette dernière change. En effet, la raison pour laquelle les cheveux d’une femme doivent être couverts repose sur le fait qu’elle réserve sa chevelure seulement pour son mari et non pour les autres hommes. En se couvrant la tête, la femme affirme qu’elle n’est pas disponible, que la beauté qu’elle possède est exclusive à son mari. Par surcroît, le couvre-chef constitue une barrière psychologique entre une femme et des étrangers. Celle qui se couvre la tête sait pertinemment qu’elle est prise.

Foulard ou perruque : les différentes manières de se couvrir la tête

Il existe deux manières principales pour une femme juive de se couvrir la tête : le foulard et la perruque.

  • Le foulard est la façon la plus traditionnelle de se couvrir la tête, et ce, depuis l’époque de la Guémara. Rav Ovadia Yosef était strictement opposé à la perruque et interdisait fermement son port, puisqu’il jugeait que porter une perruque manquait de modestie.
  • La perruque est beaucoup plus récente. Le Rabbi de Loubavitch a cherché à encourager les femmes à se couvrir la tête, en préconisant le port de la perruque. Il a souligné que l’apparence de la femme lui était très importante, et donc le port de la perruque lui permettrait de se sentir confiante vis-à-vis de son apparence.

Le voile et la modestie

Le voile est souvent perçu comme un symbole de modestie. Les cheveux féminins sont considérés comme un symbole de séduction, et le voile permet de les cacher aux regards des hommes autres que le mari.

Dans une perspective juive, la pudeur n’a rien à voir avec le fait de ne pas être belle. La pudeur est un moyen de créer une intimité. Et c’est ce qu’une perruque effectue. Elle encourage aussi la pudeur (…) pour canaliser cette beauté de sorte qu’elle soit préservée pour là où se trouve sa place : à l’intérieur du mariage. En couvrant ses cheveux, la femme mariée affirme : « Je ne suis pas disponible. Vous pouvez me voir, mais je ne suis pas ouverte au public.

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Le mariage juif et le voile

Le mariage juif est lié à des rituels et des traditions très codifiés. Le bedeken ou badeken repose sur la tradition juive où le marié couvre à l’aide d’un voile le visage de la mariée, quelques instants avant d’aller sous la chuppah. Le bedeken fait partie intégrante de la cérémonie d’un mariage juif. Une musique accompagne cette partie du mariage. L’origine du bedeken remonterait à la matriarche Rebecca qui se serait recouverte d’un voile avant d’aller à la rencontre d’Isaac.

Le voile aujourd'hui : tradition et modernité

Aujourd'hui, le port du voile chez les femmes juives orthodoxes est une pratique courante, mais elle n'est pas sans susciter des débats. Certaines femmes peuvent ressentir une pression sociale ou se sentir jugées pour leur choix de couvrir leurs cheveux. Cependant, beaucoup trouvent des moyens de concilier tradition et modernité, en choisissant des styles de sheitels qui s'intègrent bien dans leur vie quotidienne.

Dans les milieux orthodoxes la pression sociale pousse les femmes à se plier à la norme en vigueur dans leur groupe avec toutes sortes de variantes selon les milieux. L’originalité et la fantaisie restent mal vues, l’essentiel étant de paraitre comme une femme exemplaire afin de défendre l’honneur familial.

Le fait se couvrir la tête pour une femme est une très ancienne règle du judaïsme. Cette règle mérite d’être respectée. Cependant, elle doit être comprise dans un certain contexte culturel et, de ce fait, il n’y a rien de choquant aujourd’hui et dans nos milieux qu’une femme choisisse de ne pas la respecter. Il est hors de question, au sein du mouvement Massorti, de faire pression pour qu’une femme se couvre la tête.

Les défis éthiques liés à la perruque

Le marché de la perruque est devenu lucratif et nombreuses sont les femmes dans le monde à porter de belles perruques pour diverses raisons. Les femmes juives orthodoxes ne sont qu’une partie de ce vaste marché. La question est de savoir d’où viennent les cheveux utilisés ? Face à la demande en constante croissance du fait de la mode, on assiste à un véritable trafic de cheveux à travers le monde.

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Quand les rabbins se sont rendu compte que les cheveux utilisés pour les perruques pouvaient provenir de cultes idolâtres, cela a été l’affolement. Face à ce nouveau problème, plutôt que d’interdire la très contestable perruque, on s’est mis à donner des certificats de kashrout aux perruques, certifiées sans cheveux d’Inde…ou de cheveux coupés pour de seules raisons économiques.

Ce qui est aussi très discutable, c’est le fait de porter les cheveux d’une autre et de se rendre complice d’un trafic de cheveux le plus souvent vendus par des malheureuses pour quelque argent… On porte donc sur la tête un symbole de l’injustice du monde actuel : les malheureuses femmes du tiers monde vendent à bas prix leur parure féminine pour permettre à des femmes occidentales de se sentir plus belles en dépensant de fortes sommes pour cela.

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