Introduction
Le voile islamique est un sujet complexe et controversé, souvent au cœur de débats passionnés. Contrairement à une idée largement répandue, il ne s'agit pas d'une obligation religieuse prescrite par le Coran. Son évolution et sa signification sont intimement liées à des contextes historiques, sociaux et politiques spécifiques. Cet article vise à explorer les différentes facettes du voile islamique, en tenant compte des perspectives religieuses, féministes et politiques, tout en analysant son impact sur la société française et européenne.
Le Voile Islamique: Une Pratique Non Prescrite par le Coran
Contrairement aux affirmations véhiculées par les mouvements djihadistes, le voile islamique n'est pas une obligation religieuse. Le Coran relate que le prophète Mahomet a demandé aux femmes de son entourage de se voiler, mais cette sollicitation ne constitue ni un ordre ni une recommandation coranique. Cette interprétation est partagée par de nombreux doctes musulmans sunnites, chiites et d'autres courants de l'islam, qui l'expliquent oralement et par écrit.
Cependant, les menaces et les assassinats visant les musulmans (commentateurs, responsables religieux, fidèles) qui affirment cette vérité ont souvent réduit leur voix au silence. La propagande djihadiste, qui présente le voile comme une obligation religieuse, est ainsi la seule à s'exprimer librement, tant en Orient qu'en Occident.
Le caractère facultatif et non religieux du voile est souvent passé sous silence ou évoqué avec une discrétion qui frise l'inexistence. Il est fréquemment présenté comme une expression d'identité personnelle ou communautaire, sans nécessairement impliquer un asservissement personnel ou sexiste. Pourtant, si son caractère non religieux était clairement affirmé, sa dimension volontaire ou de soumission perdrait de son importance, puisqu'il ne s'agirait pas d'une obligation coranique.
L'ambiguïté entourant la définition du voile alimente des débats interminables et stériles sur sa légitimité. Cette légitimité est souvent admise de manière erronée, ce qui biaise dès le départ les perceptions et les effets de ce voile. Sa présentation lors de la préparation de lois sur l'exercice religieux est jugée illégitime, fausse, mensongère et idéologique par certains responsables religieux musulmans français, qui la contestent sous protection policière. Cette situation fragilise encore davantage les lois existantes en la matière (1905, 2004, etc.). Le mensonge qui entoure le voile le présente comme une obligation religieuse, alors qu'il relève en réalité d'impératifs idéologiques de l'islam politique.
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Islamophobie: Stigmatisation et Discours Culturalistes
L'islamophobie se définit comme la stigmatisation de personnes de confession musulmane, ou supposées musulmanes. Elle prend de plus en plus d'ampleur, particulièrement depuis les attentats du 11 septembre 2001.
Dans les dernières décennies du XXe siècle, le racisme « biologisant » (qui postule une inégalité naturelle des races) a largement reculé dans les discours grand public. Cependant, il a souvent été remplacé par des discours culturalistes, qui mettent en avant de supposées valeurs véhiculées par les immigrés, considérées comme fondamentalement incompatibles avec les valeurs de la République. L'islam est particulièrement visé par ces discours.
Il était impossible pour les gouvernements occidentaux et le G8 de désigner les « Arabes » ou les « Africains » comme ennemis. En revanche, dénoncer la « barbarie de l'islam » et chercher à faire des musulmans des boucs émissaires est une stratégie qui se développe de plus en plus. L'islamophobie n'est donc pas un phénomène isolé.
Vincent Geisser décrit l'émergence d'une "nouvelle islamophobie", distincte du racisme anti-arabe auparavant dominant. Désormais, les cibles du racisme sont des Français dont la religion poserait problème à la Nation et à la République. L'islamophobie se construit à partir d'une vision d'un "monde musulman" perçu à travers le filtre d'un orientalisme renouvelé, mettant en avant des dimensions négatives telles que la peur, la différence, la distance et l'étrangeté.
L'islamophobie est également une forme de xénophobie, puisqu'elle désigne le plus souvent l'islam comme une composante étrangère à la "culture française". Elle procède, comme toutes les formes de racisme, par amalgame, réduction et globalisation. Les personnes immigrées ou issues de l'immigration sont "lues" d'abord et uniquement comme musulmanes dans leurs interactions sociales, leurs comportements quotidiens et leurs prises de positions politiques. Le musulman est ainsi réduit à sa seule identité religieuse, sans tenir compte de ses autres dimensions (locataire, parent d'élève, travailleur, etc.).
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Dans les années 1980 en France, le discours contre le « péril musulman » a été initié par le Parti socialiste (PS) au moment même où il décevait les espoirs ouvriers et avait besoin de boucs émissaires. Ce discours a notamment servi à décrédibiliser de grandes grèves à Renault-Flins et PSA Aulnay, usines qui employaient un nombre important d'ouvriers immigrés. Une grande partie de la gauche PS, récusant tout racisme traditionnel (associé à la droite), s'est abritée derrière la critique de « l'islamisme » (aux contours flous) et la laïcité pour masquer son racisme culturaliste.
Les médias jouent un rôle important dans la montée de l'islamophobie. À l'origine, il s'agit avant tout d'un processus non délibéré, de diffusion d'images aux conséquences islamophobes (sans un travail journalistique suffisant). Dans les années 2000, l'islamophobie a culminé avec les différentes lois anti-voile.
L'extrême gauche n'a pas été épargnée par cette islamophobie. Des enseignants de Lutte ouvrière (LO) et de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ont cautionné, voire initié, l'exclusion de jeunes filles portant des foulards de leurs établissements scolaires. La LCR adoptait alors une position « Ni loi ni voile ». Par la suite, notamment au sein du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), la lutte contre l'islamophobie a été reconnue comme une lutte d'une importance majeure, non sans difficultés. Aux régionales de 2010, une candidate portant un foulard islamique était présente sur une liste du NPA, ce qui a provoqué de nombreuses déclarations haineuses de la droite, mais aussi des critiques à gauche (du PS, du PCF, de Mélenchon…) et en interne.
Un climat de stigmatisation s'est développé dans les années 2000 autour des musulmanes portant le voile, entretenant un climat délétère permanent. Sur le plan international, la conception française de la laïcité apparaît particulièrement étroite.
L'islamophobie s'enracine dans l'histoire des Croisades menées à l'époque médiévale par les États européens. Elle s'appuie ensuite sur le refoulement des origines arabes et islamiques de la culture européenne. Il n'y aurait pas eu de développement des Lumières, de la culture occidentale et du capitalisme sans l'apport de la civilisation musulmane et de l'islam, qui font partie des bases de notre culture. La première mosquée construite au Royaume-Uni a été la mosquée de Liverpool en 1889.
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Certains affirment que l'islamophobie n'existe pas et qu'elle ne serait qu'une invention des "islamistes" et/ou des "islamo-gauchistes". Certains courants du mouvement ouvrier refusent d'utiliser le terme d'islamophobie, au nom du fait qu'il reviendrait à défendre une religion plutôt que des personnes victimes de racisme. On leur répond généralement que le fait de dénoncer une religion comme "plus dangereuse" qu'une autre est une forme de racisme.
Le Hijab: Choix Individuel ou Instrument Politique?
Le hijab, devenu un élément banal du paysage urbain, est souvent perçu comme une simple affaire de liberté individuelle. Cependant, les femmes qui le portent pensent souvent afficher leur foi et brandissent, parfois sans le savoir, un étendard identitaire remis au goût du jour par les Frères musulmans. La campagne controversée « Respectez le hijab », financée par l'Union européenne (UE), est un exemple de cet activisme.
Si la société doit vivre avec le voile, elle n'est pas obligée de l'apprécier. Qu'on le veuille ou non, les femmes musulmanes voilées font partie du paysage français et européen. Pour certains, le hijab n'est qu'un morceau de tissu sans importance, mais pour d'autres, il change leur pays, visuellement et dans ses fondements, et pas en mieux.
La propagande pro-hijab du Conseil de l'Europe, réalisée avec la bénédiction et les finances de l'UE, a enflammé le débat public et les réseaux sociaux en France. Le gouvernement a protesté et obtenu le retrait de certains messages, mais les visuels restent disponibles sur le site du Conseil.
Il est essentiel de comprendre à la fois la progression fulgurante du hijab en une trentaine d'années et la résistance qu'il suscite, notamment en France. Le voile est polysémique. Du simple foulard associé à un jean moulant et à un maquillage provocant, au sombre tchador accompagné d'une tenue sinistre ne dévoilant que quelques centimètres carrés de visage, ses multiples incarnations ne racontent pas la même histoire. De plus, le message que nous recevons n'est pas nécessairement celui qu'envoient celles qui le portent.
C'est pourquoi il est difficile de penser cette question complexe uniquement à partir de leurs désirs. L'argument féministe, bien que légitime, est largement inopérant. On ne peut pas imposer la liberté. Sommer les femmes voilées de renoncer à ce signe extérieur d'inégalité n'a pas plus de sens qu'interdire à une femme d'être soumise à son mari - ma vie, mon choix.
Les femmes voilées ne sont pas des enfants. Elles peuvent entendre des arguments raisonnables et comprendre pourquoi leur voile peut déplaire. Il faut tenter de les affranchir en leur montrant qu'elles sont les agents inconscients d'une entreprise qui les dépasse. Le hijab a une histoire récente et joue un rôle essentiel dans la stratégie de reconquête engagée par les Frères musulmans à partir des années 1950.
Passés maîtres dans l'art de retourner contre les sociétés ouvertes leurs libertés, leurs droits et leur tolérance, ils ont patiemment noyauté les institutions internationales. La campagne « Respectez le hijab » a été initiée par le Programme pour l'inclusion et la lutte contre les discriminations du Conseil de l'Europe et a bénéficié de financement du programme « Droits, égalité et citoyenneté » de l'UE. Le Femyso (Forum of European Muslim Youth and Student Organisations), décrit par de nombreux chercheurs comme un satellite des Frères musulmans, était à la manœuvre.
Depuis l'affaire de Creil et « le Munich de l'École républicaine », les Frères musulmans peuvent compter sur le soutien objectif d'une grande partie de la gauche politique et de la quasi-totalité de la gauche médiatique, ainsi que sur celui de la puissante nébuleuse des « assos » antiracistes. Certains pensent consciemment que la France doit s'adapter à ce nouvel islam, c'est-à-dire se faire petite devant lui.
Derrière la pluralité de référents, il y a un seul signifiant. Le voile islamique renvoie à un noyau rationnel symbolique, un cœur de message. A minima, il réclame une inscription spécifique de l'islam dans la Cité : je me présente à mes concitoyens en tant que musulmane. Il est donc, consciemment ou pas, le drapeau d'une sécession, d'un séparatisme sexuel et culturel qui est d'ailleurs souvent parfaitement pacifique. Le voile proclame en silence un rapport spécifique à la nation, allant d'une très légère distance à une franche hostilité. Il est difficile d'oublier qu'il est aussi l'uniforme de nos ennemies, celles qui franchissent les frontières pour aller se faire engrosser par leur beau djihadiste.
La querelle autour du voile trace une ligne de fracture entre deux conceptions du contrat social. Pour les tenants du laissez-faire, la communauté politique doit fonctionner comme McDo : venez comme vous êtes. C'est la définition du multiculturalisme, qui connaît de multiples ratés même dans les pays où il s'accorde avec la tradition politique. Le modèle républicain français est plus exigeant : à Rome, fais comme les Romains, en tout cas dans l'espace public.
Ce que le voile met au défi, c'est notre façon collective d'habiter la Cité, qui comporte non seulement la visibilité et la liberté des femmes, mais aussi la frontière entre le politique et le religieux, le public et le privé. La laïcité, ce n'est pas seulement un code juridique, mais un état d'esprit qui consiste à marcher sur deux pieds.
Restrictions et Libertés: Trouver un Équilibre
Faut-il étendre l'interdiction du voile qui a si bien réussi à l'École ? Une prohibition générale est hors de propos, et pas seulement parce qu'elle serait contre-productive et transformerait cet instrument de servitude en étendard de la rébellion. La société libérale ne peut sacrifier les droits individuels aux exigences de la nation, elle doit arbitrer entre des droits et libertés qui se contredisent les uns les autres.
Il ne faut pas vivre dans un pays où l'on mettrait autant de zèle à traquer le hijab que la police des mœurs iraniennes à pourchasser les chevelures libérées. En revanche, lorsque les islamistes testent régulièrement notre résistance, un jour avec le voile des accompagnatrices scolaires, un autre avec celui des sportives ou des baigneuses, il est légitime de réfléchir à de nouvelles restrictions, en particulier à l'université où l'entrisme islamiste ne cesse de marquer des points.
Dès lors que nous ne saurions interdire totalement sans nous trahir, nous devons vivre avec le hijab. Nous ne sommes pas obligés de l'aimer. Il faut le dire amicalement à nos compatriotes musulmanes : c'est donnant-donnant. Puisque vous voulez exhiber ce que vous considérez comme un précieux héritage de votre culture, vous devez en retour endurer qu'il soit l'objet de rejets, de désaccords, voire de moqueries et de caricatures. Ce droit à la critique est au cœur de notre culture commune.
Le Voile: Entre Émancipation et Instrumentalisation
Les chasseurs de voile repassent régulièrement à l'offensive. La défense de l'émancipation de la femme et l'atteinte à la laïcité sont les deux principaux arguments de cette guerre sainte contre le foulard islamique.
Il est essentiel de prendre en compte l'opinion de celles qui s'exposent avec un voile. L'hidjab peut choquer une certaine idée du féminisme, mais il n'en demeure pas moins un choix individuel pour celles qui décident de se l'approprier en liberté. Certaines femmes sont contraintes de porter le voile sous les pressions organisées d'islamistes obscurantistes qui essaient d'utiliser la promotion de l'hidjab comme outil de l'islam politique. D'autres femmes le portent sans doute afin de se protéger des agressions de machos identitaires incultes voulant affirmer leur virilité d'un autre âge.
Le premier article de la Constitution française affirme que la République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction /…/ de religion ». Ce même article précise que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qui « respecte toutes les croyances ». Il garantit la neutralité de l’État en matière de religion et consacre le principe de la liberté religieuse. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen mentionne que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre établi par la loi ».
L'hidjab perturbe et indispose certain(e)s, comme les revendications féministes, l’homosexualité ou la couleur de peau le font pour les sexistes, les homophobes et les racistes. Projeter ses craintes sur cette pièce de tissu permet complaisamment de ne pas se remettre en cause, de ne pas lutter contre son incompréhension délétère de l’autre, voire son mépris et sa haine.
Cette religion, symbolisée par l’hidjab, ne disparaîtra pas avec l’éventuelle interdiction du voile. Bien au contraire, son bannissement signerait le rejet des principes républicains, ferait le lit du communautarisme, du repli sur soi confessionnel et solidifierait le ciment identitaire du radicalisme religieux, autrement plus dangereux.
Lors de la discussion sur la loi du 9 décembre 1905, Aristide Briand déclarait dans un esprit de conciliation « toutes les fois que l’intérêt public ne pourra être légitimement invoqué dans le silence des textes ou dans le doute de leur exacte application, c’est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée législative ».
Le Tchador en Iran: Un Symbole en Mouvement
La révolution iranienne de 1979 a permis à l’ayatollah Khomeyni d'imposer le tchador dans les lieux publics avec le soutien d'une grande partie de la population, y compris dans le monde intellectuel. En septembre 2022, la mort d'une jeune Iranienne arrêtée par la police des mœurs a déclenché un vaste mouvement de révolte contre le pouvoir religieux, révolte symbolisée par le rejet du voile noir porté par les musulmanes chiites (le tchador).
Mais l'histoire de ce morceau de tissu nous apprend que le sens attribué aux symboles politiques peut varier au cours du temps. Après son coup d'État de 1921, Reza Khan s'est imposé comme le premier shah d'Iran. Sa volonté de moderniser le pays à marche forcée l'a conduit à multiplier les mesures répressives à l'égard des religieux. Le décret incitant les Iraniens à abandonner leur costume traditionnel pour s'habiller à l'européenne suscita de vives protestations. Le 13 juillet 1935, la manifestation organisée devant la mosquée Goharshad fut réprimée dans le sang par l'armée. Aujourd'hui encore cet événement, qui fit 150 victimes, est largement exploité par le pouvoir religieux puisqu'il célèbre, tous les 13 juillet, la "Journée du hijab et de la pudeur".
À la suite de cette manifestation, Reza Shah installa un régime militaire pour imposer la loi interdisant le tchador. Les opposants furent pourchassés et les grandes écoles religieuses furent détruites. Ce qui attisa les rancœurs des mollahs qui ne comprenaient pas pourquoi ce Shah, pieux et croyant (mais non pratiquant), avait succombé aux sirènes de l’occidentalisation à outrance. L'opposition religieuse à un régime accusé de faire le jeu des Européens (qui détenaient une grande partie des ressources économiques du pays) commença alors à se développer.