Le voile iranien : Définition, histoire et enjeu sociopolitique

Introduction

Le voile iranien, un sujet complexe et multidimensionnel, est bien plus qu'un simple vêtement. Il est un symbole chargé d'histoire, de culture, de religion et de politique. Cet article vise à explorer la définition du voile iranien, son évolution à travers le temps, et les enjeux sociopolitiques qu'il représente, notamment dans le contexte de la République islamique d'Iran et des mouvements de contestation contemporains.

Définitions et Types de Voiles

Il est crucial de distinguer les différents types de voiles portés par les femmes musulmanes, chacun ayant une signification et une portée géographique spécifiques. En Iran, les femmes ne portent généralement ni la burqa ni le niqab, qui sont plus communs dans des pays comme l'Afghanistan, l'Arabie saoudite et les pays du Golfe. Le voile le plus répandu en Iran est le hidjab, mais il existe également d'autres formes comme le tchador.

  • Le hidjab: Ce terme, dérivé de la racine arabe "hajaba" signifiant "cacher", désigne un voile qui couvre les cheveux, les oreilles et le cou, ne laissant visible que l'ovale du visage. Il est souvent accompagné d'une tunique ou d'un imperméable.

  • Le tchador: Il s'agit d'une grande pièce de tissu en forme de demi-cercle, posée sur la tête et recouvrant tout le corps, tout en laissant le visage découvert. Les femmes tiennent les pans du tchador fermés à la main ou avec les dents pour maintenir le voile en place.

  • La burqa: Ce voile long, généralement bleu ou marron, recouvre intégralement la tête et le corps, avec un grillage dissimulant les yeux.

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  • Le niqab: Il s'agit d'un voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu'une fente pour les yeux.

Histoire du Voile en Iran

Avant la Révolution Islamique

Avant la révolution islamique de 1979, le port du voile n'était pas obligatoire en Iran. Sous le règne du Shah, les femmes avaient le choix de s'habiller comme elles le souhaitaient, et de nombreuses Iraniennes adoptaient des modes vestimentaires occidentales.

La Révolution Islamique et l'Obligation du Voile

La révolution islamique a marqué un tournant majeur dans l'histoire du voile en Iran. En mars 1979, l'ayatollah Khomeiny a déclaré obligatoire le port du voile pour les femmes travaillant dans les établissements publics. Cette décision a suscité une vive opposition de la part de nombreuses Iraniennes, qui ont manifesté le 8 mars 1979, Journée internationale de la femme, pour protester contre cette imposition.

Le port du voile est devenu un symbole de la révolution et de l'identité islamique du pays. Au début des années 1980, une politique coercitive a été mise en place pour généraliser le "bon hijab", une notion dont la définition restait floue. C'était l'époque du "voile ou la bastonnade", où les femmes risquaient des sanctions sévères pour non-respect du code vestimentaire islamique.

Évolution et Contestations

Au fil des décennies, l'application de la loi sur le port obligatoire du voile a connu des hauts et des bas. Des périodes de relâchement ont alterné avec des phases de répression accrue. Malgré les contraintes, de nombreuses Iraniennes ont continué à contester cette obligation, en adoptant des manières subtiles de contourner les règles, comme laisser apparaître des mèches de cheveux ou porter des foulards colorés.

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Le Voile comme Enjeu Sociopolitique

Un Symbole de Contrôle et d'Oppression

Pour beaucoup d'Iraniennes, le voile obligatoire est un symbole de contrôle et d'oppression. Il représente la volonté du régime islamique de contrôler le corps des femmes et de les reléguer à un statut de citoyennes de seconde zone. Comme le souligne un point de vue critique, imposer le voile, c'est signifier aux femmes leur impureté ontologique et leur inégalité fondamentale avec l'homme.

La Résistance des Femmes Iraniennes

Malgré les risques encourus, les femmes iraniennes ont fait preuve d'une résistance constante face à l'obligation du voile. Depuis des années, elles utilisent divers moyens pour exprimer leur opposition, notamment en participant à des manifestations, en lançant des campagnes sur les réseaux sociaux (comme #whiteWednesdays), et en défiant ouvertement les règles vestimentaires.

Le mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini en septembre 2022 a marqué un tournant dans la lutte contre le voile obligatoire. La jeune femme, arrêtée par la police des mœurs pour "tenue vestimentaire non appropriée", est devenue un symbole du combat des Iraniennes pour la liberté et l'autonomie.

Les manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa Amini ont été marquées par des scènes de femmes brûlant leur voile en signe de protestation. Ce geste audacieux a galvanisé le mouvement et attiré l'attention du monde entier sur la situation des femmes en Iran.

La Police des Mœurs et la Répression

La police des mœurs (Gasht-e Ershad) est une branche des forces de police iraniennes chargée de faire respecter le code vestimentaire islamique. Ses patrouilles dans les rues iraniennes sont souvent perçues comme brutales et arbitraires. Les femmes sont arrêtées, menacées et parfois agressées physiquement pour des infractions mineures au code vestimentaire.

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Depuis avril 2023, une nouvelle campagne de répression contre les femmes non voilées a été lancée en Iran. Les autorités utilisent des technologies de surveillance de masse pour identifier les femmes qui ne portent pas le voile dans leur voiture ou dans les lieux publics. Des SMS d'avertissement sont envoyés aux femmes identifiées, les menaçant de confiscation de leur véhicule. Des centaines d'entreprises ont été fermées pour ne pas avoir fait respecter les lois sur le port obligatoire du voile, et de nombreuses femmes se sont vu refuser l'accès à l'éducation, aux services bancaires et aux transports publics.

Le 16 juillet 2023, le porte-parole de la police a annoncé le retour des patrouilles de police à pied et en voiture pour imposer le port obligatoire du voile dans tout le pays. Des poursuites judiciaires sont engagées contre les femmes qui "s'obstinent à enfreindre les règles".

Le Projet de Loi "Chasteté et Hidjab"

En mai 2023, les autorités judiciaires et de l'exécutif ont soumis au parlement un projet de loi visant à "soutenir la culture de la chasteté et du hidjab". Ce texte prévoit des sanctions sévères pour les femmes et les filles qui apparaissent sans voile dans les espaces publics et sur les réseaux sociaux. Les sanctions incluent des amendes, la confiscation des voitures et des appareils de communication, l'interdiction de conduire, des prélèvements sur le salaire ou les prestations liées à l'emploi, le licenciement et l'interdiction d'utiliser les services bancaires.

Le projet de loi propose également de condamner les femmes et les filles déclarées coupables d'avoir enfreint la législation sur le port du voile "de façon systémique ou en collusion avec des services de renseignement ou de sécurité étrangers" à une peine de cinq à dix ans d'emprisonnement, ainsi qu'à une interdiction de voyager et à une assignation à résidence dans un lieu désigné.

Les athlètes, les artistes et les autres personnalités publiques qui ne respectent pas l'obligation du port du voile s'exposent à des sanctions telles que l'interdiction de participer à des activités professionnelles, l'emprisonnement, la flagellation et des amendes.

La Surveillance Généralisée et l'Application "Nazer"

Les autorités iraniennes ont mis en place une surveillance généralisée des femmes et des filles dans l'espace public. Des caméras de surveillance sont utilisées pour identifier les femmes qui ne portent pas correctement leur hidjab dans leur voiture.

L'application "Nazer" ("surveillance" en farsi) est utilisée par les agents en civil pour identifier les femmes qui ne respectent pas le code vestimentaire. Les femmes visées reçoivent des menaces par SMS ou appel téléphonique, leur enjoignant de se présenter à la police des mœurs et de remettre leur véhicule.

Les Cours de "Moralité" et les Peines Dégradantes

Les femmes arrêtées pour non-respect du code vestimentaire sont souvent contraintes de suivre des cours de "moralité". Ces cours visent à rééduquer les femmes et à les inciter à se conformer aux normes islamiques.

Les autorités infligent également des peines dégradantes aux femmes qui ne respectent pas l'obligation du port du voile. Ces peines peuvent inclure l'obligation d'assister à des séances de conseil sur le "trouble de la personnalité antisociale", de laver des corps à la morgue ou de nettoyer des bâtiments publics.

En janvier 2024, Roya Heshmati a été condamnée à 74 coups de fouet pour être apparue non voilée en public.

Le Soutien International et la Solidarité

Face à l'intensification de la répression en Iran, la communauté internationale est appelée à réagir et à soutenir les femmes iraniennes dans leur lutte pour la liberté et l'autonomie. Des organisations internationales, comme Amnesty International, dénoncent les violations des droits humains en Iran et appellent à la fin de la répression contre les femmes.

De nombreuses personnalités et organisations féministes à travers le monde expriment leur solidarité avec les femmes iraniennes et dénoncent l'hypocrisie de certains courants occidentaux qui, au nom de la diversité culturelle, ferment les yeux sur l'oppression des femmes dans les pays islamiques.

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