Le Voile Intégral avec Grillage : Définition, Contexte et Enjeux

Le voile intégral, une pratique vestimentaire portée par certaines femmes musulmanes, suscite de nombreux débats et controverses, notamment en France. Il est essentiel de comprendre les différentes formes de voiles, leurs significations et les arguments qui entourent leur port, afin d'appréhender les enjeux complexes qu'ils soulèvent.

Les Différentes Formes de Voiles

Il est crucial de distinguer les différents types de voiles islamiques, car ils ne recouvrent pas le corps de la même manière et n'ont pas les mêmes connotations culturelles et religieuses.

  • Le hidjab : Ce voile couvre les cheveux, les oreilles et le cou, ne laissant apparaître que l'ovale du visage. Promu par la confrérie islamiste des Frères musulmans, il est souvent complété par une tunique ou un imperméable. Le mot est formé sur la racine arabe "hajaba", qui signifie « cacher ». Le port du hijab, voile couvrant la tête et les cheveux mais pas le visage, est autorisé en France dans tout l'espace public, à l'exception des écoles, collèges et lycées publics.
  • Le tchador : En Iran, ce vêtement traditionnel est une grande pièce de tissu posée sur la tête, laissant apparaître l'ovale du visage, tenue fermée à l'aide des mains.
  • La burqa : À l'origine, c'était un vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan. Ce long voile, bleu ou marron, couvre complètement la tête et le corps, avec un grillage dissimulant les yeux. Cette tenue est devenue, aux yeux du monde, le symbole du régime des talibans en Afghanistan de 1996 à 2001.
  • Le niqab : Dans les pays arabes, c'est un voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu'une fente pour les yeux. Il s'est répandu sous l'influence de l'islam wahhabite, qui prédomine en Arabie saoudite.
  • Le sitar : Parfois ajouté, le sitar (« rideau », en arabe), d'un tissu plus fin, recouvre même les yeux.

Le Voile Intégral : Une Pratique Controversée

Le port du voile intégral, en particulier la burqa et le niqab, est au cœur de vifs débats en France. En 2005, déjà, le gouvernement s’est opposé à l’acquisition de la nationalité française par mariage d’une Marocaine qui portait la burqa. Le Conseil d’État a confirmé cette décision dans un arrêt du 27 juin 2008, considérant que l’intéressée avait adopté, « au nom d’une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d’égalité des sexes ».

Arguments Pour et Contre l'Interdiction

Les partisans de l'interdiction du voile intégral avancent plusieurs arguments :

  • La sécurité publique : Il est essentiel que toute personne circulant dans l'espace public puisse être identifiée en permanence. Le port d'un voile intégral rend cette identification impossible et peut donc constituer un danger pour la sécurité publique.
  • Les valeurs de la République : Le voile intégral s'oppose à la conception de l'espace public comme un lieu d'échanges et de sociabilité. "Une femme totalement voilée par sa burqa [est] sans visage et en tant que telle retranchée du monde humain", explique Abdennour Bidar dans Le Monde (30 juin 2009).
  • La dignité de la femme : Pour certains, le port du voile intégral est une atteinte à la dignité de la femme, car il la réduit à un objet et la prive de sa liberté. D’autres, comme le philosophe Alain Finkielkraut sur l’antenne de France Inter (le 26 juin 2009), préfèrent se prononcer pour la défense de la culture française : « De l’amour courtois jusqu’à l’égalité des femmes, la France c’est la présence des femmes, c’est la visibilité des femmes, c’est leur présence plénière. »
  • L'ordre public : Plus que de laïcité, il serait question d’ordre public dans un pays démocratique, lorsque la burqa ne permet pas de reconnaître la personne qui la porte. Elle peut alors rendre difficile l’acte social.

Cependant, d'autres s'opposent à l'interdiction du voile intégral au nom des libertés individuelles :

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  • La liberté de religion : Chacun a le droit de pratiquer sa religion et de porter les vêtements de son choix, tant que cela ne trouble pas l'ordre public.
  • Le libre arbitre : Si une femme choisit de porter le voile intégral de son plein gré, l'État n'a pas à intervenir.

La Législation Française

La loi du 11 octobre 2010 interdit la dissimulation du visage dans l'espace public. Bien que le terme "voile intégral" ne soit pas explicitement mentionné, cette loi vise indirectement le port de la burqa et du niqab. Sont ainsi concernés la rue, les transports en commun, les commerces, les hôpitaux, les administrations ou encore les cinémas.

Le texte de loi dispose que « nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage », en ce sens que ces pratiques « peuvent constituer un danger pour la sécurité publique et méconnaissent les exigences minimales de la vie en société ».

Validée par le Conseil constitutionnel en 2010, puis par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) en 2014, la loi prévoit jusqu'à 150 euros d'amende en cas d'impair. En l'espace de cinq ans, plus de 1.500 verbalisations ont ainsi eu lieu.

Le voile partiel

Le hijab, tout comme le tchador iranien, est autorisé en France dans tout l'espace public, à l'exception des écoles, collèges et lycées publics, et ce depuis la loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes religieux jugés «ostensibles» dans les établissements scolaires.

La Perspective de Catherine Kintzler

La philosophe Catherine Kintzler apporte un éclairage intéressant sur la question du voile intégral. Elle souligne que la burqa et le niqab ne sont pas de simples masques, mais des "déclarations politiques générales qui affectent la notion même de personne comme membre de l'association politique". Pour elle, ces voiles "barrent le droit à la singularité et l'accès à autrui en dehors de l'espace intime".

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Le Voile Intégral dans le Monde Musulman

Contrairement à une idée reçue, le port du voile intégral n'est pas une obligation religieuse dans l'islam. Selon la jurisprudence islamique, le voile intégral n'est pas une obligation à laquelle doivent être soumises les femmes. Le droit chiite et les quatre grandes écoles juridiques sunnites excluent le visage et les mains de l'obligation faite aux femmes d'ôter leurs corps aux regards masculins étrangers. Seul le régime des talibans a imposé le port du voile intégral aux femmes, s'appuyant en cela sur des jurisprudences chariatiques minoritaires contestées et procédant à un amalgame entre les traditions d'une société tribale ultraconservatrice et de prétendues obligations religieuses.

À l'inverse, aucun État musulman n'a interdit explicitement le port du voile intégral. En Turquie et en Tunisie, la loi interdit le port du voile à l'école, à l'université et aux agents de la fonction publique. Cette interdiction frappe le hidjab, mais s'applique par extension au voile intégral considéré comme une forme plus radicale de hidjab. Récemment, l'Égypte a connu une grande polémique à la suite de la décision du cheikh d'Al Azhar, Mohammed Sayyed Tantaoui, au mois d'octobre 2009, d'interdire le voile intégral dans les écoles de jeunes filles relevant de son institution. Il fut la cible de vives attaques de la part des Frères musulmans. Conséquence de cette polémique, le gouvernement égyptien semble s'acheminer vers une interdiction du voile intégral dans les écoles et les universités. En Libye, les autorités ont d'ores et déjà interdit le port du voile intégral dans les universités. La question fait également débat dans la société marocaine.

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