L'attrait pour l'embellissement et l'expression de la beauté est un trait naturel du caractère humain, aussi bien pour l'homme que pour la femme. Cette aspiration innée, reconnue et encadrée par l'Islam, soulève des questions spécifiques quant à la permissibilité et aux limites de l'utilisation du maquillage et de la parure, notamment en lien avec le port du voile islamique. L'Islam, religion d'équilibre et de mesure, n'encourage ni la négligence de l'apparence, ni l'embellissement excessif, cherchant plutôt à orienter cette nature humaine vers le bien et la pudeur. Cet article explore les différentes perspectives sur le maquillage et le voile islamique, en s'appuyant sur des textes religieux, des avis de savants et des considérations pratiques, afin de comprendre les nuances de cette thématique complexe.
L'Embellissement en Islam : Une Approche Modérée et Contextualisée
La recherche d'un embellissement modéré dans son apparence pour la vie de tous les jours fait partie de la nature humaine, donc de la femme aussi. L'islam entend préserver les éléments de la nature des hommes et des femmes, en orientant celle-ci vers le bien. Pour en venir maintenant à la question portant sur l'action de se maquiller le visage, on peut en déduire la permission à partir d'une tradition rapportée de Aïcha (radhia Allahou anha) qui dit en ce sens: "Nous voyagions en compagnie du Prophète (sallallahou alayhi wa sallam) vers la Mecque alors que nous avions frotté notre front avec du musc au moment de porter l'Ihrâm. Lorsque nous commencions à transpirer, ce mélange coulait sur notre visage. Le Prophète (sallallahou alayhi wa sallam) le voyait et pourtant, il ne nous l'interdisait pas." (Ce Hadith est cité dans l'ouvrage "awnoul ma'boûd", Volume 5 / Page 276). Cette narration pose les bases de la permissibilité générale de certains types d'embellissement.
Dans une mesure générale, l'embellissement et la parure, quelle que soit leur forme, ne doivent pas être "excessifs". Cela signifie tout d'abord que l'on ne doit pas consentir pour cela des dépenses inutiles et exagérées. Foudhâla ibnou 'oubaïd (radhia Allahou anhou) dit: "Le Prophète (sallallahou alayhi wa sallam) nous empêchait l'excès dans le luxe et le confort." (Rapporté par Abou Dâoud r.a.). Cela signifie aussi que la forme d'embellissement choisie ne doit pas être considérée comme étant une altération et un changement à la création de Dieu. Le Qour'aane considère ceci comme une inspiration satanique, déclarant: "Allah l'a maudit et celui-ci (le Diable) a dit: "Certainement, je saisirai parmi Tes serviteurs une partie déterminée. Certes, je ne manquerai pas de les égarer, je leur donnerai de faux espoirs, je leur commanderai et ils fendront les oreilles aux bestiaux (c'était là une pratique superstitieuse des arabes païens); je leur commanderai, et ils altéreront la création d'Allah…" (Sourate 4 / Versets 118-119). Selon ash shawkâni r.a. (référence "nayloul awtâr" Volume 6 - Page 193), l'expression "altérer la création d'Allah" fait allusion à tout changement irréversible et permanent du physique humain. Le Prophète (sallallahou alayhi wa sallam) en a mentionné quelques-uns dans les Hadiths. Il est donc fondamental que l'embellissement respecte l'intégrité de la création divine et ne tombe pas dans l'excès ou l'altération permanente.
Le Maquillage Spécifique : Entre Traditions et Innovations Modernes
L'emploi du khôl et du henné est autorisé par de nombreux Hadiths, rapportés notamment par Ibné Mâdja r.a. et Tirmidhi r.a. Ces produits traditionnels, ayant parfois des vertus bénéfiques au-delà de l'esthétique, sont intégrés dans la pratique musulmane depuis longtemps. Pour ce qui est de l'utilisation du fard à joue, du fond de teint ou du rouge à lèvre, il est tout à fait normal que l'on ne puisse trouver dans les Hadiths des indications directes, car ces produits n'existaient pas à l'époque du Prophète (sallallahou alayhi wa sallam). On est donc bien obligé de se référer aux avis juridiques émis sur la question. Telle semble être aussi la position des savants de l'école hanafite.
La question de la consistance du maquillage est également déterminante, notamment au regard des ablutions. D’après Sheikh ‘Abdel-‘Aziz Ibn ‘Abdi-llâh Ibn Bâz, tout est dans la consistance du maquillage. On comprend qu’en fonction de l’aspect, cela laisse passer ou non les ablutions. Parfois, même s’il apporte de la couleur au visage, on peut le laisser. On peut donc conclure en disant qu’étant donné que le mascara ne laisse pas passer l’eau sur les cils, il convient de le démaquiller avant la purification. Le khôl est quant à lui bon pour la santé des yeux. C’est sunna de s’en appliquer, même pour les hommes.
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En ce qui concerne la qualité des produits de beauté, il est important de faire la part des choses : si cela peut embellir sans pour autant nuire, ni être néfaste au visage, alors, il n’y a aucun mal. Cependant, certains avis soulignent des préoccupations : "Le maquillage, nous l’interdisons. Même si effectivement il embellit le visage une courte durée, il cause beaucoup de dommages au visage comme cela fut scientifiquement prouvé." Ainsi, il faut utiliser de bons produits. Le cher n’est pas spécialement synonyme de meilleur. De nos jours, il existe des applications pour vérifier la composition de ce que l’on applique sur notre peau. Cela facilite et nous aide dans notre démarche. La peau se régénère la nuit, il est inconcevable de ne pas préserver sa peau de tout mal.
Le Voile Islamique : Une Obligation aux Multiples Fonctions
Le port du voile islamique, ou hijab, est un sujet de débat complexe et souvent passionné, tant dans les pays musulmans qu'ailleurs. L'obligation du port du voile pour la femme musulmane croyante est un principe fondamental en Islam. Le Coran, dans la sourate An-Nur (24:31), enjoint aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leur chasteté et de rabattre leur voile sur leurs poitrines. Ce verset est interprété comme une injonction claire et sans équivoque concernant le port du hijab. Le hijab, tel que prescrit en Islam, concerne la femme croyante en présence d'hommes qui ne sont pas des membres de sa famille proche (maharim). Il vise à préserver la femme des regards malveillants et à protéger son honneur. Le Prophète Muhammad ﷺ a également insisté sur l'importance du voile, comme le rapporte le hadith d'Aïcha (qu'Allah l'agrée), où il s'est détourné d'Asma bint Abi Bakr (qu'Allah l'agrée) lorsqu'elle est apparue devant lui avec un vêtement léger.
Il est important de noter que la loi islamique (charia) n'impose pas un vêtement particulier, mais plutôt un ensemble de conditions que le vêtement doit remplir pour être considéré comme conforme aux prescriptions divines. Ces conditions incluent la couverture de toutes les parties du corps qui doivent être cachées, l'ampleur du vêtement, son opacité et son absence de ressemblance avec les vêtements portés par les hommes. Le voile ne se limite pas à une simple protection contre le regard des hommes. Il protège également la femme d'elle-même et des autres femmes, en évitant la comparaison injuste. En portant le voile, la femme affirme sa valeur intrinsèque et refuse d'être réduite à son apparence physique. Le voile permet également de lutter contre la compétition excessive entre les femmes, qui peut conduire à la fierté, à l'orgueil et à des dépenses inutiles. Le port du voile est avant tout un choix personnel et une obéissance à Allah ﷻ. C'est une façon pour la femme de se rapprocher de son Créateur et de vivre en accord avec ses principes religieux. Le voile est un rappel constant de la présence d'Allah ﷻ dans la vie quotidienne de la femme et de son engagement envers sa foi. Le voile est également un moyen pour la femme de se libérer des diktats de la mode et de la société. Il lui permet de garder une allure classique et intemporelle, qui transcende les tendances éphémères. Le voile est une affirmation de l'identité musulmane et une expression de la liberté de la femme de choisir comment elle veut se présenter au monde.
Maquillage et Voile en Public : Les Frontières de la Pudeur
La femme musulmane n'a pas le droit de se montrer à des hommes étrangers (avec qui le mariage est licite) en étant maquillée de façon excessive, comme cela se fait actuellement. Cette attitude a en effet été considérée par certains savants comme étant une nouvelle forme de "Tabarroudj" (expression mentionnée dans le Qour'aane (Sourate 33 / Verset 33) et qui est défini par certains savants comme étant le fait, pour la femme, de s'exhiber en présence d'hommes étrangers en adoptant une attitude provoquant des désirs illicites…), qui est en soi considéré comme un péché majeur par des savants (Réf: "Al Kabâïr" de l'Imâm Adh Dhahabi r.a.). "Laisser le visage découvert (pour la femme) ne signifie pas qu'elle le couvre de fard ou (autres maquillages) colorés. Et laisser les mains découvertes ne signifie pas qu'elle laisse grandir ses ongles et les colore ensuite de vernis. Elle doit sortir (en public) en adoptant une attitude modeste et pudique ("mouhtachimah"), sans se parer ("ghayr moutazayyinah") et en évitant le "Tabarroudj" (voir le sens de ce terme ci-dessus). Ce qui lui a été autorisé à ce niveau, c'est l'embellissement léger ("Az Zînat oul Khafîfah"), comme cela est rapporté de Ibnou Abbâs r.a.
Abû Chuqqa écrit à ce sujet, se fondant sur des éléments présents dans les sources musulmanes et sur des avis de ulémas : "Comme parure apparente [permise] se trouve la teinture sur les mains, le khôl dans les yeux, et quelque couleur sur les joues" (Tahrîr ul-mar'a, tome 4 p. 251). Plus haut dans cet article, nous avons déjà relevé cette permission. Il doit également être rappelé qu'elle doit s'embellir en restant dans le cadre de ce qui est modéré ("mu'tadil") (Ibid., tome 4 p. 251). Abû Chuqqa rappelle également qu'à l'intérieur du cadre de ces principes, la musulmane doit tenir compte des coutumes de la société où elle vit, c'est-à-dire ne pas avoir recours à un embellissement qui ne soit pas pratiqué dans cette société, ce qui l'amènerait à être dévisagée inutilement (Ibid., tome 4 pp. 261).
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Al-Qaradhâwî estime que "les fards et les poudres que les femmes utilisent actuellement pour s'embellir les joues, les lèvres, les ongles etc., relèvent en soi de l'excès répréhensible", et que "la musulmane ne doit donc les utiliser que chez elle, et doit s'en abstenir systématiquement lorsqu'elle sort et se trouve en présence d'hommes" qui ne sont ni son mari ni ses proches parents (Al-halâl wa-l-harâm, pp. 165-166). La tenue de la musulmane à l'extérieur de chez elle doit donc être d'un juste milieu : ni négligée, ni excessive au point d'attirer immanquablement tous les regards. Un principe extrait des sources musulmanes veut que, ce faisant, la musulmane n'outrepasse pas les limites de ce qui est courant dans la société où elle vit : pas d'excès en la matière, donc. Car le contraire attirera immanquablement les regards vers elle, ce qui est contraire à ce à quoi elle aspire en son âme et conscience. C'est ce que Abû Chuqqa a écrit, se fondant sur des Hadîths et des propos de ulémas (Tahrîr ul-mar'a, tome 4 p. 251, p. 261).
Règles Spécifiques de la Parure et du Parfum
Concernant les bijoux, les ulémas ont toujours répondu que si l'homme ne devait pas porter de bijoux en or, la femme, elle, pouvait en porter. Mais al-Albânî a écrit pour sa part que la femme pouvait ne porter comme bijoux en or que ceux qui n'ont pas une forme massive et ronde ("muhallaq"). Il s'est fondé sur six Hadîths (voir Adâb uz-zafâf, pp. 151-164). Cependant, al-A'zamî, autre grand spécialiste des Hadîths, a démontré que les Hadîths sur lesquels s'est fondé al-Albânî à ce sujet n'indiquent pas de façon formelle une interdiction du port de bijoux en or pour la femme. En effet, affirme-t-il, des Hadîths qu'al-Albânî a cités, les uns ne sont pas authentiques, et les autres n'indiquent pas explicitement une interdiction, mais soit le fait que le Prophète a préféré pour certaines musulmanes - dont ses épouses - qu'elles ne portent pas de bijoux en or ; soit qu'il est interdit de porter des bijoux en or par fierté (voir Al-Albânî shudhudhuhû wa akhtâ'uh, pp. 58-60). Les musulmanes peuvent donc porter des bijoux en or tant que cela n'est pas fait par fierté.
La question du parfum est également encadrée par des principes clairs. "Le parfum qu'utiliseront les hommes est ce dont l'odeur est apparente et dont la couleur est discrète. Et le parfum qu'utiliseront les femmes est ce dont la couleur est apparente et dont l'odeur est discrète" (at-Tirmidhî, 2787, an-Nassâï). As-Suyûtî énumère, en vertu du principe donné par ce Hadîth, quelques-unes des substances que les hommes peuvent utiliser comme parfum : le musc, l'ambre, le bois d'aloès, le camphre. As-Sindî traduit "dhikârat ut-tîb" par : "le parfum qui convient à l'homme" (قوله "بذكارة الطيب" هو بكسر الذال المعجمة وراء: ما يصلح للرجال، كالمسك والعنبر والعود والكافور؛ وهي جمع ذكر؛ وهو ما لا لون له). Puis il explique : "Le musc et autre que lui parmi les parfums des hommes, ont aussi une couleur." "[Mais en fait] le propos du (Prophète) : "(le parfum des femmes est) ce dont la couleur est visible", cela signifie : "ce qui a une couleur recherchée en tant que parure"" ("قوله "ما ظهر لونه" أي ما يكون له لون مطلوب لكونه زينة؛ والا فالمسك وغيره من طيب الرجال له لون. ثم هذا إذا أرادت الخروج والا فعند الزوج تتطيب بما شاءت") (Hâshiya 'alâ Sunan in-Nassâï, tome 8 p. 159).
En un mot : la musulmane ne doit pas, lorsqu'elle se trouve en présence d'hommes qui ne sont ni son mari ni ses proches parents, ou va passer dans un lieu où de tels hommes se trouvent, porter un parfum dont l'odeur serait ressentie par ceux dont elle passe à proximité : ce type de parfum est réservé aux hommes. Si cela est interdit à la femme, c'est à cause de ce que dit un autre hadîth bien connu : "عن أبي موسى، عن النبي صلى الله عليه وسلم، قال: "كل عين زانية. والمرأة إذا استعطرت، فمرت بالمجلس فهي كذا وكذا" أي زانية" ("D'après Abû Mûssâ, le Prophète (sur lui la paix et le salut) a dit : "Tout œil est adultère. Et la femme, quand elle se parfume et passe à travers une assemblée [d'hommes], est ceci et cela", c'est-à-dire une adultère.") (at-Tirmidhî, 2787, an-Nassâï, 5126). Quant au musulman (mais ce, pour sa part, qu'il sorte de chez lui ou qu'il y reste), il ne doit pas utiliser de substances colorées embellissant l'épiderme (lesquelles sont en général par ailleurs parfumées) : cela est réservé aux femmes (voir Hâshiyat us-Sindî 'alâ Sunan in-Nassâï, tome 8 p. 160). Dans le même ordre d'idées, Ibn Battâl a écrit que "les hommes ne doivent pas s'embellir le visage avec des substances colorées, ceci étant réservé aux femmes qui peuvent, elles, utiliser de telles substances pour se parfumer [légèrement] le visage et se l'embellir" (Fat'h ul-bârî, 10/449).
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