Le Design Voile à Gruissan : Histoire d'une Architecture Audacieuse et Originale

Introduction

Gruissan, destination estivale par excellence, recèle de nombreux secrets patrimoniaux et se révèle être un écrin d’histoire. La création du port de Gruissan, marquée par une architecture audacieuse et originale, a fait date dans l'histoire de cette ville côtière. La labellisation du port au titre du patrimoine bâti du XXe siècle témoigne de la reconnaissance de son intérêt patrimonial en tant que témoin d’une évolution technique, économique, sociale, politique et culturelle de notre société.

La Genèse du Projet : Une Mission Nationale et des Architectes Visionnaires

Au niveau national, une mission a été lancée pour choisir les sites à urbaniser. Les architectes, dont Raymond Gleize pour Gruissan, ont dû définir concrètement l’emplacement des ports et des constructions à partir de l’existant. Cette entreprise colossale, menée par l’État, a été confiée à de grands architectes, dont Raymond Gleize pour Gruissan. Leur travail, selon leurs différentes sensibilités, fut destiné à favoriser le dépaysement des vacanciers. Ce devait être la Floride de demain selon « Paris Match ». Pour Gruissan, Raymond Gleize opte pour une architecture en voutains.

À Gruissan, l’espace est morcelé entre les reliefs (Pechs, Clape), le village de pêcheurs qui s’enroule autour de son Château depuis le XIème siècle, et la plage des Chalets, urbanisée dès les années 1850 dans le cadre d’un tourisme familial et spontané. La station de grande capacité (50 000 lits sont prévus dans le projet initial) doit donc s’insérer dans cet espace. La Mission a acquis 1 500 ha de terrain. Pour comparaison, l’emprise du foncier dans les autres stations s’étendait seulement de 400 à 700 ha (700 ha pour le Cap d’Agde).

Les Premiers Projets : Gigantisme et Hostilité

Les tous premiers projets pour la station de Gruissan paraissent, de façon un peu prématurée, dans l’hebdomadaire Paris Match daté du 2 aout 1964. On voit sur ces projets des constructions gigantesques, futuristes, qui ont déclenché l’hostilité de la population. Les architectes réalisent plusieurs maquettes de bâtiments et les font apporter sur le site. Le port devra être abrité du vent par les reliefs, et se rapprocher du centre de vie que représente le village.

L'Architecture du Port : Entre Fonctionnalité et Esthétique

Lors de la conception du port de Gruissan, priorité est donnée à la façade coté mer. Le port est pensé pour ne pas être visible de la terre. Lorsqu’on arrive de Narbonne, on ne doit voir que le village, de l’autre coté de l’étang, les immeubles du port se dévoilant petit à petit. Par contre, l’arrivée depuis la mer doit être spectaculaire, conçue come un véritable tableau, par un cheminent progressif à travers l’embouchure, les différents bassins et la trouée vers le village (perspective aujourd’hui masquée par des constructions plus tardive). L’architecture du port de Gruissan s’inscrit dans la mouvance des années 1960, marquée par l’alliance entre fonctionnalité et esthétique et illustrée par les bâtiments de Le Corbusier, par exemple. Concrètement, les deux architectes en chef veillent au respect du cahier des charges. Tous les projets sont soumis à leur accord afin de respecter l’unité architecturale. Afin d’éviter le « bétonnage du littoral », les architectes gruissanais proscrivent les séries et les répétitions. Ainsi, si l’altitude moyenne des constructions est de 2,50 mètres, les volumes et les hauteurs doivent varier, sans dépasser les sept étages, et favoriser les décrochements et la souplesse des lignes.

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L’architecture gruissanaise est évidemment marquée par les voutains qui surmontent les immeubles. Cette solution était la plus économique et la plus rapide. En effet, s’il avait fallu couvrir les toitures de tuiles, couverture traditionnelle dans notre midi, la production des tuileries du Lauragais n’aurait pas pu suivre. Le béton s’est donc imposé, grâce à des moulages livrés et posés rapidement. A cette raison technique s’ajoute une motivation esthétique. L’arrondi permet de moduler l’espace et d’adoucir les lignes, tout en rappelant les reliefs proches de la Clape et des Pechs. Raymond Gleize, qui avait voyagé en Afrique du Nord, s’est inspiré de l’architecture traditionnelle du Maghreb, dont certaines constructions sont adaptées aux conditions climatiques grâce à des toitures arrondies. C’est le cas d’Oued Souf (Wilaya d’ El Oued), en Algérie, dont les bâtiments présentent des similitudes frappantes avec ceux de Gruissan. On comprend donc mieux l’ambition qu’avaient les architectes en construisant la station de Gruissan : leur volonté était de créer une architecture des loisirs qui trancherait avec le cadre quotidien et urbain des touristes.

La Construction du Port : Une Transformation du Paysage

Une fois le projet d’ensemble défini, place aux engins de constructions qui vont commencer à faire vivre concrètement les idées des architectes. L’étang du Grazel est creusé pour créer l’avant-port et le port : 6 millions de m³ de sédiments sont retirés, les terrains qui vont accueillir les quais et les bâtiments sont remblayés pour être plus hauts que le niveau de la mer, avec des pieux enfoncés dans le substrat pour stabiliser les sols et assoir les constructions. Il faudra attendre 4 ans pour que les sols soient définitivement fixés. On creuse d’abord l’avant-port, avec des enrochements qui protègent l’accès au port des coups de mer et permettent d’aménager des graus avec un tirant d’eau de 3 mètres pour la navigation. Les Gruissanais, voyant les machines s’activer à leur porte, devront s’habituer à ne plus emprunter la piste pour se rendre aux Chalets, mais à passer par la digue longeant le chenal. En parallèle, les travaux d’assainissement permettent d’évacuer vers la mer les eaux usées du futur port grâce à un Sea Line de 3,5 kilomètres.

La première pierre de la résidence « Les Hublots du Port » est posée le 1er décembre 1973. Viennent ensuite les résidences Marines, Dromadaires, Saoucanelle puis Barberousse, et l’hôtel « le Corail » en 1977. Le pavillon témoin des « Dromadaires », au bord du boulevard Pech Maynaud, deviendra plus tard l’Office de Tourisme. Plusieurs millions de m³ seront nécessaires à ces constructions.

Développement Touristique et Promotion de la Station

Les promoteurs ont ciblé le client moyen potentiel de leurs appartements comme étant âgé de 37 ans, avec 1,7 enfant, cadre moyen supérieur, fonctionnaire, commerçant ou enseignant. En 1974, un studio de 30 m² se vend donc 50 000F. Avec les premières saisons touristiques se mettent en place les activités de loisirs : courts de tennis, infrastructure de nautisme (Capitainerie, base de voile), activités nature (mini-golf, aménagement de voies d’escalade…), animations (concerts, animations enfants). Toutes ces activités vont permettre de créer des emplois. Lors de la conception du port, il est prévu dès le début un budget dédié aux œuvres d’art. Cette boule de granit de Sidobre de 14 tonnes a été sculptée par Poulet de Gruissan (Robert Garcia) en 1981, année de construction de la Capitainerie. Cet artiste gruissanais était ami avec Raymond Gleize, qui lui a donné carte blanche pour créer une sculpture qui devait couronner la pointe de diamant du parvis de la Capitainerie.

La SEMEAA (Société d’Economie Mixte d’Equipement et d’Aménagement de l’Aude), mise en place dès le début de l’aménagement, vise à promouvoir la station dans le but de vendre les appartements, en partenariat avec les élus et les promoteurs, puis d’attirer les touristes. Cela passe également par des opérations de promotion en France et à l’étranger. Gruissan, jusqu’ici petit village de pêcheurs méconnu d’une clientèle nationale, doit se faire un nom et s’imposer comme une destination de vacances attrayante. La SEMEAA, qui assurait la promotion de Gruissan, mais aussi des autres stations audoises, va passer le relais en 1986 à la PROMAG (PROmotion et Animation Gruissan), une autre Société d’Economie Mixte, mais dédiée, cette fois, uniquement à la valorisation touristique de Gruissan.

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Reconnaissance Patrimoniale et Intégration du Port

Le label « Patrimoine bâti du XXème siècle », crée en 1999 par le ministère de la Culture et attribué par la Direction Régionale des Affaires Culturelles, vise à mettre en valeur les sites remarquables par leur architecture et leur urbanisme. _ Les immeubles du bassin d’honneur ainsi que la Capitainerie ont obtenu ce label en 2011 pour leur réalisation dans le cadre de la Mission Racine. Aujourd’hui, malgré de nombreux doutes et critiques lors de sa naissance, le port de Gruissan est parfaitement intégré dans son environnement, qu’il soit naturel, humain, ou économique.

Gruissan : Un Village aux Paysages Éclectiques et aux Talents Multiples

Situé dans l’Aude, entre mer et étang, Gruissan est un petit village aux paysages éclectiques et aux talents multiples. Pour visiter Gruissan autrement, partons à la découverte de ses bonnes adresses locavores, des restaurants aux producteurs locaux.

Le Paparazzo et le Mamamouchi : Fers de Lance d'une Nouvelle Vague

A l’origine de cette Nouvelle Vague de belles adresses à Gruissan, il y a les fondateurs de l’agence créative Eo. Un team de 5 mecs cools qui ont la volonté de faire de Gruissan une destination authentique, hors du temps, quasi insulaire. C’est le cas du Paparazzo, la cantine populaire sur la plage des Chalets de Gruissan. Le lieu a une capacité énorme pour nous accueillir les pieds dans le sable ou sous la paillote. Le service est ultra rapide. Le paparazzo est idéal en famille ou en groupe d’amis pour un moment convivial. A l’autre bout de Gruissan, le Mamamouchi est au bord de l’étang. Là encore, le restaurant est immense. Le bois, les couleurs sables sont omni présents. D’apparence, le Mamamouchi est l’adresse bohème chic par excellence. Dans l’assiette, dont la plupart ont été créées par la céramiste Laurie David de Narbonne, la belle surprise continue. Pavé d’onglet chimichurri (ma nouvelle passion), bao (ma grande passion), poisson grillé - pêché dans l’étang d’à côté -, assiettes à partager ou encore poké, il y en a pour tous les goûts et toutes les occasions. Véritable passionné, Mathieu le maître des lieux, met l’accent sur des vins de qualité pour accompagner les plats du Mama. Tous proviennent du massif de la Clape, que l’on voit depuis le restaurant. Boire, Manger, Aimer. Pour prolonger l’expérience Slow dans leurs restaurants, le Mamamouchi et le Paparazzo s’entourent de thérapeutes pour une programmation bien-être appelée « Nouvelle Vague ». Marché aquatique, méditation, atelier nutrition… Le choix est large.

L'Étang de l'Ayrolle et la Pêche Traditionnelle

L’étang de l’Ayrolle a des airs de bout du monde. Pour y accéder, on longe les salins. Il est 7h du matin, le soleil vient à peine de se lever. Nous rejoignons Benjamin dans le petit port entouré de cabanons de pêcheurs. Lui est issu d’une famille de pêcheurs. Son oncle, son père Denis, sont pêcheurs dans l’étang. Benjamin Bes, jeune trentenaire, compte prendre la mer. Il vient d’acquérir un bateau pour pouvoir pêcher dans la Grande Bleue. Au début, son oncle va l’accompagner mais il a déjà commencé à tâter le terrain. Benjamin raconte le premier jour où il a voulu pêcher professionnellement en étant accompagné de son père. Il se souvient « mon père m’a dit « tu as vu comment on faisait quand t’étais petit. Alors tu te démerdes ». Lui rigolait, pas moi ! En attendant, il nous emmène dans cet étang qu’il connaît par cœur mais dont les fonds sont toujours une surprise. Il pose les filets le soir et vient les récupérer le matin. Vu l’absence de vent, il sait que la pêche du jour ne sera pas bonne. Mais, surprise, on remonte deux poissons plats peu communs dans l’étang dont une sole. Depuis deux ans, il remarque qu’il y a de plus en plus de sable dans l’étang. Benjamin ne peut vous emmener pêcher avec lui pour le moment (peut-être une fois qu’il partira régulièrement en mer) mais vous pouvez le retrouver à sa cabane pour de la vente directe afin d’avoir du poisson tout juste pêché.

Le Domaine Sarrat de Goundy et les Vins de la Clape

A la table du Mamamouchi, on retrouve le vin d’Olivier Calix, du domaine Sarrat de Goundy. Olivier est un vigneron indépendant. Jusque dans les années 2000, ses parents emmenaient les raisins à la coopérative. Après un parcours en histoire de l’art, des expériences avec des architectes notamment en Finlande, Olivier revient au domaine et impulse le fait de créer son propre vin. Avec l’appellation La Clape, les vignerons ont un cahier des charges identique aux Châteauneuf-du-Pape. En plus de veiller à des raisins de qualité, à anticiper le changement climatique en plantant des cépages résistants aux fortes chaleurs, Olivier Calix a une approche philosophique du vin. Par exemple, pour l’élevage d’un de ses vins blancs, il travaille avec des jarres en terre cuite produites à la main à côté de Carcassonne. Ce côté très poreux permet d’arrondir les tanins durs. Il symbolique cela par le fait de « remettre le vin dans la terre. Faire du vin n’a pas pour autant éloigné Olivier de son amour du design. La cave et son restaurant sont un petit bijou architectural. Pour l’anecdote, les pierres sèches du mur extérieur du restaurant sont celles des vignes. Car sur le massif de la Clape, la terre à vigne n’est pas faite de petits cailloux comme dans le Var mais de bonnes grosses (et belles) pierres.

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Les Salins de Gruissan : Un Savoir-Faire Ancestral

Incontournables à Gruissan : les salins. Pour découvrir ce hot spot touristique de façon plus authentique, visitons-le avec Lony Gabanou, responsable de la production. Son père est celui qui a repris le Salin de Gruissan. En effet, après avoir contribué à l’écotourisme des salins d’Aigues-Mortes, il sauve ces salins dans les années 2000, au moment où les Salins du Midi abandonnent le site. Il met dix ans pour remettre les salins sur pied. La production d’huîtres l’a également aidé dans ce développement. Aujourd’hui, le site est très complet. Il y a un musée du sel, une galerie d’artistes (avec une collection dingue d’appareils photo argentiques !), un restaurant pour manger des produits locaux - de la mer principalement - face aux salins. A la boutique, on trouve évidemment du sel. L’effort est fait pour réussir à ne plus avoir d’emballages plastique. Mais le salin a été un des premiers à instaurer le sel en vrac, bien avant que ça soit plus répandu. On y trouve également une partie épicerie fine locavore ainsi que des produits cosmétiques. Le salin travaille avec un laboratoire dans l’Ariège. A Gruissan comme dans la plupart des salins, on est saunier de père en fils. Des sauniers approchent de la retraite. Alors les Gabanou vont former la toute première génération de nouveaux sauniers. Un grand moment de transmission et de nouvelle écriture de l’histoire. Un travail que vous pourrez découvrir durant la visite guidée, ou en trottinette électrique.

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