Voile de Coton et Toile de Jouy: Définition et Histoire

Introduction

La toile de Jouy, avec ses motifs emblématiques, évoque un pan riche de l'histoire textile française. Cet article explore en profondeur la définition du voile de coton et de la toile de Jouy, retraçant leur histoire, leurs caractéristiques distinctives et leurs utilisations variées, de la confection de vêtements légers à la décoration intérieure raffinée.

Définition du Voile de Coton

Le voile de coton est un tissu de coton caractérisé par une armure toile au tissage peu serré et l'utilisation de fils tordus. Cette structure lui confère une texture fine, fluide et légère, légèrement transparente avec un tombé souple. Disponible dans une variété de couleurs, d'imprimés, de broderies et de finitions gaufrées, il peut également être mélangé à d'autres fibres.

Atouts du Voile de Coton

  • Confort: Doux et léger, il est agréable à porter, surtout en été.
  • Polyvalence: Il existe dans une variété de couleurs et de motifs et peut être utilisé comme tissu principal ou comme doublure.
  • Respirabilité et Hypoallergénique: Comme tous les tissus 100% coton, le voile de coton est respirant et hypoallergénique.
  • Facilité d'entretien: Lavable en machine.
  • Facilité de manipulation: Non extensible, il est relativement facile à travailler malgré sa légèreté.

Utilisations du Voile de Coton

  • Tops légers, tuniques, blouses et chemisiers pour femme et enfant.
  • Robes fluides, jupes légères ou jupons pour femme et enfant.
  • Tuniques et chemises pour homme.
  • Doublures d’autres vêtements, vestes ou jupes.
  • Foulards et mouchoirs.
  • Voilages ou linge de lit estival.
  • Projets de décoration, ouvrages pour enfants.

Définition de la Toile de Jouy

Si le nom « toile de Jouy » évoque aujourd’hui des toiles à motifs historiés, composés de personnages et d’animaux dans des paysages idéalisés, dont le dessin est réalisé à l’aide de hachures en une seule couleur sur fond blanc, il désignait à la fin du XVIIIe siècle et au début du siècle suivant la totalité de la production de la manufacture Oberkampf de Jouy-en-Josas.

Caractéristiques de la Toile de Jouy

Reconnaissable par ses imprimés représentant des scènes de chasse, de vie paysanne ou de nature, la toile de Jouy séduit par son esprit maison bourgeoise ou campagne chic.

À l'origine, les scènes de genre présentes sur la toile de Jouy sont monochromes. Variant du brun au gris en passant par le bleu, ou du rose au bordeaux, elles sont imprimées sur un fond blanc ou écru. Il existe également des toiles imprimées en négatif, avec un fond de couleur et des motifs clairs.

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Histoire de la Toile de Jouy

Les Débuts de la Manufacture Oberkampf

La toile de Jouy tire son nom de la manufacture fondée en 1760 à Jouy-en-Josas par Christophe-Philippe Oberkampf, un entrepreneur et imprimeur d'origine allemande. Jouy-en-Josas fut sélectionnée, près de la source de la Bièvre, pour la qualité de son eau. Grâce aux qualités exceptionnelles de son chef d'entreprise, la Manufacture Oberkampf deviendra la plus grande d'Europe. Son activité couvrira en 1821 plus de 14 hectares et emploiera 1 327 personnes.

L'essor de la Production d'Indiennes

La manufacture d'Oberkampf s'inscrit dans un contexte d'engouement pour les "indiennes", des toiles de coton imprimées importées d'Inde. Appelée aussi "indienne", la Toile de Jouy est un tissu de coton peint ou imprimé. Il est à la pointe de la mode et très prisé par toutes les dames tant à la Cour qu'à la ville. Ces étoffes colorées suscitent un tel intérêt qu'elles sont rapidement imitées en Europe.

L'interdiction des Indiennes et l'Opportunité pour Oberkampf

Cet afflux de cotonnades colorées inquiéta suffisamment les producteurs textiles européens pour aboutir à des prohibitions plus ou moins strictes et longues suivant les pays. En France, la prohibition fut triple, interdiction d’importer, de fabriquer et de porter des indiennes, et dura de 1686 à 1759.

Lors de la levée de la prohibition, des investisseurs français eurent besoin d’ouvriers qualifiés pour imprimer sur le coton. C’est ainsi qu’Oberkampf, fils d’imprimeur textile germanique, petit-fils de teinturier, arriva en France. Grâce à ses grandes connaissances techniques, il réussit à monter sa propre fabrique en 1760 à Jouy-en-Josas.

Techniques d'Impression

Au départ imprimée à l'aide de planches en bois gravées, la toile de Jouy a peu à peu vu l'impression de ses motifs à personnages évoluer grâce à l'impression au cadre, permettant d'appliquer plusieurs couches de nuances différentes. Enfin, le baron Oberkampf modernisera le procédé en adoptant la technique du rouleau de cuivre gravé. Une avancée considérable qui rendra possible l'impression de la toile en continu.

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Si on observe l’envers des toiles produites par Oberkampf ou si on les regarde au microscope, on constate que la couleur imprègne la fibre de coton. La teinture consiste en effet à lier chimiquement des colorants à la cellulose des fibres. La teinture se distingue en cela de la peinture. Les colorants utilisés pour la teinture ne sont pas des pigments. Les pigments sont des solides réduits en poudre fine et sont insolubles. Il faut leur ajouter des liants pour assurer leur cohésion, toujours fragile avec le support.

Il existe plusieurs types de colorants et donc plusieurs techniques pour obtenir la liaison chimique entre la molécule de colorant et la fibre. À l’époque d’Oberkampf, on emploie des mordants pour obtenir par exemple les couleurs allant du rose au rouge au brun presque noir avec les colorants présents dans les racines de garance (colorants anthraquinoniques comme l’alizarine). Ces mordants sont des sels métalliques qui permettent de développer à l’intérieur même de la fibre un complexe insoluble colorant-mordant. La gaude pour le jaune et la garance, le kermès et la cochenille pour les rouges sont des colorants à mordants. D’autres colorants peuvent être appliqués directement sur la fibre, d’autres enfin sont dits « colorants de cuve » comme l’indigo.

L'apogée de la Toile de Jouy

Forte de son succès, la manufacture sera nommée "manufacture royale" par Louis XVI. Tous les motifs imprimés à Jouy ont des qualités picturales car Oberkampf accordait une importance primordiale au « dessin » et pour les toiles historiées dites « à personnages » n’hésitait pas à faire appel à des peintres. Le plus important d’entre-eux fut Jean Baptiste Huet (1745-1811), peintre académicien qui porta le genre des toiles de Jouy à sa plus haute qualité. Travaillant en collaboration étroite avec Oberkampf Huet produisit des compositions harmonieuses et variées parfaitement adaptées aux contraintes techniques de l’impression à la plaque de cuivre et à la répétition des motifs sur le tissu. Huet excellait dans les scènes pastorales et légères, les bergeries qui attestent de la filiation de son style avec celui de François Boucher. Il travailla pour la manufacture de toiles de Jouy dirigée par Oberkampf en fournissant diverses saynètes destinées à être imprimées sur des toiles de coton.

Motifs et Inspirations

Parmi les indiennes historiées, plusieurs prennent leurs sujets dans les œuvres en vogue, dont celles des succès de l’actualité littéraire, telles les œuvres de Marmontel (Bélisaire, Les Incas), Bernardin de Saint-Pierre (Paul et Virginie), Chateaubriand (Atala), Carmouche (Le Vampire).

Dès 1760 les manufactures d’indiennes prolifèrent en France et tout particulièrement celle d’Oberkampf à Jouy-en-Josas. Parmi les toiles historiées, plusieurs prennent leurs sujets dans les œuvres en vogue de l’époque, celles qui ont un grand retentissement auprès du public en raison de leur actualité tant littéraire que musicale. Parmi ces œuvres, certaines sont devenues de grands classiques comme Atala de Chateaubriand ou Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre.

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Le Déclin et la Fermeture de la Manufacture

Le déclin arrive dès 1830 ; paradoxalement l’industrialisation avec les impressions de masse à la plaque de cuivre et au rouleau accroissent la production d’indiennes et, en réalité, la détruise. Les indiennes inondent le marché, elles perdent leur caractère confidentiel et désirable et deviennent trop présentes, puis se démodent et enfin sont délaissées. Les manufactures ferment et Jouy-en-Josas est parmi les dernières à fermer en 1843.

La Toile de Jouy Aujourd'hui

Depuis sa création au XVIIIe siècle, la toile de Jouy a toujours su s'inviter dans nos intérieurs. En tapisserie murale, tissu d'ameublement ou encore motif de vaisselle… cela fait près de 300 ans que la célèbre toile se décline et se réinvente au fil des époques. Tout en restant fidèle à sa trame initiale, elle est peu à peu devenue un indémodable de la déco.

Si le choix des coloris n'était pas très large au XVIIIe siècle, il s'est diversifié depuis. Au point de proposer des teintes plus osées : vert anis, rose fluo, jaune citron… la toile de Jouy a su casser les codes traditionnels et se réinventer. Les motifs ont eux aussi subi un petit dépoussiérage. Afin de donner un coup de jeune à la toile de Jouy, les accessoires déco et textiles d'ameublement ne manquent pas d'audace. Vaisselle, rideaux en toile de Jouy, coussins, housse de couette toile de Jouy, tête de lit, papier peint toile de Jouy, vase… les motifs d'Oberkampf ont progressivement investi toute la maison. La toile de Jouy prend même ses quartiers dans le jardin : parasol, chilienne ou encore voile d'ombrage n'échappent pas à la tendance.

Le Musée de la Toile de Jouy

Créé en 1977, le musée de Toile de Jouy, situé au sein du château de l’Eglantine fait renaître les mémoires de la célèbre Manufacture de Jouy fondée en 1760 par l’entrepreneur et imprimeur Oberkampf. Le musée de la Toile de Jouy a été créé en 1977 à Jouy-en-Josas, ville d'origine de la Toile de Jouy, pour assurer la pérennité de l'œuvre de son créateur Christophe-Philippe Oberkampf et promouvoir les qualités d'esprit d'entreprise, d'humanisme et d'ouverture sur le monde.

Installé en 1991 au Château de l'Eglantine, le musée témoigne de la qualité et du savoir-faire des productions de la manufacture Oberkampf, active de 1760 à 1848. Ses collections rassemblent près de 10 000 pièces du XVIIIe siècle à nos jours : toiles peintes et imprimées, albums d'échantillons, dessins, gouaches, peintures, costumes, mobilier, linge de lit, ainsi que divers outils et mécanismes liés à la technique de l'impression. La production de Jouy-en-Josas ainsi que d'autres productions françaises (Normandie, Alsace, Provence) et étrangères (Grande-Bretagne, Italie) sont illustrées.

Ce joli musée, qui vraiment vaut le détour, nous offre une plongée immersive au cœur de la production de la manufacture Oberkampf (1760-1843) et de ses 30 000 motifs imprimés. Une promenade dans les intérieurs inspirés de la famille Oberkampf, une chambre, un bureau et un salon de musique, invite le visiteur à découvrir l'utilisation des tissus imprimés dans l'ameublement. La visite des collections permanentes permet de découvrir l'histoire, les techniques d'impression et l'utilisation de la Toile de Jouy dans l'habillement et l'ameublement.

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