L'histoire du voile, un symbole aux multiples facettes, est intimement liée aux évolutions sociales, politiques et religieuses. À travers le prisme de la Révolution française et de la ville de Menton, cet article explore les différentes significations et transformations du voile, des disparitions contraintes aux réappropriations identitaires.
Introduction
Le voile, souvent perçu comme un symbole religieux spécifique au christianisme, possède en réalité une histoire riche et complexe. Son rôle et sa signification ont évolué au fil du temps, reflétant les changements de mentalités et les bouleversements sociopolitiques. En France, l'Ancien Régime associait le port du voile à la soumission des femmes à un système patriarcal d'essence chrétienne. Cependant, la période révolutionnaire, marquée par des innovations dans l'apparence et des transformations profondes, a remis en question cette image.
Les Voiles Interdits de la Mort
La Révolution française a été une période de dévoilements, tant physiques que symboliques. La disparition du crêpe monastique et funéraire, autrefois symbole de richesse des communautés religieuses et de pompes funèbres coûteuses, est un phénomène oublié de cette époque. Cette disparition est liée à la contestation de la richesse de communautés religieuses de plus en plus réduite, aux combats contre les vocations forcées et la « séquestration » de femmes qui seraient « oisives », « superstitieuses » et « infécondes », à la promotion des ordres « utiles » dits apostoliques (enseignants et/ou hospitaliers, par opposition aux « contemplatifs »), aux fantasmes de transparences, à l'apaisement des peurs liées au « dernier repos » et au Salut, à la méfiance à l'égard de pompes funèbres jugées trop coûteuses, etc.
La Disparition du Crêpe Monastique et Funéraire
L'abandon du voile par les religieuses, contraintes par la quête d'un nouvel asile et de revenus suffisants, l'enfermement des récalcitrantes, les fuites dans la clandestinité ou l'exil, marque une rupture avec la tradition. Pour ces femmes, le voile était « la marque de subjection à leur Époux Éternel » et « la muraille de séparation » destinée à les « dérober aux yeux des Hommes » pour ne « vivre que pour Luy ».
Les Voilées de la Révolution : Un Choix Vestimentaire Difficile
Devenues des « citoyennes », les « cy devant religieuses » doivent faire des choix vestimentaires difficiles pour éviter la suspicion. La plupart vivent leur changement de garde-robe comme « une croix » et une étape vers le martyre, traumatisées par l'abandon des conforts relatifs d'une vie communautaire « réglée ». La violence, au moins symbolique, faite à des femmes de foi, contraintes de renoncer, brutalement, aux obligations - consenties - de la vie monacale féminine est indéniable : enfermement, effacement de soi, soumission, silence, voilement du corps et de ses affects, mais aussi pratiques de piété, quête spirituelle, vie intellectuelle. Rompre les engagements que j’ai librement et par choix contractés avec Dieu, c’est ce que je ne ferai jamais. Je Lui ai donné ma parole pour la vie, mon cher Solitaire.
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L'Oubli des Silhouettes Endeuillées
La Révolution française voit aussi disparaître les silhouettes, singulières et masculines, des deuillants, autrefois présentes dans l'art médiéval tardif et sur nombre de gravures de pompes funèbres. L'avocat protestant Boissy d'Anglas (1756-1826) déclare le 3 ventôse an III (21 février 1795) : « Vous ne souffrirez pas davantage que vos routes, vos places publiques soient embarrassées par des processions ou par des groupes funèbres ». Ces hommes, vêtus de grands manteaux sombres et coiffés de chapeaux à larges bords ornés d'un voile de crêpe, sont remplacés par une iconographie révolutionnaire qui efface les marques visibles du deuil.
Retour du Religieux et Autres Modes (1799-1800) : Luxe et Deuil ?
Après 1800, le Concordat et les efforts de christianisation mènent à une renaissance de la visibilité du « deuil » et des vêtements religieux. Cependant, cette renaissance est genrée et inégalitaire : grandiloquente chez les femmes, devenues les « vitrines » de leurs compagnons laïcs et les zélatrices d’une Église plus que jamais combattante et hiérarchisée, cette renaissance ne concerne guère les hommes menant une vie profane.
Les Voiles Prolétaires : Camouflage et Résistance
Sous la Révolution, les disparitions des voiles de la mort cohabitent avec l'adoption volontariste par les femmes, toutes classes confondues, de foulards prolétariens à des fins de camouflage et, éventuellement, de résistance identitaire. Ces foulards allient modestie, malléabilité et même élégance et, sans renier des modes anciennement en usage, ils rappellent l’existence de non-modes, invisibles ou oubliées, bien que très répandues. Le carré de tissu, qu’il soit de grosse toile, de fine mousseline, d’indienne et même de dentelle, s’arrime facilement aux cheveux ou à une sous-coiffe par des épingles ou par un ou plusieurs nœuds (sous le cou, sur la nuque ou au-dessus du front).
Un Accessoire Méconnu des Modes Prolétaires
Il est difficile de connaître les coiffures du quotidien révolutionnaire malgré l’abondance des images qui semblent les présenter avec précision. Coiffes de lingerie avec ou sans cocardes des femmes, bonnets phrygiens et chapeaux ronds des hommes, mouchoirs noués par les deux sexes sur des cheveux dépoudrés, peuplent les tableaux de genre, les portraits et les gravures de propagande qui subsistent de ces temps. Ces « marmottes », « mouchoirs », « fanchons » ou « fichus » (un flou sémantique révélateur) n’ont guère suscité l’enthousiasme des observateurs et des artistes masculins qui les évoquent rarement et les dépeignent moins souvent encore.
Le Mouchoir : Cache-Misère, Masque Politique et Marque Identitaire
Un « mouchoir » - une pièce plus ou moins grande de textile léger plié en triangle - peut servir aisément de cache-misère, de masque politique et/ou de marque identitaire, d’autant que, sous des formes variées, il est un accessoire, traditionnel et méconnu, des modes prolétaires et de quelques « guises » provinciales.
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Voiles et Transparences : Un Jeu de Révélation et de Dissimulation
Les tissus totalement transparents se multiplient dans l’habillement féminin du Moyen Âge européen au xive siècle et leur présence picturale dans les manuscrits enluminés et les tableaux s’accroît au xve siècle. Figurant parmi les thèmes tirés de récits mythologiques ou courtois, ils s’imposent surtout dans les programmes religieux comme la Crucifixion et la Vierge à l’Enfant ou accompagnée de saints. Leur abondance picturale n’est pourtant pas égalée par les attestations textuelles qui soit sont réduites, soit emploient d’autres termes pour les désigner. C’est cet écart qui nous incite à interroger leur valeur et à leur signification dans la culture médiévale.
Le Voile à Menton : Entre Histoire et Modernité
La ville de Menton, avec son riche patrimoine et son histoire particulière, offre un contexte intéressant pour étudier l'évolution du voile. Des personnalités telles que James Henry Bennet, qui a transformé la ville en une station climatique renommée, ou Hans-Georg Tersling, l'architecte de la Belle Époque qui a façonné le visage de Menton, ont contribué à l'essor de la ville et à son ouverture aux influences extérieures.
Les Villas Emblématiques de la Côte d'Azur
La French Riviera, et Menton en particulier, est reconnue pour son prestige et son riche patrimoine architectural. Des villas emblématiques comme la villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat ou la villa E-1027 à Roquebrune-Cap-Martin témoignent de l'histoire et du luxe de la région.
Le Mentonnais : Un Patrimoine à Préserver
Jean-Louis Caserio, fondateur de la Société des arts et d'histoire mentonnais, s'est engagé à réhabiliter le mentounasc, le parler local. Cette initiative souligne l'importance de préserver l'identité et le patrimoine culturel de Menton.
Une Casemate Témoin de l'Histoire
La casemate de Menton, un ouvrage militaire datant de la Seconde Guerre mondiale, témoigne des événements historiques qui ont marqué la région. Ce lieu de mémoire rappelle la résistance des chasseurs alpins face à l'invasion italienne.
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