Les réglages du foc au près sont essentiels pour optimiser la performance de son voilier. Maîtriser ces réglages permet d’améliorer la vitesse et le cap de votre bateau, en fonction des conditions de vent.
Introduction
La voile est l'un des moyens les plus anciens et les plus élégants de se déplacer sur l'eau. Depuis des siècles, des navigateurs du monde entier naviguent grâce à la puissance du vent. La voile nautique est un art qui a évolué au fil des siècles, avec des innovations dans le design, la conception et la technologie qui ont permis aux marins de naviguer plus efficacement et plus sûrement. La plupart des voiliers sont gréés en sloop, ce qui signifie qu’ils sont composés de deux voiles triangulaires, la grand-voile, à l'arrière du mât, et la voile d’avant. Dans cet article, nous examinerons en détail le fonctionnement du foc, une voile d'avant cruciale pour la performance d'un voilier, en particulier lors de la navigation au près. Nous aborderons les réglages de base, les interactions entre le foc et la grand-voile, et les ajustements fins pour optimiser votre navigation.
Le Foc : Une Voile d'Avant Essentielle
Le foc, ou le génois suivant les bateaux, est une voile située à l’avant du voilier. Son rôle est d'équilibrer le bateau et de maximiser sa propulsion. Il est important de noter qu'il existe plusieurs types de focs, en fonction de leur forme et de leur couverture. Un grand foc ayant un point d'écoute haut s'appelle un yankee, un foc dont la bordure descend au plus près du pont est un génois, et le plus petit modèle de foc est un tourmentin.
Réglage de Base du Foc
Le réglage de base consiste à border le foc à la limite du faseyement, c’est-à-dire lorsque la voile commence à battre légèrement. Cela permet d’optimiser la propulsion sans trop de résistance. L’écoute doit être alignée avec la bissectrice de l’angle formé par le point d’écoute de la voile.
Petit Temps : Privilégier la Puissance
En effet, prenons le cas du petit temps. Ici, notre priorité sera d’avoir de la puissance, afin d’avancer. Sinon, si le voilier n’avancera pas et ne fera pas de cap du tout. Dans tous les cas, lors de vos navigations au près, vous serez généralement confrontés au dilemme suivant : privilégier le cap ou la vitesse ? En maîtrisant ces réglages, vous pourrez adapter votre foc aux conditions de navigation et optimiser la performance de votre voilier au près.
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Interaction entre le Foc et la Grand-Voile
Je suis certain que vous savez tous que si vous modifiez le réglage d’une des deux voiles, cela affecte les deux voiles du fait de l’interaction qui existe entre elles. Voici un point préliminaire discuté longuement avec Bertrand CHERET qui a écrit des ouvrages passionnants sur les voiles et les gréements :
Lorsque le bateau et son gréement fractionné avance sur l’eau au près, il pousse l’air qui est devant lui. L’air contourne alors le bateau, le flux qui atteint le foc est alors dévié et il est plus adonnant. Il va ensuite accélérer sur la face sous le vent des voiles ce qui provoque une succion qui va résulter en une force dont une composante propulsive fait avancer le bateau et l’autre latérale qui va le faire gîter et le faire dériver.
Rôle Respectif du Foc et de la Grand-Voile
Oublions d’abord cette idée que le foc accroît l’efficacité de la grand voile. En effet, l’air qui s’écoule sur l’extrados de la grand voile (sa partie sous le vent), s’écoulerait bien plus vite si il n’y avait pas de foc. En fait le foc décroît la puissance de la grand voile, et plus le couloir est fermé et plus cette décroissance est grande.
C’est exactement l’inverse qui se produit pour le foc. Le flux d’air de son extrados est accéléré bien plus que si la grand voile n’était pas présente. C’est en fait la grand voile qui accroît la puissance du foc.
De plus, du fait de leur proximité, le foc va naviguer dans un air plus adonnant, car l’air en avant du bateau est “poussé” par le bateau qui avance et qu’il va contourner le gréement ; la grand voile va, elle, naviguer dans un flux d’air plutôt refusant. Cela parait fou, mais la grand voile doit être bordé plus au centre du fait de la présence du foc, qu’elle ne le serait s’il n’y avait pas de foc.
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Il en résulte que le foc produit une force propulsive plus efficace, et peu de force de gîte, alors que la grand voile génèrera moins de force propulsive et plus de force pour faire gîter le bateau. Finalement, au près, le foc est plus efficace que la grand voile.
L'Importance de l'Équilibre
Avant que vous vous disiez, je laisse tomber ce gréement fractionné pour un gréement à foc seul laissez moi vous dire que si la grand voile n’était pas là, le foc seul ne serait qu’une piètre voile. Ce que la grand voile perd en performance, est récupéré par le foc.
De plus, la flux d’air qui est accéléré par le foc et sa capacité à naviguer dans un air adonnant, stabilise les voiles et les retient de fasseyer, alors que la pression réduite sur la grand voile qui résulte du couloir, et le vent refusant qu’elle rencontre, évite au flux d’air de décrocher.
C’est crucial de penser que les deux voiles forment une aile unique qui a une grande marge de réglage. Gardez à l’esprit, toutefois, que le foc joue un rôle primordial pour faire avancer le bateau. A tout moment, il faut éviter que le foc décroche ou qu’il soit trop bordé. Utilisez des penons et regardez les attentivement.
Il y a des fois où on veut faire décrocher la grand voile ou la garder surbordé toutefois, et on va y revenir. Mais à présent, voyons ce à quoi s’attendre quand on modifie un réglage soit de la grand voile, soit du foc. Dans les deux cas, je pars du principe que votre bateau est correctement réglé.
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Impact des Réglages sur le Bateau
Dans les deux cas, il est présumé que votre bateau est correctement réglé. L'objectif est d'optimiser les performances en ajustant les réglages en fonction des conditions changeantes.
Modification des Réglages de la Grand-Voile
- Choquer la grand-voile : Quand on choque la grand voile, on modifie l’action des forces sur la grand voile vers l’avant. Vous allez donc réduire la gîte et augmenter la vitesse. C’est très pratique dans les risées quand il y a des conditions musclées et si votre gréement est trop grand et que vous voulez garder le contrôle du bateau. Cela va réduire la tendance à lofer du bateau, et vous réduisez la dérive parce que le bateau gîte moins. La puissance du foc va décroître et les deux voiles vont peut-être faséyer - ce qui va vous obliger à abattre pour garder de la vitesse. En d’autres termes, on ne peut plus pointer autant avec la voile choquée.
- Border la grand-voile : C’est le cas opposé. Quand vous bordez la grand voile, vous accentuez la gîte et réduisez la force propulsive du gréement. Le bateau devient plus ardent, et la dérive latérale augmente. La puissance du foc augmente et les deux voiles peuvent décrocher. Il faut alors pointer plus haut dans le vent, et cela réduit la vitesse. Border trop la grand voile, doit donc être évité en dehors des situations où il faut pointer un maximum dans le vent. Gardez à l’esprit que vous ne pouvez pas naviguer bien longtemps dans ce mode, quelques longueurs tout au plus, avant que la vitesse ne décroisse et que la dérive augmente au point de plus perdre de terrain que d’en gagner.
Modification des Réglages du Foc
- Choquer le foc : En choquant le foc vous accroissez sa puissance, et vous réduisez la gîte tout comme c’était le cas pour la grand voile. En plus cela va accroitre le flux sur l’extrados de la grand voile, cela va accroitre sa puissance et la gîte du bateau. La moindre gîte causée par le fait de choquer le foc, et la gîte prononcée par l’effet sur la grand voile se compensent à peu près ; le résultat est que la puissance du gréement est accrue quand vous choquez le foc. Le piège est que la grand voile va naviguer dans un vent apparent qui vient moins de l’avant et qu’elle va avoir tendance à décrocher. De plus le bateau va devenir plus ardent car le centre de poussé vélique recule. C’est exactement ce que vous désirez dans les petits airs du moment que vous ne fassiez pas décrocher la grand voile.
- Border le foc : C’est la situation opposée où la force propulsive du foc diminue et la gîte qu’il génère augmente. La succion sur l’extrados de la grand voile va être réduite, ce qui va diminuer la gîte et la force propulsive de la grand voile. La grand voile va évoluer dans un vent apparent venant plus de l’avant, le foc peut renvoyer dans la grand voile, en formant comme une bulle juste derrière le mât. Cela va réduire la gîte du bateau et la force propulsive générée par la grand voile. Le centre de poussé vélique va se déplacer vers l’avant, le bateau va devenir beaucoup moins ardent. Le gréement est moins puissant sans que cela affecte sa capacité à remonter au vent.
Le Réglage Fin du Foc
À ce stade, vous avez une idée assez claire sur l’impact des modifications de réglages d’une des voiles sur l’autre et l’effet sur le bateau et cela va vous éclairer sur la façon d’exploiter cela pour régler le bateau dans différentes conditions. C’est ce qui sous-tend ce que l’on fait quand on règle le foc - c’est le réglage fin du foc. Il ne faut pas se reposer là dessus pour corriger un mauvais réglage du gréement. Votre bateau doit être correctement réglé pour les conditions du jour et le réglage fin du foc n’est là que pour s’adapter aux conditions changeantes sans avoir à changer de gréement, ou sa position, alors qu’en jouant sur le foc on peut s’adapter.
Une exploitation judicieuse du réglage fin du foc va vous permettre de le choquer dans les petits airs, ou de le border plus dans les risées. Ce réglage ne devrait jamais être maintenu à son max dans un sens ou dans l’autre. On touche à son intérêt majeur qui est de trouver le bon compromis entre grand voile et foc au cours de session de réglage.
Conseils d'Utilisation du Réglage Fin
Un mot enfin sur l’utilisation du réglage fin du foc. Ayez à l’esprit que tout changement à l’écoute du foc nécessitera une modification de la trajectoire du bateau pour éviter que le foc ne faseye ou ne décroche. En plus des penons de foc, vous devriez avoir des penons dans la grand voile au milieu. Quand les voiles sont bien réglées, tous les penons doivent être collés.
Si vous associez le réglage fin du foc avec le réglage du winch, vous pouvez soulager la voile en bordant d’abord le foc, puis en choquant les deux voiles et enfin en remettant le réglage fin du foc à la position neutre. Dans les claques, vous pouvez naviguer avec la grand voile qui faseye et son penon au vent décroché. En inversant la procédure, vous pouvez border la grand voile jusqu’à ce qu’elle soit sur le point de décrocher et pointer au maximum, mais pas longtemps.
Les Différents Types de Voiles d'Avant
Pour bien comprendre le rôle du foc, il est utile de connaître les autres types de voiles d'avant disponibles sur un voilier. Le choix de la voile d’avant d’un bateau dépend de plusieurs facteurs: le type de voilier, le contexte d’utilisation de cette dernière (croisière, tour du monde, régate), le niveau de navigation de l’équipage et du skipper (facilité d’utilisation), les performances désirées (confort, rapidité), mais aussi du budget disponible.
Il existe plus d’une dizaine de voiles d’avant, mais nous nous concentrerons sur les 4 voiles les plus utilisées: le génois, le foc, le solent et le tourmentin.
Le Génois
Le génois est la voile d’avant la plus grande, c‘est une voile trapézoïdale. Il est généralement utilisé pour naviguer à des allures de croisière en voilier en haute mer. Il est constitué de Dacron, un textile synthétique qui permet une grande rigidité et une robustesse de la toile. C’est une voile de près, ce qui signifie qu’on navigue avec lorsque le bateau est situé à moins de 40 degrés du vent. Le taux de recouvrement du génois est supérieur à 100%, cela signifie que sa hauteur atteint la tête du mât et que sa largeur occupe l’espace entre le mât et le nez du bateau. Les avantages du génois sont sa facilité à manœuvrer et sa souplesse. Néanmoins, son coût est élevé lors de l’achat et de l’entretien.
Le Foc
Le foc est une voile plus légère et plus petite que le génois. Sa particularité est qu’il ne remonte pas jusqu’en haut du mât, ce qui le rend facilement reconnaissable. Il est aisément maniable grâce à sa forme creuse qui lui permet d’éviter les transitions violentes quand le voilier se situe de travers. L’avantage d’avoir une voile creuse et non raide est qu’elle se dégrade beaucoup moins rapidement, néanmoins, le bateau sera beaucoup plus lent durant la navigation. Le foc est donc une voile idéale pour naviguer à un rythme de croisière, proche des côtes. Son prix est logiquement moins élevé que celui des autres voiles grâce à sa superficie. De plus, sa durée de vie est d’environ 5 ans, cependant elle peut s'abîmer rapidement face à des rafales de vents.
Le Solent
Le solent est une voile d’avant de taille intermédiaire entre le génois et le foc, son recouvrement monte jusqu’à la tête du mât mais n’est pas aussi large que le génois. Ce dernier est une voile raide, ce qui signifie que la voile ne se gonfle pas lorsqu'elle prend le vent, et donc qu’elle est bien plus performante. Il est souvent utilisé en régate grâce à la vitesse qu’il permet d’atteindre. Le solent est cependant difficile à manier et à hisser de par de son poids important émanant de sa taille et de sa composition en polyester bien plus dense que les autres voiles. Par ailleurs, cette voile se détériore rapidement car le vent détend les tissus et qu’elle se plie lorsqu’elle est enroulée.
Le Tourmentin
Le tourmentin est une petite voile, semblable à un foc, qui est constitué de tissu épais et conçu pour être très résistant. Malheureusement lorsqu’on le hisse, ce n’est pas bon signe. C’est en effet une voile de tempête que l’on dresse durant les vents puissants qui risquent de déchirer les autres voiles. Facile à transporter, on le retrouve souvent dans la cale des voiliers de navigateurs réguliers pour qui, sortir durant des vents de force 5 est une partie de plaisir. Il est d’ailleurs conseillé d’en avoir un dans tous les voiliers en cas de rafales imprévues.
Les Spinnakers
Les voiliers peuvent aussi comporter un spinnaker ou “spi”. Cette sorte de voile ressemble à un parachute, on la hisse lorsque l’on souhaite que le voilier navigue à des allures importantes, en recevant le vent à l’arrière. Contrairement aux autres voiles, le spi n’est pas forcément fixé sur l’étai. Il existe 2 types de spi, le spi symétrique et le spi asymétrique. Le textile utilisé pour le spinnaker est l’un des facteurs essentiels qui lui permet sa légèreté. Le spi symétrique est généralement fait en nylon, alors que le spi asymétrique lui, est fait de polyester.
Le Spinnaker Symétrique
Un spinnaker symétrique est idéal pour naviguer aux allures grand-largue et par vent d’arrière. Il offre une grande vitesse, ce qui est idéal pour les voiliers mais aussi les catamarans, néanmoins il nécessite des compétences de manœuvrabilité supérieure à celles du spi asymétrique. Le spinnaker symétrique peut être hissé avec son point de drisse en haut du mât et une poulie ou des bouts.
Le Spinnaker Asymétrique
Le spinnaker asymétrique est plus récent que le symétrique. Il fût conçu spécialement pour la course. Sa particularité est qu’il est beaucoup moins creux que le spi symétrique, ce qui lui permet d’être encore plus rapide. Par ailleurs, ce dernier ne navigue pas par vent d’arrière, mais uniquement par grand-largue ou vents de travers.
L'Enrouleur de Foc : Confort et Facilité
L'enrouleur de foc apporte beaucoup de confort à bord. Il permet de dérouler le génois tout en restant à l’intérieur du cockpit sans avoir à aller hisser la voile à l’avant. De plus, il permet d'enrouler rapidement la voile en cas de problème, entièrement ou en partie, en effectuant quelques tours sur l’enrouleur. Cela a pour effet de raccourcir la voile et de dégager la vision nécessaire.
Installation et Entretien
L'installation d'un enrouleur de foc nécessite de suivre les prescriptions des notices de montage. Il est important de vérifier si vous pouvez réaliser le montage vous-même ou de faire appel à des professionnels. Une voilerie spécialisée peut effectuer le travail d’adaptation nécessaire. L'enrouleur de foc nécessite également un entretien régulier, en nettoyant et en rinçant les différentes parties à l’eau douce après chaque navigation.