La mer, symbole du mythe de l'aventure, attire irrésistiblement l'homme, un lieu de défis qui ne cesse de se renouveler. Cet article explore les records de vitesse en nage humaine, allant des exploits en piscine aux défis extrêmes en pleine mer, en passant par des records de plongée.
Records de vitesse en piscine
Pan Zhanle : Le nouveau roi du 100m nage libre
À seulement 19 ans, et à moins de six mois des Jeux olympiques de Paris, le Chinois Pan Zhanle a créé la sensation dimanche à Doha en battant le record du monde du 100 m nage libre, au premier jour des Championnats du monde de natation. Il ôte ainsi six centièmes au précédent record qui appartenait depuis les Championnats d'Europe 2022 au Roumain David Popovici. Parfaitement lancé par Pan, les Chinois se sont logiquement imposés dans le relais 4x100 m nage libre en 3 min 11 sec 08. Pan Zhanle a encore battu le record du monde du 100 m nage libre, lors de la finale olympique. Avec un chrono de 46’’40, il est devenu le nageur le plus rapide du monde, en pulvérisant le précédent record du monde, qui était déjà le sien.
«Ouais, c'était un chrono incroyable. J'ai fait confiance à mes amis et on a fait de notre mieux», a réagi Pan au bord du bassin. «C'est vraiment une nuit magique», a-t-il poursuivi en zone mixte. «Je me suis dit : "Nage à fond". Avant ces Mondiaux, Pan ne comptait qu'une seule médaille mondiale, l'argent du relais 4x100 m nage libre décroché l'an dernier à Fukuoka (Japon). Il s'était également offert trois titres aux Jeux asiatiques, dont celui du 100 m. «Battre le record du monde est un honneur pour moi. C'est une source de motivation à la fois pour les jeunes et pour les nageurs plus âgés. Je pense que je peux nager plus vite qu'aujourd'hui. C'est venu naturellement et maintenant mon but est de nager encore plus vite», a-t-il averti.
Médaillé d'argent du relais, l'Italien Lorenzo Zazzeri a mesuré l'exploit du Chinois. «L'équipe chinoise nous a vraiment surpris. Je ne m'attendais pas à voir un record du monde en février ! Pan devrait désormais se présenter en grand favori aux Jeux olympiques de Paris fin juillet pour tenter de succéder à l'Américain Caeleb Dressel. Ce dernier s'était imposé aux Jeux de Tokyo en 2021 en 47 sec 02/100e. À titre de comparaison, le 100 m l'an dernier aux Mondiaux de Fukuoka avait été remporté par l'Australien Kyle Chalmers en 47 sec 15, devant l'Américain Jack Alexy et le Français Maxime Grousset. Pan avait alors échoué au pied du podium en 47 sec 43.
Évolution des records et facteurs influençant la vitesse
En natation, c'est inimaginable. Même le plus grand nageur de tous les temps, l'athlète le plus médaillé de l'histoire des Jeux Olympiques, Michael Phelps, a vu tous ses records effacés à une vitesse folle. Sur les trois distances de dos et de brasse (50, 100, 200m) chez les femmes, le plus vieux des six records datent de… 2017 et quatre d'entre eux ont moins de 24 mois. Dans les bassins, plus qu'ailleurs, l'espérance de vie des records du monde peut se compter en mois plutôt qu'en années. Chaque grande compétition internationale est l'assurance de voir toute une ribambelle de nouveaux chronos de référence fleurir et les championnats du monde de Fukuoka ne devraient pas déroger à la règle.
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La première raison pourrait tenir au matériel. A la manière des pointes Nike qui ont fait chauffer les chronos sur les pistes des JO de Tokyo, les combinaisons en 100% polyuréthane, interdites en 2010, ont bouleversé l'ordre des choses et 48 records du monde ont, par exemple, été battus lors des Mondiaux de Rome en 2008. La FINA a tranché, mis fin au dopage technique et annulé plusieurs records du monde dont ceux d'Alain Bernard et Frédérick Bousquet. D'autres tiennent et si la natation mondiale a encore des records datant de 2008 ou 2009, comme celui du 50 m signé Cesar Cielho, elle le doit à ce dopage technique.
Aujourd'hui, les nageurs n'ont plus de combinaison intégrale mais ils vont plus vite que le plastique. Leur matériel n'est plus une béquille aussi efficace dans la chasse aux records. Pas plus que la densité de l'eau, sa température, la dimension des piscines ou sa profondeur qui répondent à des normes précises. "Aujourd'hui, tout cela tient du fantasme. Tout est codifié et on est allé au bout de ce qu'on pouvait faire au niveau des équipements", tranche Denis Auguin, le directeur des équipes de France.
"Avant, il y a deux décennies seulement, passer sous les 49 secondes sur un 100 m nage libre était absolument exceptionnel. Aujourd'hui, c'est l'ordre des choses et la barre se situe sous les 47 secondes", témoigne Nicolas Castel, l'entraîneur de Léon Marchand, tout nouveau recordman du monde sur 400 m 4 nages. Quand les gains en athlétisme, sur la même distance, se comptent en dixièmes de seconde de 1968 à nos jours, les meilleurs nageurs ont gagné deux secondes en deux décennies.
"L'homme court depuis qu'il est homme. On sait nager depuis peu de temps, un siècle seulement, témoigne Auguin. Il faut donc comprendre que l'homme s'est beaucoup plus rapidement approché de ses limites en athlétisme que dans les bassins où il les cherche encore. Avec une grande conséquence : "Les progrès dans la façon d'entraîner, l'apprentissage sont toujours en cours. On a un bien meilleur contrôle des entraînements aujourd'hui. On sait qu'il faut s'entraîner moins qu'à une époque où on infligeait de grosses charges, diagnostique Auguin. On est sans cesse dans la recherche."
Castel abonde : "Battre des records du monde est tellement installé dans notre sport que, dès qu'on est gamin, on se dit que c'est possible et on grandit avec cet objectif. Une émulation qui contribue à faire tomber les chronos. Mais, un jour, comme en athlé, on atteindra des plafonds. Mais je crois qu'on a encore beaucoup de temps devant nous pour y arriver."
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Records de nage en eau libre et défis extrêmes
Ross Edgley : Le tour de la Grande-Bretagne à la nage
Imaginez que vous parcourez environ 2 865 kilomètres à la nage dans la mer, au milieu des méduses et des températures glaciales. C’est l'exploit qu'a accompli Ross Edgley, 33 ans, en faisant le tour de la Grande-Bretagne à la force de ses bras : un périple de 156 jours, ce qui équivaut à 85 traversées de la Manche. Il a défié les courants, les intempéries, les attaques de méduses (une l'atteint au visage), il a pris une infection sur toute la langue due au contact continu avec l'eau salée et, pendant un certain temps, il a même été suivi par une baleine.
Martin Strel : La plus grande distance parcourue en nageant dans un fleuve
En continuant avec les records de résistance, signalons le record de la plus grande distance parcourue en nageant dans un fleuve qui appartient au Slovène Martin Strel, surnommé le "pêcheur".
Lewis Pugh : La nage polaire
Toujours à propos des expériences qui repoussent nos limites au-delà du possible, le record de la nage polaire appartient à Lewis Pugh, un avocat britannique passionné par la natation extrême. Pugh aime se faire appeler le "protecteur des océans", ses exploits sont animés par un esprit qui unit la philanthropie, l'écologie et le désir de découverte dans le but de sensibiliser le public aux écosystèmes en péril. Pugh a plongé cinq fois, en défiant des conditions environnementales difficiles qui mettraient en péril la survie de quiconque. Il a été poursuivi par un lion de mer, a enduré des vents violents à -40 ° C et une température extérieure de -37 ° C.
Sylvain Estadieu : La traversée de la Manche en papillon
Bien heureusement, avec suffisamment d’entraînement et de coordination, le papillon peut devenir presque aussi « facile » à nager que les autres styles de nage. Ou devenir en tout cas tout aussi "naturel" ou "automatique" pour votre corps que la brasse, le crawl ou le dos crawlé. C’est d’ailleurs ce que nous démontre le Français Sylvain Estadieu, premier homme à avoir traversé la Manche en papillon, en 16 heures et 42 minutes. Un fabuleux exploit sportif, physique et mental. Pour préparer cette échéance, il s’est en effet entraîné plus de deux ans pour peaufiner sa technique de papillon et son endurance. D’après le champion, cette performance serait accessible à tous : « Ça ne marchera pas forcément la première ni la douzième fois, mais tout est affaire de persévérance. S’il ne devait y avoir qu’un message derrière ma traversée, ce serait celui-ci : fixez-vous un but et persévérez. »
Autres records aquatiques
Plongée profonde
Le record de plongée la plus profonde en mer avec des bouteilles d'oxygène est détenu par l’Égyptien Ahmed Gabr, qui est descendu à une profondeur de 332,35 mètres au large de Dahab (Égypte), dans la Mer Rouge.
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Encore plus difficile et risquée, l'apnée est une discipline qui requiert des compétences physiques et mentales extraordinaires. L’Autrichien Herbert Nitsch a atteint la profondeur maximale sous-marine en apnée (apnée No limit). Il a réussi à atteindre -253 mètres le 6 juin 2012 même si ce record lui a causé un malaise nécessitant des soins intensifs. C'est une bonne cause qui est à l'origine du record de plongée en apnée établi en 2018 par le Croate Budimir Šobat : sensibiliser le public au sujet de l'autisme, dont est atteinte sa fille. Šobat a retenu son souffle pendant 24 minutes et 11 secondes, battant le record précédent de 7 secondes, établi par l'espagnol Aleix Segura.
Surf
Pour surfer, il faut conjuguer des aptitudes athlétiques avec la passion pour la mer et de fortes dispositions aquatiques. Pour chevaucher les vagues géantes, véritables murs de plusieurs dizaines de mètres, vous devez ajouter de l'expérience, du courage et une bonne dose d'inconscience. Les juges ont établi que Koxa a surfé sur une vague de 24,38 mètres, battant le record de 23,77 mètres détenu par l'hawaïen Garrett McNamara.
Navigation
Le record du tour du monde en solitaire le plus rapide revient à un jeune skipper transocéanique très talentueux, François Gabart. Français, né en 1983, surnommé "le petit prince blond des océans", Gabart a établi en 2017 le record du tour du monde sans escale le plus rapide de l'histoire, avec un temps de 42 jours, 14 heures, 40 minutes et 15 secondes. Il a parcouru un total de 27 859,7 milles réels, à une vitesse moyenne de 27,2 nœuds, à bord du maxi trimaran Macif, capable de "voler sur l'eau". Gabart dit qu'il n'a presque pas dormi pendant toute la traversée, il n'a fait que manger des aliments lyophilisés et n'a jamais pris de douche. Le record du tour du monde en solitaire avec le plus petit bateau de tous les temps appartient au Polonais Szymon Kuczyński, qui, avec une embarcation de 6,36 mètres seulement, dénommée Puffin Atlantique, a terminé la circum navigation en passant par l’Afrique, l’Australie et l’Amérique du Sud, en totalisant environ 29 000 kilomètres, en 268 jours.