La piscine de Rezé, un établissement public essentiel pour la communauté, porte depuis 2002 le nom de Victor Jara, en hommage à l'artiste chilien assassiné lors du coup d'État de 1973. Ce choix symbolique reflète l'engagement de la ville envers les valeurs de solidarité et de mémoire. Cet article explore l'histoire de cette piscine, son évolution au fil des années, et son importance pour les habitants de Rezé.
Genèse et Objectifs Initiaux
L'histoire de la piscine rezéenne est étroitement liée aux préoccupations de sécurité et d'apprentissage de la natation. Lors de son discours inaugural le 26 janvier 1974, l'accent était mis sur la nécessité de "concourir à la sécurité au même titre que la prévention des accidents sur la voie publique ou dans les entreprises." L'objectif initial était ambitieux : apprendre aux enfants à nager en deux ans. Pour atteindre cet objectif, les élèves de CM1 et CM2 étaient régulièrement envoyés à la piscine.
Évolution et Diversification des Activités
Six mois après son ouverture, le maire de Rezé constatait que la piscine répondait aux besoins d'un public bien plus large que prévu. Elle était fréquentée par des personnes de tous âges, y compris celles atteintes de troubles de la mobilité envoyées par des rhumatologues. Au fil des ans, les activités proposées se sont diversifiées pour répondre aux attentes de différents groupes d'usagers.
Aujourd'hui, la piscine Victor Jara offre une gamme variée d'activités, allant des bébés nageurs aux cours pour personnes âgées. Les élèves des écoles continuent d'y apprendre à nager, perpétuant ainsi la vocation initiale du lieu. Deux clubs, l'AEPR et l'ASBR, y pratiquent des activités sportives, notamment le water-polo. L'ASBR Plongée utilise également la piscine pour l'initiation à la plongée. De plus, plusieurs centaines de personnes, souvent âgées, participent à des cours d'aquagym, parfois adaptés à des besoins spécifiques, comme pour les femmes corpulentes.
Fréquentation et Tendances
La fréquentation de la piscine a connu des fluctuations au fil des ans. Si le nombre total d'usagers a augmenté, cette augmentation n'est pas spectaculaire. En août 1973, la piscine avait enregistré 9 558 entrées, contre 11 031 en août 2012. Les mois de mars et octobre étaient les plus fréquentés, avec 12 908 entrées. Cependant, certains jours d'été pouvaient être particulièrement chargés, avec plus de 750 entrées, voire plus de 1 000 selon Jean-Christophe Auneau, le directeur du service des sports.
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Les enfants restent fidèles à la piscine, mais la fréquentation des adultes a tendance à diminuer. Durant l'été 2015, la piscine Victor-Jara a constaté une baisse de fréquentation, à l'exception des jeunes de moins de 18 ans, dont la présence a augmenté de plus de 70 % en juillet et de plus de 47 % en août. Le total des entrées (moins de 18 ans, adultes chômeurs ou personnes handicapées bénéficiant de la gratuité, et autres usagers) est passé de 8 838 en juillet 2013 à 8 135 en juillet 2014, puis à 6 677 en juillet 2015.
Yves Mosser souligne l'augmentation significative de la fréquentation gratuite des moins de 18 ans. En juillet 2015, 894 enfants et jeunes de moins de 18 ans sont venus gratuitement à la piscine, contre 521 en juillet 2014. En août 2015, ce chiffre est passé à 898, contre 608 en 2014. De plus, 125 jeunes se sont inscrits aux stages de découverte et de perfectionnement. Ces chiffres confirment l'intérêt des jeunes pour les activités physiques, comme en témoigne également le succès de l'initiative "Carrément sport".
Évolution des Attentes et des Services
Les attentes des usagers ont évolué au fil du temps. La piscine n'est plus seulement un lieu pour nager, mais aussi un espace de loisirs et de détente. Les équipements tels que les toboggans, les bains bouillonnants, les plongeoirs et les saunas sont devenus des éléments importants pour attirer et fidéliser les visiteurs.
Changements Réglementaires et Sécurité
Le conseil municipal de Rezé a voté des modifications dans le règlement intérieur de la piscine, applicables à partir du 1er janvier 2016. Auparavant, les enfants de 8 ans et plus pouvaient se rendre seuls à la piscine, ce qui ne sera plus autorisé. Le port du bonnet de bain est conseillé, mais non obligatoire. Ces mesures visent à renforcer la sécurité et à garantir le respect des règles. Les maîtres-nageurs sont régulièrement confrontés à des comportements irrespectueux des règles de sécurité, et la possibilité de sanctionner existe désormais.
Travaux de Rénovation et Fermeture Temporaire
Afin d'améliorer les installations et d'assurer la pérennité de la piscine, d'importants travaux de rénovation ont été entrepris. En juin, juillet et août 2016, la piscine a été fermée pour permettre la réalisation de travaux d'étanchéité des bassins, de filtration de l'eau, de rénovation des locaux du personnel et des vestiaires, ainsi que de remodelage de l'accueil. Ces travaux, d'un coût de 2,30 millions d'euros, étaient nécessaires pour moderniser la piscine et offrir de meilleures conditions d'accueil aux usagers.
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Une Piscine Multifonctionnelle et Très Occupée
En dehors de la période estivale, la piscine Victor Jara est très occupée. Elle accueille non seulement les particuliers, mais aussi les écoles, les groupes de gymnastique aquatique (environ 600 pratiquants), les sapeurs-pompiers, les plongeurs et les clubs de natation. Cette forte demande témoigne de l'importance de la piscine pour la communauté locale.
Un Lieu de Mémoire : Le Stade Victor Jara au Chili
Il est important de noter que le nom de Victor Jara est également associé à un autre lieu emblématique : l'Estadio Nacional au Chili. Ce stade, transformé en centre de détention lors du coup d'État du 11 septembre 1973, porte aujourd'hui le nom de Stade Victor Jara en mémoire des victimes de la dictature de Pinochet.
Le Stade National, inauguré en 1938, a été conçu comme un grand centre de sport et de loisirs. Cependant, il est devenu un lieu de souffrance et de répression après le coup d'État. Des milliers de prisonniers y ont été détenus, torturés et exécutés. Les femmes étaient enfermées dans l'enceinte de la piscine, tandis que les hommes étaient détenus dans les gradins du terrain de foot. Les conditions de détention étaient extrêmement difficiles, avec un manque de nourriture, d'eau et de soins médicaux.
Les prisonniers étaient interrogés et torturés dans le vélodrome et les tribunes. Des femmes ont été violées et torturées avec des décharges électriques. Les hommes étaient brûlés, torturés avec la technique de la "camillas" (allongés sur des sommiers métalliques parcourus de décharges électriques), pendus et frappés. Les hauts-parleurs du stade diffusaient de la musique pour masquer les cris des prisonniers.
On estime que plus de 40 000 prisonniers sont passés par l'Estadio Nacional pendant deux mois sous la dictature de Pinochet. Le stade a été temporairement évacué en novembre 1973 pour accueillir un match de football entre le Chili et l'Union Soviétique.
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Aujourd'hui, le stade est administré par l'Institut National de Sport du Chili et est déclaré Monument Historique National. Cependant, l'organisation d'élections présidentielles dans le stade en 2001 a suscité la controverse, certains anciens détenus considérant cela comme une contradiction et une insulte à la mémoire des victimes.