L'histoire du gilet de sauvetage est celle d'une quête incessante de sécurité en mer, un récit parsemé d'innovations techniques et d'une prise de conscience progressive de la valeur de la vie humaine face aux dangers des environnements aquatiques. Cet élément indispensable à la sécurité maritime a subi de multiples transformations, depuis ses ébauches rudimentaires jusqu'aux équipements connectés d'aujourd'hui, reflétant les avancées technologiques et une meilleure compréhension des besoins des personnes en détresse.
Dès le XVIIIème siècle, une première ébauche de cet accessoire vital voit le jour en Europe, conçue en France. Cependant, cette invention n’est malheureusement pas retenue par les navigateurs anglais de l’époque. La raison en est simple et brutale : la sécurité des marins n’est alors pas une priorité pour la Marine royale, qui a couramment recours au recrutement forcé de ses matelots. La Royal Navy n'hésite pas à capturer les marins ennemis en pleine mer pour ensuite les enrôler dans ses rangs, et dans ce contexte, procurer des vêtements de flottaison individuel, ou VFI, à ces prisonniers est perçu comme augmentant le risque d'évasion des navires. Il faudra ainsi attendre un changement de mentalité et des figures pionnières pour que la sécurité des équipages devienne une préoccupation majeure.
Les Fondations du Salut : L'Ère de John Ross Ward
L'impulsion décisive pour la commercialisation et la démocratisation des gilets de sauvetage vient du capitaine britannique, John Ross Ward. Né le 3 août 1813, il entreprend une carrière maritime notable, étant nommé le 18 octobre 1842 premier lieutenant du Belvidera (38 canons), commandé par l’honorable George Gray, en Méditerranée, après avoir servi le 6 avril 1835 à bord du Tweed (20 canons) sous le commandement du capitaine T. C'est en 1851, à la demande d’Algernon Percy, quatrième duc de Northumberland, que John Ross Ward mène des expérimentations cruciales sur les canots de sauvetage le long des côtes du Northumberland. Ces travaux, motivés par les pertes humaines devenues trop fréquentes en mer, aboutissent à une avancée majeure dans le domaine de la sécurité maritime.
En 1851, il met au point le premier gilet de sauvetage fait de liège pour la National Lifeboat Institution, ou Royal National Lifeboat Institution (RNLI) comme elle est plus communément appelée aujourd'hui. Le 5 février 1852, John Ross Ward fut élu membre du Comité de la Royal National Lifeboat Institution (RNLI), avant d’être nommé en août 1852 Inspecteur des canots de sauvetage. Ce gilet marqua une avancée majeure, car pour la première fois, un système de sauvetage est commercialisé par une institution nationale. Le 5 février 1858, John Ross Ward fut promu au grade de capitaine, une reconnaissance de ses services et de son expertise croissante.
Son travail ne se limitait pas seulement à la performance individuelle des gilets. En 1865, sur sa recommandation, le Comité de la RNLI fit construire plusieurs bateaux de pêche de sécurité d’après ses plans. Ces bateaux furent placés comme modèles le long de différentes parties du littoral afin d’inciter les pêcheurs à adopter ce type d’embarcation et de réduire ainsi les pertes humaines annuelles dues à l’usage de bateaux non pontés. La même année, l’impératrice Eugénie lui décerna la médaille d’or de la Société française de sauvetage, en reconnaissance de ses services importants. En 1883, à l’âge de 70 ans, il se retire de son poste d’Inspecteur en chef des canots de sauvetage après plus de trente ans de service. Jusqu’à son décès le 23 juin 1890, à l’âge de 77 ans, survenu après une très brève maladie, John Ross Ward resta fidèle aux réunions du comité de la RNLI et profondément engagé dans les affaires de l’Institution. Son héritage est immense, ayant posé les jalons d'une sécurité maritime organisée. L’objet qu'il a perfectionné se démocratise rapidement, à tel point que le Congrès américain le rend obligatoire dès 1852 pour chaque passager voyageant à bord d’un bateau à vapeur, soulignant l'importance croissante accordée à ces dispositifs.
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Premières Innovations et Les Pionniers de la Survie en Mer
Les efforts de conception dans le domaine des équipements de survie ne se sont pas arrêtés avec Ward. Très peu d'efforts de conception de combinaisons d'immersion avaient été faits jusque vers le milieu du XIXe siècle, les seuls travaux sur du matériel de survie avaient été les premiers travaux du capitaine John Ross Ward qui a mis au point un gilet de sauvetage en 1851. Puis, progressivement, plusieurs types de matériels sont produits par la Marine royale britannique, toujours dans le but de sauver la vie à un maximum de marins, et de relever toujours plus de défis en matière de technologie.
L’innovation la plus célèbre de cette époque est probablement celle du Capitaine Stoner. En 1869, le Capitaine Stoner invente un vêtement de sauvetage qu'il brevète et qui est très révolutionnaire pour l'époque. Son kit se compose d’un gilet en liège, d’un casque de protection, d’un dispositif de signalisation et de pagaies. Cet explorateur crée un kit complet, qui s’apparente fortement aux accessoires du gilet de sauvetage que nous connaissons aujourd’hui. Il répond à toutes les exigences fondamentales des temps modernes pour un vêtement de survie, ce qui témoigne de son approche avant-gardiste de la sécurité en mer.
C'est à partir de 1915 que la France commence à s’imposer sur le marché du matériel maritime avec la commercialisation d'un gilet d’une toute autre qualité. L’entreprise parisienne de textile Barclay Tailor se lance alors dans la production de la brassière Perrin, une brassière gonflable à déclenchement automatique au contact de l’eau, qui s’apparente au fonctionnement des gilets automatiques actuels. Elle est considérée comme l’ancêtre des systèmes de déclenchement UML. Le produit contient du kapok, une fibre très légère et imperméable, marquant un progrès significatif par rapport au liège qui commençait à se montrer obsolète. Cette brassière Perrin « for water » constitue une étape clé, bien que son modèle soit éloigné du matériel proposé par les marques contemporaines. Possédant le monopole du marché des brassières gonflables, l’entreprise se met à exporter ses équipements aux Marines Anglaise, Française et Russe, démontrant l'efficacité et la reconnaissance internationale de cette innovation française.
L'Ère des "Mae West" et l'Impulsion du Milieu du XXe Siècle
Au milieu du XXe siècle, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, des gilets de sauvetage militaires de différentes nations sont développés. C'est à cette période que les ceintures de sauvetage gonflables, souvent appelées « Mae West » d'après l'actrice américaine en raison de leur forme gonflée, gagnent en popularité. Ces ceintures, comme celle portée par un marin à l'arrière-plan près du premier officier artificier Les Gill (au premier plan) près des lance-torpilles du destroyer NCSM St. Laurent, remplacèrent les modèles volumineux, composés de coussinets recouverts de toile. Elles permettaient aux équipages travaillant dans des espaces réduits d'accomplir leurs tâches avec plus d'aisance. Cependant, le marin devait néanmoins gonfler la ceinture, qui ne lui permettait donc pas automatiquement de garder la tête hors de l'eau. À cause de cette déficience, il arrivait souvent que la ceinture ne puisse sauver des personnes blessées ou inconscientes, ce qui mettait en évidence la nécessité d'améliorations continues.
Déjà dans les années 1950, le fondateur de la société Bernhardt Apparatebau, Jost Bernhardt, a étudié et approfondi ses connaissances sur le phénomène de la flottabilité, entre autres lors d’une série d’expériences avec les gilets de sauvetage disponibles à ce moment sur le marché. Probablement aucune autre société que Bernhardt Apparatebau ne s’est occupée aussi intensivement du matériel de sauvetage, jetant les bases de ce qui allait devenir la marque Secumar. Cette période marque un tournant, où la recherche scientifique et l'expérimentation deviennent des piliers du développement des équipements de sécurité.
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Un événement personnel tragique et révélateur pour le navigateur Paul Elvstrøm a également eu un impact significatif sur la conception des gilets de sauvetage autour des années 1950 et 1960. Un jour de décembre 1956, il chavire avec un 5-0-5 et manque de se noyer dans l'incident. L'eau froide a paralysé ses muscles et ses épaules sont restées bleues pendant des semaines après. La situation plutôt dangereuse a été un signal pour lui. Ni les gilets de natation ni les gilets de sauvetage n'étaient populaires au début de sa carrière. Le gilet de sauvetage existait et avait été inventé et mis sur le marché au début des années 50, mais son utilisation n'était pas généralisée. Paul Elvstrøm s'attela à la tâche et trouva un compagnon en la personne d'Oilskind & Standard, qui devint plus tard Imak-Helly Hansen. Le compromis final fut un gilet de natation qui donnait à l'utilisateur sept kilos de flottabilité supplémentaire. Il a également résolu un autre problème urgent car ce gilet avait une épaisseur égale à l'avant et à l'arrière. Les côtés étaient reliés par une corde et un nœud de chaque côté, mais ce système fut ensuite amélioré pour devenir une fermeture à glissière, puis plus tard encore le design de type ceinture que nous connaissons aujourd'hui. Ces développements illustrent l'évolution des gilets de sauvetage durant cette décennie charnière, où la praticité et l'efficacité pour le porteur actif devenaient des critères essentiels.
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