Le Vendée Globe : Immersion au cœur du plus grand défi de la course au large

Le Vendée Globe, souvent qualifié de « l'Everest des mers », représente l'ultime épreuve pour tout marin en quête d'absolu. Cette course autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance, cristallise les ambitions les plus folles et les exploits les plus intenses. Alors que la dixième édition s'apprête à faire vibrer les Sables-d’Olonne, le climat général oscille entre l’effervescence du public et la concentration quasi mystique des quarante skippers engagés.

Le briefing départ : l'ultime préparation des skippers

Ce vendredi matin, moins de 48 heures avant le grand départ, l’ensemble des quarante skippers s’est réuni pour le traditionnel briefing départ. Il s’agit toujours d’un moment fort, presque fondateur. Avant chaque course, le briefing départ réunit l’ensemble des skippers. Celui de ce Vendée Globe, forcément particulier, s’est donc tenu ce vendredi en fin de matinée dans une salle à proximité des hospitalités. Il y avait chez les marins ce matin autant de sourires que de visages détendus et ce, malgré la fatigue qui affleure et le stress un peu plus palpable. Les attitudes corporelles disent beaucoup et d’ailleurs, les embrassades et les poignées de main ont déjà été proscrites afin de se préserver au maximum. Sébastien Simon (Groupe Dubreuil) s’est même présenté avec un masque, protection supplémentaire et lointain souvenir de la situation sanitaire lors de la dernière édition.

Dans la salle, l’heure est presque solennelle. Le silence est prégnant et seulement entrecoupé par la voix basse de la traductrice en anglais pour les skippers étrangers. Alain Leboeuf, président du Vendée Globe et du Conseil départemental de la Vendée, s’adresse aux marins : « Je tenais à vous dire merci. Merci pour ce que vous avez apporté au public, aux médias, aux partenaires. Le Vendée Globe, c’est d’abord vous et les exploits que vous vous apprêtez à faire ». S’en est suivi une séquence dédiée à la météo, puis une autre au sujet de la zone d’exclusion des glaces (ZEA). Un travail particulièrement conséquent sera réalisé tout au long de la course afin d’ajuster la zone en fonction de la dérive éventuelle d’icebergs sur le parcours. « Nous sommes capables de détecter des icebergs à partir de 100 mètres », explique Franck Mercier de CLS.

« Le briefing a été une bonne occasion de nous remettre toutes les choses en tête et d’y voir plus clair avec tout ce qui a été mis en place par l’organisation », assure Justine Mettraux (Teamwork-Team Snef). Le fait que les conditions attendues semblent particulièrement malléables avec une mer calme et moins de dix nœuds de vent réjouit les skippers. « C’est sûr que ça allège un peu de la pression du départ », sourit Sébastien Marsset (Foussier). « C’est une chance de ne pas avoir besoin de stresser pour la météo », ajoute Tanguy Le Turquais. En plus de la météo, il y aura toute la portée émotionnelle du grand départ. « Ce sera un moment très fort où il faudra à la fois être concentré mais aussi en profiter, assure Sam Goodchild (VULNERABLE). Nous avons tout fait pour profiter en famille et réduire progressivement les sollicitations afin de bien se préparer pour le top départ ». Seul Boris Herrman (Malizia-Seaexplorer) affirme « être beaucoup plus nerveux » sans « parvenir à l’expliquer ».

Une logistique de haute précision pour un départ historique

Le grand départ constitue un sacré défi logistique. Après son intervention, la direction de course a détaillé l’ensemble des procédures du départ. Dès 08h, un appareillage aura lieu toutes les trois minutes. Tous les bateaux auront donc quitté le ponton vers 10 heures. Dans le chenal, les bateaux progresseront à une vitesse modérée de trois nœuds. D’autres moyens nautiques accompagneront les bateaux afin d’assurer la sécurité, la réalisation télévisée, la présence d’invités… Quoi qu’il en soit, tous franchiront la ligne de départ ce dimanche à 13h02. Celle-ci sera matérialisée par la position du Patrouilleur des Affaires maritimes et une bouée de 3,50 mètres. Pour rappel, le dernier équipier à bord devra quitter le bateau cinq minutes avant le départ. À titre d’information, les marins sont également dans l’obligation de franchir la ligne entre le top départ et jusqu’à 60 minutes après.

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Dimanche à la mi-journée, 40 skippers prendront le départ de la dixième édition du Vendée Globe depuis les Sables-d'Olonne. Les concurrents devront effectuer un tour du monde en solitaire, sans assistance, pour revenir au point de départ en Vendée. Les concurrents se lanceront ainsi pour plus de deux mois en mer, sans escale et sans assistance. Le 8 novembre 2020, en pleine période de Covid, le départ du Vendée Globe avait été donné dans le silence du confinement. "Après huit ans d'attente, l'engouement du public est palpable", s'est félicité le président de la course Alain Leboeuf. Depuis l'ouverture du village lié à l'événement le 18 octobre, les chiffres de fréquentation sont en hausse par rapport à 2016. À partir de 8h, les bateaux quitteront le ponton un à un, toutes les trois minutes. Le départ sera donné en mer, à 13h02.

La flotte : des skippers et des machines à la conquête des océans

Ils seront 40, soit 34 hommes et 6 femmes à prendre le départ de ce Vendée Globe, un record. Lors de la dernière édition en 2020, 33 skippers (27 hommes et 6 femmes) avaient tenté leur chance. 25 d'entre eux étaient parvenus à réussir le tour du monde, pour la victoire de Yannick Bestaven en 80 jours, 3 heures et 44 minutes. Ari Huusela, le dernier, avait lui bouclé la course en 116 jours et 18 heures 15 minutes. Seul ancien vainqueur au départ, Yannick Bestaven (Maître Coq) sera l'un des principaux favoris à sa propre succession. En cas de victoire, il deviendrait le premier skipper à réaliser le doublé sur deux éditions. Michel Desjoyeaux est le seul à avoir déjà gagné le Vendée Globe à deux reprises, mais en 2000-2001 puis en 2008-2009. Plusieurs concurrents semblent avoir les moyens de gagner également: Jérémie Beyou (Charal), Charlie Dalin (Macif), Boris Herrmann (Malizia-Seaexplorer), Nicolas Lunven (Holcim-PRB), Yoann Richomme (Paprec Arkéa) ou Thomas Ruyant (Vulnerable).

La meilleure prestation féminine historique dans cette course mixte reste celle d'Ellen MacArthur, qui avait pris la deuxième place en 2000-2001. Samantha Davies (Initiatives-Coeur) et Justine Mettraux (Teamwork-Team SNEF) auront elles de belles ambitions cette année. Clarisse Crémer (L'Occitane de Provence), 12e et première femme en 2021, sera aussi de la partie. Tous les skippers embarquent sur un bateau de type Imoca, soit la catégorie des monocoques de 18,28 mètres de long. Dans la mesure où la course se déroule sans assistance, les participants doivent réparer par eux-mêmes les éventuels problèmes techniques rencontrés à bord. Ils ont dix jours pour revenir aux Sables-d'Olonne en cas de problème dès le départ. Tous les skippers doivent aussi naviguer par conséquent sans aucune aide. Petite révolution néanmoins cette année: la plupart des voiliers seront équipés du système Starlink, de SpaceX, qui fournit par satellite un accès haut débit à internet jusque dans les zones les moins bien desservies.

Le parcours et les enjeux de performance

Le parcours de ce 10e Vendée Globe reste inchangé, comme de coutume, avec 45.000 kilomètres au programme si tout se passe bien. Il faudra commencer par la traversée du golfe de Gascogne pour entamer la descente de l'Atlantique, avec le passage du Pot-au-noir et le contournement de l'anticyclone de Sainte-Hélène. Trois caps sont à franchir lors du Vendée Globe, avec celui de Bonne-Espérance d'abord, pour entrer dans l'océan Indien. Le Cap Leeuwin, en Australie, puis le Cap Horn, en vue de la remontée de l'océan Atlantique, seront aussi passés par les marins. L'arrivée se tiendra aux Sables-d'Olonne. Les bateaux devront par ailleurs éviter certaines zones de protection de la biodiversité.

Vainqueur du Vendée Globe en 2016-2017, Armel Le Cléac'h détient toujours le record de l'épreuve en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes. Il y a quatre ans, les concurrents avaient payé les mauvaises conditions météo. Prétendant à la victoire, Charlie Dalin pense qu'il est possible de se rapprocher des 70 jours de course, même s'il ne voit pas le record comme "un objectif". Du côté des femmes, le record appartient à Clarisse Crémer, en 87 jours, 2 heures, 24 minutes et 25 secondes. Encore présente cette année, celle-ci estime que sa marque pourrait être battue.

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