L'évolution technique des IMOCA : Des planches à voile aux engins volants dans le Vendée Globe

La genèse et les mutations de la classe 60 pieds IMOCA

Le Vendée Globe, souvent surnommé « l'Everest des mers », représente l'apogée de la course au large en solitaire, sans escale ni assistance. Cette épreuve, née de la volonté de Philippe Jeantot et organisée depuis 2004 par la SAEM Vendée, met aux prises des monocoques de la classe 60 pieds IMOCA. Pour comprendre la trajectoire technologique de ces navires, il faut se pencher sur l'évolution de la jauge. En 1989, lors de la première édition, les bateaux déplaçaient autour de 14 à 15 tonnes. Aujourd’hui, ils sont à 7,5 tonnes. L’implication des architectes et de l'industrie nautique française dans la conception de bateaux destinés à la course autour du monde a créé un savoir-faire technique pour les classes open, où chaque édition permet de tirer des leçons pour améliorer les performances. Les architectes ont successivement introduit les carènes en forme de luge, la quille pendulaire, le cockpit ouvert dans lequel toutes les manœuvres sont ramenées, et les dérives latérales, progressivement remplacées par les foils.

L’architecture des voiliers 60 pieds IMOCA évolue rapidement, en tirant des leçons des résultats de chaque édition. Lors de la première édition, les IMOCA affichaient des formes équilibrées, relativement peu tendues, dans la continuité des « cigares » de Gilles Vaton ou de Philippe Harlé. L’introduction, sur le Vendée Globe 1998, de la quille basculante, des ballasts et des dérives, va permettre aux architectes d’élargir encore un peu plus les carènes, toujours dans cette optique de puissance. Les départs au surf commençaient alors autour des 13 nœuds et les IMOCA « planches à voile » étaient clairement typés pour la performance au portant. C’était le cas de Geodis, signé du cabinet Finot-Conq et barré par Christophe Auguin, puis du PRB (3) de Michel Desjoyeaux qui l’emporte en 2000. Sur l’IMOCA de Christophe Auguin, la puissance de la carène était donnée par la largeur au maître bau.

L'intégration des foils sur les bateaux d'ancienne génération

L'innovation la plus marquante de ces dernières années reste l'installation de foils sur des plateformes existantes. À sept mois du Vendée Globe, le bateau de Stéphane Le Diraison vient de bénéficier d’un gros chantier qui a permis des modifications très importantes, dont l’installation de nouveaux foils et safrans et un pont découpé pour fabriquer un nouveau cockpit. Selon son skipper, cela pourrait permettre de gagner l’équivalent de 5 jours à l’échelle du tour du monde. Après les modifications réalisées sur son Imoca d’ancienne génération, le skipper Stéphane Le Diraison ambitionne de boucler le tour du monde en 80 jours. Mis à l’eau en 2007 - pour son skipper de l’époque Alex Thomson - ce plan Finot-Conq avait à l’époque battu le record de distance en 24 heures avec 500 milles parcourus. L’ex-Hugo Boss, 2e de la Barcelona World Race en 2007 sera victime d’un abordage par un chalutier aux Sables d'Olonne le 17 octobre 2008, quelques jours avant le départ du Vendée Globe 2008-2009. C’est en 2015 que Stéphane Le Diraison le récupère et le baptise Compagnie du Lit - Ville de Boulogne-Billancourt pour participer au Vendée Globe 2016-2017. Il démâte le 18 décembre à 770 milles au Sud des côtes australiennes et rejoint Melbourne sous gréement de fortune 12 jours plus tard. Aujourd’hui, l’Imoca rebaptisé Time for Oceans a été équipé de foils pour le prochain Vendée Globe.

L’idée n’est pas de faire un bateau le plus rapide possible, mais le moins lent possible. On essaye de réduire les freins. L’IMOCA obtient ses meilleures performances entre 90 et 110/120 degrés du vent. SMA, l’ex-Macif de François Gabart, est un bateau qui remonte bien contre le vent, va assez vite au vent de travers et relativement correctement au vent arrière. C’est donc un bateau assez polyvalent. Quand on veut faire un bateau plus rapide, on essaye de le faire plus léger et de le « sortir » de l’eau. La jauge IMOCA nous a bloqués à la fin des années 2000 avec des bateaux redevenant lourds, de plus en plus toilés et raides à la toile. La jauge bloque aussi le nombre d’appendices qu’il y a sous le bateau et qui est limité à cinq (une quille, deux safrans et deux dérives ou foils), et également, ce qui est très contraignant, un seul axe de mobilité pour la quille et les dérives ou foils.

Dynamique et contraintes de la jauge IMOCA

La jauge de l’IMOCA est une « box rule », donc une jauge à restriction avec des limitations. Il y a une longueur maximale fixée à 18,28 mètres. Ensuite, on a limité le tirant d’eau puis le tirant d’air car il y a des gens qui partaient dans des envolées lyriques. Le nombre d’appendices a été contraint lui aussi. Pour le moment, il n’y a pas de limitation de largeur de l’ensemble du bateau, mais de la coque pour les nouveaux bateaux. Ces derniers sont soumis à une largeur max, avec un mât et une quille monotypes. Pour les anciens bateaux et notamment SMA, ce qui est intéressant est que l’on peut garder l’ancien mât qui est plus léger que les espars monotypes. Les nouveaux bateaux sont donc obligés de prendre des risques architecturaux pour rester où l’on est, et c’est donc pour ça que les architectes et les skippers cherchent autre chose.

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Le développement d’un second jeu de foils plus fins, moins perturbants au niveau du transpercement de la surface, a amélioré leur performance. La portance du « tip » du foil associée à celle de la quille inclinable génère une poussée verticale qui réduit notablement le déplacement du bateau. Ces foils remplissent encore un autre rôle. La quille inclinable n’est pas un plan anti-dérive très efficace. C’est pourquoi les 60 pieds IMOCA étaient jusqu’ici équipés de deux dérives-sabre, dont l’une est abaissée pour que le bateau « cape » mieux, notamment au près. Mais comme le Vendée Globe se court principalement au portant ces dérives sont avantageusement remplacées par des foils dont la partie plongeante fonctionne comme un petit plan anti-dérive. D’ailleurs on peut voir ces foils non comme une révolution, mais comme une évolution.

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