L'ancrage est une manœuvre essentielle pour tout utilisateur d'embarcation, qu'il s'agisse d'un bateau de plaisance, d'un navire de pêche ou même d'un paddle. Parmi les divers types d'ancres disponibles, le grappin occupe une place particulière, suscitant à la fois l'éloge pour sa polyvalence dans certains contextes et des réserves quant à sa performance dans d'autres. Sa conception unique le rend adapté à des situations spécifiques, notamment face à des obstacles sous-marins ou dans des environnements exigeants.
Chaque pêcheur connaît des situations quand le poisson veut se débarrasser de l'hameçon ou quand la tresse se coince dans les herbiers. C'est pourquoi des solutions spécifiques ont été développées, comme une ancre grappin Delphin HELP. Elle est en acier pour maîtriser des conditions extrêmes et des pièges qui se cachent sous l'eau. La partie basse a quatre branches assez grandes pour mieux libérer la ligne ou la tresse. Dans la partie haute, il y a un grand œillet pour fixer la corde, que vous pouvez ajuster en fonction du type de terrain de pêche et de la profondeur de l'eau. De plus, l'avantage de l'ancre Delphin HELP est son poids. Cependant, au-delà de ces spécifications, l'utilisation d'un grappin soulève de nombreuses questions et expériences variées parmi les navigateurs et les pêcheurs.
L'Ancre Grappin : Un Outil Adapté aux Environnements Complexes
Souvent, il y a beaucoup d'obstacles sous l'eau - arbres inondés, racines ou autres pièges sous-marins. Face à ces défis, le grappin est fréquemment envisagé. Sa forme, caractérisée par plusieurs branches, est conçue pour s'agripper à des aspérités du fond marin, ce qui le rend potentiellement efficace là où d'autres ancres glisseraient.
Le concept du grappin n'est pas nouveau. Historiquement, il a été utilisé dans des contextes très variés. Par exemple, certains bateaux d'excursion, notamment les gros bateaux de plus de 30 mètres, dans le golfe d'Ayvalik, où ils sont confrontés à une végétation luxuriante, ne sont équipés que de grappins. Cette spécificité s'explique par l'adaptation à des fonds avec beaucoup d'herbe. Ce sont des grappins très lourds, avec peu de chaîne, et très long de bout. Leurs étraves et leurs daviers sont étudiés pour recevoir ces grappins, démontrant une intégration complète de cet outil dans leur conception et leur utilisation quotidienne. On en a aussi rencontré en Mer de Marmara, confirmant qu'il y a autant de principes de mouillages que de types de fonds et d’habitudes de navigation.
Perspectives Croisées : Grappin pour la Plaisance et la Pêche Professionnelle
Le débat sur l'utilisation du grappin est souvent vif entre les plaisanciers et les professionnels de la mer. D'une part, on observe que quelques milliers de pêcheurs grecs et autres utilisent des grappins et rien d'autre. Pour eux, leur bateau est bien plus important qu'un bateau de plaisance ; c'est leur outil de travail. Ils ne sont pas aussi riches pour se payer des ancres à 500 €. Cette réalité économique et pratique pousse à une utilisation pragmatique du grappin. Bien sûr, les pêcheurs utilisent des grappins et pour cause : ils pêchent souvent dans des zones où il y a des rochers, donc plus de poissons. Quand ils mouillent, c'est pour empêcher le bateau de dériver, mais ils sont toujours dessus au travail et s'ils dérapent, ils réagissent. Ils ne restent pas au mouillage pendant deux ou trois jours, comme le font les plaisanciers ; ils rentrent au port.
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D'autre part, les plaisanciers, soucieux de la sécurité et du confort au mouillage, expriment souvent des réserves. La question se pose fréquemment : "Quelle type et quel poids de grappin utilisez-vous pour votre Oceanis, comparable au mien ?" La réponse met souvent en lumière la préférence pour des ancres plus "modernes" et jugées plus performantes. Par exemple, l'utilisation d'une ancre charrue Delta de 20 kg avec 50 m de chaîne de 10 et 55 m d'aussière est une configuration éprouvée pour la tenue. Dans un incident par 45 à 50 nœuds de vent au mouillage en Corse à Maccinagio, une telle ancre a permis de ne pas bouger, tandis qu'avec un grappin, "nous n'aurions jamais tenu." Cette expérience met en évidence l'importance d'une tenue fiable pour la tranquillité d'esprit, surtout lors de mouillages prolongés où une veille constante n'est pas possible. Si l'on souhaite bien dormir, il est conseillé de prendre plutôt une ancre charrue et de mettre cinq fois la hauteur d'eau en Méditerranée, car on fait souvent plusieurs fois 360° ou 180° dans la nuit et le vent passe de 0 à 25 nœuds et plus en 15 secondes.
Performance du Grappin sur Divers Types de Fonds Marins
La tenue d'une ancre est intrinsèquement liée à la nature du fond sur lequel elle est posée. Le grappin, avec ses branches, interagit différemment selon qu'il se trouve sur un fond rocheux, vaseux, sableux ou herbeux.
Sols Meubles et Vase
Dans les sols meubles, les grappins présentent peu de surface d'accrochage. Cependant, la branche d'accrochage pénètre le fond en profondeur et va donc prendre appui dans des couches plus denses, ce qui peut expliquer une tenue acceptable. Néanmoins, dans la vase, un grappin chasse beaucoup. C'est une observation fréquente qui souligne une faiblesse majeure pour les mouillages dans ce type de fond. L'ancre plate nécessite quant à elle un étui adapté et renforcé, une contrainte supplémentaire à considérer.
Fonds Rocheux et Corallien
Les fonds rocheux sont l'un des terrains de prédilection du grappin. Les pêcheurs provençaux, par exemple, pêchant sur des fonds rocheux, utilisent une "cigale". C'est une ligature faite de quelques tours de bitord, ou de ficelle à gâteaux, entre le câblot et le bout de la verge du grappin. Le câblot est alors frappé sur la tête du grappin. Tant que la traction est proche de l'horizontale, avec un faible angle entre le câblot et la verge, la cigale tient. Si le grappin est enroché, et que pour déraper le pêcheur vient à la verticale du grappin et tire comme un sourd, la cigale rompt, et le grappin est remonté par la tête.
L'utilisation dans les mers à corail est une autre application pertinente. Certains ont utilisé un grappin en Égypte, dès le canal de Suez franchi. Il était fait de fers à béton soudés entre eux, très simple et très bon marché, mais impossible à ranger ailleurs que sur le pont. Il était utilisé systématiquement pendant plusieurs mois, d'abord en mouillant "au pif" et en culant jusqu'à ce que le grappin s'accroche, ensuite en allant le crocheter en apnée sous une patate de corail bien solide. Pour finir, avec une technique d'apnée améliorée, une chaîne de quelques mètres était entourée autour d'une patate solide, fermée par une manille, toujours avec un flotteur et un émerillon. Cette expérience démontre l'efficacité du grappin dans des fonds complexes, à condition d'une intervention humaine pour le positionner précisément. Cependant, l'évolution des pratiques mène à se dire "maintenant je n'imagine plus utiliser un grappin, comme ancre, à part peut-être dans le corail quand je ne pourrais plus plonger…"
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Fonds Herbeux
Sur des fonds herbeux, le grappin peut également trouver son utilité. Sur un ancien bateau, un Trident 80, par force 7 à Port Man, l'ancre plate d'origine ne tenant pas sur les fonds herbeux, un petit grappin pliant a été mis, avec l'ancre plate en poids à 5 mètres manillée sur la chaîne, et toute la chaîne et le câblot filés. Au retour, après avoir plongé pour voir, le grappin tenait par deux pattes fichées dans les racines des algues et cela n'avait pas bougé. D'autres avaient dérapé ou étaient partis. Cela suggère une efficacité, potentiellement due à la capacité des branches à s'enfouir dans la végétation dense.
Techniques de Mouillage et de Dégagement avec un Grappin
La maîtrise de l'utilisation d'un grappin ne se limite pas à sa simple mise à l'eau ; elle inclut des techniques spécifiques pour son déploiement et, surtout, pour son dégagement en cas de blocage.
Le Dégagement d'un Grappin Coincé
Lorsqu'un grappin se coince, notamment sur des fonds rocheux ou coralliens, la remontée peut devenir une véritable galère, voire un danger, surtout par vent ou courant fort. Pour cette raison, des astuces ont été développées. La "cigale" provençale est un exemple éloquent : elle permet de rompre la liaison principale en tirant verticalement, et de récupérer l'ancre par la tête, évitant ainsi de la perdre.
Une autre variante consiste à doubler le câblot (frappé normalement en bout de verge, et de préférence après 3 mètres de chaîne de force adaptée) par un orin flottant, en polypropylène, sur la tête de l'ancre. Cette solution est jugée aussi bonne, voire meilleure. Il est crucial de prévoir avec soin que cet orin est plus long que la profondeur d'eau, et de le nouer avec un nœud de bosse et une surliure. Il doit être plus long que le câblot, pour avoir la certitude que le câblot et ses trois mètres de chaîne sont bien en traction tout le temps du mouillage, et que l'orin de dégagement est mou. Pour relever, et s'il faut rompre une cigale, il est parfois préférable que ce soit de l'arrière, même si, avec du courant, le gouvernail pose problème à moins de le relever. Des expériences malheureuses, comme la casse d'une ancre CQR enrochée malgré l'effort de plusieurs personnes tirant comme des sourds, soulignent l'importance de ces techniques de dégagement.
Le Problème de la "Surpattée"
Un aspect moins connu, mais important, du grappin et de l'ancre à jas est le risque de "surpatter". Le problème du grappin n'est pas de crocher ou de déraper, mais de surpatter. Cela se produit lorsque l'ancre se retourne ou se coince de telle manière qu'elle ne tient plus correctement, même si elle est physiquement accrochée au fond.
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Le Grappin dans les Embarcations Légères : Paddle et Kayak
L'application du grappin s'étend également aux embarcations plus petites et légères, où ses caractéristiques de compactage et d'accroche sont particulièrement appréciées.
L'Ancre Paddle : Maintenir sa Position sur l'Eau
Pour les amateurs de paddle, l'ancre paddle est un outil précieux qui permet de bien garder son paddle en place. Que l'on soit un débutant en paddle ou encore quelqu’un d’expérimenté, des produits spécifiques sont proposés, comme l'ancre paddle EnweLampi, qui est l’un des plus robustes que l'on puisse retrouver sur le marché. Proposée à partir de 115 euros, elle est efficace contre la rouille et faite à partir d’un matériau galvanisé en acier qui résiste à la corrosion et à l’oxydation. Son mode d’utilisation est simple : il suffit de glisser tout d’abord le collier d’ancrage vers le haut pour ouvrir les quatre fluques, puis de glisser le collier dans l’eau pour se garder en position. Conçue également pour canoës, voiliers et kayaks et même pour les bateaux à moteur, c’est un outil qui est compact, facilement transportable, qui ne prend pas beaucoup de place, et qui reste résistante et très pratique en remplissant sa tâche.
Le Grappin pour le Kayak de Pêche
En kayak, l'utilisation d'un grappin pour la pêche présente des défis spécifiques. Une ancre grappin peut être essayée pour pêcher, mais tant qu'il n'y a pas de courant important, cela peut aller. Sinon, il faut le couteau à portée de main, car on n'a pas beaucoup de force, notamment en kayak, pour tirer sur une ancre coincée. Un bout de rappel au cul de l'ancre pour la faire dégager en cas de blocage peut être mis, mais l'association ancre et kayak n'est pas toujours optimale. Les courants, notamment devant le pays de Caux, ne sont pas anodins, ce qui rend la manœuvre délicate. Les objections classiques à l'utilisation de la "cigale" pour les kayaks sont doubles : il faut des essais et de l'expérience pour dimensionner une cigale judicieusement, et il faut en refaire une pour disposer à nouveau de son frein à pied, de son ancre. Ce qui est facile sur un pointu provençal, mais fort pénible sur un kayak.