Naviguer sur un dériveur 470, surtout en compétition, exige une compréhension approfondie de chaque élément du gréement et de ses réglages. Parmi les voiles, le spinnaker, souvent appelé spi, est une pièce maîtresse qui permet de maximiser la vitesse sur les allures portantes. Sa maîtrise est une étape cruciale pour tout équipage visant la performance.
Le 470 : Un Dériveur Olympique et Ses Éléments Clés
Avant de plonger dans les spécificités du spinnaker, il est essentiel de comprendre l'anatomie générale d'un dériveur 470. Le 470 est un bateau complexe, où chaque composant joue un rôle précis dans sa propulsion et sa direction.
La coque est le constituant premier d'un bateau : il forme le flotteur, c'est-à-dire l'élément assurant la flottabilité et l'étanchéité. C'est sur cette structure que repose l'ensemble du système de propulsion et de direction.
Le mât est une pièce généralement verticale servant à soutenir les pièces nécessaires à la propulsion par le vent : voiles, bôme, étai. Sa solidité et sa bonne tenue sont fondamentales pour la performance des voiles. Le mât est maintenu en place par un ensemble de câbles que l'on appelle le gréement dormant. Sur un bateau, l'étai est un câble servant à maintenir le mât longitudinalement vers l'avant. De même, d'autres câbles peuvent le maintenir vers l'arrière pour une tension longitudinale équilibrée. Sur un bateau, les haubans sont les câbles, fixés de part et d'autre du mât, qui maintiennent celui-ci rectiligne et dans le plan longitudinal. Fixés au sommet du mat et sur le pont du navire ils reprennent les efforts transversaux exercés par les voiles et s'opposent à la rupture par flambement. Les barres de flèches sont perpendiculaires au mât des bateaux, permettant une meilleure tenue des mâts en écartant les haubans afin d'avoir un meilleur angle de maintien et diminuer la compression sur le mât. Cet ensemble assure la stabilité verticale et latérale du mât, garantissant que les voiles puissent travailler efficacement.
La bôme est une barre rigide prenant appui en bas du mât d’un bateau à voile et sur laquelle est fixée la partie inférieure de la grand-voile, ce qui permet de l’orienter. Elle est cruciale pour le contrôle de la grand-voile. La Grande Voile est la voile principale du bateau. Elle capte une grande partie de la puissance du vent et son réglage est fondamental pour l'équilibre et la vitesse du dériveur. Le foc désigne la voile d'avant de forme triangulaire d’un bateau. Cette voile est accrochée à l'étai le long duquel elle coulisse pour être hissée. Il complète la grand-voile sur les allures au près et au travers, apportant portance et équilibre.
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Pour diriger le bateau, deux éléments sont essentiels. Le safran est constitué d'un plan vertical pouvant pivoter afin de dévier le flux d'eau sous la coque pour changer la direction du navire. C'est l'équivalent du gouvernail. La barre est utilisée pour orienter un bateau dans la direction voulue, en agissant directement sur le safran. Enfin, la dérive désigne une surface portante immergée permettant de résister à la dérive, c'est-à-dire le dérapage latéral dû à l'effet du vent. Elle est essentielle pour remonter au vent et éviter que le bateau ne glisse latéralement sous la pression du vent.
Le Spinnaker : Voile d'Allures Portantes par Excellence
Le spinnaker, abrégé en spi, est une voile d’avant qui ressemble à une sorte de parachute. Nous en avions parlé lorsque nous avions vu les voiles. Un spinnaker est un type de voile hissée à l'avant d'un voilier lorsque le vent souffle depuis l'arrière du bateau. C'est une voile de grande surface, légère et souvent colorée, spécifiquement conçue pour la navigation aux allures portantes, c'est-à-dire lorsque le vent vient de l'arrière ou du côté du bateau. Sur un dériveur 470, l'utilisation du spi est une manœuvre dynamique qui requiert une coordination parfaite de l'équipage pour transformer efficacement la force du vent en vitesse. Sa forme généreuse permet de capter un maximum d'air, offrant une poussée considérable au bateau. La maîtrise de son déploiement, de son réglage et de son affalage est déterminante pour la performance en régate et pour le plaisir de la navigation.
Composants Essentiels pour l'Utilisation du Spinnaker
Pour manœuvrer le spinnaker, plusieurs éléments spécifiques du gréement sont nécessaires. Comprendre leur rôle est la première étape pour une utilisation efficace de cette voile.
Le Tangon
Le tangon est une barre en métal (souvent désigné par le numéro 1 sur certains schémas) qu’on va installer pour utiliser le spi. Un tangon de spinnaker est un élément du gréement des voiles d'avant, associé au spinnaker. Sa fonction principale est d'écarter le point d'amure du spinnaker du mât, offrant ainsi une plus grande surface de voile exposée au vent et une meilleure tenue du spi. Le tangon est un élément pivotant et ajustable, dont la position influence directement la forme et l'efficacité du spinnaker. Il se fixe d'un côté au mât et de l'autre à l'œillet du spi, appelé le point d'amure. Sa manipulation nécessite précision et synchronisation, notamment lors des empannages.
Les Écoutes du Spinnaker
Pour contrôler la forme et l'orientation du spinnaker, deux écoutes sont utilisées. Elles sont souvent identifiées par des couleurs distinctes, par exemple en rouge et vert. Ces écoutes passent par des poulies et sont manipulées par l'équipage pour border ou choquer la voile. La tension de ces écoutes est cruciale pour que le spi puisse capter le vent de manière optimale, en évitant qu'il ne faseye (flotte) ou qu'il ne soit trop bordé (écrasé).
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Les Barbers Haulers
Les barbers haulers, souvent représentés en violet, sont des dispositifs qui vont permettre de régler la hauteur des écoutes. Il s'agit de systèmes de palan ou de renvoi qui agissent sur la position verticale de l'écoute du spinnaker. En modifiant l'angle d'attaque de l'écoute par rapport à la voile, les barbers haulers influencent directement la forme de la chute du spi, c'est-à-dire son bord de fuite. Leur bon réglage permet d'optimiser le vrillage de la voile et de contrôler sa puissance, particulièrement important dans des conditions de vent variables ou sur différentes allures.
Préparation du Gréement pour le Spinnaker
Avant même de hisser le spinnaker, une préparation minutieuse du gréement est indispensable. Cette phase assure non seulement la sécurité de la manœuvre mais aussi sa fluidité et son efficacité.
Installation des Barbers Haulers
La première étape consiste à installer les deux barbers haulers. Ils sont faciles à reconnaître, car ils passent dans une poulie sur le bateau et il y a une poulie au bout (souvent numérotée 2 sur les schémas). Le côté avec la poulie au bout se met vers l’avant du bateau. Cette orientation est cruciale pour qu'ils puissent exercer leur action correctement sur les écoutes du spinnaker. L'installation doit être faite avec soin, en vérifiant que les lignes ne sont pas torsadées et que les poulies sont libres de tout mouvement.
Mise en Place du Tangon
Le tangon est ensuite mis en place. Sa fixation au mât doit être sécurisée. Bien que son positionnement précis (hauteur, orientation) soit affiné ultérieurement, une mise en place initiale stable est essentielle.
Accrochage de la Drisse et des Écoutes
Une fois le tangon et les barbers haulers installés, il faut accrocher la drisse du spinnaker et les deux écoutes prêtes sur le balcon. La drisse est la ligne qui sert à hisser le spi en haut du mât. Les écoutes, quant à elles, doivent être passées correctement dans leurs poulies respectives et être prêtes à être manœuvrées. Il est bon de s'assurer que les écoutes sont claires, sans nœuds ni obstructions, et facilement accessibles pour l'équipage. Préparer les écoutes sur le balcon (la partie avant du bateau) permet un démarrage rapide et sans accroc une fois la décision de hisser prise.
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Manœuvre de Hissage et Réglages Initiaux
Une fois le gréement préparé, le hissage du spinnaker est une manœuvre qui requiert coordination et rapidité. Immédiatement après le hissage, des réglages initiaux sont effectués pour donner au spi sa forme et son orientation optimales.
Border les Barbers Haulers
La première action, souvent simultanée au début du hissage ou juste après, est de border à fond les deux barbers haulers (souvent désigné par la mention "VA" pour "Vent Arrière" ou "Allure Portante" dans les instructions de navigation). Cette action permet de maintenir les écoutes basses et d'éviter que le spi ne s'envole de manière incontrôlée, tout en préparant la chute pour une meilleure portance. En bordant les barbers haulers à fond, on garantit que le point de tire des écoutes est bien positionné vers le bas et l'arrière du bateau.
Border le Bras pour Positionner le Tangon
Ensuite, l'équipier au poste Numéro 1 (souvent l'avant) a pour tâche de border le bras (l'écoute qui est côté tangon, souvent en vert) pour que l’œillet de la voile arrive jusqu’en butée du tangon. Cette manœuvre est cruciale : elle permet d'étarquer le point d'amure du spinnaker le long du tangon, assurant que la voile soit bien tendue à cet endroit. C'est cette tension qui donne sa forme initiale au spinnaker et le prépare à capter le vent. Un bras suffisamment bordé garantit que le tangon soutient efficacement le spi et qu'il n'y a pas de mou excessif.
Affiner le Réglage du Spinnaker en Navigation
Une fois le spi hissé et les réglages initiaux effectués, l'équipage doit constamment affiner les réglages pour maintenir le spi dans sa forme la plus efficace, en fonction de l'évolution du vent et de l'allure du bateau. Ces ajustements continus sont la clé d'une navigation rapide aux allures portantes.
Orientation du Tangon par Rapport au Vent Apparent
Le réglage du bras (l'écoute verte) est fondamental pour positionner le tangon. L'objectif est de le régler pour que le tangon soit perpendiculaire au vent apparent. Le vent apparent est la somme vectorielle du vent réel et du vent créé par le mouvement du bateau. En gardant le tangon perpendiculaire à ce vent apparent, on s'assure que le spi présente sa surface maximale de manière efficace au flux d'air, optimisant ainsi la poussée. Ce réglage est dynamique et doit être constamment adapté, notamment lors des changements d'allure ou de l'intensité du vent. Pour ce réglage, la communication entre le barreur et l'équipier au piano (qui gère souvent les réglages complexes) est essentielle.
Réglage de l'Écoute et la "Larme" du Spinnaker
Le réglage de l'écoute sous le vent (souvent en rouge) est crucial pour que le spi soit bien gonflé. L'objectif est de trouver l'équilibre parfait entre une voile trop choquée, qui faseyerait et perdrait de sa puissance, et une voile trop bordée, qui serait écrasée contre le mât et ne pourrait pas respirer. La méthode courante consiste à choquer progressivement l'écoute jusqu'à ce qu'une "larme" apparaisse en haut du spi. S'il y a une larme qui apparaît en haut du spi, il faut border, il faut être à la limite de cette larme. Cette "larme" est un léger pli ou un affalement du bord d'attaque du spi, indiquant que la voile est légèrement sous-bordée et commence à déventer. Il faut alors border juste ce qu'il faut pour faire disparaître cette larme, mais en restant à la limite. Ce réglage subtil permet au spinnaker de travailler à sa pleine puissance, en évitant toute turbulence inutile et en maintenant un flux d'air laminaire sur sa surface. Le barreur et l'équipier à l'écoute doivent être en permanence attentifs à la forme du spi et aux sensations du bateau.
Réglages Spécifiques du Tangon et des Barbers Haulers
Au-delà des réglages de base, des ajustements plus fins du tangon et des barbers haulers sont nécessaires pour optimiser la performance du spinnaker en fonction des conditions de vent et de l'allure exacte du bateau. Ces réglages avancés distinguent les équipages expérimentés.
Hauteur du Tangon Selon l'Allure et la Force du Vent
La hauteur du tangon est un paramètre de réglage important qui influence la puissance et le vrillage du spinnaker. Le tangon est en règle générale perpendiculaire au mât. Cependant, ce réglage de base est ajusté en fonction des conditions. Par petits airs, on baisse le tangon, ce qui aide à donner plus de profondeur au spi et à mieux capter les faibles flux d'air. Cette position plus basse favorise une voile plus "ouverte" en tête, ce qui est bénéfique par vent faible. Inversement, par vent soutenu, on le monte. Un tangon plus haut permet d'aplatir légèrement le spi, de réduire son vrillage et de le stabiliser, ce qui est essentiel pour contrôler la puissance excessive dans la brise.
La hauteur du tangon varie également en fonction de l'allure. Sur des allures du petit largue au largue (lorsque le vent vient plus du côté), on baisse le tangon. Cette position basse permet au spi de mieux s'ouvrir et de travailler plus efficacement, en présentant une plus grande surface au vent tout en gérant le vrillage nécessaire pour ces allures. En revanche, au vent arrière (lorsque le vent vient directement de l'arrière), on le monte. Une position haute du tangon permet d'optimiser la projection du spi vers l'avant et de maximiser la surface exposée au vent, ce qui est crucial pour la poussée maximale sur cette allure.
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