L'art de la navigation : Tout savoir sur le Stand Up Paddle et l'évolution technique vers le Trident

La pratique du stand up paddle (SUP) s'est imposée comme une discipline majeure dans l'univers des sports de glisse. Pour comprendre cette activité, il est essentiel de distinguer les deux grandes philosophies qui animent les pratiquants : le peuple de la plage et le peuple de la mer. Pour Christian, le peuple de la plage, c’est l’homme de la vague qui déferle, le surfeur, quel que soit le support, planche à voile, surf, stand up paddle, etc. Le peuple de la mer c’est le marin, l’homme du large, de la houle, qu’on chevauche en bateau, en planche à voile et en Sup.

Fondements théoriques de la navigation en SUP

Aller en mer sur un support avec un moteur aussi peu performant que le corps humain sans dérive est une hérésie, tant sur le plan théorique que pratique. Il est nécessaire d’écarter d’emblée l’analogie avec le funboard et le catamaran car leur capacité à générer du vent apparent très rapidement et dans de grandes proportions, et donc leur capacité à naviguer sans dérive même en se rapprochant du lit du vent, n’illustre pas le débat.

La physique de la navigation est implacable : essayez de naviguer sur un plan d’eau plat sur un dériveur sans dérive à une allure autre que le vent arrière. C’est quasi impossible, car vous n’équilibrez pas les différents centres de poussées (plan de voilure/safran). Ça se tente mais les efforts qui s’exercent sur le safran sont colossaux et il devient très rapidement impossible de tenir la barre et le bateau part sous le vent irrémédiablement, même en modifiant les réglages du moteur. L’usage d’une dérive est donc indispensable pour naviguer à une autre allure que downwind.

Bien qu'on puisse techniquement naviguer sans dérive en SUP, cela nécessite une très bonne technique de rame, une excellente condition physique, un Shape adapté, un emplacement d’aileron judicieux et l’usage de techniques canoës pour réaliser un bac. La plupart des planches de race actuelles possèdent un Shape et un emplacement d’aileron très en arrière, idéal pour le surf en beach race ou le downwind, mais peu adapté pour le reste de la pratique. Plus la distance entre les centres de poussée (aileron et rameur) est grande plus la planche est molle, ce qui est problématique travers où une planche ardente est préférable.

Vers une innovation technique : l'intégration de la dérive

Face à ces limites, l'intégration d'une dérive s'impose comme une nécessité pour les sorties en haute mer. Des experts comme Olivier Drut et Pierre de la Monneraie ont rejoint cette conclusion, corroborée par les travaux de l’architecte naval Bruce Faar. Le premier modèle à dérive fut une F-One 14×28 modifiée, menant aujourd'hui à l'utilisation de planches "unlimited" équipées de ce système.

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Il existe deux types principaux : la dérive sabre et la dérive escamotable. La préférence va au système escamotable à commande au pied, bien que sa mise en œuvre soit complexe pour un artisan shapeur. Ainsi, l'usage de dérives sabres coulissant dans un puits incliné vers l’arrière est courant. Le défi reste le passage en downwind, où il faut s'arrêter pour retirer la dérive, une manœuvre parfois délicate en mer formée.

La conception exige une précision mathématique : plus la dérive est avancée devant la position de rame, plus elle peut être réduite. Sur une 16.4 pieds, un positionnement à 90/110 cm devant les pieds, pour 25 cm de profondeur et 9,5 cm de corde, offre un équilibre optimal. Patrice Remoiville, via sa marque 3bay, a perfectionné cette technologie avec un puits en carbone moulé, évitant l'usage de butoirs et garantissant une solidité accrue pour un surplus de poids modeste.

Diversité des montages et polyvalence

Le choix du montage des ailerons influence radicalement le comportement de la planche. Si certains privilégient un gouvernail ou un single incliné, le "trifin" parallèle (latéraux non pincés) est une option robuste, offrant une facilité précieuse en downwind. Ce montage permet une multitude de combinaisons, notamment le double fin en rivière pour naviguer dans peu d'eau. La distance entre l'aileron central et la dérive, maintenue autour de 220 cm, permet au rameur de se situer à équidistance des appendices, ouvrant un terrain de jeu plus vaste et sécurisant.

L'usage de la dérive est recommandé à toutes les allures sauf grand largue et vent arrière par mer formée. Cette configuration permet de concevoir des planches de grand cruising hyper confortables, sûres et rapides. Toutefois, le milieu compétitif, porté par la Fédération Française de Surf (FFS), montre une certaine inertie face à ces innovations, favorisant souvent des constructions "light" en simple aileron au détriment de l'évolution technique.

Classification des planches : Touring vs All-Around

Au-delà de l'équipement technique, le choix de la planche dépend avant tout de l'usage. Bien que toutes soient polyvalentes, la philosophie de conception diffère. Le stand up paddle board polyvalent se distingue par son nez arrondi, offrant une stabilité accrue grâce à un pont plus large et un rocker prononcé. C'est le choix idéal pour les débutants, le yoga, ou les balades sociales.

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À l'opposé, les planches de touring possèdent un nez pointu, un corps allongé et étroit. Elles incarnent les voitures de sport sur l'eau, conçues pour la vitesse et les longues distances. Le nez pointu permet de fendre les vagues plutôt que de les heurter, facilitant la trajectoire droite. Cependant, cette finesse implique une stabilité réduite, exigeant un pagayeur plus expérimenté. Choisir entre les deux équivaut à choisir son expérience : la stabilité et la polyvalence contre la performance et l'efficacité de glisse.

Caractéristiques matérielles et technologies de fabrication

Le choix entre une planche rigide et une gonflable (i-SUP) repose sur des critères de praticité et de durabilité. Les SUP gonflables, grâce à leur capacité à être transportés dans un sac à dos, sont privilégiés pour leur résistance aux chocs, bien qu'ils soient sensibles aux objets tranchants. À l'inverse, les planches rigides, sculptées dans du polystyrène, offrent une glisse supérieure et une précision de Shape inégalée.

La rigidité des gonflables est devenue un champ de bataille technologique. Des systèmes comme le RSS (Rocker Stiffening System) de Red Paddle ou l'Airline Technology de Starboard, utilisant des câbles en aramide sous tension, permettent d'atteindre une sensation de coque solide proche des planches rigides. L'épaisseur joue ici un rôle crucial, influençant à la fois la flottaison et la raideur structurelle.

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