Toutes Voiles Kerhorres: Histoire d'une Tradition Maritime

L'histoire maritime du Relecq-Kerhuon est riche et complexe, marquée par des figures emblématiques, des traditions de pêche uniques et une évolution constante au fil des siècles. Cet article explore l'histoire des bateaux kerhorres, en particulier la chaloupe Mari-Lizig, ainsi que l'impact de la pêche sur la vie des habitants de Kerhor et du Relecq-Kerhuon.

Les Bateaux Kerhorres: Un Héritage Maritime Unique

Les bateaux kerhorres, typiques de la région, étaient des embarcations robustes utilisées par les pêcheurs locaux. Ces bateaux se caractérisaient par leur faible tirant d'eau, ce qui leur permettait de s'approcher au plus près des côtes pour traquer les bancs de poissons. Les avirons étaient un élément essentiel de ces embarcations, souvent utilisés comme mode de propulsion pour la pêche à la senne.

La Mari-Lizig: Un Hommage au Passé Maritime

La Mari-Lizig est une chaloupe construite en 1987/88, réplique à l'identique du dernier bateau kerhorre. Ce projet a été initié par Pierre Sanquer, avec l'aide de Jean Kernéis, membre du Club d'Histoire Locale et ancien marin. Jean Kernéis s'est lancé dans la recherche de ce que furent les bateaux, les pêcheurs et les pêcheuses kerhorres. Maquettiste, il a essayé de retrouver les formes de ces bateaux typiques qu'il avait connus dans sa jeunesse.

La conception de la Mari-Lizig a été un processus minutieux, impliquant la création de demi-coques et la consultation des frères Hily, anciens constructeurs de bateaux kerhorres. La maquette finale a été exécutée sur les plans tracés par Jean Kernéis et présentés dans les « Cahiers de l'Iroise » en 1973.

La construction de la Mari-Lizig a été confiée à Joseph Canton, un jeune charpentier de marine de l'Aber-Wrac'h. Les éléments de charpente ont été confectionnés à l'Aber-Wrac'h et présentés lors d'une fête populaire à Kerhuon en mai 1987. Pour des raisons de sécurité, la Mari-Lizig a été équipée d'un moteur hors-bord, dont la mise au point d'une chaise adaptable aux formes norvégiennes de l'arrière fut laborieuse.

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En 1988, le nom « Mari-Lizig » a été choisi pour le bateau, en hommage à une pêcheuse bien connue des kerhorres.

Kerhor: Un Hameau de Pêcheurs

Kerhor était autrefois un hameau sur les bords de l'Elorn, regroupant quelques fermes et des maisons basses où vivaient de nombreuses familles de pêcheurs. Le site était bien abrité des vents dominants, ce qui en faisait un lieu idéal pour les pêcheurs.

Les premiers témoignages sur la pêche kerhorre et le mode de vie des pêcheurs sont rares. En 1836, E. Souvestre mentionne l'existence de « barques kerhorres » sur l'Elorn. En 1839, un tableau d'Auguste Mayer décrit un bateau kerhorre et son équipage au repos.

Les peintres Mayer, Boudin et Cottet ont immortalisé le bateau kerhorre et ses occupants, les sauvant ainsi de l'oubli.

La Vie des Pêcheurs Kerhorres

La vie des pêcheurs kerhorres était loin d'être facile. Ils étaient connus pour leur courage, leur goût de la liberté et leurs conditions de travail éprouvantes. Leur vie privée était peu commune, ce qui en faisait des personnages en marge des milieux maritimes et paysans.

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L'équipage d'un bateau kerhorre était généralement composé de quatre personnes: le patron et trois matelots, ou le patron, deux matelots et un mousse. Il arrivait que le quatrième membre d'équipage soit une femme, la fille ou la sœur du patron.

Les sorties en mer duraient généralement une semaine si le bateau pêchait en rade et deux semaines s'il allait jusqu'aux îles. Les Kerhorres pêchaient à la senne, une technique qui exige des lieux de pêche dépourvus d'obstacles importants.

Les repas étaient préparés et pris à bord. Le menu était invariablement composé de soupe de poissons, de pain et de beurre.

Les pêcheurs kerhorres étaient entièrement dévoués à la mer. Ils ne possédaient pas de terres et ne pratiquaient pas l'agriculture comme complément de revenu.

Les Pêcheuses Kerhorres

Les femmes des pêcheurs, souvent mères de famille nombreuse, exerçaient une activité complémentaire pour subvenir aux besoins de leur famille. Elles pratiquaient la pêche à pied, ramassant des coquillages le long des grèves pour les vendre à Brest. Elles étaient connues sous le nom de « pêcheuses kerhorres ».

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Elles parcouraient les grèves de la presqu'île de Plougastel jusqu'à Loperhet, dormant souvent dans les fermes et se nourrissant du bol de soupe que leur offraient leurs hôtes.

Le Déclin de la Pêche Kerhorre

La pêche kerhorre a disparu entre les deux conflits mondiaux, victime des bouleversements sociaux et technologiques de l'époque. L'arrivée de la machine et la modernisation des techniques de pêche ont rendu obsolètes les méthodes traditionnelles des pêcheurs kerhorres.

La communauté des pêcheurs a également été déstabilisée par l'arrivée des bourgeois de Brest, qui ont construit de grandes maisons de campagne au Relecq-Kerhuon. La création de la commune du Relecq-Kerhuon en 1896 a également contribué à affaiblir la communauté des pêcheurs.

Le bateau à moteur a remplacé le bateau à voile, et le bateau kerhorre, figé dans ses formes, ne pouvait recevoir aucun élément motorisé.

L'Héritage des Pêcheurs Kerhorres

Malgré leur disparition, les pêcheurs kerhorres ont laissé une marque indélébile dans l'histoire du Relecq-Kerhuon. Leur courage, leur indépendance et leur mode de vie unique ont inspiré les artistes et les écrivains, contribuant à forger la légende des Kerhorres.

Aujourd'hui, l'association Toutes Voiles Kerhorres (TVK) perpétue la mémoire des pêcheurs kerhorres en organisant des événements nautiques et en faisant naviguer des jangadas brésiliennes. La régate annuelle « Toutes Voiles Kerhorres » rassemble chaque année une centaine de bateaux et vieux gréements, témoignant de l'attachement des habitants du Relecq-Kerhuon à leur patrimoine maritime.

La Mari-Lizig, réplique du dernier bateau kerhorre, est un symbole de cet héritage maritime. Elle rappelle le mode de vie des pêcheurs kerhorres et leur contribution à l'histoire du Relecq-Kerhuon.

L'Association Toutes Voiles Kerhorres (TVK)

L'association Toutes Voiles Kerhorres (TVK) joue un rôle essentiel dans la promotion de la culture maritime et la préservation de l'héritage des pêcheurs kerhorres. Fondée il y a plusieurs années, l'association organise des événements nautiques, des régates et des activités éducatives pour sensibiliser le public à l'histoire maritime du Relecq-Kerhuon.

Chaque année, TVK organise des événements sur le plan d'eau relecquois et édite un annuaire des marées, en collaboration avec les autres structures maritimes de la commune. L'association poursuit également sa volonté de faire naviguer les jangadas brésiliennes Mucuripe et Pirata, désormais immatriculées.

TVK collabore également avec les plaisanciers de Camfrout et du port du Passage à la troisième édition de la course des Ofni, en se chargeant de la partie restauration.

La Régate "Toutes Voiles Kerhorres"

L'événement phare de l'association est la régate annuelle "Toutes Voiles Kerhorres", qui rassemble une centaine de bateaux et vieux gréements de toutes tailles. En 2023, la régate a célébré sa vingtième édition, témoignant de son succès et de son importance pour la communauté maritime locale.

En 2023, un deuxième parcours a été mis en place pour les embarcations de voile légère, avec la première édition de la KIR-Cup (Kerhuon/Île Ronde), créée par les responsables du Sports nautik du Relecq-Kerhuon (SNRK).

Comme à l'accoutumée, les inscriptions ont lieu la veille de la régate, à la Maison de la Mer.

Yvon Gorret: Un Membre Passionné de TVK

Yvon Gorret, un relecquois passionné de la mer, est membre de l'association TVK depuis plusieurs années. Il a d'abord participé aux régates de TVK avant d'intégrer l'association. Ce qui lui plaît dans la navigation, c'est partir et voyager.

Ce marin a déjà parcouru le monde en traversant l'océan Atlantique et l'océan Indien. Il n'a pas de bateau mais trouve toujours à s'associer à des équipages. Il passe des annonces dans la capitainerie et le hasard d'une rencontre fait le reste.

Le Relecq-Kerhuon: Un Lieu de Passage et d'Évolution

Le Relecq-Kerhuon a toujours été un lieu de passage et d'échanges. Après la construction du viaduc et du chemin de fer, la liaison avec Brest s'est renforcée, favorisant le développement économique et social de la commune.

En 1896, les villages du Relecq, de Kerhor, de Kermadec, de Ste Barbe et de Camfrout se sont séparés de Guipavas pour former une nouvelle commune.

La Première Guerre mondiale a marqué un tournant majeur pour le Relecq-Kerhuon, avec l'arrivée de plus de 6 000 ouvriers et ouvrières dans les usines d'armement du Moulin Blanc et de Saint-Nicolas. Cette affluence a donné le coup d'envoi à l'urbanisation de la commune.

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