Le parcours d'un marin ancré dans le Finistère
La trajectoire de Thierry Chabagny, skipper originaire de Névez, est celle d'un homme profondément lié aux éléments, dont la carrière illustre une progression constante dans l'exigence du haut niveau. Avec 17 années de compétition sur le circuit Figaro, il a su s'imposer comme une figure respectée du monde de la voile, cultivant une image de technicien talentueux, capable de naviguer vite tout en privilégiant la sécurité. Son évolution ne s'est pas faite sans obstacles. En 2010, alors en panne de sponsor, le Finistérien a dû mettre une croix sur la transat AG2R La Mondiale, une course qu'il avait pourtant disputée à quatre reprises. Ce fut une période frustrante, marquée par l'observation des courses via internet, un éloignement qui n'a fait que renforcer son désir de retrouver la compétition.
Ce manque du circuit Figaro a agi comme un moteur. Lorsque, plus tard, il a remporté les deux premières étapes du Tour de Bretagne aux côtés d'Alexis Littoz, la validation de son ticket pour la suite de sa carrière fut une étape charnière. Thierry Chabagny, âgé de 40 ans, ne se définit pas uniquement par ses succès, mais par sa capacité à transformer chaque expérience, même les plus éloignées du circuit classique, en une richesse personnelle. Son passage par l'aventure du maxi-trimaran Banque Populaire V, aux côtés de Pascal Bidégorry puis de Loïck Peyron, avec le Trophée Jules-Verne à la clé, constitue un point d'orgue de sa carrière. « Au fond de moi, je sais que j'ai fait ce truc-là. Tout le monde m'en parle encore », confie-t-il, soulignant l'empreinte indélébile que laisse une telle épopée.
L'exigence de la haute compétition
La transition entre les grands multicoques et le circuit Figaro demande une adaptation constante. Pour le skipper, la question demeure souvent de savoir si l'expérience acquise sur les machines les plus rapides du monde l'aide véritablement en solitaire. Le passage entre Concarneau et Saint-Barth, lors de la transat AG2R, offre un terrain de jeu où la gestion de l'imprévu est reine. « Le moins qu'on puisse dire c'est que ce début de course a été assez tonique avec ces deux dépressions », racontait-il après une première nuit au taquet, marquée par 44 nœuds de sud-ouest dans une mer désordonnée et très démontée. Dans ces moments-là, chaque détail compte. Un simple problème avec le solent, la voile d'avant, peut coûter deux milles cruciaux : « C'est rageant car cela n'arrive jamais. »
La préparation pour une transat en solo relève d'une organisation quasi militaire. « Le gros du long travail de préparation, qui a débuté au mois d’octobre, est terminé. Et aujourd’hui, on est à l’heure du conditionnement : l’eau dans les bidons, la nourriture dans les caisses, et le tout dans le bateau ! Les vêtements sont également soigneusement triés. » La gestion du temps à bord est une discipline à part entière. Dans certaines conditions météo, le simple fait de se changer devient une réelle course contre la montre. « On laisse le bateau sous spi à 15 nœuds sous pilote 1 ou 2 minutes, pas plus ! Pareil pour manger ! Il faut pouvoir ouvrir une caisse et trouver la barre énergétique souhaitée en quelques secondes. » Ce n'est pas tout le temps ainsi, heureusement, mais la grande part du travail de préparation réside dans l'anticipation de tous les cas de figures. Tous les dossiers sont vus et revus pour assurer que, pour partir serein, rien ne soit oublié.
Vers les sommets avec le Team Actual
La polyvalence de Thierry Chabagny s'est confirmée par son intégration au sein du Team Actual. En 2023, il a été choisi par Anthony Marchand pour participer à la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre sur l'Actual Ultim' 3. Anthony Marchand souligne la pertinence de ce choix : « Je suis en confiance aux côtés de Thierry. C’était une priorité dans mon choix. Avec 17 années de compétition en Figaro dont une partie en parallèle en multicoque, Thierry Chabagny était définitivement la bonne personne. » Cette confiance repose sur une culture commune acquise au Pôle Finistère Course au Large à Port La Forêt.
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Pour Chabagny, cette nouvelle aventure représentait un défi stimulant : « J’ai navigué très souvent en équipage mais traverser l’Atlantique en double sur ce type de bateau je ne l’ai jamais fait, ça a été un gros point de motivation. » Le skipper est un profil recherché, tant pour son expérience que pour sa personnalité qui correspond aux valeurs du Team Actual. Le palmarès de Thierry Chabagny, comptant 7 participations à la Solitaire du Figaro, avec une 2e place en 2006, des 4e places en 2009 et 2018, ainsi que des 5e places en 2012 et 2016, témoigne d'une régularité remarquable au plus haut niveau.
La mer comme philosophie de vie
Au-delà de la compétition, la mer représente pour Thierry Chabagny un espace de liberté et de retour à la nature. Son parcours inclut des expériences variées, du métier de coureur au long cours sur des voiliers comme LA POSTE à celui de skipper aux Antilles, puis de convoyeur en Atlantique et électricien de marine. Cette pluralité de rôles lui a permis d'aborder la voile sous différents angles, faisant de lui un professionnel capable de partager son savoir-faire avec pédagogie lors de croisières.
Que ce soit au départ de Barneville-Carteret vers les îles Anglo-Normandes ou dans des expéditions vers l'île de Wight, l'approche de Thierry se veut immersive. « La voile est le moyen le plus pur de jouer avec la vague et le vent et de se couper, pour quelques heures ou quelques jours, de la vie de terrien. » Si certains clients saluent son professionnalisme, son écoute et sa capacité à faire participer chacun aux manœuvres quel que soit le niveau, d'autres notent un caractère parfois réservé dans la communication. Ces retours nuancés dessinent le portrait d'un homme de terrain, passionné par la mer, qui préfère l'action et le partage d'expérience à la formalisation constante des consignes.
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