L'archipel de la Polynésie française, joyau du Pacifique, est bien plus qu'un paradis sur terre ; c'est une terre où l'océan n'est pas un simple décor ou un terrain de jeu, mais une origine, une mémoire et un langage. Au sein de cette symbiose profonde entre l'homme et la mer, des talents émergent, façonnés par les vagues et imprégnés d'une culture ancestrale. Parmi cette jeune garde passionnée, Tauhiti Narii, originaire de Tahiti, incarne la nouvelle génération de bodyboarders, évoluant dans un environnement où les défis aquatiques sont aussi redoutables que les paysages sont sublimes. Son parcours, ancré dans les eaux turquoise de Punaauia, est indissociable de l'héritage surfistique polynésien, dominé par des spots mythiques comme Teahupo’o, et porté par des figures emblématiques qui transmettent la flamme.
L'Océan Polynésien : Une Origine, Une Mémoire, Un Langage
À Tahiti, l’océan n’est en effet ni un décor ni un simple terrain de jeu. Il est avant tout une origine, une mémoire, un langage. Sans lui, il n’y a pas de Polynésie. Cette vérité est profondément ancrée dans l'âme de ses habitants et façonne chaque aspect de leur existence, y compris leur rapport aux sports nautiques. Bien avant l'essor du surf moderne, la civilisation polynésienne s'est construite autour de la mer, comme le souligne Jean-Christophe « Teva » Shigetomi, historien du surf, président d’honneur du Ta’apuna Surf Club et ancien secrétaire général de la Fédération tahitienne de surf. Il résume l'essence même de cette connexion indéfectible : « Sans la mer, il n’y a pas de Polynésien. Bien avant l’apparition du surf moderne, la civilisation polynésienne s’est construite par la mer. » Il ajoute que « la mer lave. Elle enlève ce que vous avez dans la tête. » Ce constat met en lumière la dimension purificatrice et régénératrice que revêt l'océan pour les Polynésiens. Avant les champions de surf, la Polynésie comptait déjà des champions en pirogue ou en pêche sous-marine, témoignant de cette excellence marine préexistante. Cette relation profonde avec la mer n'est pas qu'historique ; elle est perpétuée et même renforcée par des acteurs contemporains. Air Tahiti Nui est par exemple engagée depuis 2015 dans une démarche RSE visant à réduire son impact environnemental tout en soutenant le développement de la Polynésie française. Elle œuvre également à limiter son empreinte carbone grâce à la modernisation de sa flotte et à des actions comme la compensation des émissions. L'océan est un espace de vie où les surfeurs, bodyboarders et autres passionnés de glisse ne font que perpétuer une tradition millénaire d'interaction respectueuse et exigeante avec la nature.
Teahupo’o : Le Temple Sacré du Surf et du Bodyboard Polynésien
Au cœur de cette culture océanique réside un spot dont la renommée dépasse largement les frontières de l'archipel : Teahupo’o. C'est une vague qui fascine les surfeurs du monde entier, souvent décrite comme la plus belle vague du monde, mais aussi la plus dangereuse. Cette icône de la Polynésie française a été choisie pour l’épreuve de surf des Jeux olympiques de Paris 2024, une reconnaissance majeure pour ce site mythique. Son énergie est véritablement unique. Jérémie Florès, surfeur de renommée, décrit ce qui rend cette vague si spéciale : « L’énergie autour de cette vague est unique, la puissance de la vague, le récif, la culture, les gens, tout ce qui fait que cette vague est vraiment spéciale. » Sa particularité principale réside dans sa forme : « C’est une vague à tube, pas une vague à manœuvres. » La description visuelle de Teahupo’o est à couper le souffle : « Quand tu arrives, vous avez toute cette montagne en face, vous avez toute cette verdure, vous avez ce bleu transparent, vous voyez le récif, on ne sait même pas si le fond est à 1 mètre ou à 4 mètres tellement elle est translucide. » Et lorsque la vague se lève, « après, la vague elle-même, quand elle arrive, elle est juste en face de vous, elle est belle. » Cependant, sa beauté est intrinsèquement liée à sa dangerosité. Le surfeur explique : « Et après elle a différentes directions, et chaque direction que prend la vague elle a une autre forme, elle est plus ou moins épaisse, et de là vient la dangerosité de la vague, tout dépend de la direction. » Habiter à Tahiti et faire du bodyboard, tester cette vague mondialement reconnue serait la moindre des choses, comme l'exprime Tauhiti Narii, montrant l'attrait irrésistible de Teahupo’o même pour les plus jeunes pratiquants.
Raimana Van Bastolaer : Le Gardien de la Vague Légendaire
La légende de Teahupo’o est inextricablement liée à des figures emblématiques, dont Raimana Van Bastolaer, souvent désigné comme le gardien du temple de cette vague de légende. Raimana Van Bastolaer est l’un des plus grands surfeurs du monde, et il est aussi l’un de ceux qui maîtrisent le mieux la célèbre vague de Teahupo’o. Son parcours est fascinant : originaire de Tahiti, il a commencé par le bodyboard, avant de se mettre au surf, presque du jour au lendemain, et de s’attaquer à Teahupo’o. Sa connexion avec la vague est profonde et précoce. Il raconte : « J’ai compris très vite que cette vague était spéciale, parce que les étrangers venaient la surfer, je ne comprenais pas pourquoi, et d’année en année, des compétiteurs essayaient de la surfer, là j’ai compris, et les sponsors m’ont dit de rester à Teahupo’o. » Cette clairvoyance l'a positionné au cœur de l'action, faisant de lui une référence incontournable. Des figures mondiales du surf comme Kelly Slater, Laird Hamilton ou encore Jérémie Florès, entre autres, appellent Raimana Van Bastolaer pour venir l’affronter. Il n'est pas étranger aux défis et aux dangers de la vague ; Raimana Van Bastolaer a été lui-même victime de plusieurs chutes à Teahupo’o. Il confie : « J’en ai eu des chutes, j’en ai eu plusieurs, et ma dernière chute m’a fait très très mal. »
Malgré ces expériences, il se montre néanmoins très confiant pour les Jeux olympiques, honoré que Teahupo'o ait été choisie pour l’événement du surf pour Paris 2024. Il est convaincu que « ça va très bien se passer. » Avec lucidité, il précise que bien sûr « il ne faudra pas que Teahupo'o soit en mode code rouge comme ça peut arriver parfois, parce que déjà la vague, à 2 mètres, c’est technique, mais si ça va au-dessus, il va falloir attendre et laisser passer quelques jours. » Le choix de ce spot est très bien accueilli en Polynésie, et, en bon gardien de Teahupo’o, il conclut que c’est une véritable reconnaissance pour la vague. Au micro de Bixente Lizarazu, Raimana Van Bastolaer est revenu sur son parcours et son rôle de gardien de la vague de Teahupo’o, soulignant l'importance de son rôle non seulement pour les athlètes, mais aussi pour la préservation de l'esprit du lieu.
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Tauhiti Narii : La Jeune Génération du Bodyboard Tahitien
Dans ce sillage de passion et de dévouement pour les vagues, émerge la jeune garde, dont fait partie Tauhiti Narii. Connu sous le nom de VILLET Narii, ce jeune homme de 17 ans (au moment de l'interview) habite à Tahiti, dans la commune de Punaauia. Ses passions, au-delà de la glisse, sont révélatrices de son âge et de son environnement : il aime le Bodyboard, le Skate et dormir. Le bodyboard, cependant, occupe une place prépondérante dans sa vie.
Découverte du Bodyboard et Influences
Tauhiti Narii a découvert le Bodyboard avec son père, qui lui-même pratique le surf depuis son enfance au spot de TAAPUNA. Cette transmission familiale est un schéma courant dans la culture surfistique polynésienne, où les générations partagent et perpétuent les pratiques nautiques. Grâce à l'influence de son père et à son « statut », Tauhiti a réussi à se faire accepter au spot, un élément crucial dans un environnement où le respect des anciens et des habitués des lieux est primordial. Les spots comme Taapuna sont des lieux de rencontre, d'apprentissage et de partage, et l'intégration dans la communauté des riders est une étape importante pour tout jeune passionné.
L'Expérience de Teahupo'o et la Philosophie du Bodyboard
Confronté à la question de savoir s'il a déjà surfé Teahupo'o, Tauhiti Narii répond sans hésitation : « Oui j'ai déjà surfé la "vague mythique" haha ! » Il justifie cette expérience comme une évidence pour tout bodyboarder tahitien : « Habiter à Tahiti et faire du bodyboard, tester cette vague mondialement reconnue serait la moindre des choses ! » Cette déclaration souligne l'attraction irrépressible qu'exerce Teahupo'o sur les pratiquants locaux, jeunes ou moins jeunes. L'approche de Tauhiti Narii envers le bodyboard est teintée d'une philosophie respectueuse et profonde. Ce qu'il aime dans le bodyboard, c'est avant tout « le fait d'être en contact avec la nature, où ce n'est pas l'être humain qui domine, qui décide. » Cette vision reflète l'humilité face aux éléments et la reconnaissance de la puissance de l'océan, un sentiment partagé par de nombreux Polynésiens. Il apprécie également « le fait de se réveiller tôt le matin pour arriver parmi les premiers au spot et surfer pendant que d'autres dorment toujours… » Cette discipline et cette recherche de l'intimité avec la vague sont des marques distinctives des riders authentiques. Enfin, il valorise les liens sociaux créés par ce sport : « Mais aussi connaître de bonnes personnes qui sont devenus de grands amis pour moi aujourd'hui. » Le bodyboard n'est pas seulement un sport individuel, c'est aussi un catalyseur de liens forts et durables au sein de la communauté.
Défis, Anecdotes et Compétitions
L'apprentissage du bodyboard, surtout dans des eaux exigeantes, est parsemé de défis. Tauhiti Narii n'échappe pas à la règle et se souvient de sa plus grosse gamelle : « Ma plus grosse gamelle.. Être parti sur une "set" alors que je n'étais qu'un débutant il y a environ 3 ans au spot de surf dans la passe de VAIRAO. » Les conséquences de cette erreur de jugement étaient significatives : « Je m'en suis tiré avec pas mal de blessures à la tête.. » Cet incident met en lumière les risques inhérents à la pratique des sports de glisse dans des environnements naturels puissants.
Interrogé sur ses préférences de voyage, Tauhiti Narii opte pour l'originalité : « Je prendrais le voyage au Japon car je n'y suis jamais allé, même pour 20 minutes, juste pour le Fun.. Et puis j'ai jamais vu de gorille en vrai donc ça serait l'occasion. » Son manque d'anecdotes de voyage ("Je voyage rarement donc je n'en ai pas haha") souligne une vie centrée sur son île et ses vagues.
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En ce qui concerne la compétition, Tauhiti Narii a commencé à participer aux compétitions du Bodyboard Tour de Tahiti en 2012. Cependant, il exprime une certaine réticence : « mais j'aime pas trop ça, surtout que la plupart sont faites dans des beachbreak ! » Cette préférence pour les vagues de récif, plus puissantes et techniques, est une indication de son goût pour l'authenticité et les sensations fortes qu'offrent les spots tahitiens. À la fin de son entretien, il remercie pour l'interview sympa et souhaite bonne continuation, un témoignage de sa simplicité et de son enthousiasme.
L'Élite Tahitienne du Surf et du Bodyboard : Un Riche Écosystème de Talents
Tahiti est le paradis du Bodyboard avec plein de bonnes vagues de récif comme on aime, et cette affirmation se vérifie à travers la multitude de talents qui animent la scène locale. Narii fait partie des passionnés de bodyboard de Tahiti, mais il évolue dans un environnement riche en figures.
Mihimana Braye : L'Ambition Olympique et l'Adaptation à Teahupo'o
Mihimana Braye est un autre exemple éclatant du talent tahitien. Il dispute ses premiers Mondiaux de surf avec l'équipe de France, déclarant avec enthousiasme : « C'est juste incroyable. Je suis super content. » Il se souvient : « Les seuls Mondiaux ISA que j'ai fait étaient avec l'équipe de Tahiti en juniors, il y a longtemps. » Son objectif est clair et ambitieux : « Je sais pourquoi je suis là : décrocher la place qualificative pour les JO avec les coéquipiers, c'est l'objectif ultime. »
Originaire de Papeete, la capitale de Polynésie française, à Tahiti, Mihimana Braye est particulièrement lié au spot olympique. C’est là-bas que se déroulera l’épreuve de surf des Jeux Olympiques de Paris 2024, sur la vague de Teahupo’o. Ce spot paradisiaque et mythique est son terrain d'entraînement régulier. Sa relation avec la vague est presque fusionnelle, comme en témoignent ses publications Instagram : « Moi et elle pour toujours », ou encore « j’ai passé beaucoup de temps ici dernièrement. »
La pratique du surf moderne exige une polyvalence technique. Il n'est plus rare de voir des surfeurs réaliser des rotations aériennes en compétition (aerials). Le Brésilien Gabriel Medina avait d'ailleurs éliminé le Français Michel Bourez, un autre surfeur tahitien, en quart de finale des Jeux de Tokyo 2020 grâce à un superbe Aerial 360°. L'exécution d'une telle figure nécessite beaucoup de pratique. En dehors de l'eau, Mihimana Braye pratique d’autres sports, qui lui procurent autant de plaisir que d’entraînement croisé pour la compétition. Il inclut le yoga dans sa routine : « Je fais aussi du yoga pour calmer mon esprit et bien récupérer après les grosses sessions d’entraînement. » Son régime alimentaire est également rigoureux : « Je ne mange pas de viande rouge ni blanche depuis cinq ans, que du poisson et j’ai vu de nettes améliorations sur ma santé et mes performances. »
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Mihimana Braye exprime une confiance particulière pour Teahupo’o : « J'ai passé beaucoup de temps ici. Je me suis familiarisé avec ce spot. J'ai beaucoup de confiance ici. Et je sais ce que les juges attendent de voir : une ou deux grosses manœuvres au large, sans doute des airs. » Malgré les descriptions de la vague comme étant plus axée sur le tube, il adapte son style : « Alors, oui, ce n'est pas la plus belle des vagues mais je suis vraiment confiant ici. Mon surf est adapté à cette vague. »
La Relève Polynésienne pour Paris 2024
La relève est bien assurée en Polynésie française, avec trois athlètes qui rêvent de surfer à domicile lors des Jeux de Paris 2024 : Vahine Fierro, Mihimana Braye et Kauli Vaast. Une belle énergie circule entre les surfeurs tahitiens, comme le confiait Vahine Fierro à Olympics.com. Elle a terminé troisième du Tahiti Pro cette saison, pour le retour de l’épreuve féminine du CT à Teahupo’o après 16 ans d’absence. Elle témoigne de la solidarité : « Mihimana, il est top. Il m'a beaucoup aidé pendant les compétitions et en entraînement. Comme Kauli d’ailleurs. Tous les trois, on est souvent ensemble. On partage beaucoup de sessions d'entraînement. » La présence de Mihimana dans l'équipe des Mondiaux est perçue comme un atout : « Avec Mihimana dans l'équipe [des Mondiaux], c'est top car on peut représenter Tahiti. »
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