Dans l'univers de la natation de haut niveau, la question de la morphologie des athlètes, et particulièrement celle des nageurs chinois, suscite des interrogations croissantes. Alors que Yu Zidi a frôlé de très peu une première médaille aux Mondiaux de natation à Singapour, la fédération internationale s’interroge sur la mise en place de nouveaux « garde-fous ». Six petits centièmes de seconde, c’est ce qui a manqué à la jeune nageuse chinoise Yu Zidi pour monter sur son premier podium lors des Mondiaux de natation durant la finale du 200 m 4 nages. Ce genre d’écarts est courant en natation, mais l’âge de l’athlète concerné, beaucoup moins. Car Yu Zidi n’a que 12 ans, une précocité faisant beaucoup parler autour des bassins de Singapour et dans tout le monde du sport.
Le déterminisme morphologique dans la natation de haut niveau
La question de la taille est une constante dans les discussions techniques autour de la natation. La vitesse en natation à technique égale dépend de la taille des éléments propulseurs. Pour le freestyle, ce sont les bras et les pieds. Et leurs tailles sont immanquablement proportionnelles à la taille du sujet. Certaines variations de la normale sont retrouvées chez les grands champions : Michael Phelps et son mètre 93 accusent une envergure démesurée de plus de 2 m, quand Ian Thorpe chausse du 54.
Il est vrai qu’une grande taille donne un avantage indubitable aux nageurs si elle est combinée à d’autres facteurs physiologiques et physiques comme un gabarit longiligne ou un bassin fin. C'est la raison pour laquelle il est très rare de voir actuellement des champions de natation de moins d'1m80. Robin Pla, conseiller technique national à la Fédération française de natation et docteur en sciences du sport, souligne que quand on fait les statistiques globales, on voit qu’il y a un gros effet de la taille sur la performance. En général, plus on est grand, plus on a de chance d’aller vite. D’autant plus sur le sprint. Cela a été documenté.
Cependant, il est simpliste de réduire la performance à la seule stature. Les nageurs plus petits compensent leur déficit par une technique poussée, une fréquence de nage plus élevée et une explosivité supérieure. Mélanie Henique, avec son mètre 71, illustre cette capacité des athlètes plus petits à être plus explosifs sur le plot, gagnant ainsi des centièmes précieux dès le départ. La natation a évolué, intégrant des outils d'analyse vidéo et une individualisation poussée de l'entraînement, permettant à des profils morphologiques variés de tutoyer les sommets.
La précocité chinoise et les enjeux réglementaires
L’affaire Yu Zidi, surnommée en Chine « la petite fille d’acier », a relancé le débat sur l’âge minimum de participation aux compétitions internationales. Ce mercredi 30 juillet, c’est la Fédération internationale de natation qui a fini par réagir à ces performances hors du commun, en évoquant la possibilité de revoir son règlement concernant l’âge minimum de participation à ses compétitions. Le directeur général de World Aquatics, Brent Nowicki, a admis ne pas avoir pensé que la question se poserait un jour pour une athlète de 12 ans, soulignant que leurs minima sont tellement stricts qu’il ne pensait pas qu’une enfant puisse les atteindre.
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La polémique ne porte pas seulement sur la taille ou la performance brute, mais sur la santé mentale et l’équilibre personnel d’athlètes si jeunes. Denis Auguin, DTN à la Fédération française de natation, a questionné ouvertement : « Je veux bien qu’elle soit extrêmement douée, qu’elle ait beaucoup de talent, mais pour ce niveau de performance, il faut s’entraîner comme un adulte. En termes de santé mentale et d’équilibre personnel, à cet âge-là, ça me pose question ». Cette inquiétude est partagée par d’autres athlètes, comme Lilou Ressencourt, qui souligne que ce n’est pas normal à 12 ans d’avoir cette pression-là.
Le contexte historique et la question de la crédibilité
La performance des athlètes chinois est souvent observée sous le prisme de l'histoire, marquée par des soupçons récurrents de dopage. En septembre 1994, aux Championnats du monde de natation à Rome, les nageuses chinoises avaient remporté 12 des 16 médailles d’or offertes, soulevant des dénonciations internationales sur un programme de dopage systématique. Plus récemment, en avril dernier, le New York Times et le diffuseur allemand ARD ont provoqué stupeur et colère en révélant qu’entre la fin de décembre 2020 et le début de janvier 2021, 23 des meilleurs nageurs chinois avaient été déclarés positifs à la trimétazidine (TMZ).
Le rapport d’enquête chinois, invoquant une contamination involontaire via des épices dans un hôtel, a été largement critiqué. Cette situation a entaché la crédibilité de l’Agence mondiale antidopage (AMA), qui avait accepté ces explications. Par conséquent, les compétitions internationales, notamment les Jeux, sont devenues des zones de surveillance intense. Les statistiques indiquent que l’AMA a agi en testant les nageurs chinois davantage que les représentants de n’importe quel autre pays depuis 2023. Le nutritionniste de l’équipe de natation chinoise avait même dénoncé, avant de retirer sa publication, que les membres de cette équipe avaient fait l’objet de 200 tests depuis leur arrivée à Paris.
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