Au Tadjikistan, un pays musulman laïque d'Asie centrale, les autorités intensifient les restrictions vestimentaires, en particulier à l'égard des femmes. Sous prétexte de défendre l'identité nationale et de lutter contre l'influence étrangère et l'islam radical, le gouvernement tadjik impose aux femmes de s'habiller "à la tadjike". Cette politique se manifeste par l'interdiction de certains vêtements, notamment le hijab, et par la promotion des vêtements traditionnels.
Un manuel pour guider la garde-robe des Tadjikes
Le gouvernement tadjik s'immisce dans la garde-robe des Tadjikes avec un livre destiné aux filles et aux femmes "de tout âge", leur recommandant que porter "au travail, à la maison, au théâtre et lors de fêtes". Publié en juillet, ce manuel est basé sur des "sources scientifiques et historiques", selon Khourched Nizomi, un responsable du ministère de la Culture. Cette édition "surpassera les précédentes", promettent les autorités. La dernière, datant de 2018, invitait déjà à bannir les "vêtements européens dénudés, minijupes, décolletés, mais aussi le noir et les hijabs" au profit de robes traditionnelles aux couleurs vives.
Une loi pour renforcer le contrôle vestimentaire
Sur demande d'Emomali Rakhmon, président depuis 1992, une loi adoptée en juin 2024 interdit "l'importation et la vente de vêtements étrangers ainsi que leur port dans les lieux publics" et enjoint aux Tadjiks de respecter "le port des vêtements nationaux". Cette mesure vise à "protéger les valeurs de la culture nationale" et à "prévenir l'extrémisme".
Les pressions sur les femmes et leur tenue vestimentaire
"Au Tadjikistan, les femmes ont toujours subi des pressions sur leur tenue vestimentaire", explique Farzona Saïdzoda, co-autrice du projet féministe "Tell me sister". Sous l'URSS, le hijab n'était pas porté car considéré comme étranger à la culture locale. Aujourd'hui, les médias étatiques relaient la parole présidentielle en fustigeant les "prétendues artistes" mettant des minijupes, les "imitateurs" du style américain et les femmes portant le hijab.
Contexte politique et lutte contre l'islam radical
Cette politique de contrôle strict a débuté après la victoire des forces ex-communistes du président Rakhmon contre une coalition de démocrates et d'islamistes lors d'une guerre civile (1992-1997). Le pouvoir entreprend de solidifier une nation divisée et d'éradiquer l'islam en tant que force politique. Après des décennies d'athéisme soviétique, l'indépendance a vu un retour du religieux dans une société en proie à des difficultés économiques, avec l'enrôlement de Tadjiks dans des organisations jihadistes au Moyen-Orient ou en Afghanistan voisin.
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La barbe également visée
La volonté des autorités du Tadjikistan d'effacer les signes d'appartenance religieuse parmi la population ne date pas d'hier. Par le passé, les médias locaux ont rapporté des cas d'intimidation contre des hommes portant la barbe. Certains auraient même été emprisonnés. Le président avait également envisagé d'interdire les patronymes arabes.
Le Tadjikistan face à la montée de l'intégrisme religieux
Confronté à la montée de l'intégrisme religieux, le Tadjikistan multiplie les mesures pour lutter contre la radicalisation. Depuis 2015, les autorités tadjikes sont en guerre ouverte contre le "radicalisme" islamique. Le pouvoir ultra-autoritaire a d'abord interdit le seul parti islamique légal dans le pays, le parti de la Renaissance, qu'il a classé comme organisation terroriste.
L'attentat de Moscou et le renforcement des mesures
Les autorités ont redoublé d'ardeur après l'arrestation en Russie de Tadjiks accusés de l'attentat dans une salle de spectacle moscovite en mars 2024, revendiqué par le groupe Etat islamique. Suite à cet événement, les autorités ont renforcé les mesures contre le port de vêtements considérés comme étrangers à la culture nationale.
La robe traditionnelle Atlas comme alternative
En encourageant les femmes à privilégier la robe traditionnelle Atlas, le gouvernement tadjik veut éviter le port de vêtements islamiques «étrangers» représentés par une longue robe noire et un foulard foncé sur la tête. Une tenue perçue comme «un signe de radicalisation» selon le chercheur Edward Lemon de l’Institut Harriman de l’Université Columbia à New York.
Les critiques et les préoccupations
Cette politique suscite des critiques et des préoccupations quant aux priorités du gouvernement. Firouza Naïmova, pharmacienne, estime qu'il y a beaucoup de problèmes économiques et sociaux plus urgents à résoudre, tels que le manque d'électricité, la qualité de l'air et l'émigration vers la Russie. Elle considère que les femmes devraient avoir le droit de choisir leurs propres vêtements. Djamila, médecin, témoigne avoir été contrainte de montrer ses cheveux dans un ministère et au marché, et que certaines de ses amies portant le hijab ont été arrêtées et ont eu une amende.
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