De nos jours, la culture surf est omniprésente, s'inscrivant dans le tissu social et artistique de notre époque. Si l'on y réfléchit bien, depuis l'origine du monde, l'homme a toujours voulu laisser des traces picturales de son activité, de ce qu'il avait sous les yeux. Cette impulsion fondamentale, qui se manifeste dans les grottes de Lascaux témoignant encore de scènes de chasses préhistoriques, trouve également un écho puissant dans le monde du surf. L'art du surf, loin d'être un phénomène récent, possède une histoire étonnante et une richesse qui mérite une exploration approfondie, reliant les expressions artistiques les plus primitives aux créations contemporaines, et nous invitant à comprendre la vague non seulement comme un défi sportif, mais aussi comme une source inépuisable d'inspiration et de réflexion.
Les Racines Antiques et l'Éveil de la Culture Surf
L'histoire de la peinture débute avec les peintures rupestres préhistoriques, comme celles de la grotte Chauvet en France, vieilles de 31 000 ans, posant les fondations d'une pratique millénaire. L'art pictural évolue ensuite avec les civilisations antiques, notamment en Grèce où Aristote attribue l'invention de la peinture à Euchiros, apparenté à Dédale. Les Grecs anciens ont également développé la peinture sur poterie, avec des styles emblématiques comme les figures noires et rouges. À travers les âges, la peinture a continué de se transformer, reflétant les changements sociaux, culturels et technologiques, chaque période ayant apporté ses innovations et ses maîtres. Dans ce contexte vaste de l'histoire de l'art, les premières représentations liées au surf émergent bien avant sa popularisation moderne.
Il y a plus de 3000 ans, c'est au Pérou que l'on retrouve le premier bas-relief de surf art. Le bas-relief, une œuvre d'art à mi-chemin entre le dessin, la peinture et la sculpture, constitue une preuve tangible de l'ancienneté de l'intérêt humain pour la glisse sur l'eau. Ensuite, des éléments de la culture du surf sont retrouvés en Polynésie, d'où elle est arrivée aux États-Unis en passant par Hawaii. Notre voyage dans le temps pour comprendre la pratique du surf commence au XIIe siècle. Vers 1720, l'esprit du surf arrive à Hawaï, où il devint rapidement une pratique rituelle importante. Au XVe siècle, à Hawaii, défier l'océan sur de lourdes et longues planches en bois était un moyen pour les chefs de tribus de montrer leur puissance, une expression de statut et de connexion avec la force de la nature. C'est dans cette zone du globe que l'on retrouve des traces de la pratique du surf avec le marin James Cook qui, lors de ses explorations, aurait vu un surfeur aux Îles Sandwich. Après sa mort, c'est à James King, son lieutenant, que l'on doit la première mention de surfeur dans son journal de bord, immortalisant ainsi une observation pionnière.
Cependant, environ un siècle plus tard, les valeurs chrétiennes strictes interdirent le surf, le considérant comme une perte de temps immorale, notamment en raison de la pratique d'hommes et de femmes dans l'eau ensemble. Heureusement, des figures influentes comme Mark Twain et, surtout, Jack London ont contribué à redonner vie au surf, surnommé alors le « sport des rois ». Grand passionné, Jack London, écrivain d'aventure à qui l'on doit entre autres Croc-Blanc ou L'Appel de la forêt, fonda en 1908 le premier club de surf du monde : le Waikiki Outrigger Canoe and Surfboard Club. Il fut un formidable ambassadeur de cette discipline avec la publication de nombreux articles sur le sujet. La légende de cette époque, « The Duke », Duke Kahanamoku, fut l'un des six frères, un nageur exceptionnel et le meilleur surfeur des îles hawaïennes. Champion olympique de natation, il contribua à diffuser la pratique en dehors de Hawaii lors de démonstrations en Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Dès lors, plus rien n'arrêta l'ascension du surf.
Pour comprendre le développement du surf art, il faut également comprendre le développement de la planche de surf, un objet de design avec une histoire étonnante au vingtième siècle. Ce sont principalement les habitants étrangers des plages californiennes et hawaïennes qui ont développé la planche de surf telle que nous la connaissons. Derrière les lignes pures et le perfectionnisme de leurs planches se cachait un désir de créer un style de vie en dehors de la routine normale de « l'homme qui travaille », forgeant ainsi les prémisses d'une culture et d'un art de vivre distincts.
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La Démocratisation du Surf et l'Émergence d'une Scène Artistique Dédiée
Dans les années 50 et 60, le surf devint un phénomène mondial. Ainsi, ce sport extrême autrefois réservé aux Polynésiens audacieux est devenu un loisir mondial pour tous les amoureux des vagues. Si le surf trouve son origine dans le Pacifique, il ne faut pas oublier que c'est à Biarritz qu'il fut pratiqué pour la première fois en France et même en Europe. L'histoire raconte que contraint de repartir avant de goûter aux vagues françaises, c'est le scénariste de Jack London, Peter Viertel, surfeur novice, qui s'essaya au « sport des rois hawaïens » sans trop de succès. Mais la graine était semée. L'année suivante, en 1957, l'Américain, mari de l'actrice Deborah Kerr, revient à Biarritz avec plusieurs planches et entraîne dans son sillage trois premiers frenchies en 1957 : George Hennebutte, Jacky Rott et Joël de Rosnay. La Côte des Basques, berceau du surf en France, est devenue leur « spot ». Ils commencent à faire des émules auprès de la jeunesse locale. En septembre 1959, ils créent le Waïkiki Surf-Club, permettant ainsi de réunir les surfeurs et de structurer cette nouvelle passion. Le surf s'est peu à peu démocratisé sur la Côte Basque, puis en France, grâce à une variété de spots convenant à tous les niveaux. L'esprit surf règne toujours ici, et certains l'ont même érigé en véritable art de vivre. Se balader dans Biarritz et ouvrir les yeux, ce n'est pas rare, quelle que soit l'heure de la journée, de voir de drôles de passants dans les rues. Vêtus de leur combinaison et avec leur planche sous le bras, ils profitent d'une pause dans leur planning pour une session surf. Cette histoire du surf à Biarritz est un héritage précieux dont nous devons être fiers puisqu'elle a contribué à la notoriété de la destination en montrant une autre de ses facettes. Alors, dans ce lieu emblématique où fut créé le Waikiki Surf Club en 1959, La Maison du Surf à la Côte des Basques a pour mission de transmettre l'esprit surf qui règne à Biarritz depuis les années 60. Des rétrospectives, des expositions de surf art, une surfothèque avec livres et magazines de surf, des films de surf, tout est fait pour (re)découvrir la culture surf.
Pionniers et Figures Emblématiques de l'Art du Surf
Aujourd'hui, il existe toute une expression artistique autour du surf art, portée par des artistes qui ont su capturer l'essence de cette pratique et du mode de vie qu'elle engendre. Ces créateurs, souvent eux-mêmes surfeurs, puisent leur inspiration dans la puissance de l'océan et la spiritualité de la glisse.
John Severson : L'Artiste Fondateur du Magazine SurferJohn Severson est né à Los Angeles, en Californie, le 12 décembre 1933. Diplômé en art plastique de l'État de Long Beach, son parcours l'a mené au cœur de la culture surf émergente. En 1956, il est appelé sous les drapeaux et envoyé sur la base à Oahu, Hawaii. Ses compétences l'amènent à être affecté à un travail d'illustration axé sur la création de cartes. Démobilisé en 1958, il fonde quelques années plus tard, en 1962, le magazine Surfer, dont il fut le rédacteur en chef pendant six ans. Severson ne se contentait pas d'éditer, il était aussi un artiste à part entière. L'une de ses peintures, semi-abstraite de surfeurs se prélassant sur une plage, intitulée Surf BeBop, est apparue sur une couverture du magazine Surfer en 1963 et a été citée par le magazine Communication Arts comme la peinture de couverture la plus remarquable de l'année. Il a vendu le magazine Surfer au début des années 1970, mais son engagement ne s'est pas arrêté là ; il a ensuite dirigé le magazine Wind Surf. Outre ses contributions à la presse écrite, il a créé plusieurs films dont Surf, Surf Safari, Surf Fever et Pacific Vibrations, étendant ainsi son influence à travers différents médias.
Wade Koniakowsky : L'Interprète TropicalWade Koniakowsky, l'un des plus grands artistes du pays inspiré par l'océan, a commencé à peindre à l'âge de 6 ans et à surfer avant d'avoir 12 ans. En mêlant ces deux passions, il a acquis une reconnaissance mondiale pour ses peintures à l'huile d'interprétation tropicale. Son travail lumineux et coloré capture l'essence des paysages marins et la joie de la glisse. L'œuvre de Wade est actuellement présentée à l'échelle internationale dans de nombreuses galeries réputées, de la côte Est à Hawaii. Des peintures emblématiques de Wade Koniakowsky ont même été aperçues dans des films, des émissions de télévision et des compétitions internationales de surf, notamment la Triple Crown of Surfing de 2018, attestant de son impact et de sa visibilité.
Rick Rietveld : Le Surréalisme Pop des VaguesRick Rietveld, originaire de Californie du Sud, a commencé à surfer en 1971 et a été fortement influencé par le style de vie des surfeurs. En 1980, il a cofondé la populaire société de vêtements de surf Maui&Sons. Il a occupé le poste de directeur de la création pendant 10 ans, période durant laquelle ses œuvres ont grandement contribué au succès de l'image et à l'attrait populaire de la marque Maui&Sons. Il a reçu plusieurs prix pour son travail, a été présenté dans le livre Stoked: A History of Surf Culture, et a été chargé de créer l'affiche de la Triple Crown of Surfing de 2015. Rick décrit son travail comme un « surréalisme pop contemporain qui raconte des histoires de terres nouvelles, de mers plus belles, d'aventure, de spiritualité et de belles femmes - mais c'est au spectateur de se faire son histoire », offrant une narration visuelle riche et ouverte à l'interprétation. Son œuvre JUNGLE, une fresque en studio, illustre cette capacité à créer des mondes imaginaires.
Rémi Bertoche : L'Énergie Débordante de la VagueChaque artiste a sa singularité. Celle de Rémi Bertoche est celle d'une peinture débordante de couleurs, de surface, de productivité, d'énergie et doublée d'une vie tout aussi trépidante et insatiable, jouant à tout instant son va-tout. L'homme en est à son quatrième livre d'art auto-produit, mais sa vie est déjà un roman que même l'écrivain le plus narratif aurait peine à écrire. De fait, Rémi Bertoche, il faut arriver à le suivre ! Pour autant, il a deux constantes dans la vie : 1) la vague que le surf lui a mis dans la peau et dont l'énergie aussi puissante que volatile, aussi cassante qu'enthousiasmante coule bel et bien désormais dans son sang. Cette fusion avec la vague est au cœur de son processus créatif, manifestant une vitalité qui se retrouve dans chacune de ses toiles.
François Lartigau : Les Moments Suspendus du SurfeurLe surf et Guéthary sont indissociables depuis la fin des années 60, période légendaire où tous les plus grands surfeurs du monde, notamment américains, venaient pratiquer ce sport de haut niveau allié à un style de vie bien particulier. François Lartigau, un artiste profondément lié à cette culture, a notamment exposé ses œuvres lors de l'exposition de peintures « Surfers moments ». Le concept tourne autour de moments instantanés de surf. « Les moments sont des flashs de position sur la vague mais aussi de la vie », explique François Lartigau. Il poursuit en affirmant que « la vague, c'est la spirale de la vie, elle est un symbole en soi : le passé, le présent et le futur. Les surfeurs arrivent à saisir cet instant suspendu dans l'espace et dans le temps ». Ces moments fugaces, ces moments d'émotion, se retrouvent dans ses peintures sur toile, sur papier ou sur bois. Sa spécialité réside dans le mélange de café et d'encre de Chine qui donne des profondeurs, du trait épais au très fin, utilisant un pinceau japonais qui lui permet de donner un mouvement particulier s'approchant ainsi de la calligraphie. Il revient d'ailleurs à la couleur, reconnaît-il. Pour cet artiste-peintre, qui a cinquante ans de surf derrière lui et se souvient encore de sa première vague à l'âge de 9 ans en 1958, le surf et le dessin font partie intégrante de sa vie. Le surf, c'est son yoga, dit-il. Déjà sur les bancs de l'école, ses dessins caricaturaux s'inspiraient de la bande dessinée de l'artiste américain, Rick Griffin, « Murphy », qui raconte les aventures d'un surfeur du même nom. C'est dire que les peintures de François Lartigau sont inspirées de sa culture « surf ». Aujourd'hui, il dessine et peint pour son plaisir après avoir travaillé comme artiste-designer pour Quiksilver pendant plus de vingt ans, sans compter toutes ses années de globe-trotter, en Indonésie, Hawaii, Polynésie, etc., où il peignait et dessinait sur soie ou sur tissu, paréos, T-shirts pour gagner sa vie.
Romain Quesada : L'Incarnation du Terroir MarinAu premier contact de l'individu, on peut se dire que l'homme est charpenté. Qu'il a même un visage de guerrier, pas tant de ceux qui ont un territoire à défendre, mais plus comme si son faciès avait été sculpté par un terroir. Pourtant, Romain Quesada n'est pas un homme du sillon agricole même s'il aime mettre les mains dans la terre… comme dans la mer. Son profil évoque une connexion profonde avec les éléments, une force tranquille qui peut se retrouver dans l'endurance et la persévérance nécessaires à la pratique du surf.
Nathalie Pitel : La Puissance Sculpturale de la VagueIl y a une puissance de la vague. Il y a une puissance des sculptures de Nathalie Pitel, elle-même forgée jusqu'à la fin de son adolescence par la puissance du paysage de la presqu'île de Crozon. Là où elle a surfé tout ce temps avant de partir faire les Beaux-Arts à Quimper et devenir, à 32 ans, sculptrice en pleine expression de son art. « Pas d'acquis sans perte. Si inventer la substance, c'est indirectement inventer l'accident, plus l'invention est puissante, performante, et plus l'accident est dramatique. » La citation, reprise presque comme un mantra par l'artiste, est de Paul Virilio, urbaniste philosophe, penseur majeur du vingtième siècle par sa réflexion sur la vitesse et son rôle prescripteur dans le progrès moderne. Une vitesse, pour Virilio, qui fatalement se retourne à un moment ou à un autre en accident. Cette perspective philosophique informe son œuvre, explorant la dualité entre la maîtrise et le lâcher-prise face à la force indomptable de l'océan.
Gilles Barbier : La Vague Cosmique et SurréalisteDécouvrir l'exposition de Gilles Barbier World Wide Wave à la Villa Beatrix-Enea à Anglet, c'est se prendre en pleine figure une vague d'exotisme à la fois surréaliste, humoristique et cosmique. Des slaps, des requins, des vagues, des glisseurs élevés au rang d'un territoire insulaire imaginaire pourvu de flèches stridentes pour frapper notre monde ordinaire. L'artiste contemporain y incarne son rôle d'impertinent, d'impénitent, d'exigeant. L'acronyme WWW de World Wide Wave n'est pas sans rappeler celui du World Wide Web, dont la modernité a fait désormais notre ficelage quotidien. Accro à l'onde du web déferlant sur nos écrans, on en oublierait ce qui fait la spécificité de celle océanique qui déferle sur nos côtes, un rappel poignant de la différence entre le virtuel et l'expérience sensorielle brute.
Liu Bolin : L'Art Engagé Face à la Crise EnvironnementaleL'artiste contemporain chinois Liu Bolin, mondialement connu pour ses œuvres de dissimulation dans le paysage, est venu spécialement avec son équipe dans les locaux de Surfrider Foundation Europe, à Biarritz, en juin dernier, pour réaliser deux performances artistiques sur fond de déchets. Artiste engagé, Liu Bolin, motivé par le travail de SFE, a décidé de cette action pour sensibiliser le plus grand nombre à la problématique des déchets plastiques. Aujourd'hui, les différentes gyres de plastique tournoyant sur des kilomètres carrés dans les différents océans représentent ce qu'on appelle désormais le « septième continent ». La densité de microplastique y est parfois plus importante que celle du plancton. La prise de conscience commence à se faire, mais malheureusement la demande de plastique ne cesse d'augmenter, pratiquement deux fois plus vite que le PIB mondial. Son œuvre met en lumière les conséquences dévastatrices de la consommation humaine sur les océans, un appel visuel puissant à l'action.
La Vague comme Sujet d'Étude et Symbole Universel
La peinture d'art est traditionnellement divisée en cinq genres, classés par ordre d'importance : la peinture d'histoire, le portrait, le paysage, la nature morte et la peinture de genre. La vague, et par extension le surf, s'inscrit dans le genre du paysage, mais avec une dimension dynamique et narrative qui la pousse souvent vers des interprétations plus profondes.
La Grande Vague de Kanagawa : Un Chef-d'œuvre IntemporelNous avons tous vu au moins une fois cette vague mythique, ou l'une de ses nombreuses reproductions ; on en trouve notamment une à la maison de Claude Monet à Giverny car le peintre appréciait beaucoup l'art japonais. Mais savez-vous ce que cette vague représente exactement ? Il s'agit en fait d'une œuvre d'art gravée sur du bois qui date du début des années 1830, un chef-d'œuvre de Hokusai intitulé La Grande Vague de Kanagawa. Cette vague casse au large de la ville de Kanagawa au Japon. Même si c'est la vague qui saute aux yeux sur ce tableau, il était destiné à mettre en évidence plutôt la montagne que l'on aperçoit à l'arrière-plan : le Mont Fuji qui apparaît dans le creux de la vague en beaucoup plus petit. Les spécialistes de l'histoire de l'art ont analysé en détails cette œuvre, mais les scientifiques ne sont pas en reste. Dans le dernier numéro de The Surfer's Path, c'est le Dr Tony Butt, un surfeur océanographe de l'Université de Plymouth en Angleterre, qui nous donne une analyse pertinente de ce tableau. Cette image de « La Grande Vague » est souvent utilisée pour symboliser un tsunami (qui est un mot japonais d'ailleurs). Or, on sait qu'un tsunami ne donne pas du tout ce genre de vague, mais plutôt une onde qui se transmet à grande vitesse à la surface de l'océan mais qui ne menace pas les bateaux croisant au large en eau profonde. Lors du dernier tsunami aux Mentawaii, certains équipages de bateaux n'avaient même pas ressenti le passage de la vague. Mais l'hypothèse de la houle causée par un typhon est infirmée par l'enneigement du Mont Fuji qui ne correspond pas à la saison des typhons. L'océanographe évoque alors une houle courte provoquée par un cyclone « bombe », qui est un système dépressionnaire à développement rapide qui peut naître au-dessus des eaux chaudes du courant de Kuroshio au sud du Japon dans l'air froid de l'hiver dans l'hémisphère nord. Il pourrait aussi s'agir d'une « vague scélérate » (« rogue wave ») comme celles qui sont évoquées dans le livre de Susan Casey intitulé The Wave. Cette image de « la Grande Vague » représente toute la force que l'homme attribue aux vagues de l'océan : les rameurs sur leurs embarcations de pêche sont dessinés en tout petit et semblent apeurés au point de ne même pas oser regarder la vague. Presque deux siècles plus tard, l'homme a appris à dompter quelques-unes des plus grosses vagues de l'océan et le surfeur ose même aller braver les vagues générées par des typhons au Japon, comme en témoignent certaines vidéos. « La Montagne et la Vague », cela ne vous rappelle rien ? Il semblerait pourtant que le logo de la grande marque de vêtements de surf Quiksilver se soit largement inspiré de ce tableau représentant une montagne englobée dans une vague, démontrant l'influence pérenne de ce chef-d'œuvre.
Le surf et les surfeurs comme objet d'études scientifiques ! Qui l'aurait cru ? Du moins parmi ceux d'antan qui enjambèrent, par monts et par vaux, un mode de vie happé par la vague. Et pourtant, l'intérêt des sciences sociales pour le surf n'est pas nouveau. Depuis plus d'une vingtaine d'années, des sociologues, des anthropologues dans nombre d'universités dans le monde ont posé leurs outils conceptuels de décryptage et d'analyse d'une communauté humaine, sur le phénomène surf irriguant la société moderne à sa façon, tant par ses vagabonds rêveurs toujours en cavale sur des crêtes échevelées que par ses organisateurs et autres entrepreneurs au pragmatisme sportif et commercial. Des beachbums aux JO en passant par quelques milliards, c'est vrai que cela peut faire un marqueur de notre société, révélant la complexité et les multiples facettes de ce mouvement.
Médias et Expositions : La Vague se Décline
L'art du surf ne se limite pas à la peinture et la sculpture ; il se manifeste à travers divers médias et événements qui célèbrent cette culture unique.
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La Photographie : De l'Argentique au CollodionBernard Testemale, plus que reconnu dans le métier, après plus de 25 ans de carrière professionnelle comme photographe de surf, est passé, comme ses collègues, de la subtilité du diaphragme d'ouverture combinée à la qualité des optiques avec la pellicule argentique, à la course au meilleur capteur numérique faisant l'ivresse incessante de la colorométrie pixelisée d'aujourd'hui. Hé bien, après tant d'expérience photographique, ce sexagénaire a décidé de revenir à l'origine de la photographie avec des prises de vues comme en 1850. La photo au collodion, il n'est pas le premier, ni le seul, mais à tout le moins Bernard Testemale y a mis toute sa passion depuis six ans, cherchant une profondeur et une texture absentes des clichés numériques modernes. À propos, Surfer's Journal offre quatre fois par an une source incontournable de plaisir de lecture et de découvertes pour les passionnés. Peut-être que cela lui rappelle la période (années 1980) où il était fabricant à Hendaye de dérives de windsurf, où il manipulait les produits, où il plongeait les mains dans la matière, un retour aux sources et au tangible qui imprègne son approche artistique actuelle.
Le Cinéma et la Musique : Rythmes et VaguesCe petit film de Toma Jablon, Step'n Soul, largement primé il y a quelques années dans les festivals, est un « blue note » du surf. Jablon l'a finalement téléchargé sur internet pour le montrer à tous, et on se plaît ici à le mettre dans nos colonnes et à le partager. L'association jazz et surf, et plus particulièrement le longboard, n'est pas nouvelle. Déjà dans les années 60, certains films de surf s'affranchissaient de la lancinante « surf music », pour aller chercher dans le jazz des notes plus rythmées, plus soufflées s'alliant à la glisse et aux pas du longboard. Également, Joël Tudor a été mis en scène sur du jazz. Mais ici, Toma Jablon est allé plus loin dans la démarche, en mettant le morceau de jazz de Wynton Marsalis dans les oreilles du surfeur anglais Sam Bleakley pendant qu'il surfait, tout comme lui-même sur le rivage au moment de filmer. L'événement a été exceptionnel, créant une symbiose unique entre la performance sportive et l'expression musicale.
Le Brest Surf Film Festival 2018 a proposé au programme une sélection internationale et locale éclectique et raffinée, avec des surfeuses engagées, des interrogations existentielles, beaucoup de réalisatrices et des séances affichant complet, les quatre soirs de suite. Tout au bout du continent européen, à la pointe du Finistère, le complexe d'Océanopolis trône. Ce vaste bâtiment blanc, semblable à une soucoupe volante posée devant l'océan Atlantique, est avant tout un immense aquarium, où touristes et locaux viennent admirer requins et pieuvres, étoiles de mer et poissons tropicaux. Et entre les raies d'eau douce perlées et les poissons-clowns, les enfants surexcités et les badauds nonchalants, les parcours fléchés et les panneaux explicatifs colorés, le visiteur peut aussi profiter d'un cinéma, offrant un espace pour la diffusion de ces créations filmiques inspirées par l'océan.
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