La pratique du surf, véritable appel du large et source d'évasion, a connu un essor considérable ces dernières années. Avec plus d'un million de pratiquants estimés en France en 2022, la démocratisation des sports de glisse est une réalité indéniable. Cependant, la cohabitation entre des centaines de milliers d'usagers de niveaux très hétérogènes sur des spots parfois saturés engendre des situations complexes. Si la grande majorité des sorties se déroulent sans accroc, l'augmentation régulière du nombre de traumatismes, observée par les services du SAMU-64A, du CH Côte-Basque et du CHU Bordeaux, rappelle que l'océan reste un milieu exigeant.
L'hétérogénéité du niveau de pratique et ses conséquences directes
Le niveau de pratique des quelque 680.000 adeptes selon l’enquête GIP Littoral 2019 est très hétérogène et le partage des espaces avec les autres usagers de la plage amènent malheureusement à des situations qui peuvent entraîner des accidents, souvent bénins, des noyades avec parfois des situations dramatiques. Ces accidents surviennent le plus souvent en période estivale, sur des spots fréquentés. Dans la très grande majorité des cas, ces traumatismes sont "mineurs" même s'ils mènent les pratiquants à aller consulter aux urgences (plaies, fractures, entorses). Quelques cas graves plus rares sont malheureusement à déplorer annuellement.
La Fédération Française de Surf (FFSurf) est pleinement consciente de cette réalité. D’autant que la crise sanitaire a démultiplié le nombre de pratiquants qui ont découvert une nouvelle porte d’évasion au travers des sports de pleine nature et de glisse. La FFSurf s’efforce par le biais de ses clubs et écoles de surf labellisés, en collaboration avec le Secrétariat d’État chargé de la Mer, les SAMU de Bayonne et de Pau, et le CHU Bordeaux, de rappeler les messages de prévention surf importants pour cette nouvelle saison.
Les fondamentaux de la sécurité en surf
Pour garantir une pratique sereine, plusieurs règles de base doivent être intégrées par chaque surfeur, quel que soit son niveau :
- Savoir nager : Une condition indispensable.
- Ne jamais surfer seul : Respecter les autres pratiquants, rester courtois et attentifs aux autres en toutes circonstances.
- Observer l’océan : Vérifier que les conditions soient adaptées à son niveau de pratique et au matériel utilisé. Si je débute, je privilégie une planche en mousse avec des dérives souples.
- Respecter les zones de surf : Identifier les dangers potentiels (enrochement, baïnes, shorebreak). Surveiller la météo (pas de surf par temps d’orage). Identifier les zones de baignades (drapeaux rayés jaune et rouge) afin de ne pas y pénétrer en surfant.
- Utiliser le matériel adapté : Surfer avec un leash en bon état doit être systématique et le port du casque est conseillé, notamment pour les enfants et les zones de fréquentation dense. La combinaison néoprène permet de limiter l’impact du froid et des collisions possibles.
- Gestion de la planche : Ne jamais retenir sa planche par le leash. Toujours bien tenir sa planche.
- Techniques de chute : Ne jamais plonger la tête la première, ni sauter les jambes tendues, depuis la planche et plus particulièrement en Stand Up Paddle. Se protéger le visage et la tête avec les bras en remontant à la surface.
- Règles de priorité : Pour éviter les collisions, contourner la zone de déferlement pour se rendre au large. Rappel : 1 vague = 1 surfeur ; le surfeur le plus à l’intérieur du déferlement est prioritaire ; ne pas démarrer sur une vague s’il y a quelqu’un devant.
- Gestion des courants : Rester calme lorsque l’on est pris par un courant sur sa planche, faire des signes aux secours en agitant les bras. Ne pas tenter de regagner la plage à la nage sans sa planche.
Les risques liés aux collisions et à l'équipement
Malgré toutes ses qualités, la pratique du surf peut aussi être dangereuse. Sur les côtes landaises et basques, les accidents de surf augmentent de 3 à 5 % chaque été selon le site de la ville de Seignosse. La principale cause d’accidents ? Les collisions, liées notamment au nombre de pratiquants qui augmente sur les spots de surf.
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Selon une étude réalisée durant l’été 2006 dans les services d’urgences de la Côte basque, 59 % des accidents se produisent quand le surfeur se heurte à sa propre planche. Les blessures ouvertes sont elles aussi assez fréquentes, à cause des dérives de la planche de surf mais aussi de son nose pointu. Pour éviter ces blessures, essayez de vous jeter le plus loin possible de votre planche lorsque vous tombez. Optez également pour une planche avec un nose arrondi.
En juillet 2023, le blog spécialisé surf-prévention relatait la mort de Mikala Jones, star du surf de 44 ans. Celui-ci est décédé d’une hémorragie après une collision avec sa planche qui lui a sectionné l’artère fémorale en Indonésie. Même si les blessures artérielles sont fort heureusement relativement rares, elles surviennent tout de même suffisamment régulièrement pour que des actions de prévention soient mises en œuvre. Ce nouvel accident doit inciter encore plus à travailler sur les parties vulnérantes des planches de surf pour les rendre moins traumatogènes.
Analyse des traumatismes orthopédiques
Mouvements brusques, chutes, impacts avec la planche ou les fonds marins sont aussi responsables de traumatismes orthopédiques. Selon une étude américaine publiée en 2019, ce type de blessures liées au surf concernait l’épaule dans 46 % des cas, le genou (28 %), le pied ou la cheville (9%), la colonne vertébrale (6 %), le coude (6%), les fractures des côtes, les claquages ou les lacérations musculaires représentaient 5 % des blessures. La moitié des traumatismes touchaient la tête et notamment la face : arcades sourcilières, lèvres, menton, front, paupières, nez. Contre les traumatismes crâniens et les plaies, le port de chaussons en néoprène, d’une combinaison et d’un casque est très utile.
L'imprévisibilité de l'élément marin et les risques environnementaux
L’océan est une source de danger, surtout pour les surfeurs peu expérimentés : les courants marins notamment les baïnes, les vagues trop grosses, les conditions météo extrêmes. Il faut aussi compter avec la faune marine : oursins, méduses, raies. Des animaux qui piquent quand d’autres mordent. Si les attaques de requins sont extrêmement rares, voire inexistantes en France métropolitaine, elles peuvent arriver. Ainsi, très récemment, le surfeur hawaïen Tamayo Perry est décédé le 23 juin 2024 après une attaque de requin sur un spot bien connu des spécialistes, à Hawaii.
La pratique du surf est aussi à l’origine de pathologies ORL. L’exostose est aussi appelée l’oreille du surfeur. Il s’agit d’une excroissance osseuse qui se développe dans le conduit auditif externe, liée à l’exposition prolongée à l’eau froide, à l’humidité, au claquement des vagues.
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Maîtriser le "Wipeout" : quand la chute devient inévitable
Vous n’avez plus aucune chance d’échapper au wipeout ? Plongez tant qu'il est encore temps ! Vous maintenez ainsi sous contrôle cette situation délicate, car vous laisser emporter n’est jamais une bonne idée en cas de chute en surf.
- Le plongeon en surface : dans une vague avec peu de profondeur, plongez à plat, mais pas la tête la première au risque de faire très vite connaissance avec le fond.
- Le plongeon en profondeur : dans une vague au large, imposante et puissante, plongez profond pour échapper à la force de la vague et éviter de vous faire trop secouer.
- Le saut à plat dans la mousse : sur un fond rocheux ou corailleux, préférez tomber à plat, puis pensez à ne pas pousser avec vos pieds pour remonter à la surface si vous touchez le fond.
- Par-dessus la vague : Si vous sentez que votre vague va fermer sur votre trajectoire, mieux vaut anticiper le wipeout et sauter par dessus la vague. Cette option est sans doute la plus sécuritaire, pour vous comme pour les surfeurs qui pourraient se trouver en dessous.
Dans certains cas, des chutes spectaculaires rappellent que même les professionnels ne sont pas à l'abri. Pendant la session du samedi 27 août 2011, Bruce Irons s’est lancé sur quelques-unes des plus grosses vagues du jour. Il a eu des tubes très creux mais il a aussi connu des wipeouts retentissants. Il raconte qu’il a planté le nose en bas de vague et qu’il a déstrappé. Il ne se souvient plus exactement de ce qui s’est passé sous l’eau ; il se souvient juste avoir émergé sans son short. Bruce Irons qui est père de famille a su entendre cet avertissement sans frais qui a calmé ses ardeurs.
Le témoignage de la résilience : Éric Dargent et l'inclusion par le surf
La pratique du surf, au-delà des risques, peut également être un vecteur puissant de reconstruction personnelle et d'inclusion, comme le démontre le parcours d'Éric Dargent, victime d'une attaque de requin en 2011.
J’ai grandi au bord de la Méditerranée, à Martigues (13), sur la Côte Bleue. Mes parents nous emmenaient souvent à la plage, le soir après le travail, les week-ends et pendant les vacances. J’ai donc passé une grande partie de mon enfance au bord de l’eau, et très vite, dans l’eau. À sept ans, j’ai eu mon premier bodyboard : j’ai commencé à prendre mes premières vagues, et, à partir de là, je n’ai plus arrêté. En 2011, j’avais envie de changement. J’étais infirmier depuis plusieurs années et j’avais de nombreux amis qui habitaient sur l’île de la Réunion… Ce jour-là, alors que je surfais, un requin m’a attaqué. J’ai très vite compris que j’avais perdu ma jambe et que je me trouvais entre la vie et la mort. Mais je me suis accroché à tout ce qui me faisait vivre : ma famille, mes enfants, mon travail et ma passion du surf. À ce moment, j’avais une rage de vivre que j’ai gardé jusqu’à aujourd’hui.
Les pompiers sont rapidement arrivés, j’ai été hospitalisé et j’ai subi une amputation fémorale de la jambe gauche, au-dessus du genou. C’était le début d’une nouvelle vie, avec la découverte du handicap et de tous les changements que cela implique. Un mois et demi après l’accident, je reprenais les vagues, allongé sur une planche. Ensuite, j’ai rencontré un prothésiste qui m’a permis de tenter le surf debout avec une prothèse. Aujourd’hui, j’ai quarante-sept ans, cela fait quatorze ans que je suis amputé et je continue à apprendre, à évoluer et à adapter mes mouvements. Le handicap, ce n’est pas juste une adaptation physique, c’est un bouleversement global.
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Vers un sport plus accessible et innovant
L’association Surfeurs Dargent est née après mon accident, grâce à ma cousine qui voulait m’aider. Surfeurs Dargent, c’est un catalyseur d’entraide. L’association œuvre pour le développement de prothèses adaptées aux sports de glisse, sensibilise en donnant des conférences dans les écoles et entreprises et organise des évènements pour accueillir des personnes en situation de handicap et les initier aux sports de glisse.
Je n’étais pas seul sur ce projet, j’ai travaillé durant trois ans avec l’école d’usinage mécanique Adam de Craponne à Salon-de-Provence (13), avec des ingénieurs, des préparateurs d’amortisseurs, un professeur d’usinage mécanique, et un autre sportif amputé, Patrice Barattero, qui pratique le snowboard. Quand la prothèse a finalement commencé à fonctionner, elle a intéressé Proteor, une entreprise française, qui a finalisé le projet. Cette collaboration a donné naissance à Easy Ride, une prothèse pensée pour les sports de glisse, à la fois plus accessible - environ 4 000 euros - et surtout plus efficace.
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