Le surf n'est pas seulement un sport, c'est un mode de vie qui transcende les générations, redéfinissant le rôle des mères dans un milieu traditionnellement perçu comme masculin. Que ce soit sur le circuit professionnel ou dans une pratique amatrice pour se reconnecter à soi-même, la relation entre la maternité et le surf révèle des dynamiques fascinantes, mêlant performance, émotion et épanouissement personnel.
La transmission d'une passion : l'accompagnement des champions
Pour beaucoup de surfeuses professionnelles, le soutien maternel est le socle sur lequel repose leur carrière. L'histoire de Pauline, devenue une figure incontournable du tour professionnel féminin, est emblématique. Quand la toute jeune Pauline a débuté le surf avec un groupe de copains à l’âge de 9 ans, c’est sa mère qui a pris l’initiative de l’inscrire dans un club de surf. Toutefois, le passage au free surf a été une étape délicate. Quand Pauline a commencé à vouloir faire des sessions de free surf, sans encadrement, sa maman a été quelque peu réticente, ce que tout parent comprendra aisément : il n’est pas évident de se faire à l’idée de laisser son enfant se débrouiller seul dans les vagues.
Pour partager la passion du surf de sa fille, Gisèle n’a pas tardé à s’initier elle aussi au surf. Cette complicité a transformé leur relation. Maintenant que Pauline est sur le tour de surf professionnel féminin, la fille et sa mère sont restées très proches. Pauline a voyagé avec sa mère sur les 3 dernières épreuves à Taranaki en Nouvelle-Zélande, à Sydney pour le Layne Beachley Classic et à Rio de Janeiro au Brésil où Pauline est arrivée en quarts de finale. Sa maman est plutôt du genre à vivre les séries intensément sur le sable et vibre à chaque vague de sa fille ! Et quand Pauline sort de l’eau, elle est là pour l’embrasser, pour lui donner à boire ou lui préparer à manger… Sa maman est sa première fan mais aussi un peu son manager qui s’occupe de toutes les petites choses pour que Pauline soit dans les meilleures conditions pour surfer.
Cette présence est vitale. Pauline qualifie le rôle que joue sa mère dans son équilibre affectif et dans sa réussite sportive comme « hyper important ». Pour Pauline, sa mère est la personne au monde qui la comprend le mieux, qui sait tout ce qu’elle a vécu et qui la soutient quoi qu’il advienne, dans la victoire comme dans la défaite. Sa mère a toujours respecté ses choix de vie et elle est à fond derrière elle.
La nouvelle génération : l'héritage sportif
La transmission ne s'arrête pas là. Certaines mères, elles-mêmes grandes championnes, transmettent leur savoir-faire très tôt. Uhaina Thomas, la fille d’Emmanuelle Joly, sextuple championne d’Europe et quadruple de France, ne semble pas avoir hérité uniquement des jolis yeux bleus de sa mère. Emmanuelle a appris à sa fille à surfer à l’âge de 4 ans. Mais dès l’age de 3 ans elle prenait ses premières vagues équipée de brassards. Emmanuelle la tenait sur ses épaules puis la faisait passer entre ses jambes juste après le take-off.
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Uhaina compte aujourd’hui déjà un beau petit palmarès : 2nde au Grom Search de Vieux Boucau en benjamine, 2nde à la compète des Tétards en benjamine, 4ème à la Maïder Arrostéguy en moins de 14 ans, 2nde à Zarautz chez les minimes et championne départementale de Sauvetage Côtier. Et quand on lui demande quels sont ses objectifs, la réponse est immédiate : « J’aimerais bien devenir championne de surf, faire comme maman et si possible mieux ! ». Et quand Uhaina va surfer, c’est toujours accompagné d’Emmanuelle, qui joue le rôle de vraie coach pour sa fille. Elles vont surfer tous les jours après l’école. Elle lui apprend à s’adapter à toutes les conditions, à bien se placer et s’imposer au pic. Chaque hiver, Emmanuelle s’expatrie à l’étranger pour quitter le froid français et retrouver des conditions de surf optimales, comme ces deux derniers hivers où elle a passé trois mois au Sri-Lanka. Elle emmène à chaque fois ses enfants et leur assure les cours par correspondance.
Le défi de la maternité chez les athlètes de haut niveau
Devenir mère tout en restant sportive de haut niveau implique forcément des choix de vie forts. Un pari que les athlètes sont de plus en plus nombreuses à relever à l’image des surfeuses Johanne Defay et Justine Dupont ou de la vététiste Isabeau Courdurier.
Johanne Defay, lors de l’épreuve portugaise du championnat du monde, expliquait son émotion : "C’est un peu émouvant de parler de ça… Je ne fais pas un enfant pour prouver quoi que ce soit, je le fais juste parce que je le veux vraiment. C’est un bonheur simple et une bénédiction de recevoir tout ce soutien de la part des autres athlètes, de la ligue et de mes sponsors". La médaillée de bronze des derniers Jeux Olympiques de Paris est en effet assurée par le règlement de revenir au sein de l’élite la saison prochaine après cette pause.
Justine Dupont, spécialiste des vagues géantes, a elle aussi intégré la maternité dans son parcours intense. La Française a mis au monde Elio en janvier 2024, son premier enfant. "À un moment, mon plus grand désir, c’était de devenir maman et ça allait au-delà de continuer à surfer. C’était devenu prioritaire". "J’ai eu beaucoup de chance en pouvant surfer jusqu’à huit mois de grossesse. L’horloge biologique avance, c’est un stress que n’ont pas les hommes qui peuvent continuer leur carrière. Pour eux, ça ne change pas grand-chose d’avoir un enfant. Nous, ça nous arrête complètement." Deux mois après son accouchement, Justine était de nouveau à l’eau. En octobre dernier, huit mois après la naissance d’Elio, elle repartait affronter les vagues de plus de 10 mètres de Nazaré.
Le surf comme thérapie et espace de liberté pour toutes les mères
Au-delà de la compétition, le surf représente une échappatoire. Les bienfaits du surf chez les femmes, notamment les mères de famille, sont encore peu connus et pourtant ils agiraient presque comme une véritable thérapie. La charge mentale d’une femme en 2025 peut parfois devenir très forte. Un sport, peu pratiqué par les femmes, serait pourtant un bon compromis pour se reconnecter avec son corps et son esprit : le surf.
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À Cape Town, en Afrique du Sud, Moms on board est un réseau social qui accueille gratuitement une fois par semaine les mamans pour leur proposer un cours de surf. Les participantes y voient de multiples bénéfices et notamment une aide pour gérer la pression parentale. « Le surf est un régulateur pour mon système nerveux, confie Sue au média en ligne capetownmagazine.com. Je me sens beaucoup mieux, ma bande passante est plus importante et je suis un parent plus agréable. »
En France, le phénomène grandit, notamment dans le Morbihan. Cécile Hoynant, photographe, travaille sur un projet consacré aux surfeuses et à leurs questionnements sur leur corps. « Ce qui est frappant, c’est que, quelque soi leur parcours, elles verbalisent le sentiment de tout laisser à terre pendant leur session de surf, quand elles sont dans l’eau. Elles me disent que la prise d’une bonne vague peut durer seulement quelques secondes et pourtant elle leur apporte du bien-être pour toute la journée, car c’est aussi un moment rien qu’à elles. »
La pratique peut être une véritable reconstruction, comme le montre le parcours de Katell Ropert. Devenue paraplégique à la suite d’un accident en 2017, cette maman de cinq enfants se déplace désormais en fauteuil roulant. « On m’a proposé d’aller dans l’eau et je suis tombée en amour pour le surf, c’était le début de ma reconstruction. » Katell a découvert une nouvelle autonomie dans l’eau, avec ce côté très proche de l’élément naturel.
L'intemporalité du surf : une passion sans limite d'âge
Le surf n'est pas réservé à la jeunesse. Nancy Meherne en est la preuve vivante. Même si elle n'a jamais appris à se mettre debout sur sa planche, Nancy Meherne a gagné le respect des autres surfeurs. A 92 ans, elle surfe encore sur les vagues situées non loin de sa maison de Scarborough Beach, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Cette grand-mère de sept petits-enfants surfe donc toute l’année. Fabriquée dans les années 1970, sa planche l’accompagne dans chacune de ses virées en mer. Elle l’a d’ailleurs tellement utilisée qu'elle a perdu toutes ses couleurs.
Née en 1929 en Nouvelle-Zélande, Nancy Meherne dit avoir mené une vie « bien remplie », avec « jamais un moment d'ennui ». D’abord institutrice, la nonagénaire a voyagé à travers le monde avant de revenir élever ses trois enfants. Sportive et végétarienne, elle ne se voit pas arrêter. « Les autres surfeurs me respectent », assure-t-elle. Jusqu’à quand surfera-t-elle ? La principale intéressée répond qu’elle continuera aussi longtemps qu’elle pourra faire « un petit saut » sur les vagues.
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