Le monde du surf regorge de talents exceptionnels, mais certains se distinguent non seulement par leurs prouesses sur les vagues, mais aussi par leur parcours de vie singulier et leur philosophie. Parmi eux, Kyllian Guerin, un jeune surfeur français qui, malgré son jeune âge, a déjà traversé des épreuves marquantes et affiché une détermination sans faille, s'est imposé comme l'un des espoirs les plus prometteurs de sa génération. Son histoire est celle d'une immersion précoce dans l'océan, d'une quête incessante de la vague parfaite, et d'une maturation accélérée par les défis, qu'ils soient sportifs ou personnels.
Une Jeunesse Façonnée par l'Océan, du Costa Rica à la Nouvelle-Aquitaine
Kyllian Guerin, qui vit en France à Seignosse, en Nouvelle-Aquitaine, a connu une enfance atypique, baignée par les embruns du Costa Rica où il a grandi. C'est là-bas, sur les côtes foisonnantes de vagues, que Kyllian a démarré le surf à l'âge de 4 ans. Cette immersion précoce a forgé une connexion profonde et instinctive avec l'océan, jetant les bases d'une passion qui allait devenir le moteur de son existence. À 12 ans, il se présente comme Kyllian Guerin et confie : "Le surf, ça représente d'abord du plaisir et toujours de l'aventure." Cette perception du surf comme une source inépuisable de joie et de découverte est restée ancrée en lui, même face aux exigences du haut niveau.
Le surf est d'ailleurs une affaire de famille chez les Guerin. Son père, Arnaud Guerin, a eu une belle carrière sportive, passant de l'équitation à un niveau professionnel à 13 ans à la glisse, en pratiquant le snowboard à haut niveau avant de se tourner vers le surf. "Il a tout de suite adoré ça et il a commencé à voyager pour pouvoir surfer à la cool," raconte Kyllian. Naturellement, dès sa naissance, son père l'a "mis direct dans l'eau". Arnaud est aujourd'hui un "multi-papa", à la fois coach, professeur, et manager de son fils, tout en aidant sa femme, la mère de Kyllian, qui a une marque de bijoux. Cette structure familiale solide, où la passion est partagée et le soutien omniprésent, a été un pilier essentiel dans le développement du jeune surfeur. Kyllian se sent un peu différent des autres enfants, non pas parce que cela le "soûle", mais parce que son quotidien est loin de la routine scolaire classique. "Un enfant normal va à l’école, fait ses devoirs et le lendemain il repart à l’école. Moi, je vais surfer le matin, je fais l’école à la maison et souvent je pars en voyage le lendemain !"
La Quête de l'Excellence : Entraînement Rigoureux et Réflexion Stratégique
La trajectoire de Kyllian Guerin est marquée par un engagement total envers sa discipline. Alors qu'il avait 13 ans, il surfait presque tous les jours, effectuant deux sessions d’environ deux heures chacune. Mais son entraînement dépasse largement la simple pratique sur l'eau. Pour atteindre le plus haut niveau, il s'adonne également à une préparation physique méticuleuse, intègre le yoga dans sa routine pour améliorer sa souplesse et sa concentration, réalise des analyses techniques approfondies de ses performances et de celles des autres, et n'oublie pas l'indispensable préparation mentale. Cette approche holistique témoigne d'une maturité et d'une compréhension de l'exigence du sport de haut niveau qui vont bien au-delà de son âge.
Malgré cette dévotion, Kyllian a très tôt pris conscience de la fragilité de la carrière d'un athlète. Une blessure en jouant au foot l'a fait grandir et lui a fait comprendre que tout peut s'arrêter d'un seul coup. Par cette expérience, Kyllian sait qu'il est "super important" de continuer ses études avec la pratique d'un sport à haut niveau. Cette perspective équilibrée, qui privilégie à la fois l'excellence sportive et l'épanouissement intellectuel, est un trait distinctif de sa personnalité. Son objectif à court terme, à l'âge de 13 ans, est de continuer à progresser et à voyager, avec l'ambition d'ici deux ans d'intégrer le Tour pro junior mondial au plus haut niveau.
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Kyllian Guerin, sans avoir de modèle en particulier, aime beaucoup plusieurs surfeurs dont il analyse le travail pour s'en inspirer. Des noms comme Mick Fanning, Julian Wilson, Jeremy Flores et Gabriel Medina figurent parmi ceux dont il s'approprie ce qu’ils font de mieux pour progresser. Il confie à 12 ans préférer Mick Fanning car il est "très fort en compétition mais c’est pas lui qui fera un gros air reverse" à l'inverse de John John Florence ou Kelly Slater. Ce sens de l'observation et cette capacité à décomposer les styles pour en tirer le meilleur sont des atouts précieux dans sa progression.
Des Moments Forts sur les Vagues et la Conquête du "Parfait à Dix Points"
Parmi ses souvenirs les plus marquants, Kyllian garde en mémoire sa victoire l'hiver 2015/2016 sur une étape du circuit du Costa Rica. Ce jour-là, les vagues étaient "bien tubulaires", lui permettant de décrocher un "parfait à dix points", signe d'une performance d'exception dans une vague creuse et exigeante. Ce genre de moment cristallise l'essence même du surf de compétition et de l'accomplissement personnel.
Des années plus tard, à l'âge de 16 ans, Kyllian a eu l'occasion de vivre une session hors du commun du côté de l'Adour, près de chez lui. Alors qu'il s'apprêtait à repartir, découragé par les conditions, il a "fait demi tour" pour revenir observer le spot. Il a remarqué que la mer s'était "un peu cleané". Confronté au défi de passer la barre à la rame, face à des surfeurs en jet-ski, il a choisi le challenge personnel. "Je suis rentré chez moi me changer, je suis allé me mettre en combi et c’était parti," raconte-t-il. Après une première tentative difficile et une vague qui le "démoli dans le tube", il a eu un "ange gardien" en la personne de Clément Roseyro, qui lui a proposé un "step-off" (se faire déposer par le jet-ski). Kyllian a refusé, insistant : "je voulais ma vague à la rame, c’est pour moi, un plus gros accomplissement que d’en prendre une en step-off."
Sa deuxième vague fut un "monstre". Il l'a vue arriver "en triangle", et malgré une erreur d'appréciation ("j’étais trop late"), il a décidé de tenter sa chance. "Dans le tube je me suis dit que c’était énorme." Après en être sorti, la vague doublant de taille, il a essayé de faire un "doggy door", une manœuvre risquée. Il a finalement été "plaqué contre le sable et la vague [l']a broyée", mais en sortant la tête de l'eau, il a pu "laisser exploser [sa] joie". "Je n’avais jamais pris un shot d’adrénaline aussi puissant de toute ma vie," confie-t-il. "Je hurlais de joie. Je n’arrivais plus à respirer, je n’avais plus de souffle mais j’étais tellement heureux." Ce fut un moment où il s'est dit "que [il] pouvai[t] se noyer", soulignant l'intensité et le danger de cette session mémorable.
L'Épreuve de l'Électrocution : Un Tournant Majeur
La vie de Kyllian Guerin, riche en émotions fortes et en accomplissements, a pris une tournure dramatique le lundi 14 octobre, alors qu'il avait 16 ans, au Portugal. En marge de la manche du championnat du monde de la WSL, le grand espoir du surf français a été victime d'une électrisation. Une mésaventure qui a failli lui être fatale. La frayeur passée, et rassuré quant à l'état de santé de son fils, son père, Arnaud, a raconté les faits. Il y a une dizaine de jours avant un article publié le 24/10/2019 à 16h44, l'existence de Kyllian avait "failli s’arrêter net. Foudroyée, au sens premier du terme." Kyllian lui-même avait posté sur Instagram : "Il y a quelques jours, on m'a sauvé la vie…" en évitant de trop rentrer dans les détails.
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L'accident est survenu alors que Kyllian redescendait d'une structure pour aller surfer. "D’un coup, il a pris le jus dans l’escalier et ça l’a désarçonné," explique son père. "Il s’est cogné légèrement, mais il est surtout tombé et a pris l’électricité de toutes parts. Il m’a expliqué qu’il a essayé de se calmer et de parler pour appeler au secours. Il était comme collé à l’escalier." Heureusement, Olivier Martinez, surnommé Bobby et responsable au sein de Rip Curl Europe, était juste à côté. Il a entendu Kyllian et "a tout de suite vu que quelque chose n’allait pas." Selon Arnaud Guerin, Olivier Martinez a "sauvé la vie de Kyllian. Sans lui, mon fils ne serait plus là."
Le sauvetage fut héroïque et périlleux. Olivier Martinez a fait preuve d'un "incroyable courage", allant à l'encontre des règles de sécurité en pareil cas. "Normalement, tu prends un isolant, mais tu ne l’as pas forcément sous la main, ou tu pousses la victime," reprend le père. Olivier "a donc sauté sur Kyllian, il a essayé de l’attraper une première fois afin de le tirer hors des marches, mais il n’y est pas arrivé." Lors de la deuxième tentative, il "a repris un coup d’électricité qui l’a propulsé en arrière." Malgré le choc, il s'y est repris une troisième fois, se disant qu'il "ne fallait pas qu’il lâche pour tirer Kyllian de là." Il a réussi à le tirer "pratiquement hors de l’escalier", mais a "continué la chaîne électrique", risquant sa propre vie. Une autre personne est alors intervenue, les dégageant tous les deux de la structure. L'ensemble de la scène "n’a duré qu’une vingtaine de secondes."
Les conséquences immédiates furent sérieuses : "Le soir, Kyllian ne pouvait pas bouger les membres, ses muscles s’étaient contractés, il ne pouvait pas marcher, le jus l’avait traversé." Dix jours après le drame, Arnaud Guerin cherchait des explications, notamment sur la cause de l'électrocution, alors qu'il avait "énormément plu au Portugal." Il soulignait la chance d'avoir eu Olivier Martinez et le fait que ce dernier, "en tenant Kyllian, a absorbé une dose d’électricité, l’impact sur mon fils a ainsi été un tout petit peu moins important." La robustesse et l'entraînement de Kyllian ont aussi joué un rôle crucial dans sa survie, comme l'a confirmé son médecin du sport, qui a dit qu'il "revenait de loin et avait eu beaucoup de chance."
Cet accident a malheureusement coûté à Kyllian sa participation aux trials du MEO Rip Curl Pro, avant-dernière manche du CT 2019 à Peniche, ainsi qu'aux championnats de France de surf à Hossegor, lui qui avait pourtant conquis son premier titre national (en cadets) un an auparavant. Malgré tout, "Kyllian veut passer à autre chose," affirmait son père.
La Force de Caractère : Rebondir et Viser les Sommets
L'électrocution aurait pu briser l'élan de n'importe quel athlète, mais Kyllian Guerin a démontré une force de caractère et une résilience remarquables. Peu après cet événement traumatisant, Kyllian s'est envolé pour la Californie avec l'équipe de France pour disputer les Mondiaux ISA juniors à Huntington Beach. Son père a précisé qu'il s'était "battu toute la saison pour être sélectionné", et que des examens médicaux avaient été réalisés pour s'assurer qu'il était en état de partir, révélant quelques "taux élevés, caractéristiques d’une électrisation" mais globalement des résultats "bons".
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Arnaud Guerin insistait sur la motivation de son fils : "Il est plus motivé que jamais. Sa vie a été semée d’embûches, avec notamment de grosses blessures, mais ça l’a toujours construit." Il traçait un parallèle avec la star du surf français Jérémy Florès, qui, en 2015, avait aussi été victime d'un grave accident en Indonésie, avant de remporter deux mois plus tard le Tahiti Pro à Teahupo'o. "Ce qui ne tue pas…," concluait le père, soulignant la capacité de son fils à transformer l'adversité en motivation.
Les Voyages Formateurs : À la Découverte des Vagues du Monde
Les voyages font partie intégrante de la vie et de la formation de Kyllian Guerin. Dès la rentrée, il prévoyait de "beaucoup voyager" avec des destinations comme l'Indonésie, le Portugal, Hawaï, l'Australie et la Californie. Son père l'a accompagné "aux quatre coins du monde depuis qu’il a commencé le surf, tout jeune, au Costa Rica."
À 12 ans, Kyllian était déjà un globe-trotter aguerri. "Cet hiver j’ai beaucoup bougé. Déjà le Costa Rica comme tous les ans car j’y vais depuis que je suis tout petit." Puis il s'était rendu en Australie pour la deuxième fois, avant de partir pour les îles Mentawai en Indonésie. Trois semaines plus tard, il était reparti pour une semaine aux Maldives. C'était "le premier hiver où [il] voyage[ait] autant." Il a "vraiment aimé l’Australie car la vie là-bas est plus cool, c’est une autre attitude." Quant aux Mentawai, il ne pourrait pas y "vivre tout le temps mais y aller de temps en temps c’est cool. On vit sur un bateau et on surfe les meilleures vagues du monde !" Aux Maldives, il était accompagné de son ami Leonardo Fioravanti, "un des meilleurs de son âge", également surfeur professionnel et habitant Hossegor.
Plus récemment, entre mi-juin et fin juillet 2023, Kyllian a mené un projet baptisé "The Hunter", un surf trip en Afrique du Sud. L'idée était de "partir à la quête des meilleures vagues le long de la côte africaine, kiffer à l’eau, rencontrer des gens, et capturer tout ça pour raconter l’expérience." C'était sa première fois en Afrique du Sud, une destination qui le faisait "rêver depuis longtemps." Il décrit le pays comme "hyper sauvage", liant "l’instinct du surfeur avec celui du monde animal", le guépard étant devenu le symbole du projet. Les vagues étaient "au rendez-vous", avec des "droites super fun et relativement parfaites". Parmi ses meilleurs souvenirs figure Jeffrey’s Bay, une "vague mythique" qu'il avait rêvé de surfer, avec des conditions parfaites dès son arrivée.
L'aventure sud-africaine a également apporté son lot de "frayeurs" avec les requins. "En tant que Français, on n’a pas l’habitude d’y penser," explique Kyllian. Initialement très stressé, il a fini par surmonter cette appréhension en se lançant sur un spot "un peu critique". Il conseille aux explorateurs : "Acceptez la peur des requins, c’est le plus gros obstacle. Une fois que c’est fait, il n’y a que du positif." Ses prochains voyages prévus pour l'hiver incluent principalement l'Europe : Portugal, Irlande, et peut-être l'Écosse, des destinations choisies "en fonction des fenêtres météo."
Réflexions sur le Surf Moderne : Freesurf, Compétition et la Question des Jets-Skis
Kyllian Guerin, bien que voué à la compétition, a une vision nuancée du surf. Alors que d'aucuns le perçoivent comme un adepte du freesurf, on lit souvent qu'il "rêve d’intégrer le WCT" (World Championship Tour). Il explique que si l'on "pose la question à n’importe quel surfeur, ils te diront tous qu’ils préfèrent le freesurf car tu n’as pas la pression même s’il y a plus de monde à l’eau." Mais il ajoute : "C’est sur que j’aime le freesurf mais j’aimerais bien atteindre le world tour parce que c’est le rêve de tout surfeur en fait. Et même si t’as la pression, ça te permet de surfer les meilleures vagues du monde à 4 ou 2 à l’eau donc c’est vraiment très cool." Bien qu'il ait fait "beaucoup de contests" depuis qu'il est petit, ses voyages récents l'ont poussé à en faire un peu moins, sans que son père ne lui "mette forcément la pression."
Kyllian a également une opinion bien tranchée sur la prolifération des jets-skis dans le surf, notamment sur des spots comme Hossegor. "La situation des jets-ski à Hossegor ça devient n’importe quoi," affirme-t-il. Il reconnaît que "certains gars, des anciens, sont en jet et [il] le comprend" car "ils ont tout prouvé depuis des années, ce sont les boss et il n’y a pas de débat avec eux. C’est normal qu’ils choisissent la simplicité. Ils ont le mérite et le droit d’être en jet."
Cependant, il critique une tendance récente : "Mais depuis un ou deux ans, tout le monde rêve d’avoir son jet ski pour se faire sa petite session en step-off. Tu as des gars qui sont sur des jets, qui ont moins de 30 ans, qui pourraient largement surfer à la rame." Il pointe du doigt le manque de réglementation : "Il n’y a aucune règle pour les jets ici dans les Landes." Il évoque même l'ironie de la situation avec des surfeurs venant d'Espagne ou de Mundaka avec leurs jets : "Jamais on ne pourrait faire ça chez eux."
Pour Kyllian, cette pratique pose un problème de sécurité et d'éthique : "C’est dangereux car tu es à la rame, eux n’assurent pas ta sécurité et en plus viennent polluer le spot. Il y a trop de jet skis aujourd’hui et il n’y a pas de règle. Ça devient n’importe quoi." Lui-même en possède un, mais "ne s'en sers quasiment jamais." Il défend le mérite de la rame : "Oui c’est plus compliqué à la rame. Oui tu te prends des branlées. Mais une fois que tu as compris où te placer, tu bosses sur ton sens marin. Personnellement c’est plus jouissif d’en chier à la rame." Pour lui, "tu as plus de mérite de trouver la vague à la rame, que de te faire droper par ton jet ski 10 mètres avant qu’elle ne casse. La sensation que te procure la rame, c’est un accomplissement personnel pour moi plus important." La session mémorable où il a pris sa "vague monstre" sans jet-ski renforce cette conviction : "Les sensations que j’ai eu hier, jamais j’aurais pu avoir ça en step-off. Oui j’aurais pu avoir la même vague en jet. Mais là j’ai galéré pour l’avoir, c’est ça qui rend le truc ouf." Sa conclusion est claire : "Bientôt, il y aura 1m50 et plus personne n’utilisera ses bras."
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