La vague d’émoi et de tristesse suscitée par l’annonce du décès du « waterman » de Biriatou, Hugues Oyarzabal, pionnier du free surf formé à l’Hendaye Bidassoa Surf Club, dépasse très largement les frontières basques. Certains naissent sur la terre ferme, d’autres ont l’océan pour berceau. Hugues Oyarzabal faisait partie de ces derniers. Dès son plus jeune âge, le gosse de Biriatou a trouvé à Hendaye de quoi nourrir sa soif d’aventure et de sensations. Tennisman doué et bodyboardeur prometteur, il a vite compris que sa place n’était ni sur les courts ni sur les planches en mousse. Ce qu’il voulait, c’était le frisson du take-off, la claque des tubes parfaits, la liberté de tracer sa route sans obéir à d’autres règles que celles dictées par les vagues.
L’éveil d’un talent précoce entre Hendaye et l’Australie
Originaire du petit village de Biriatou, tout près de l’océan Atlantique, Hugues a grandi dans un environnement naturel propice à la glisse. Sa découverte du surf débute à Hendaye, plage emblématique où il a développé son aisance sur divers types de vagues. Hugues a appris à surfer sur la plage voisine d'Hendaye et a rapidement pris goût à tous les types de vagues. « Je cherche toujours à essayer des choses différentes. Je déteste l'idée d'avoir une routine de surf. Par exemple, je vais surfer un single fin à Lafiténia un jour, booster des airs à un beachbreak un autre, ou prendre un flingue et aller à Guéthary ou ailleurs. J’aime mélanger les choses. »
Hugues Oyarzabal, l’un des tout premiers jeunes à avoir quitté son Pays basque natal pour faire ses études en Australie, à l’âge de 16 ans, avait fait bien plus que faire rêver la communauté de la glisse du Pays basque. Ce choix audacieux, loin de sa zone de confort, lui permet de vivre intensément sa passion et d’affiner ses compétences. Dès lors, il quitte l’école à 16 ans et devient surfeur à plein temps. Son approche du surf est ouverte d'esprit, même s'il avoue travailler très dur pour faire carrière dans ce sport. Et même s'il n'est pas intéressé par la scène des contests, le Basque cherche continuellement à pousser son surf dans ses limites, qu'il s'agisse d'atterrir sur un rodéo ou de perfectionner ses compétences en matière de remorquage.
Le pionnier des prises de vues aquatiques
Précurseur des prises vidéos aquatiques et de leur montage, le « goofy » globe-trotteur avait notamment brillé aux yeux du monde entier en recevant en décembre 2012 des mains du « king » Kelly Slater le tout premier GoPro Award, à Hawaï, pour la captation d’un tube sur le spot de Skeleton bay, en Namibie. Hugues Oyarzabal, un précurseur dans la prise vidéo du surfeur en action, a profondément marqué le monde du free surf contemporain par son style innovant et sa créativité débordante. Son usage précoce de la caméra embarquée a révolutionné la capture immersive des tubes.
Longtemps avant l’ère de la GoPro, Hugues bricolait ses propres systèmes de capture « point of view » pour immerger le spectateur dans l’essence même d’un tube. Cette technique novatrice a reçu une reconnaissance majeure en 2012, quand Kelly Slater lui a remis le tout premier GoPro Award pour sa séquence exceptionnelle à Skeleton Bay, capturée depuis l’intérieur d’un tube illimité. Hugues avait notamment le talent de produire de superbes images embarquées bien avant que nous en soyons saturés. Le rôle de la vidéo dans la carrière de Hugues Oyarzabal a été essentiel, avec l’introduction précoce de caméras embarquées dans les tubes.
Lire aussi: Thème Surf Chambre Enfant
Une esthétique « Do It Yourself » : La trilogie Peace & Left
Apôtre du DIY, Oyarzabal était un pionnier et un créateur qui réalisait ses films de surf lui-même, avec une trilogie Peace & Left clairement en avance sur son temps. Pour Peace and Left, son film autobiographique, il demande à sa femme et ses amis de le filmer sur les vagues d’Euskadi et d’Indonésie, de jour ou de nuit, sous le soleil comme sous la pluie. Peace and Left, c’est ce genre de films DIY qui ne peut qu’attirer l’attention : documentaire home made, le film pourrait être celui de notre surf trip avec ses effets spéciaux Adobe, ses chansons qui semblent avoir été composées pour le film et les quelques images de sa femme en guise d’hommage… c’est authentique !
Le film est vraiment dans l’esprit search surfing : on ne nous donne aucune indication sur les spots filmés et il n’y a que ceux qui connaissent le Pays Basque et l’Indo qui devinent où ça se passe. Sans oublier le top du top : Peace and Left est en téléchargement libre sur son blog. Mais Hugues Oyarzabal ne savait pas s’arrêter. Il a fini le montage de Peace and Left II : après 2 ans de tournage passés à surfer son home spot et toujours les gauches parfaites de l’Indonésie et utilisant un nouveau matériel (Canon HD, caméras embarquées, caméra paluche sur casque et une GoPro HD).
Le « Biriatou Man » devenu citoyen du monde
Aussi à l’aise sur les spots de Parlementia que de Mundaka que sur ceux mondialement connus d’Indonésie, où il avait passé une grande partie de sa vie, l’ex « Biriatou man » devenu « Waian » Hugues Oyarzabal, alias WHO, avait témoigné dans nos colonnes après une belle session entre copains hendayais sur la vague géante de Belharra, en 2009, à l’âge de 23 ans. Hugues Oyarzabal adopte le surnom WHO, contraction de ses initiales mêlée au prénom balinais Wayan donné au premier fils. Cette dualité transparaît dans sa glisse : un style compact et précis, parfaitement adapté aux gauches profondes de Bali mais aussi aux vagues puissantes et changeantes du Pays basque.
Tripeur invétéré, les frontières ne l’ont jamais arrêté. Il s’est frotté aux vagues du monde entier, mais en bon goofy et excellent tube rider, c’est l’Indonésie qui l’attirait encore et encore. Après une vingtaine de trips, il connaissait chaque recoin de Bali et les différentes sections de Desert Point n’avaient plus de secrets pour lui. En Indonésie, Hugues a trouvé un sanctuaire de liberté. Entre lumières dorées et vagues interminables, il a tourné sa fameuse trilogie Peace & Left, réalisée en autoproduction avec une esthétique DIY.
L’exploit de Vanthrax et l’aura du free surf
Ce natif de 1986 passé par le tennis et le bodyboard avant de tomber amoureux fou du surf et des voyages restera également localement pour la postérité l’un des tout premier à avoir réussi à dompter le haut-fond de Vanthrax, au large d’Hendaye. Pionnier de Vanthrax, il parvient à négocier les marches de ce slab réputé insurfable pour se caler un méchant tube qui fait la couv de Surf Session. Beaucoup l’avaient regardé, peu avaient osé s’y aventurer. Hugues, lui, n’a pas hésité. Il l’a apprivoisé, l’a surfé, et en a fait une couverture mémorable de Surf Session. Un exploit qui résume tout ce qu’il était : un homme qui ne reculait devant rien, qui voyait le possible là où d’autres voyaient l’impossible.
Lire aussi: Pokémon Surfeur : Valeur et rareté
« Hugues Oyarzabal était l’un des surfeurs français les plus doués, toutes générations confondues », a gravé ce lundi dans un message la Fédération française de surf. « Un surfeur comme Hugues transmet aux nouvelles générations un surf non formaté, un sport vivant, qui n’a pas de limite dans la créativité. Un kid de Biriatou devenu surfeur d’Hendaye. Un surdoué capable de braver les spots du Pays Basque dans toutes les conditions, que ce soit pour charger un gros Parlementia, enfiler les tubes à Mundaka ou envoyer des airs stratosphériques sur les beach breaks. »
Hugues Oyarzabal, surfeur basque emblématique, a profondément marqué le monde du free surf contemporain par son style innovant et sa créativité débordante. Peu nombreux sont les surfeurs dont le parcours incarne aussi puissamment la liberté et l’indépendance dans le milieu du surf. Hugues Oyarzabal a choisi d’écarter les circuits formels pour privilégier une approche instinctive et visuelle, faisant du surf immersif un art à part entière. Cette démarche inclut une exploration constante des aspects techniques et esthétiques, en particulier dans le tournage de séquences inédites.
La complexité d’une âme créative
Hugues Oyarzabal révèle ouvertement vivre avec un TDAH (trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité), un mécanisme qui explique en partie son immense créativité et son hyperactivité constante. Ce trouble se manifeste par une agitation mentale amplifiée, mais aussi par une capacité à penser en dehors des conventions, contribuant à sa singularité dans le monde du surf et de la vidéo. Cette ambivalence se traduit aussi dans son parcours personnel. Certains proches évoquent un tempérament bipolaire, entre euphorie et phases d’abattement. Son engagement dans le surf est devenu un refuge, un exutoire face aux conflits personnels.
Le style et la philosophie de Hugues ont largement influencé une génération entière de free surfeurs européens, qui voient en lui un modèle d’authenticité et d’indépendance. Des médias internationaux comme Stab Magazine et Surfer Magazine ont salué cette avant-garde, soulignant sa place dans l’histoire du surf mondial. Pourtant, en France, son nom reste encore peu reconnu, malgré une empreinte profonde et une aura légendaire qui transcende les frontières.
#
Lire aussi: T-shirts de surfeur pour hommes : guide