Le surf, tel que beaucoup le connaissent, est souvent inextricablement lié aux images idylliques des plages hawaïennes. Pourtant, l'histoire de cette pratique ancestrale s'avère bien plus profonde et géographiquement diverse, révélant des origines qui bousculent les idées reçues et un parcours culturel façonné par des siècles d'échanges, de luttes et de passion. De ses premières manifestations lointaines aux compétitions mondiales modernes, le surf a traversé les âges, s'adaptant, résistant et évoluant, tout en conservant un esprit unique, sans frontières et sans limites.
Les Murmures de l'Antiquité : Des Origines Péruviennes aux Traditions Polynésiennes
Contrairement aux idées reçues, qui situent souvent les origines du surf exclusivement à Hawaï, son histoire a en réalité commencé bien plus tôt et dans des lieux inattendus. Les premières traces de cette pratique ancestrale nous mènent au Pérou, pendant la période pré-Inca, sous la culture Mochica, entre 3000 et 1000 avant J.-C. Des dessins ont été trouvés sur des poteries de cette période, représentant des pêcheurs incas sur des planches de bois et des bateaux en roseaux appelés « caballitos de totora« . C’est ainsi que le surf est réellement né sur la côte nord du Pérou, avec des figures telles que Carlos Ucanan Arzola, mieux connu sous le nom de « Huevito », qui perpétue encore aujourd'hui cette tradition en surfant sur son caballito.
Bien avant d'envahir les plages du monde entier, le surf trouve aussi ses racines dans les traditions polynésiennes. Originaire de l'ancienne Polynésie, l'art de « he’e nalu » ou le surf existe depuis des milliers d'années dans le Pacifique. Les premiers surfeurs vivaient en Polynésie, il y a plus de 1 000 ans, utilisant de lourdes planches en bois pour glisser sur les vagues. Cette pratique n’était pas qu’un loisir, mais une véritable tradition spirituelle et culturelle. Les Hawaïens utilisaient des planches en bois massif appelées "Alaia" pour surfer sur les vagues, fabriquées à partir de bois de koa ou de wiliwili et mesurant environ 2 à 4 mètres de long.
Dès le 15ème siècle, cette pratique était courante dans les îles Hawaïennes. Elle permettait aux chefs de tribus qui défiaient la mer de prouver leur puissance et leur supériorité. Ces chefs, connus sous le nom d'Ali'i Nui, surfaient sur des vagues Olo, avec des planches de bois wiliwili à nez rond mesurant 14 à 16 pieds de long et pesant jusqu'à 175 kg. Plus la planche était grande, plus le statut social du surfeur était élevé. Le surf était considéré comme une activité royale et était réservé aux membres de la noblesse hawaïenne. Les surfeurs étaient perçus comme des experts et étaient respectés pour leur habileté à naviguer sur les vagues. On le pratiquait également sous forme de duel en Polynésie, le vainqueur se voyant accorder une meilleure place dans la tribu. Le surf, tout comme les planches de surf, est resté une tradition sacrée pratiquée à la fois par la royauté d'Hawaï et par la population.
L'Arrivée Occidentale et la Mise en Veille du Surf Hawaïen
L’histoire du surf, telle que la plupart des gens la connaissent, prend une tournure décisive dans le Pacifique avec l'arrivée des explorateurs européens. Les premières traces de l’origine hawaïenne du surf remontent à 1769. Plus tard, en 1778, lors de son 2ème voyage, le capitaine James Cook a vu des surfeurs aux îles Sandwich (Hawaii), dans la baie de Kealakekua. Il a alors commencé à écrire sur le surf dans son journal de voyage. Cependant, Cook est décédé avant d'avoir pu revenir sur le continent européen, c'est donc son successeur, le lieutenant James King, qui a fourni des descriptions plus détaillées. Lors d'un voyage aux alentours des côtes hawaïennes, il a pu observer la pratique du surf dans la baie de Kahalu’u et la baie d’Holualoa sur la Grande île d’Hawaii. Il est devenu passionné par le surf et a été surpris de voir que ce n’était pas destiné uniquement à une épreuve d’habileté, mais purement comme un amusement.
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La publication des journaux de voyage de Cook et de King après leur retour en Europe a eu pour effet d’attirer des explorateurs et des missionnaires sur les îles. Cependant, l'arrivée de ces visiteurs étrangers a malheureusement conduit à des conséquences désastreuses pour la population indigène. Les haole (étrangers ou Blancs) ont répandu une multitude de maladies, en particulier la syphilis, jusqu’alors inconnue dans les îles. En conséquence, la population hawaïenne a été réduite de 10 %. L'effondrement démographique qui s’ensuivit plongea la culture hawaïenne dans le chaos. Les communautés physiquement et psychologiquement déstabilisées étaient des cibles de choix pour les missionnaires protestants.
Ces missionnaires ont également établi leur système religieux et économique dans les îles. Méfiants à l’égard de la chair humaine, ils ont imposé le port de vêtements de style occidental dans la chaleur tropicale. À mesure qu’ils gagnaient en influence politique parmi les ali’i, les arrivants chrétiens supprimèrent la religion et la culture traditionnelles, notamment la hula (danse) et le mele (chant ou chanson). Mais le surf était aussi perçu par ces calvinistes nord-américains comme une perte de temps frivole. Ils méprisaient le surf sur les vagues et d’autres aspects du mode de vie athlétique des indigènes, qu’ils considéraient comme de la paresse et de la folie païennes. Cette doctrine de choc du XIXe siècle, enveloppée dans un moralisme calviniste, a porté un coup presque fatal au surf. La terre, autrefois partagée, devint une marchandise, rendant impossible la tradition de subsistance communautaire et forçant les Kānaka Maoli à travailler comme salarié.es dans les nouvelles plantations de sucre appartenant aux haole, à récolter du bois ou à travailler dans les villes portuaires en pleine expansion. Entre le 15ème et le 20ème siècle, le surf perd de sa popularité et n’est presque plus pratiqué, allant jusqu'à presque entièrement disparaître.
Le Renouveau du Surf : De la Californie à l'Australie, en Passant par Hawaï
Après un siècle de quasi-disparition, le surf a commencé à renaître. Lorsque le roi David Kalākaua monta sur le trône dans les années 1870, il fit de la renaissance du surf une de ses priorités. Ses efforts ont permis de raviver la flamme de cette tradition. Cependant, ses initiatives se heurtèrent aux intérêts économiques occidentaux. Les capitaux étatsuniens trouvèrent des rendements impressionnants dans l’industrie sucrière en pleine expansion. Les colons haole renversent la monarchie en 1893 et instaurent une république de colons suprémacistes blancs. En 1898, les États-Unis ont officiellement, bien qu’illégalement, annexé l’archipel. Il a fallu un peu plus d’un siècle au capitalisme occidental pour transformer la communauté indigène en une minorité appauvrie et privée de tout pouvoir.
Ironiquement, c’est le capital occidental qui a relancé le surf au début du XXe siècle. Alors que les îles productrices de sucre devenaient un territoire étatsunien, des entrepreneurs haole firent la promotion de l’archipel, en particulier de la plage de Waikiki à Oahu, en tant que destination touristique. Les origines du surf en Amérique du Nord remontent au XIXe siècle. En 1885, trois jeunes princes hawaïens s’échappèrent de leur pensionnat et arrivèrent à Santa Cruz en Californie. Là-bas, ils surfèrent pour la première fois à l’embouchure de la rivière San Lorenzo sur des planches de surf en séquoia, marquant un point clé dans l'histoire de ce sport.
En 1907, Jack London, le célèbre écrivain, et le journaliste Alexander Hume Ford se sont rendus à Hawaii. Ils y ont rencontré un garçon de plage à Waikiki, George Freeth, qui était un des premiers à surfer admirablement bien à l’époque. Alexander Hume Ford, un homme d’affaires de Caroline du Sud issu d’une famille de propriétaires de plantations, s’était installé à Hawaï en 1907 et avait été captivé par le surf. Malgré son ouverture aux activités indigènes, l’Outrigger Club, qu'il a fondé, était ségrégué, restant un bastion de la suprématie blanche à Hawaï tout au long du XXe siècle. Alexandre Hume Ford utilisa le surf pour attirer les investisseurs occidentaux sur le territoire, présentant le « Sport des Rois » comme entièrement colonisé et commercialisé, notamment lors de carnavals de surf où les prix étaient souvent remportés par des Blancs, déconstruisant l'idée que le surf était réservé aux Hawaïens de souche.
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Grâce aux écrits de London et Ford, le magnat de l’immobilier Henry Huntington a eu vent des prouesses de George Freeth sur les vagues et l’a invité en Californie pour promouvoir le Redondo Los Angeles Railway grâce à des démonstrations de surf. Freeth a ainsi obtenu le titre de « Premier homme à surfer en Californie« . Plus tard, en 1908, le trio nouvellement formé de Freeth, London et Ford a ouvert le premier club dédié au surf à Waikiki, marquant le début de la démocratisation du surf.
Le sport a aussi trouvé un terrain fertile en Australie. Tout d’abord, pendant la période coloniale, il était interdit de se baigner pendant la journée. Un peu plus tard, en 1903, cette loi a été abrogée, ce qui a permis aux Australiens de s'emparer de leurs plages. Cependant, la mer restant un environnement dangereux, des groupes de personnes ont commencé à s’organiser pour secourir les nageurs en cas de besoin. Ce fut le début des clubs de sauvetage. C’est à Manly Beach que tout a commencé, avec les premières démonstrations de sauvetage en 1903. En 1906, le Bondy Surf Club a été fondé et en 1907, neuf clubs de sauvetage formèrent l’association des bains de surf (Surf Bathing Association). En 1909, le premier film documentaire intitulé « Surf Sports at Manly » est projeté dans tout le pays. En 1910, Tommy Walker apporta une planche de surf de 10 pieds « achetée à Waikiki Beach, Hawaii, pour deux dollars » à Manly Beach à Sydney, contribuant à l'essor du surf local. Enfin, en 1923, la Surf Bathing Association est devenue la célèbre Surf Life Saving Association.
Duke Kahanamoku : L'Ambassadeur Hawaïen qui Fit Du Surf un Sport Mondial
C’est Duke Kahanamoku qui a véritablement ramené le sport sur le devant de la scène en 1912. Il a été le véritable pionnier parmi les nombreuses personnalités clés de l’histoire du surf. Ce nageur hawaïen, champion olympique, a popularisé ce sport aux États-Unis et en Australie, lançant le sport au niveau mondial. Surfeur hawaïen passionné et nageur médaillé olympique, ses démonstrations en Californie ont provoqué une frénésie bien plus grande que celle de Freeth. Connu sous le nom de « The Duke », il est considéré comme le père du surf moderne. Il est devenu une célébrité hollywoodienne et a réussi à rendre le sport universellement populaire.
En tant que nageur impressionnant et passionné, Duke a remporté deux médailles olympiques à Stockholm en 1912, deux aux Jeux olympiques d'Anvers en 1920, et encore un aux Jeux olympiques de Paris en 1924. Il a parcouru le monde, partageant son amour pour le surf et démontrant son habileté sur les vagues, notamment en Australie. En 1914, le champion olympique de natation Duke Kahanamoku a été invité dans les États de l’Est Australien pour des démonstrations de surf sur les vagues devant des milliers de spectateurs au Feshwater carnival. L’Australie a été stupéfaite par ses compétences sur une planche de surf. En 1915, il est revenu surfer en tandem avec une jeune fille nommée Isabel Letham, consolidant la popularité du surf dans le pays.
Des planches de surf plus légères en fibre de verre et époxy aux surfeurs chassant des vagues plus grosses et meurtrières le long de la Côte-Nord, le sport du surf a parcouru un long chemin depuis ses débuts. Aujourd'hui, hommes et femmes participent avec passion aux championnats de surf organisés partout dans le monde. Les espoirs de Duke de voir le surf devenir un jour un sport olympique se concrétisent enfin cent ans plus tard, car le Comité International Olympique reconnaît officiellement le surf comme sport olympique pour les Jeux de Tokyo. Le charisme et le talent de Duke ont marqué des générations, inspirant la naissance de la culture surf en Californie et en Australie.
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L'Ère Moderne : Innovations, Contre-Culture et Commercialisation
Les années 1950 marquent le lancement de l’histoire moderne du surf, avec des surfeurs de plus en plus nombreux à Hawaï. Des personnages comme Fred van Dyke, Peter Cole et John Kelly ont commencé à surfer des vagues géantes sur les spots de Makaha, Sunset Beach et plus tard Waimea Bay avec des surfeurs locaux comme Eddie Aikau et Buffalo Keaulana. Le surf est devenu un phénomène culturel important aux États-Unis, les surfeurs explorant des spots de surf en dehors d'Hawaii, notamment en Californie, en Australie et en Afrique du Sud.
Le surf devenait de plus en plus populaire dans les années 50 et 60, car de nombreux artistes et musiciens apprenant la culture du surf, l’associaient au « flower power ». Dans les années 1960, le surf est devenu un symbole de la culture hippie et de la contre-culture américaine. Hollywood a continué à tirer profit de la popularité du surf grâce aux suites de la sitcom Gidget, ainsi qu’à la litanie de films sur le surf de la fin des années 1960. Il est devenu cool de ressembler à un surfeur, même si l’on ne sait pas de quel côté de la planche mettre la wax.
Pendant ce temps, le design des planches de surf a beaucoup évolué. La popularité croissante a incité les fabricants de planches à expérimenter de nouveaux matériaux pour améliorer les performances. Les planches ont commencé à être fabriquées industriellement. Dans les années 1950, la mousse de polystyrène est devenue un matériau populaire pour la fabrication de planches de surf, remplaçant le bois massif. Les planches en mousse étaient plus légères, plus solides et plus faciles à manier que les planches en bois coupées à la main de l'ancien temps. Les Californiens ont rapidement adopté le surf comme un mode de vie et ont commencé à construire leur propre culture autour de ce sport. L’invention des combinaisons en néoprène (par le légendaire Jack O’Neil en 1952) et des leashes a contribué à une plus grande diffusion du sport. Le complexe militaro-industriel américain a créé de nouvelles technologies, telles que la mousse de polyuréthane ou de polystyrène, qui ont transformé la pratique matérielle du surf.
Face à l’engouement croissant, Jo Moraiz ouvre la première école de surf en 1966 à Biarritz, en France. Son but était de transmettre son savoir et structurer la pratique. Cette initiative marque un tournant pour le surf français, qui est devenu une référence mondiale avec des spots comme Hossegor ou Lacanau accueillant des compétitions prestigieuses. La première organisation de surf, nommée la "International Surfing Association", est créée en 1964. Puis, en 1976, l’International Professional Surfers, plus connue aujourd’hui sous l’acronyme de WSL (World Surf League), a été créée. C’est véritablement cette association qui a permis d’amener le surf en compétition.
L'Âme du Surf Face à la Mondialisation
Depuis ses origines hawaïennes jusqu’à l’engouement de l’après-guerre pour le surf, ce sport a été un défi à l’éthique calviniste du travail et aux pressions commerciales du capitalisme. Pourtant, depuis plus de deux siècles, le capitalisme industriel occidental mène une guerre contre l’âme du surf. La commercialisation du surf en tant que marchandise a une résonance culturelle beaucoup plus large. Comme le dit Cornel West : « L’une des façons dont le capitalisme se reproduit est la marchandisation de tout et de tous ». De nombreuses figures du surf ont lutté contre cette commercialisation. Des figures de la contre-culture et de l’anti-héros, comme Miki Dora de Malibu, se sont ouvertement opposées à la popularité de masse du surf, alors que des novices amateurs de sports nautiques, souvent issus des communautés méprisées des vallées intérieures, envahissaient leurs plages bien-aimées. Miki Dora détestait la marchandisation de la culture surf et a donc tenté de la sauver en la rendant invendable, malgré son implication personnelle dans des films hollywoodiens.
Horrifiés par l’augmentation des foules et la commercialisation de leur mode de vie, les surfeurs étatsuniens et australiens privilégiés sont partis à la recherche de leur propre idylle estivale sans fin : des vagues parfaites et vides dans des pays étrangers exotiques. Pour les vrais surfeurs, Morning of the Earth (1972) d’Alby Falzon et David Elfick a été l’apothéose du surf en tant que rébellion contre-culturelle, montrant des hippies vivant un mode de vie alternatif et fabriquant leurs propres planches. Le lien entre le surf et le narcotrafic a même rendu l’image du surfeur rebelle encore plus cool, avec des histoires de contrebande d’herbe pour financer les aventures, comme l’explique Surfeurs, escrocs et l’histoire inédite du commerce de la marijuana par Peter Maguire et Mike Ritter.
Le surf hawaïen continue d’attirer les surfeurs. Avec l’accession au statut d’État en 1959, le tourisme a connu un essor sans précédent. En l’espace d’une décennie, un gigantesque boom de la construction a transformé Waikiki. L’assaut du tourisme néocolonial a coïncidé avec une renaissance du nationalisme hawaïen. En 1975, un groupe de surfeurs hawaïens, pour la plupart autochtones, a fondé le Hui He’e O Nalu, un club destiné à protéger le surf hawaïen. Ses membres étaient vêtus de shorts noirs assortis d’une bande rouge et jaune, couleurs qui, culturellement, signifiaient l’appartenance aux classes dirigeantes indigènes de l’ali’i, qui avaient considéré certains spots de surf comme kapu, réservés à elles seules, ou interdits aux roturiers sous peine de mort. Le journaliste de surf Chas Smith a expliqué comment Da Hui, comme on l’appelle, a forcé le surf professionnel à donner une part du gâteau aux surfeurs hawaïens.
Le professionnalisme du surf a eu des origines plutôt modestes dans les années 1970. Buzzy Kerbox, un jeune haole d’Hawaï, se souvient que lorsqu’il a commencé à participer à des compétitions internationales, son premier sponsor lui a offert un T-shirt et quelques barres de cire. Les surfeurs professionnels gagnaient un peu d’argent en remportant des compétitions, mais leurs véritables revenus provenaient de leurs sponsors vestimentaires. Puis, grâce au prodige américain Kelly Slater, le surf est devenu populaire. L’Américain, onze fois champion du monde, a signé de gros contrats, a participé à des campagnes publicitaires et même à des films comme Alerte à Malibu. Cette nouvelle image du surfeur professionnel et passionné a changé définitivement la vision négative que l’on avait du surfeur, souvent perçu comme un hippie ou un drogué.
Aujourd’hui, la popularité croissante du surf est due aux compétitions mondiales entre surfeurs célèbres comme le 12 fois champion du monde Kelly Slater, John John Florence, Gabriel Medina et bien d’autres. Le surf est devenu un sport international et une industrie commerciale importante, avec des milliers de personnes pratiquant le sport chaque jour et des marques de surf bien établies telles que Quiksilver, Rip Curl et Billabong. Pourtant, malgré la mondialisation, les nouvelles technologies, la croissance des multiples marques de vêtements de surf et d’autres facteurs conduisant à la commercialisation du surf, le surf a su préserver une partie de l’esprit des pionniers.
L'Esprit Aloha et l'Inexplicable Magie de la Vague
Il est pratiquement impossible d’expliquer le surf. Seul un imbécile essaierait de mettre des mots sur cette expérience. Les surfeurs et surfeuses surfent sur des impulsions d’énergie qui se déplacent dans l’océan. Ces impulsions sont créées par de violentes tempêtes au-delà de l’horizon. En se déplaçant sur des milliers de kilomètres en haute mer (ce qu’on appelle le « fetch« ), elles se regroupent en séries de vagues. Lorsque cette énergie s’approche d’une côte, qu’il s’agisse d’une plage de sable, d’une pointe rocheuse ou d’un récif corallien, les vagues se replient sur elles-mêmes ou « déferlent ». Les surfeurs.ses, qui se positionnent à un endroit très précis, utilisent leur force physique, leur mémoire musculaire inconsciente et leur connaissance du lieu pour pagayer dans la direction de la vague déferlante afin d’en capter l’énergie.
À ce moment-là, souvent quelques secondes, mais à certains endroits rares, jusqu’à une minute ou un peu plus, la vague est praticable. Puis l’énergie se dissipe. L’instant est passé. Cette vague, cette bande d’énergie singulière, n’existera plus jamais et la balade du surfeur est terminée. Qu’est-ce que cette brève balade ? Une danse ? De la poésie ? Une communion avec la nature et les forces de l’univers ? C’est frivole, inutile et souvent même égoïste. L’acte de surfer sur les vagues est profondément satisfaisant, d’une manière qui nous conduit vers des explications métaphysiques. Des générations de surfeurs, accros à ces moments de bonheur transcendantal, ont fait des sacrifices matériels pour être là, dans l’eau, sur une plage, une pointe ou un récif spécifique, au moment exact où les vagues seront les meilleures. Il y a aussi ceux qui voient le surf comme un sport : un jeu, une compétition avec des règles et des juges pour distinguer les gagnants des perdants.
L'esprit Aloha est relié au surf puisqu’il est perçu comme un état de relaxation totale qui permet l’envoi et la réception d’ondes positives : imaginez-vous dans l’eau à attendre la vague parfaite, vivant un moment hors du temps interrompu par le clapotis régulier des vagues contre la planche. Cet état de plénitude ne sera brisé que par l’arrivée de la fameuse vague qui libérera une émotion encore plus intense : l’adrénaline. Pouvoir dominer ne serait-ce que quelques secondes l’immense étendue d’eau qui glisse sous vos pieds est une sensation magique.
Le célèbre geste du shaka, souvent rattaché aux surfeurs, est un symbole emblématique de la culture hawaïenne. Le shaka signifie que tout va bien, il reflète donc parfaitement l’état d’esprit de l’archipel d’Hawaï. Ce signe a une histoire et une origine intéressantes. Il faut remonter en 1940 pour faire la connaissance d’Hamana Kalili. Ce résident d’Hawaï, très apprécié des habitant.e.s de son village, travaillait dans une raffinerie de sucre. Lors d’une journée de travail, sa main fut happée par une machine qui lui sectionna les trois doigts du milieu. Après son accident, Hamana Kalili avait pour responsabilité de surveiller les trains transportant du sucre. Afin d’indiquer que le train ne possédait pas de passager.ère.s clandestin.e.s, il agitait sa main. En signe de solidarité, les habitant.e.s de l’île le saluaient de cette manière. Était né le Shaka ! C'est un état d'esprit, sans frontières et sans limites.