L'histoire d'Eduardo Martins, un jeune Brésilien au physique avantageux, surfeur, humanitaire et photojournaliste, a captivé le monde avant de s'effondrer comme un château de cartes. Derrière ce profil idyllique se cachait un tissu de mensonges, une supercherie élaborée qui a dupé médias, agences de presse et des milliers d'abonnés sur les réseaux sociaux.
Un Portrait Séduisant : Humanitaire, Surfeur et Photographe de Guerre
Eduardo Martins s'est présenté pendant trois ans comme un humanitaire dévoué travaillant pour l'Organisation des Nations Unies (ONU) et un photographe de guerre expérimenté. Il disait opérer dans les zones de conflit les plus dangereuses du globe, notamment en Syrie aux côtés des Peshmergas, à Mossoul en Irak et dans la bande de Gaza.
Dans une interview accordée à Recount Magazine en octobre 2016, Martins expliquait son implication émotionnelle dans son travail : « Quand je travaille, je passe aussi beaucoup de temps de l’autre côté de l’appareil et je finis par m’impliquer auprès des gens que je photographie. Une fois, pendant un reportage en Irak, j’ai lâché l’appareil pour aider un garçon touché par un cocktail Molotov, et l’ai aidé à sortir de la zone de conflit. Dans des situations comme celle-ci, qui sont fréquentes dans mon travail, j’arrête d’être photographe pour devenir un être humain. Je ne peux pas être impartial dans ces moments-là. »
Son compte Instagram, où il partageait des photos de lui surfant en Australie ou en reportage sur des terrains de guerre, a rapidement grimpé en popularité, attirant plus de 120 000 abonnés, y compris des photographes renommés et le compte officiel de l'ONU.
Le Succès et la Diffusion Mondiale de Ses "Images"
Eduardo Martins vendait ses photos de guerre à travers des agences telles que Getty Images, Zuma et NurPhoto. Ses clichés ont été publiés dans de nombreux médias internationaux, notamment le Wall Street Journal, le Telegraph, la BBC, Al-Jazeera, Vice, Le Monde et Le Point. La BBC Brazil lui a même consacré un article intitulé « Les gens doivent regarder la réalité en face », où il se présentait comme un photographe brésilien travaillant pour l'ONU et témoignant du drame des réfugiés en Irak.
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Les Premiers Doutes et le Début de l'Enquête
Cependant, l'interview d'Eduardo Martins sur le site de la BBC a éveillé les soupçons de la journaliste Natasha Ribeiro. Elle a commencé à douter de la véracité de son histoire, notamment de son passé de leucémique, et a entrepris de vérifier ses affirmations. Ses recherches ont révélé que personne à Mossoul ne se souvenait de l'avoir croisé, et qu'aucun membre des ONG avec lesquelles il prétendait collaborer ne le connaissait. Adrian Edwards, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), a confirmé n'avoir aucune preuve qu'Eduardo ait jamais travaillé pour le compte du HCR.
Deux correspondants brésiliens présents en Irak au même moment qu'Eduardo Martins ont également déclaré à la BBC ne l'avoir jamais rencontré. Plus troublant encore, personne n'avait jamais vu le visage de celui qui se présentait comme reporter. La BBC a découvert que le visage utilisé par Eduardo Martins était en réalité celui de Max Hepworth-Povey, un professeur de surf britannique.
L'Usurpation d'Identité Démasquée
Max Hepworth-Povey a déclaré à la BBC Brazil qu'il avait appris l'usurpation de son identité par un ami du Wavelength Surf Mag. Il a qualifié cette situation de « blague sur internet », mais il s'agissait en réalité d'une usurpation d'identité à grande échelle.
Fernando Costa Netto, un ancien photographe de guerre brésilien qui avait interviewé Martins pour le site de surf brésilien Waves, a également commencé à douter de l'authenticité de son travail. Il a contacté Martins pour l'informer de l'enquête de la BBC. La réaction d'Eduardo Martins a été immédiate : il a supprimé son compte Instagram et son site internet.
La Fuite et la Disparition
Avant de disparaître, Eduardo Martins a envoyé un message à Fernando Costa Netto : « J’ai pris la décision de passer un an dans un van. Je vais supprimer tout ce qui est en ligne sur moi et je n’aurais pas internet. Je vais être en paix, on se verra à mon retour [au Brésil]. Un gros câlin. Je vais supprimer l’appli. Que Dieu soit avec toi. » Depuis, il n'a plus donné de nouvelles.
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Le Vol et la Manipulation de Photos
Ignacio Aronovich, un autre photographe brésilien, a découvert qu'Eduardo Martins volait et modifiait des photos d'autres photographes. Il a notamment identifié une photo signée Eduardo Martins où l'appareil photo avait les boutons inversés. En effectuant une recherche inversée sur internet, il a retrouvé l'auteur original de la photo, Daniel C. Britt.
Daniel C. Britt a confirmé qu'Eduardo Martins avait modifié ses photos en ajustant la luminosité, le contraste, en les recadrant et en les inversant. Il a plaisanté en disant qu'il était surpris qu'un « geek » perde son temps à voler le travail d'un journaliste free-lance comme lui, plutôt que de piquer les images de photographes de célébrités.
Les Conséquences et l'Ampleur de la Fraude
L'agence NurPhoto, principal client d'Eduardo Martins, a déclaré avoir été victime d'une fraude ayant de graves conséquences pour sa réputation. L'affaire Eduardo Martins a mis en lumière la facilité avec laquelle il est possible de manipuler l'information et de tromper les médias à l'ère numérique.
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