La construction de l'identité surf d'Hossegor, petite station balnéaire devenue capitale européenne incontestée, ne relève pas du hasard. Elle est le fruit d'une rencontre historique entre un environnement naturel exceptionnel, doté de vagues puissantes, et une vision entrepreneuriale importée par des pionniers, notamment venus d'Australie. Cette alchimie, débutée dans les années 1970 et structurée dans les années 1980, a transformé une bourgade landaise en un épicentre mondial, où la technique, le business et une culture spécifique ont fusionné pour redéfinir la pratique du surf sur le Vieux Continent.
La genèse d'un lien historique : L'influence océanienne
Il semblerait que l'Histoire du surf ait commencé sur la côte nord du Pérou, lors de la période pré-Inca, sous la culture Mochica, où des dessins représentant des pêcheurs sur des planches de bois et des bateaux en roseaux appelés « caballitos de totora » ont été retrouvés sur des poteries. Les premières traces du surf hawaïen remontent à 1769. Le marin britannique James Cook aurait été le premier à avoir vu un surfeur aux Îles Sandwich. Toutefois, Cook ayant été tué peu après cette découverte, c’est finalement le lieutenant James King qui fut le premier à écrire dans le journal de bord un passage concernant la pratique du surf telle qu’il avait pu l’observer à Kealakekua Bay. King a été surpris de voir que le surf n’était pas uniquement une épreuve d’habileté, mais aussi un amusement pour les pratiquants. Dès le XVe, le surf était une pratique courante chez les hawaïens. Ce sport permettait aux chefs de tribus de prouver leur puissance en défiant la mer et ses éléments à l’aide de grandes planches en bois appelées Papa-he-nalu qui mesuraient plus de 5 m et étaient coupées dans un tronc d’arbre.
Les Polynésiens quant à eux pratiquaient le surf sous la forme de duels à la suite duquel le gagnant voyait son rang s’élever dans la communauté. La pratique a été interdite lors des colonisations par les Américains. Les missionnaires ont également établi leur propre système religieux et économique sur les îles, tout en apportant plusieurs maladies telles que la syphilis. C’est environ un siècle plus tard que le surf a commencé à renaître à Hawaï. Le célèbre écrivain Jack London et le journaliste Alexander Hume Ford se sont rendus à Hawaï en 1907 et y ont rencontré George Freeth, garçon de plage à Waikiki et très bon surfeur. George Freeth a été invité en Californie par Henry Huntington, magnat de l’immobilier de l’époque ayant lu les écrits de Jack London et de Ford. L’homme d’affaires souhaitait faire la promotion du Redondo Los Angeles Railway grâce aux démonstrations de surf de Freeth qui a ainsi été le « Premier homme à surfer en Californie ». En 1912, c’est Duke Kahanamoku qui fait revenir le surf au premier plan. Ce surfeur hawaïen et nageur olympique est l’un des vrais pionniers de l’histoire du surf. Connu sous le nom de « The Duke », il est souvent considéré comme le père du surf moderne.
L'arrivée des Australiens : Le tournant des années 1980
Pour comprendre l'implantation des industriels du surf, il faut se tourner vers le témoignage de ceux qui ont bâti ce pont entre l'Australie et les Landes. « Je viens d’une petite station balnéaire un peu comme à Hossegor, qui s’appelle Torquay, où les industriels du surf tels que Rip Curl et Quiksilver ont tous démarré, dans les années 1970. Quand ces sociétés ont voulu s’implanter en Europe dans les années 1980, ils m’ont demandé de venir, pour passer un été, et j’ai dit non. Puis en 1985, j’ai croisé Maurice Cole et Harry Hodge, fondateur de Quiksilver Europe, et ils m’ont convaincu, en 1986. J’ai passé plusieurs étés ici et, comme j’étais un Anglo-Saxon qui parlait un peu français et que la compétition est arrivée, ils ont eu besoin de moi. »
C'est ainsi que, portés par une vision entrepreneuriale claire, des hommes comme Stephen Bell ont investi ce territoire. À la fin des années 1980, Quiksilver lui propose de monter sa propre société de fabrication de planches de surf, tout en lui donnant la licence de la marque. Il démarre sa première affaire en 1990, mais à l’époque, le plus important était bien sûr d’aller surfer la Nord ou la Gravière : « On travaillait la nuit, les week-ends sans vagues, la ville commençait à respirer surf. Une équipe soudée, ou chacun a joué son rôle pour tirer le surf vers le haut. Les gens les appréciaient, c’étaient des locomotives, ils avaient un charisme, c’était plus que des entrepreneurs. Nous étions dans un loisir qui est devenu un business et un sport, et eux, ils avaient compris tout ça. »
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Hossegor, épicentre de la culture surf européenne
Avec ses vagues uniques, Hossegor est devenu célèbre, Tom Curren est venu s’installer en France : « C’est lui qui m’a présenté Kelly Slater au début des années 1990, je suis devenu son manager pour faire le lien entre la marque, Quiksilver, et le surf professionnel. » Aujourd’hui, l’économie du surf pèse beaucoup plus que dans les années 1990 et c’est vrai aussi pour les Landes : « J’étais le seul à fabriquer des planches, il n’y avait que deux marques, Rip Curl et Quiksilver… Aujourd’hui, il y a une vingtaine de shapers rien qu’autour d’Hossegor, et une multitude de petites marques. »
Le surf, en s'enracinant ici, a transcendé le simple aspect sportif pour devenir une composante majeure de l'identité locale. « Hossegor, en tant que capitale du surf en Europe, offre un cadre idéal pour apprendre et pratiquer ce sport passionnant. Les écoles de surf jouent un rôle essentiel dans la transmission des connaissances, des compétences et de la culture du surf aux personnes de tous âges et niveaux d’expérience. Nos instructeurs qualifiés connaissent chaque banc de sable. Plus que du surf, un engagement : nous sensibilisons nos élèves à la protection du littoral, comme la gestion des déchets ou le respect des dunes. » Les écoles de surf de Hossegor jouent un rôle crucial dans la préservation et la transmission de l’héritage surf de la région.
Les spots : Une géographie de la puissance
La renommée d'Hossegor repose sur une diversité de vagues qui permettent aussi bien l'apprentissage que la pratique de haut niveau.
- La Sud, souvent considéré comme un spot d’apprentissage, son exposition à la houle d’été et ses bancs de sable en font un site parfait pour débuter. Facilement accessible à marée basse, les surfeurs débutants pourront apprendre rapidement les bases ; avec l’opportunité de surfer très vite de vraies vagues.
- La Centrale : Ce spot tire son nom de la plage centrale, au pied de la place des landais d’Hossegor. En fonction des années, on peut y trouver un banc de sable qui fonctionne à marée basse et à marée haute. La vague peut alors être soit, très accessible, même pour les débutants en surf, soit devenir très technique avec de jolis tubes.
- La Nord : C’est une vague de légende qui se situe au large de la plage centrale. Cette vague commence à fonctionner lorsque le swell dépasse les deux mètres.
- La Gravière : Ce spot, au nord de la centrale, commence avec le blockhaus apparent et s’étend jusque 500 mètres au nord. C’est une plage qui a son propre parking et sa propre entrée. La vague de la Gravière est de réputation mondiale et le spot idéal pour les compétitions internationales. C’est une vague tubulaire, puissante et technique. Une vague de magazine.
Il existe également des espaces plus intimes : le Spot X, le Spot des Pins, la Chêneraie, le Secret de la Baïne et la Pointe des Ancres. La magie de ces lieux repose sur leur préservation, et surfer un spot secret à Hossegor est un privilège qui demande humilité et passion.
Le défi de la pérennité économique et sportive
Malgré cette réussite, le milieu s'interroge sur le maintien de ce leadership. « Pour moi, le leadership d’Hossegor à l’échelle européenne il n’existe plus à cause, notamment, de la disparition de la compétition, mais tout ça peut changer. Pour être une capitale européenne du surf, il faut un capitaine, un pilote, et aujourd’hui, on n’a plus ça. Il faut du financier, du politique, et personne ne remplace un Payot ou un Agnès. Pourquoi nous n’avons plus la WSL ? La société américaine a déplacé son siège Europe au Portugal, ils ont pris le pouvoir là-bas. »
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Le maire d’Hossegor, Christophe Vignaud, reste néanmoins optimiste : « Avec la WSL, les relations ont été dégradées. Maintenant, s’ils doivent revenir ici, ils savent que c’est avec une épreuve de type CT. Nous voulons retrouver une vraie communion comme en 2019. Je pense que le territoire, notre ville et nos commerçants en ont besoin. Dans le monde, Hossegor reste l’une des vagues préférées des surfeurs. Les gens qui gravitent dans ce milieu savent que c’est la capitale européenne, nous sommes le premier marché en termes de produits surf, plus important que le Portugal, qui se développe avec l’aide d’un gouvernement qui finance beaucoup. Nous, c’est différent, mais je suis assez confiant pour l’avenir. La roue tourne et à un moment ou un autre, nous allons trouver un accord avec ces gens-là. »
Au-delà du surf : Une culture et un écosystème
Le surf à Hossegor est indissociable de son environnement naturel et de son dynamisme événementiel. Né des divagations d’un fleuve capricieux rendu célèbre par les écrivains, le lac d’Hossegor est l’un des joyaux de la Côte d’argent. Lieu de loisirs prisé, il propose voile, pêche, randonnée et baignade. Les Landes abritent le plus grand massif forestier d’Europe, un véritable poumon vert. Au XIXe siècle, Napoléon III fit remplacer les marécages par une vaste pinède. La forêt d’Hossegor, mêlant pins, chênes et arbousiers, allie majesté et hospitalité. La ville a su préserver ce patrimoine naturel en intégrant harmonieusement l’urbanisme.
La scène événementielle est particulièrement dense, incluant le festival Latinossegor, un événement incontournable offrant 3 jours de festivités autour de la culture latine avec plus de 10 000 personnes chaque soir. Des événements comme la Fête de la Plage, le Winter Destock, ou encore le Royal Barrique, compétition de surf organisée depuis 2007 dans le Sud des Landes, rythment l'année.
La complexité du localisme et l'héritage sociologique
Il est intéressant d'analyser le concept de "localisme" souvent associé à cette culture. Le hot local est un natif ou un habitant du cru, qui devant l’augmentation du nombre de pratiquants surf, développe une attitude protectionniste de type « esprit de clocher ». Pourtant, le surf est loin d’être une activité de terroir. En France, les entreprises du « surf wear » et médias spécialisés ont revisité l’histoire du surf français en lui transposant son modèle californien. Dès lors, un phénomène d’acculturation puissant façonne la vision qu’en ont ses pratiquants.
Hawaï est la nation matrice du surf, cela a tendance à légitimer tout ce qui s’y fait : le surf fut la discipline des rois hawaïens, on pourrait alors interpréter le localisme ici comme une revanche à l’encontre du colonialisme et de la violence qu’il engendra. Toutefois, cette vision candide ne résiste pas devant certains faits : le revival du surf a été impulsé par la présence américaine. Néanmoins, ce localisme extrême répond à des conditions extrêmes : des vagues puissantes et saturées de monde, par conséquent doublement dangereuses. Lorsque les marques de surf font d’un spot une étape des prestigieux championnats ou le sujet de films, un bout de côte devient populaire du jour au lendemain et des surfeurs du monde entier s’y ruent.
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Jack Rott, pionnier du surf français a surfé les vagues d’Hossegor en 1957. Viertel, qui a cassé sa planche à Biarritz, la confie à réparer à Georges Hennebutte, artisan local, inventeur quelques années plus tard du leash de surf. De nos jours, le leash est indispensable pour surfer, il permet de conserver sa planche en cas de chute et d’éviter un impact avec quelqu’un autour. Il autorise Rott à venir observer et mesurer la planche. Rott est artisan ébéniste de métier, il utilisera ses connaissances artisanales pour fabriquer ses planches. Au printemps 1957, Rott essaye la planche à l’épi Nord d’Hossegor sur la côte landaise. Du premier coup, il réussit à se lever et à surfer sa première vague jusqu’au bord.
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