Maîtrise de la Verticale et excellence technique en natation synchronisée : un guide complet

La natation artistique, discipline relativement récente, est née dans les années 1920 au Canada, sous le nom de "natation ornementale". Bien que souvent perçue par le grand public à travers le prisme de l'élégance et de l'esthétisme, elle demeure un sport exigeant et complexe, demandant une grande force cardio-respiratoire ainsi qu'une grande énergie musculaire. Elle devient sport olympique pour la première fois à Los Angeles, en 1984, avec des épreuves en solo et en duo. Ces épreuves sont également disputées aux Jeux Olympiques de 1988 à Séoul, puis à ceux de Barcelone en 1992. Atlanta les supprime en 1996 pour les remplacer par une épreuve de ballet à huit. Cette discipline est bien plus qu’une simple activité aquatique : c’est une combinaison unique de technique, de souplesse, d’interprétation artistique et de travail d’équipe.

Fondamentaux et environnement de compétition

La compétition de natation artistique se déroule dans une piscine d'au moins 3 m de profondeur, 20 m de largeur et 25 m de longueur. Les nageuses n'ont en aucun cas le droit de toucher le fond de la piscine, même lorsqu'elles effectuent des portés (lorsqu'une voltigeuse saute au-dessus de l'eau grâce à la propulsion que lui donnent ses coéquipières). Chaque équipe réalise, face aux juges, un programme technique qui comprend un ensemble de cinq mouvements imposés d'une durée maximale de 2 minutes 50 secondes, ainsi qu'un programme libre de 3 à 4 minutes.

Les performances sont notées sur une échelle standardisée par la FINA allant de 0 à 10 (la prestation parfaite), par incrémentation de 0,1 points. Les notes techniques sont données pour la synchronisation et l'exécution des mouvements. Les notes artistiques sont données pour la chorégraphie, l'interprétation musicale et le style de présentation. La note de championnat est souvent répartie entre routine et figures imposées. La natation artistique moderne est apparue en 1907 avec Annette Kellerman, une championne de natation synchronisée australienne qui donne alors un spectacle dans un bassin en verre à New York. Le terme de natation synchronisée serait apparu en 1934 à Chicago, lors de l'annonce de la performance d'une équipe de 60 nageuses, The Modern Mermaids, entraînées par Katherine Curtis.

La Verticale : une figure emblématique

Tête en bas immergée, pieds en l’air hors de l’eau, la Verticale est une des positions de base de la synchro. Le nom “Verticale” se rapporte à la position du corps du nageur ou de la nageuse pour réaliser cette figure. Il·elle a la tête en bas, complètement immergée. Les pieds sont vers le haut et sortent de l’eau. Ce n’est pas un “équilibre” au sens de la gymnastique, puisque les mains ne sont pas en appui au fond de la piscine. Les avants-bras effectuent un pagayage, appelé coupe-coupe, pour maintenir l'immersion. Le but à atteindre lorsqu’on réalise la Verticale, c’est de sortir les jambes le plus haut possible au-dessus de la surface de l’eau, tout en gardant une verticalité parfaite.

Pour maîtriser cette figure, cinq axes de travail sont essentiels. Premièrement, il faut maîtriser le coupe-coupe, car la dynamique des bras fait partie intégrante de la Verticale. Ce pagayage permet de maintenir ses deux jambes en l’air, hors de l’eau. Le dos est droit, la poitrine rentrée. Les avants-bras sont repliés et forment un angle de quasi 90°. Les mains produisent un mouvement de va-et-vient, comme des ciseaux. Vos doigts sont très serrés, les mains sont hypers solides et droites, et les coudes sont proches de votre corps.

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Deuxièmement, il est primordial de penser à son corps, de la tête aux pieds. Si la maîtrise d’un bon appui avec les mains est un prérequis, le gainage est votre meilleur allié. Imaginez que vous voulez étirer votre tête le plus bas possible vers le sol, basculez le bassin afin d’éviter d’être trop cambré.e, maintenez les muscles de vos cuisses bien serrés et mettez de la pression à l’intérieur de vos pieds, comme si vous vouliez écraser un crayon entre vos deux pieds joints. Troisièmement, travaillez les oppositions pour rester stable. Répartissez les tensions aux deux extrémités du corps comme s'il était écartelé entre deux forces contraires. Imaginez que vous voulez toucher le plafond avec les pieds et le fond du bassin avec la tête.

Quatrièmement, entraînez-vous à la verticale en flottaison sans bouger les mains pour trouver son équilibre et sa verticalité. Cela permet de voir à quel niveau de votre cheville l’eau arrive, et donc l’espace qu’il vous reste à grappiller pour que la surface de l’eau arrive au niveau de vos cuisses. Enfin, améliorez votre apnée. C’est logique : plus vous avez de souffle, plus vous tenez votre position.

Exigences physiques et risques associés

La natation artistique peut être perçue comme étant un sport facile à exécuter. Souvent, dans les médias, cette discipline olympique est ridiculisée, mais le fait que les athlètes peuvent souffrir de différentes blessures en raison de leur pratique est déconcertant. Selon un rapport réalisé en 2018 par le Réseau des instituts du sport olympique et paralympique du Canada et À nous le podium, la natation artistique est considérée comme un sport à risque élevé en incident provoquant des commotions cérébrales. Chaque année, la natation artistique devient de plus en plus complexe et demande encore plus d'efforts. Ce sport accorde plus de valeurs aux mouvements rapides et énergiques, et les patrons que les nageurs effectuent sont davantage rapprochés, favorisant des collisions pouvant provoquer des blessures mineures ou graves.

En raison des nombreuses heures d'entraînements, soit au moins deux séances de 3 à 5 h par jour, les athlètes ont plus de risque de subir des blessures aux articulations, notamment aux genoux, aux épaules ainsi qu’aux lombaires. Les sportifs utilisent ces articulations et leurs muscles pour être en mesure de se maintenir hors de l’eau. Une nageuse artistique doit paraître légère, tout en maintenant des postures qui exigent un grand effort. La force doit être dissimulée par l’esthétique, et le contrôle corporel ne doit jamais rompre l’harmonie visuelle.

Évolution de la mixité et diversité des épreuves

Traditionnellement uniquement féminin, ce sport tend à devenir mixte. Certaines fédérations nationales, comme celles des États-Unis, du Canada, de l'Italie, de la Russie et de la France acceptent les compétiteurs masculins. Depuis les championnats du monde de 2015, à Kazan, une nouvelle épreuve est apparue : le duo mixte, exécuté par un homme et une femme. Depuis les championnats du monde de 2023, des épreuves solos réservées aux hommes existent.

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Alors que l'ensemble des disciplines olympiques étaient accessibles aux femmes depuis les Jeux olympiques de 2012, la natation synchronisée était l'une des deux dernières disciplines fermées aux hommes, avec la gymnastique rythmique. Le 22 juin 2024, un groupe de quatre hommes du Cercle des nageurs de Brest est devenu la première équipe championne de France du combiné masculin dans la catégorie Master.

Planification de l'entraînement et préparation compétitive

L’entraînement en natation artistique ne peut pas être improvisé. Durant la pré-saison, entre août et septembre, le travail se concentre sur la base physique : force générale, endurance cardiovasculaire, amélioration de la souplesse, prévention des blessures et conditionnement technique. Pendant le cycle d’accumulation, entre novembre et janvier, on perfectionne les figures, on introduit des éléments de difficulté et on répète des parties de la routine. La synchronisation commence à être travaillée en duo ou en groupe.

Durant la phase précompétitive, de février à mars, l’entraînement se concentre sur l’endurance spécifique. Les routines sont exécutées en entier, avec chronomètres, enregistrements vidéo et séances de retour d’information. Pendant la période compétitive, entre avril et juin, on participe à des tournois. On affine alors les détails : synchronisation millimétrée, expressions, rythme respiratoire et mise en scène. La conscience de l’espace est essentielle dans les routines d’équipe. Chaque membre doit maintenir sa position relative, respecter les trajectoires et anticiper les mouvements des coéquipiers.

L'esthétique au service de la performance

Une routine artistique de haut niveau n’est pas une simple suite de mouvements. C’est une narration visuelle bâtie sur la musique. Chaque transition, chaque geste, chaque figure doit avoir un sens dans le cadre du concept général. La première étape est le choix de la musique, qui doit offrir des nuances et des espaces d’expression émotionnelle. Le maquillage a une fonction scénique. Il doit accentuer les expressions faciales sous l’eau, résister au chlore et tenir toute la journée de compétition. Pour les yeux, on privilégie les traits d’eye-liner épais, les ombres brillantes ou colorées et les faux cils. Les lèvres arborent des couleurs vives pour maintenir leur intensité.

La coiffure traditionnelle est un chignon haut recouvert de gélatine. Cette substance s’applique chaude sur les cheveux attachés, puis en refroidissant, les fixe solidement. Des accessoires décoratifs en lien avec le thème de la routine y sont souvent ajoutés. Le costume, quant à lui, doit résister au chlore, conserver son élasticité dans le temps et permettre une liberté de mouvement optimale. Le design personnalisé permet de refléter le thème de la routine et de renforcer l’impact visuel unique.

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