Introduction
La Société Nautique Rolloise, ancrée au cœur de Rolle, une charmante ville au bord du lac Léman, possède une histoire riche et intimement liée à l'évolution de la navigation sur le lac. Cet article explore les différents aspects de cette histoire, en mettant en lumière des figures emblématiques, des événements marquants et l'évolution des embarcations qui ont façonné l'identité nautique de Rolle.
Jean-Philippe Mayerat : Un Héritage de Charpenterie Navale
Au cœur de cette histoire se trouve Jean-Philippe Mayerat, affectueusement surnommé Mayu, un charpentier naval suisse de renom. Son départ à la retraite, marqué par la transmission de son activité à de jeunes repreneurs, est l'occasion de célébrer son œuvre, notamment la construction du Dom Juan, une réplique d'une chaloupe à vapeur du XIXe siècle. Ce projet complexe témoigne du savoir-faire exceptionnel de Mayu et de son attachement au patrimoine maritime lémanique.
Mayu a passé quarante ans au service de la construction navale en bois. Pour son dernier projet, Mayu a construit le Dom Juan, une réplique d'une magnifique chaloupe à vapeur datant probablement de la fin du XIXe siècle, un défi technique complexe pour un bateau très rare, même dans le monde des vaporistes. Il tire sa révérence avec un panache de vapeur sur son Léman tant aimé.
L'Ère des Chaloupes à Vapeur : Transition et Élégance
La fin du XIXe et le début du XXe siècles ont été marqués par une transition entre la propulsion à vapeur et les moteurs à explosion. Le Dom Juan est un symbole de cette époque charnière. Entre 1895 et 1906, le charpentier de Rolle a recensé trente-neuf chaloupes à hélice naviguant sur le lac, dont quinze étaient équipées de machines à vapeur et vingt et une de moteurs à explosion. Les chaloupes à vapeur, élégantes et raffinées, étaient prisées par la société fortunée pour les promenades sur le lac.
Le Dom Juan, avec ses 8,65 mètres de long et 1,72 mètre de large, est emblématique de ce tournant entre la vapeur et le moteur à explosion. Ces yachts à cul de poule fins et élégants étaient utilisés pour se promener sur le lac. Ces bateaux avaient des carènes bien adaptées à la propulsion à la vapeur, leur étroitesse et leur faible surface mouillée permettant une faible consommation de bois et charbon.
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La Reconstruction du Dom Juan : Un Projet Collectif
L'histoire du Dom Juan est aussi celle d'une restauration passionnée. Mayu a acquis l'épave de Marc Zurbuchen en 2015, après avoir réalisé un relevé précis des plans de formes et de charpente. La restauration du Dom Juan est devenue un projet participatif, rassemblant des amis et des passionnés au sein de l'association Chaloupe à vapeur, créée en février 2020.
Laurent Chenu, homme de ressources, préside l’association qui compte cent trente adhérents, dont Carinne Bertola, experte dans la recherche de fonds. L'association a pour but de faire connaître le projet, recueillir des fonds et, à terme, faire naviguer le yacht. Le projet a eu beaucoup de presse: “Enfin une bonne nouvelle”, disaient les journalistes. Ça nous a aidés.
La coque à franc bord, avec varangues et couples en chêne, membrures en acacia, bordages en mélèze, est construite dans l’hiver 2020-2021. La chaloupe, prête à naviguer, est lancée le 6 novembre 2022 devant trois cents personnes.
Les Bois Utilisés
Les bois utilisés pour la construction du Dom Juan proviennent d'un rayon de 20 kilomètres autour de Rolle, à l'exception du sipo ivoirien de l’hiloire. En 2018, Mayu a choisi des mélèzes sur pied dans la forêt de Bonmont, à 1 150 mètres d’altitude. Ces mélèzes, abattus à la bonne lune de décembre, ont séché pendant deux ans avant d'être sciés en plateaux de 22 millimètres d’épaisseur.
La Machine à Vapeur
La machine à vapeur du Dom Juan est une pièce rare, une machine Compound Arthur Leak à double détente de confection anglaise, développant une puissance de 6 à 7 chevaux. Dénichée en Suisse, elle a nécessité des reprises importantes, réalisées par Luc Corona, un jeune mécanicien de précision. Un groupe vapeur a été créé au sein de l’association, avec des bénévoles comme Luc Mermoud, Alexandre Ivanyi et Martin Cretegny, pour prendre en main la chaudière, achetée neuve chez Balson AG.
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La Transmission du Savoir-Faire
Mayu a toujours eu à cœur de transmettre son savoir-faire. Sébastien Godard et Camille Fumat, anciens employés de Mayu, ont participé à la construction du Dom Juan et ont repris l'activité de Mayu. L’atelier de Rolle tournait à plein régime avec un ou deux apprentis, et une stagiaire venue de Bretagne.
Camille et Sébastien ont été formés par Mayu. « Il nous disait tout le temps : “Si tu as envie de le faire, fais-le !” C’est comme ça qu’on a fini par se dire qu’on pouvait reprendre le chantier, parce que je ne voulais pas que cette histoire s’arrête, l’aventure était trop belle… ».
La Fête des Canots : Un Événement Emblématique
La Fête des Canots, née en 1980 à l'occasion du centenaire de la Société Nautique Rolloise, est un rassemblement incontournable pour les passionnés de bateaux classiques. Cet événement, à la fois festif et convivial, met en valeur le patrimoine maritime lémanique et attire des participants de toute l'Europe. Mayu est très lié à cet évènement, il est ami avec les joyeux lurons de Sequana.
Le Léman : Un Terrain de Jeu et une Source d'Inspiration
Le lac Léman est omniprésent dans l'histoire de la Société Nautique Rolloise. Il est à la fois un terrain de jeu pour les navigateurs, une source d'inspiration pour les artistes et un élément central du patrimoine régional. Mayu, passionné par son environnement, connaît parfaitement l'histoire, la géographie et les traditions du Léman.
Il pêche avec un canot de 1926. L’été, il pose des filets de fond pour la perche, la spécialité du lac. En ce moment, le soir, il pose des filets dérivants au large et les relève tôt le matin pour la truite et la féra.
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