Société Nautique de La Ciotat : Une Histoire Maritime Riche et Complexe

La Ciotat, ville maritime par excellence, ne peut être dissociée de son histoire navale, marquée par un chantier de construction navale autrefois florissant. Malgré les difficultés actuelles de ce dernier, la ville a su honorer son passé maritime, notamment avec le lancement du Ciotaden, réplique d'une barquette de régate emblématique de la Belle Époque. Cet article se propose de retracer l'histoire de la Société Nautique de La Ciotat et son évolution au fil des siècles, en s'appuyant sur les recherches d'érudits comme Yves Laget et les témoignages de personnalités locales comme Bernard Vigne.

La Ciotat et la Mer : Une Liaison Intime

Nichée au creux d'une baie protégée par les collines et le Bec de l'Aigle, La Ciotat a toujours regardé vers la mer. Son origine pourrait remonter à une simple aiguade, une source d'eau douce attirant les marins fatigués. La terre y étant rare et peu fertile, les Ciotadens ont naturellement tourné leurs activités vers la mer, vivant d'abord de la pêche. Les vieilles maisons du port, construites à la manière vénitienne avec leurs « escas » au rez-de-chaussée, témoignent de cette époque.

L'Ère du Cabotage et l'Ascension de la Construction Navale

Par la suite, le cabotage a pris de l'importance, les tartanes venant charger à La Ciotat des pierres de construction et des pavés pour embellir les villes de Marseille, Toulon et même Alger. Certaines de ces embarcations, comme les tartanes ou les pinques, osaient même des voyages au long cours, l'une d'elles ayant même atteint le Pérou en passant par le Cap Horn.

Mais la véritable vocation de La Ciotat réside dans la construction navale, une activité ancienne et reconnue. Déjà en 1663, le surintendant de la Marine à Toulon louait la réputation des charpentiers et ouvriers de la ville, sollicitant leur expertise pour la construction de frégates à l'arsenal de Toulon.

L'importance des chantiers navals était telle qu'en 1620, il fut nécessaire de réglementer leur activité et de leur attribuer une rive du port, le quartier de l'Escalet. On y construisait alors toutes sortes d'embarcations, des bombardes aux bricks, en passant par les flûtes, les frégates et les barques provençales telles que les tartanes de cabotage, les mourres de pouar, les barquettes et les eyssaugues.

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L'Industrialisation des Chantiers Navals et l'Âge d'Or de La Ciotat

En 1835, Louis Benet fonda le premier chantier industriel de La Ciotat, marquant le début de la construction de navires à vapeur. Le Phocéen, lancé en 1836, fut le premier navire à vapeur français en Méditerranée. En 1840, Benêt s'associa à l'ingénieur anglais Barnes, spécialiste des machines à vapeur, et en quinze ans, vingt-neuf unités sortirent de cet « Atelier de construction de machines à vapeur à La Ciotat ».

La Révolution de 1848 interrompit cette activité, mais l'atelier fut racheté en 1851 par le Service maritime des messageries nationales. Dès lors, La Ciotat vécut au rythme des « conventions postales », un monopole accordé aux messageries pour le trafic maritime avec les colonies. Entre 1842 et 1896, la population ciotadenne passa de 5 900 à 12 700 habitants, grâce à l'activité des chantiers qui employaient jusqu'à trois mille ouvriers en 1896.

Cette deuxième moitié du XIXe siècle fut une période de grande prospérité pour La Ciotat. La vie culturelle s'épanouissait avec le théâtre et l'opéra, et l'on inaugurait la Société des bains de mer en pleine guerre de 1870. La navigation de plaisance connut également un essor important, dans ce « golfe d'Amour » magnifié par Lamartine.

La Naissance de la Plaisance Ciotadenne

La plaisance à La Ciotat est née dans cette ambiance de la Belle Époque. Les premiers plaisanciers étant souvent des pêcheurs, les premiers bateaux de plaisance étaient d'anciens bateaux de pêche adaptés, naviguant à la voile et à l'aviron. Parmi les types d'embarcations utilisés, on trouvait les mourres de pouar, typiques de la Provence, les gourses, plus légères et maniables à l'aviron, et les barquettes, reconnaissables à leurs lignes fines et leur capion élancé. Tous ces bateaux étaient construits dans les chantiers traditionnels installés sur la plage aux Capucins, et sont bien documentés dans l'ouvrage de Jules Vence, "Construction et manœuvre des bateaux et embarcations à voilure latine".

La transition de la plaisance à la régate fut naturelle. Les sorties en mer dominicales se transformèrent rapidement en compétitions amicales, puis en régates officielles. Marseille et Nice étaient les centres de ce yachting naissant, mais chaque port voyait fleurir des sociétés de régates plus ou moins structurées.

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À La Ciotat, les règles de jauge, simplifiées à l'extrême, ne prenaient en compte que la longueur sur le pont, ce qui donna naissance à un curieux bateau de régate, le ciotaden. À l'époque, la seule catégorie de bateau de régate traditionnel identifiée était la gourse.

Les Origines du Ciotaden : Entre Gourse, Barquette et Rafiau

Bien qu'il semble descendre de la gourse, le Ciotaden moderne s'est probablement transformé au contact de la barquette, voire influencé par les rafiaus, les barquettes assurant le passage dans la rade de Toulon. Le véritable « père » de ce voilier de régate est celui qui a eu l'idée d'utiliser un bateau plus long à la flottaison que sur le pont pour optimiser les règles de la jauge locale.

Le Ciotaden, dont les prédécesseurs étaient souvent appelés gourse, était manifestement plus proche de la barquette. Son origine pourrait se trouver dans la rade de Toulon, où les rafiaus étaient nombreux. Ces barquettes, utilisées pour le passage des marins, avaient une étrave recourbée vers l'arrière pour éviter d'endommager les murailles des bâtiments de guerre lors des accostages fréquents.

Sous l'influence des charpentiers italiens immigrés, les premières barquettes apparurent dans la région marseillaise, se rapprochant des formes du futur bateau toulonnais. Le Ciotaden est donc une barquette inspirée par le rafiau toulonnais, bien que ses contemporains aient connu ses prédécesseurs sous le nom de gourse.

Les Polémiques Autour du Ciotaden et son Évolution

La participation de ce bateau étrange aux régates engendra des polémiques. Un article paru dans Le Yacht en 1889 critiquait les règlements qui avaient conduit à la création d'embarcations aux formes bizarres, privilégiant la longueur à la flottaison au détriment de l'architecture navale.

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Les premiers essais du Ciotaden, comme l'Horizon, ne furent pas concluants. Cependant, ce bateau adopta rapidement le gréement houari, plus performant pour la régate.

La Société Nautique de La Ciotat : Un Acteur Majeur de la Vie Maritime Locale

La Société Nautique de La Ciotat (SNC) joue un rôle important dans la vie maritime locale. Elle propose des activités de voile et d'aviron, et développe également une section de voile radio commandée et un département Handi-Sport. Les différentes sections comptent des compétiteurs performants, avec notamment des régatiers adultes excellant en catamaran Class A et une équipe de jeunes en optimist prometteuse.

La SNC emploie des moniteurs diplômés et génère des fonds propres, mais elle est confrontée à des difficultés liées à l'état de ses locaux et des postes de mise à l'eau. La question de l'entreposage des bateaux des sociétaires et la perte du marché de la voile scolaire sont également des sujets de préoccupation.

Les Chantiers Navals de La Ciotat : Reconversion et Nouvelles Perspectives

Après la liquidation de Lexmar-France en 1991 et l'occupation des chantiers par les "Chevaliers de la lumière", plusieurs tentatives de relance ont été entreprises. Finalement, un accord en 1994 a permis la création de la Société d'économie mixte de développement économique et portuaire (SEMIDEP), chargée de gérer et de développer le site des anciens chantiers, en conservant sa vocation maritime et nautique.

Le site s'est spécialisé dans la maintenance et la réparation des grands yachts, avec l'installation de la société Monaco-Marine. La décision de réaliser un ascenseur à bateaux a confirmé cette orientation.

En 2025, La Ciotat Shipyards a accueilli un nouveau Directeur Général, Olivier François, marquant une nouvelle étape dans la modernisation et le développement du site.

La Ciotat et les Nauticales : Vitrine du Nautisme Méditerranéen

La Ciotat accueille chaque année Les Nauticales, un salon nautique d'envergure méditerranéenne. Cet événement met en avant les enjeux maritimes et environnementaux, les innovations vertes et les légendes du large. Il témoigne des transformations profondes du secteur du nautisme, avec une transition écologique et une évolution des modes de consommation.

La Plaisance à La Ciotat : Une Histoire de Démocratisation et de Convivialité

L'histoire de La Ciotat est marquée par la présence de pêcheurs, de constructeurs de bateaux et de capitaines. La plaisance s'est développée au XXe siècle, avec la construction du port-abri en 1952 et du Nouveau-port en 1968. La démocratisation de la plaisance a conduit à l'apparition des "seigneurs des anneaux", ces plaisanciers qui installent leurs bateaux dans les ports ciotadens.

Avec près de 2 000 places disponibles, une base nautique dynamique et un salon nautique de renom, la plaisance est aujourd'hui un atout majeur de La Ciotat.

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