Société Nautique du Golfe des Lecques: Histoire et Héritage

La Société Nautique du Golfe des Lecques est un acteur majeur de l'animation du Golfe des Lecques, jouant un rôle de proue dans le développement des activités nautiques et la promotion de la région. Cet article explore l'histoire riche et diversifiée de cette société, en mettant en lumière son impact sur la communauté locale et son rôle dans le monde des sports nautiques.

La Baie des Lecques: Un Berceau du Windsurf

La baie des Lecques, située à Saint-Cyr-sur-Mer, est un lieu emblématique pour les sports nautiques en Méditerranée. Dans les années 80, elle est devenue le berceau du windsurf en France. La légende raconte que la planche à voile est née de l’imagination d’un surfeur californien un jour sans vague. Sous le nom de « Windsurfer », cette longue planche en polyéthylène rotomoulé a déferlé sur nos côtes, incitant tous à apprivoiser ce drôle de gréement constitué d’un mât en fibre de verre, d’une voile lattée en dacron et d’un étonnant wishbone en lamellé de teck.

Aujourd'hui, la baie des Lecques renoue avec son histoire en accueillant des événements de windsurf de grande envergure. Forts de l'accueil et de l'organisation du National Windsurfer en 2020, la Société Nautique du Golfe des Lecques, la ville de Saint-Cyr-sur-Mer et la Windsurfer Class France ont obtenu l'organisation du Championnat d'Europe en 2021. Cet événement a permis de mettre en lumière le potentiel de la baie pour la pratique de ce sport.

Saint-Cyr-sur-Mer: Un Paradis pour les Sports Nautiques

L'ouest du Var est un véritable paradis pour les amateurs de sports nautiques, offrant une variété d'activités pour tous les goûts et tous les niveaux.

Surf

Le surf est un incontournable des activités nautiques et reste l’un des sports les plus populaires sur la côte varoise. Les plages de la côte d’Azur offrent des vagues idéales pour les surfeurs, qu’ils soient débutants ou confirmés. En automne, la Méditerranée dévoile ses plus belles vagues pour une expérience unique.

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Kitesurf

Le kitesurf est un sport de glisse qui combine adrénaline et liberté, en offrant des sensations uniques entre ciel et mer. Il est l’un des sports nautiques les plus tendances du moment. Cette discipline allie glisse et vol, et les conditions de vent dans l’ouest Var sont idéales pour s’initier ou se perfectionner. Le kitesurf, c’est aussi une connexion directe avec les éléments, où l’on ressent la puissance du vent tout en planant au-dessus des vagues. Dans les environs, c’est à Saint-Cyr-sur-mer que les amateurs de ce sport nautique se retrouvent, plus particulièrement à la plage des Lecques.

Foil

Le foil est l’une des innovations les plus excitantes dans le monde des sports nautiques. En utilisant une planche équipée d’une aile sous-marine (hydrofoil), le foil permet de « voler » au-dessus de l’eau, offrant une sensation de glisse unique. En Provence Sud Sainte Baume, des structures spécialisées telles que la Société Nautique de Bandol sur la plage Centrale ou la Société Nautique du Golfe des Lecques à Saint-Cyr-sur-mer proposent des cours pour ceux qui souhaitent découvrir cette discipline captivante.

Paddle

Le paddle aussi appelé stand-up paddle (SUP) est une activité accessible à tous, idéale pour explorer les côtes et les criques cachées. En prenant le large, vous pouvez admirer la beauté naturelle de la région tout en vous exerçant.

Plongée Sous-Marine

Pour les aventuriers en quête d’exploration, la plongée sous-marine est une expérience incontournable. Les côtes de Provence Sud Sainte Baume, avec leurs eaux cristallines et leur biodiversité exceptionnelle, offrent des sites de plongée méditerranéens fascinants. Des clubs de plongée organisent d’ailleurs régulièrement des sorties adaptées à tous les niveaux, des débutants aux plongeurs expérimentés, permettant ainsi à chacun de découvrir les trésors cachés sous la surface.

La région est située à quelques kilomètres des calanques de La Ciotat, de Cassis et de Marseille ainsi que des îles d’Or de Hyères (Porquerolles, Port Cros et le Levant), des spots de plongée prisés.

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Planche à Voile

La planche à voile est un sport nautique dynamique qui combine sensations fortes et connexion avec la nature. Glisser sur l’eau, porté par le vent, procure une sensation de liberté inégalée et chaque session devient une occasion de relever de nouveaux défis tout en profitant de la beauté du milieu marin. Les plages de la région offrent des spots idéaux pour s’initier à cette activité.

Jet Ski

Pour les amateurs de vitesse, le jet ski est à ne pas manquer lors de votre séjour en Provence. Louez un scooter des mers et parcourez les eaux turquoise de la Méditerranée, tout en ressentant l’adrénaline à chaque virage sur les vagues. Encadrés par des professionnels expérimentés, vous aurez l’occasion de découvrir des paysages côtiers à couper le souffle, des criques secrètes aux falaises impressionnantes. Que vous soyez novice ou pilote aguerri, le jet ski promet des moments inoubliables et des sensations fortes, le tout dans un cadre spectaculaire.

Wakeboard et Ski Nautique

Le wakeboard et le ski nautique sont des activités de glisse très prisées par les amateurs de sensations fortes, offrant l’excitation d’être tracté à grande vitesse derrière un bateau. Que vous soyez débutant ou expérimenté, ces sports dynamiques vous promettent des montées d’adrénaline inoubliables. Les stations balnéaires de Bandol, Saint-Cyr-sur-mer et Sanary-sur-mer sont parfaites pour des sessions de glisse. Ainsi, plusieurs prestataires de la région, qui exercent pour la plupart en saison, vous accompagnent ou bien mettent à votre disposition du matériel pour pratiquer ces sports d’eau.

Société Nautique du Golfe des Lecques: Acteur Clé du Développement Nautique

La Société Nautique du Golfe des Lecques joue un rôle essentiel dans le développement et la promotion des activités nautiques dans la région. En 2014, Yves Thomas, président de la Société nautique du Golfe des Lecques, a présenté le compte-rendu de l'année 2013 et du début d'année 2014. Le club a accueilli un nouveau moniteur (Jean-Christophe Legall) et un nouveau secrétaire (Ludovic Wolkrow).

Les activités scolaires ont été intenses, avec l'accueil des élèves des écoles primaires et du collège de Saint-Cyr, ainsi que des enfants de l'Institut médico-éducatif de Marseille "Les Ecureuils", des collèges de La Nativité et de Saint-Eutrope d'Aix-en-Provence, du Gymnase des Chamblandes en Suisse et de l'association Fol de Savoie. La société nautique est au service des enfants et des adultes tout au long de l'année.

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En 2013, pendant la saison estivale, l'activité a augmenté de 22%. La société a investi dans l'achat de 2 catamarans, de nouveaux kayaks, d'une nouvelle signalétique, de quatre optimists, d'un Zodiac et de divers matériels. Yves Thomas a remercié la mairie de Saint-Cyr pour son soutien et a félicité les jeunes marins pour leurs résultats prometteurs dans les régates de catamarans et d'Optimists.

Les projets pour les mois à venir sont nombreux: refonte du site internet, développement de la pratique de la voile, notamment pour le public handicapé, ouverture d'un centre de formation de moniteurs fédéraux au sein du club.

Philippe Barthélémy, maire de Saint-Cyr-sur-mer, a souligné le rôle majeur de la société nautique dans l'animation du Golfe des Lecques.

Saint-Cyr-sur-Mer et les Lecques: Histoire et Développement

Saint-Cyr-sur-Mer, cité antique, s’est développée au premier siècle de notre ère autour d’une villa à l’emplacement de laquelle se dresse aujourd’hui le musée gallo-romain de Tauroentum, au bout de la plage des Lecques. La cité antique est cependant victime d’un effondrement et disparaît au cours du 3e siècle, après plus de 200 ans de prospérité avérée. Jusqu’au Moyen Âge, la région est victime d’attaques barbares, et les populations désertent le littoral pour vivre davantage à l’abri dans les terres.

Les Lecques est le quartier balnéaire de Saint-Cyr-sur-Mer, dont le bourg paroissial est situé en retrait, à 1000 mètres du littoral. Il s’étend entre la grande plage des Lecques et la gare SNCF Saint-Cyr-Les Lecques, qui relie la commune aux autres cités balnéaires du littoral, notamment à Bandol, Sanary et la Ciotat. Le golfe des Lecques abrite le nouveau port et sa société nautique, qui font face au port de la Madrague.

Le Grand Hôtel des Lecques se dresse dans un magnifique parc paysagé à la Méditerranéenne à quelques pas de la plage. Derrière la promenade de la plage, le quartier des Lecques est calme et résidentiel. Entre Mer et centre-ville, on y profite d’une vie tout à pied, avec les restaurants et les plages à portée de main, à quelques minutes du cœur de ville et de ses services. Le bâti, raisonné, est dominé par les villas individuelles avec jardin et les petites résidences avec parc. La proximité du port favorise la présence de petits commerces de proximité, parmi lesquelles des boulangeries, pharmacies ou tabac-presse. Le choix de restaurant est vaste, sur le littoral comme au nord du quartier.

Bien que plus élevé que les prix de l'immobilier à Saint-Cyr-sur-Mer dans le bourg et dans les terres, les prix aux Lecques restent en moyenne plus bas qu’à la Madrague. Le prix des villas est plus élevé, avec un prix moyen de 5950 euros le m2 pour une fourchette comprise entre 3950 euros/m2 et 8200 euros /m2. Tout à la fois résidentiel et touristique, le quartier est très prisé, mais légèrement moins que celui de la Madrague qui offre davantage de tranquillité en saison.

Polybe Zafiropulo: Un Homme d'Influence et de Passion

Pour comprendre pleinement l'histoire de la région et de ses acteurs, il est essentiel de mentionner la figure de Polybe Zafiropulo, un homme d'influence et de passion qui a marqué son époque.

Origines et Engagement Communautaire

La famille Zafiropulo est issue de la diaspora hellénique, tout comme les Zarifi, avec qui elle partage un ancêtre commun : Démétrius Zafiropulo (1790-1864), qui est à l’origine d’une entreprise de négoce de laine et de blé florissante. Sur les instances de son père, Georges, avec ses frères Étienne et Constantin, part à l’étranger faire leurs études. Il s’installe à Marseille et fonde une maison de commerce (Lafon-Borelli M., 1995, p. 45). En 1864, il épouse Christine Lascaridis, d’une famille grecque déjà implantée dans la vie de la Cité. Polybe naît quatre ans plus tard, à Constantinople. En 1875, la famille est de retour dans la capitale phocéenne (Lafon-Borelli M., 2017, p. 82).

Les affaires prospèrent, mais, atteint de cécité, Georges Zafiropulo se voit contraint d’abandonner la direction de l’entreprise à ses frères. Il s’associe par la suite, en 1852, à son beau-frère, Georges Zarifi (1806-1884), pour fonder la société « Z & Z ». Périclès Zarifi (1844-1927), père de Nicolas Zarifi (1885-1941), collectionneur versé dans les arts asiatiques, succède à son père (Lafon-Borelli M., 1995, p. 45).

À l’instar des familles grecques installées à Marseille, les Zafiropulo s’inscrivent dans l’économie locale de la Cité et participent de son développement. Polybe marque son indépendance par rapport aux affaires familiales, mais conserve des liens forts avec sa terre natale. En tant que représentant de cette communauté, Polybe Zafiropulo défend ses intérêts, soucieux de la situation politique de son pays d’origine et redevable de sa seconde patrie.

Le schisme national, qui se profile en Grèce, est ressenti comme un déchirement personnel. Faisant corps avec le Congrès des Colonies helléniques, tenu le 31 mai 1916, il s’indigne du laxisme du gouvernement grec, neutre jusqu’en 1917. Opposé à son Premier Ministre Elefthérios Venizélos (1864-1936), le roi Constantin Ier (1868-1923 ; r. de 1913 à 1917 et de 1920 à 1922), refusant toute intervention des troupes alliées, laisse pénétrer les Bulgares sur le territoire grec, en Macédoine. Dans une lettre adressée au Préfet des Bouches-du-Rhône le 9 juin 1916, publiée le lendemain dans la presse, la communauté renouvelle son attachement à la France (Le Petit Marseillais, 10 juin 1916).

Préoccupé par la situation conflictuelle des Balkans, Polybe Zafiropulo défend également les intérêts économiques de la diaspora. Il figure ainsi au Conseil d’administration de la Chambre de commerce hellénique, située au 3, rue Estelle, dont il devient le Président en 1927.

Engagement pour son Pays d'Adoption

Polybe Zafiropulo œuvre également pour son pays d’adoption. Il maintient cette éthique du don, qui inspire les grandes familles industrielles de Marseille, et participe ainsi à plusieurs œuvres charitables, surtout après la Grande Guerre (1914-1918). Il souscrit pour les familles victimes du naufrage du Général Chanzy, échoué sur les côtes de Minorque, dans l’archipel des Baléares, alors que le navire effectuait la traversée Marseille-Alger en février 1910. Il participe au Comité de secours des écoles de filles Belle-de-Mai, en 1914, et s’intéresse au Noël des orphelins, en 1917, pendant la guerre. Il donne pour le Comité d’Assistance de la Presse quotidienne de Marseille, œuvre caritative pour les victimes de la Guerre, et pour la Croix Rouge en 1918. Son épouse, Sophie Economo (1869-1940), avec qui il se marie en 1896, le soutient activement dans ces œuvres de bienfaisance (Borelli J., 1985).

Une Vie Mondaine et de Loisirs

Polybe Zafiropulo se révèle « d’un naturel curieux et entreprenant » (Borelli J., 1985). Appréciant l’exercice physique, il adhère à la Société Sportive de Marseille. Il se passionne pour le sport automobile et s’intéresse aux voitures de compétition du constructeur Turcat-Méry (Borelli J., 1985), dont l’entreprise fait faillite en 1929.

La navigation à voile constitue un autre de ses hobbies. Il se plaît ainsi à dessiner les plans des yachts qu’il se fait construire (Borelli J., 1985). À l’exemple de son père, il devient membre de la Société nautique de Marseille, organisatrice des Régates internationales. On le voit ainsi concourir à bord de son voilier baptisé Léda en février 1896 dans le port de Toulon et à Cannes, pour la coupe nationale Rothschild (Dufréne X., 1897, p. 2), puis à Marseille en 1899 avec le même bateau (Journal des sports, 13 février 1899, p. 3). Nommé pour l’année 1896 Conseillers-commissaires au sein de la Société (Le Petit Marseillais, 25 février 1896, p. 2), il participe du jury du concours de l’année suivante et se joint au comité organisationnel des épreuves en 1898 et 1930 (Le Radical de Vaucluse, 7 février 1930, p. 5).

Ses moyens lui permettent de louer les espaces nécessaires à la satisfaction de ses loisirs. Pour la pêche, il mobilise l’île de Riou (Borelli J., 1985). Pour la chasse, le marais du « Relais », près de l’embouchure du Rhône, est mis à sa disposition (Borelli J., 1985).

Initiatives Entrepreneuriales

Diplômé de l’école d’ingénieurs de Lausanne, indépendant, il se détache de la société familiale Zafiropulo et Zarifi. Polybe Zafiropulo monte ainsi une première entreprise avec son frère Eugène et Félix Tennevin, ingénieur des arts et manufactures. Le 9 novembre 1893, la société au nom collectif, sous la dénomination « Société d’électricité de la Méditerranée », est enregistrée par acte sous seings privés auprès du Tribunal de commerce de Marseille. La Société, placée sous la raison sociale « G. Zafiropulo fils & Tennevin », dont le siège social est situé au 57, rue de Rome, œuvre à l’installations d’éclairage électrique pour les usines, les stations centrales, les cafés, les théâtres, les casinos, et autres locaux publics ou privés, notamment dans le cadre de réceptions.

En 1895, Étienne, Alexandre, Eugène et Polybe s’associent avec Alexandre Arnal, teinturier de son état, pour monter une entreprise du froid. Le siège social est fixé provisoirement au 57, rue de Rome. La durée de la Société, au capital social de 150 000 francs, est estimée à dix ans environ. Il semble qu’Arnal se soit retiré du projet, laissant toute liberté aux Zafiropulo pour se réapproprier la Société en 1897 (Borelli J., 1985), placée désormais sous la raison sociale « Zafiropulo Frères ». Alexandre, Étienne et Polybe forment ainsi la Société Frigorifique et de Glace pure de Marseille, pourvoyeuse des principales compagnies de navigation, comme il est spécifié dans l’annonce publiée dans l’Indicateur marseillais de 1898.

Jacques Borelli explique le fonctionnement de l’entreprise, qui « louait des prairies dans la région de Serre et d’Aspres sur Bech et les inondait l’automne pour qu’elles se couvrent de glace en hiver » (Borelli J., 1985). La glace était ramenée en camion ou en train à Marseille-même, stockée en cube dans des entrepôts frigorifiques de conservation, en attendant les ventes de la période estivale (Borelli J., 1985). Cependant, la Société doit faire face à des déperditions importantes de marchandises, qui la conduisent à envisager un autre procédé de fabrication, par compression et détente de gaz ammoniacal (Borelli J., 1985). L’usine du boulevard de Plombières est construite à cette fin, et vient s’ajouter à celle du boulevard Gueydon, située à Saint-Mauront, un quartier situé dans le Sud de la zone portuaire de Marseille (Borelli J., 1985).

En 1900, Zafiropulo Frères s’associe à la Société Anonyme des Glacières de Paris. L’entreprise fournit la glace naturelle du Lac de Sylans et des Alpes, tandis que les Zafiropulo approvisionnent en glace pure, dite « hygiénique », fabriquée à l’eau stérilisée chauffée à 150 degrés. Ils rejoignent ainsi la direction installée au 6, boulevard Saint-Charles. Le parc usinier s’agrandit, tenant compte de la fabrique de La Glacière marseillaise, du 20A, rue d’Alger. L’affaire est prospère et élimine la concurrence, aux dires de Jacques Borelli (1985). Il est ainsi surnommé dans le milieu le « père de la glace » (Borelli J., 1985).

Couvrant plusieurs jalons de la chaîne du froid, il figure en 1929 parmi le conseil d’administration de la Société anonyme de la Compagnie des Viandes, alors nouvellement créée. L’usine des Zafiropulo est finalement détruite pendant la guerre, en 1943. Face à cette perte, la société revend ses parts aux Glacières de Paris (Borelli J., 1985).

Affaires Immobilières et Fin de Vie

Après la guerre, Polybe Zafiropulo se lance dans les affaires immobilières. Flairant la manne financière que constitue le littoral côtier, il acquiert plusieurs terrains aux Lecques-sur-mer et les fait lotir. C’est le début de la Société immobilière du Golfe des Lecques, qu’il fonde avec Georges Zafiropulo, avec un capital de 500 000 francs. Mais, celle-ci ne dure qu’un temps. L’Administrateur de la Société, le notaire du Cheylard précipite la faillite de l’entreprise et la conduit à la liquidation judiciaire (Borelli J., 1985). Polybe Zafiropulo se sent ainsi contraint de se séparer du Château Cordion, sa maison de campagne, située à proximité. Il la vide de ses meubles et de ses collections, lors d’une vente publique en 1936. Il parvient à limiter les pertes, « en remboursant les créanciers en sa qualité de Président » (Borelli J., 1985).

Cette affaire, son veuvage et la guerre l’affectent profondément, d’autant plus qu’il a perdu une partie de sa fortune (Entretiens, 2022). Atteint de neurasthénie, il est hospitalisé. Son fils Jean reprend l’affaire, qui la laisse après la guerre à Tibaut, ancien comptable et secrétaire de son père (Borelli J., 1985). Polybe se fait soigner à la clinique du quartier Vauban. La nouvelle du mariage de sa fille Nora en 1947 et la naissance de son petit-fils lui redonnent goût à la vie (Borelli J., 1985). Jacques Borelli évoque à ce titre une guérison « miraculeuse » (1985).

Collectionneur d'Art

Il est difficile de percevoir dans sa globalité cette collection, qui a subi plusieurs mouvements; l’entrepreneur ayant dû se séparer à plusieurs reprises d’une partie de ses collections, à la suite d’une succession de revers de fortune. En effet, un dernier mouvement conduit, après sa mort, à la dispersion de l’ensemble. Pour autant, le collectionneur fait preuve de constance dans son orientation artistique, faisant montre d’une inclination marquée pour les meubles provençaux et la faïence locale. Il expose dans l’aile droite du Grand-Palais, dans une exposition d’art provençal, inaugurée le 7 mai 1906, un autoportrait du peintre marseillais Gustave Ricard (1823-1873) et une autre de ses œuvres, le portrait d’un banquier marseillais, Félix Abram, saisi à l’âge de trente ans.

La même année, il prête un lot de faïences marseillaises à l’Exposition coloniale de Marseille. Il complète sa collection en 1912, achetant « coup sur coup un grand plat de Saint-Jean du Désert (3 900 francs), deux bouquetiers par Le Roy (4 630 francs) et une boîte à poudre de Moustiers (450 francs) » (De Ricci, 1912, p. 6). Son armoire époque Renaissance illustre un article sur le mobilier provençal dans la Gazette des beaux-arts en janvier 1913. Gustave Arnaud d’Agnel (1871-19 ?) cite quelques pièces de sa collection pour illustrer son ouvrage sur le mobilier provençal (1929) et sur la faïence marseillaise (1911). Vice-président de la section consacrée au mobilier provençal à l’Exposition coloniale de 1922, il montre d’autres pièces, qu’il accompagne d’un ensemble de faïences. Il participe également en 1932 à l’Exposition des Arts décoratifs de Paris et profite de son séjour dans la capitale pour fréquenter la salle de vente de l’hôtel Drouot. En 1935, il participe de la présidence collective de l’Exposition d’art antique et moderne, mettant à l’honneur l’art religieux.

La vente de la collection du savonnier marseillais Arnavon, de faïences de Marseille et de Moustiers et de porcelaines étrangères, tenue en 1902, marquerait les débuts de ce goût pour la collection (Lafon-Borelli M., 1995, p. 46). Les photographies de l’hôtel particulier de la rue Édouard-Delanglade présentent un ensemble hétéroclite (Lafon-Borelli M., 2017). Les murs sont tendus de tapisseries d’Aubusson et de Flandres, les intérieurs garnis d’un mobilier Régence et de la haute époque. Des faïences d’Apt, de Moustiers et de Marseille sont exposées en vitrine. Il est possible également de relever une note d’exotisme dans ce compotier de la fabrique de Marseille, à décor dit « aux Chinois ». Arnaud d’Agnel évoque également les ornements au goût persan d’une aiguière issue de la fabrique Saint-Jean-du-Désert, dans sa deuxième période (1911, p. 222-223). Dans cet intérieur cossu, quelques porcelaines extrême-orientales font également leur incursion, même s’il est difficile d’en déterminer la provenance, étant donné le flou de ces photographies d’archives (Lafon-Borelli M., 2017).

La vente du Château Cordion en 1936 permet de compléter la vision de cette collection. On retrouve ce goût pour l’art provençal et cet intérêt pour le mobilier de style Louis XV et Louis XVI. Outre les peintures de l’école française du XVIIIe siècle et la présence d’artistes locaux, tels que le peintre marseillais Adolphe Monticelli (1824-1886) [Arnaud d’Agnel G., 1926], les faïences de Marseille et de Moustiers figurent en bonne place, s’associant à d’autres productions issues des manufactures de Delft, Jacob et Petit. Le catalogue fait mention également de porcelaines françaises et étrangères, mais ne donne pas de description plus précise de ces objets rangés sous le lot no 16. Il faut également compter sur de nombreuses omissions et sur des objets non répertoriés, comme il est indiqué en fin d’inventaire.

Sous le numéro 18 sont présentées des assiettes en porcelaine de Chine et de la Compagnie des Indes. D’anciens tapis d’Orient et diverses tentures sont également en vacation, dont un beau tapis persan à dessins géométriques sur fond bleu, à bordure polychrome (lot 116). L’aménagement et la décoration des pièces visibles sur les photographies illustratives du catalogue restent encore marqués par un goût prégnant pour l’art provençal. De sorte que l’Asie constitue un élément de décoration, somme toute discret.

La collection repose également sur des porcelaines chinoises, témoignages des échanges artistiques entre la Chine et l’Empire perse, telle une aiguière kinrande exécutée pour le marché oriental. Il a sans doute développé ce goût pour les céramiques orientales et extrême-orientales, du fait de ses origines, comme descendant des familles phanariotes (Entretiens, 2022). Arnaud d’Agnel évoque également les ornements au goût persan d’une aiguière issue de la fabrique Saint-Jean-du-Désert, dans sa seconde période (1911, p. 222-223).

Certains objets religieux ayant trait au culte orthodoxe sont conservés précieusement et renvoient aux origines du collectionneur. Ainsi, Polybe Zafiropulo apparaît comme un « homme de culture, grand amateur, collectionneur, mais aussi connaisseur éclairé d’art » (1995, p. 47). À la suite de multiples revers de fortune, il se voit contraint de se séparer de sa collection, qu’il disperse par ventes aux enchère…

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