Parcours d'une athlète d'exception
Sifan Hassan, née le 1er janvier 1993 à Adama en Éthiopie, est une athlète néerlandaise spécialiste du demi-fond et du fond qui s'est imposée comme l'une des plus grandes coureuses de la planète. Originaire d'Éthiopie, elle est arrivée aux Pays-Bas en 2008 en tant que réfugiée et a obtenu la nationalité hollandaise en 2013. Hassan a débuté sa carrière internationale lors des Championnats d'Europe 2014, où elle a remporté l'or sur 1500m. Outre ses titres olympiques, elle compte deux titres de championne du monde (1500m et 10000m en 2019), deux titres européens (1500m en 2014, 5000m en 2018), un titre mondial en salle (1500m en 2016), un titre européen en salle (1500m en 2015) et un titre européen par équipes (3000m en 2014). Elle détient plusieurs records d'Europe, dont ceux du 1500m (3'51''95), du 3000m (8'18''49), du 5000m (14'13''42) et du mile (4'12''33). La Néerlandaise a participé trois fois aux Jeux Olympiques, s'illustrant notamment en remportant le marathon des Jeux Olympiques de Paris 2024, ajoutant ainsi un troisième titre olympique à son palmarès, après ses victoires sur 5000m et 10000m à Tokyo en 2021. Elle a également décroché deux médailles de bronze à Paris sur 5000m et 10000m.
La cérémonie de clôture et la controverse du hijab
Pour la première fois dans l’histoire des JO, les marathoniennes ont été célébrées lors de la cérémonie de clôture, le marathon femmes ayant eu lieu, pour cette édition parisienne, après le marathon hommes. Dimanche 11 août, avant la cérémonie de clôture, la dernière médaille d’or a été remise, au Stade de France, à la Néerlandaise Sifan Hassan, gagnante du marathon. L’image a été vue par des centaines de millions de personnes dimanche 11 août, lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Paris. Depuis cette cérémonie, où elle est apparue médaille d’or au cou et sourire aux lèvres, la marathonienne néerlandaise est victime de harcèlement sur les réseaux sociaux. Mais la fachosphère ne retient que le hijab qu’elle porte sur la tête. Le cofondateur de Mediapart Edwy Plenel s’est attardé sur le port du voile islamique par l’athlète néerlandaise, médaillée d’or du marathon et double médaillée de bronze sur 5 000 m et 10 000 m. Le journaliste y voit un message contre l’interdiction faite aux athlètes françaises d’afficher un signe religieux durant ces Jeux. « La France est le seul pays à interdire le port du voile, ou tout autre signe religieux, à ses athlètes lors des Jeux olympiques. »
Le choc des interprétations politiques
Cette situation a cristallisé les tensions autour de la question de la laïcité et de l'expression religieuse dans l'espace public. Pour une partie de l'écosystème médiatique et politique, ce succès est un grand pied-de-nez au gouvernement français, qui a empêché les athlètes françaises portant le voile de participer aux Jeux Olympiques. La France est en effet le seul pays au monde à les interdire, au nom d’une prétendue « laïcité » qui est en réalité discriminatoire et qui exclut les sportives issues des minorités de concourir dans leur pays. À l'inverse, d'autres voix s'élèvent pour dénoncer ce qu'elles perçoivent comme une normalisation d'un symbole contesté. La journaliste Emmanuelle Ducros, de L’Opinion, s’est demandé ce que son confrère pouvait trouver de « joyeux » dans « un symbole de soumission au patriarcat et à la religion ». Après la blague de Sophia Aram sur le voile de l’athlète néerlandaise, le journaliste Laurent Joffrin lui a adressé un éditorial de soutien. Selon l’ex-directeur de Libération, « l’opinion, dans ses profondeurs, juge légitimes, ou du moins très acceptables, les moqueries des humoristes envers les religions ». Pour une bonne partie de l’extrême-gauche, le voile islamique est devenu un étendard qui tend à se substituer au trop laïque drapeau rouge. Symbole pourtant évident de la soumission exigée des femmes par la version rigoriste de l’islam, le voile sert de symbole, tel le panache blanc d’Henri IV, à l’alliance désormais officielle entre gauche radicale et islam du même nom.
Le contexte juridique et les droits humains
Le débat dépasse le cadre des réseaux sociaux pour toucher aux institutions internationales. En septembre dernier, l’ONU exprimait des critiques contre la France. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme estimait que « personne ne devrait imposer à une femme ce qu’elle doit porter ou non » après que la ministre française des sports ait déclaré qu’« un régime de laïcité stricte » devait s’appliquer dans le sport. Peu avant les Jeux, Amnesty International rappelait que la Charte olympique interdit toute discrimination et que le rejet des athlètes voilées « bafoue le droit international relatif aux droits humains et relève de l’hypocrisie discriminatoire des autorités françaises ». Des athlètes françaises de haut niveau n’ont donc pas pu jouer, notamment des basketteuses musulmanes. La laïcité n’a donc rien à voir avec la prohibition. Et personne n’a jamais « libéré » quiconque en l’excluant de l’espace public, de la vie commune ou d’une activité. Dans cette logique, Timothée Gauthiérot, président du club de basket de Noisy-le-Sec, avait été temporairement suspendu de ses fonctions par la fédération de basket française, pour des refus de jouer en compétition suite à l’interdiction du port du voile lors des matchs l’année dernière. Comble de l’absurde, les JO de Paris ont, pour la première fois, vu se dérouler un marathon ouvert à toutes et tous… mais il était visiblement interdit de soutenir les concurrentes voilées. Une poignée de femmes membres des hijabeuses ont voulu brandir des pancartes soutenant les compétitrices voilées. Résultat : police, fouille, garde à vue.
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