Le Saumon Atlantique et sa Remontée de Courant : Un Voyage Épique et Menacé

Le saumon atlantique, Salmo salar, est un poisson emblématique des eaux froides de l'hémisphère nord. Indigène au bassin Atlantique Nord, ce poisson migrateur anadrome réalise un périple fascinant et exigeant pour se reproduire. Autrefois abondant, ses populations ont considérablement diminué, suscitant des préoccupations quant à son avenir.

Un Poisson Adapté à la Remontée de Courant

Le saumon atlantique se distingue par son corps élancé et puissant, une morphologie parfaitement adaptée à la nage à contre-courant. Lors de sa descente vers la mer, il arbore une livrée brillante et argentée, avec des écailles fragiles. Cette teinte argentée persiste jusqu'à son retour vers son lieu de naissance.

À l'approche de la reproduction, le saumon subit des transformations remarquables. Sa peau s'épaissit et devient plus résistante, ses flancs se parent de teintes bronze et s'ornent de points rouges et pourpres. Chez les mâles, un bec caractéristique apparaît, témoignant de la maturation sexuelle. De couleur brillante et argentée à son retour de mer, la peau du saumon devient, à l’approche de la reproduction, épaisse et résistance, les flancs se teintent en jaune et des tâches rouges et pourpres se développent.

Le Cycle Biologique du Saumon Atlantique

Le cycle biologique du saumon atlantique est une alternance entre l'eau douce et l'eau salée. Les saumons naissent tous en eau douce.

La Vie en Eau Douce

Le saumon atlantique se nourrit principalement d'invertébrés lors de sa première phase de vie en eau douce. À ce stade, le "tacon" est territorial et vit dans les courants rapides et peu profonds. Pendant les deux ou trois premières années en France (4 ou 5 ans en Norvège), le saumon atlantique vit en haut des rivières à fort courants dans des zones peu profondes. En Bretagne, les jeunes saumons restent 1 à 2 ans en eau douce, tandis qu'en Scandinavie, ils peuvent y rester jusqu'à 4-5 ans en raison d'une croissance plus lente due aux températures plus basses.

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Au printemps de la deuxième ou troisième année, sa morphologie se modifie pour le préparer à la vie marine : c'est la smoltification. On le remarque à sa livrée argentée et à ses yeux qui ont grossi. Smolt quand son corps est plus effilé. C’est à ce moment que le saumon commence à migrer.

La Vie en Mer

En mer, le saumon gagne les zones d'engraissement éloignées, telles que le Groenland, le Labrador, les Féroé, la Baltique et la Norvège. Sa nourriture est principalement constituée de crustacés riches en caroténoïdes, qui donnent cette teinte rosée caractéristique à sa chair. Après une phase de croissance marine de 20 à 26 mois au large du Groenland et un long voyage de retour vers leur rivière natale, les saumons de printemps ou saumons de "plusieurs hivers de mer" colonisent les eaux douce de février à juin et y séjournent de 8 à 10 mois avant de s’y reproduire. Après une phase de croissance marine de 14 à 18 mois au large des îles Féroé et un long voyage de retour vers leur rivière natale, les castillons ou saumons de "un hiver de mer" effectuent leur remontée des cours d'eau de juin à octobre. Les saumons les plus âgés peuvent vivre jusqu'à 6 ans.

La Reproduction

Le saumon atlantique est un ovipare qui enfouit ses œufs dans un substrat grossier de sable et de graviers dans les parties moyennes ou hautes des cours d'eau rapides. Lors de la reproduction, le saumon remonte la rivière qui l'a vu naître grâce à sa mémoire olfactive. Ce phénomène, connu sous le nom de horning, conduit à l'existence d'une population propre à chaque entité hydrographique. Les ovules (de 1500 à 1800 par kg) sont simultanément fécondées à la ponte par un mâle.

Depuis l’automne, mâles et femelles se concentrent sur les faciès courants et oxygénés des rivières qui les ont vu naitre. Ils portent maintenant de belles parures dorées, signes que l’heure de la reproduction approche… Et lorsque les conditions de débit et de température sont optimales, commence alors la reproduction des saumons. Elle se déroule entre fin novembre et début janvier.

Les femelles vont dans un premier temps explorer le lit du cours d’eau pour déterminer le futur site de ponte. Cette activité se fait généralement en présence d’un ou plusieurs mâles à proximité. Une fois le site choisi, les femelles construisent leur nid : sur le flanc, elles creusent en battant intensément leur queue dans le gravier. Les dimensions du nid, proportionnelles à la taille des femelles, peuvent atteindre 0 à 30 cm de profondeur pour 50 à 80 cm de diamètre. La fréquence de grattage augmente à l’approche de la fraie. Alors que les femelles restent à l’intérieur ou à proximité immédiate de leur nid, les mâles, de leur côté, deviennent de plus en plus actifs : les mâles dominants protègent leur nid tandis que les dominés essaient de se glisser dedans sans se faire chasser…

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Le mâle et la femelle relâchent ensuite leurs gamètes de manière simultanée, tout en étant flanc contre flanc, le bec grand ouvert. Une fois les œufs déposés par la femelle, elle gratte rapidement pour les recouvrir. Normalement nocturne, la ponte peut devenir diurne pendant la période d’activité de frai maximale. Chaque femelle va pondre en moyenne de 4000 - pour un castillon - à 8000 œufs - pour un saumon de printemps. Mais la majorité des œufs n’atteindront jamais le stade adulte… En Bretagne, les frayères se répartissent de la limite de marée dynamique aux têtes de bassins versants. Elles se localisent plus précisément dans les parties de cours d’eau caractérisées par une pente de thalweg de moyennement faible (0,2%) à moyennement escarpée (1%). La frayère typique est située au niveau d’un changement marqué de l’hydraulique.

Une Stratégie de Reproduction Alternative

Des tacons mâles peuvent se reproduire sans aller en mer, un phénomène appelé maturation précoce. Dans des rivières à fort potentiel de croissance, des juvéniles, essentiellement des mâles, développent une maturation précoce des gonades qui les rend aptes à la reproduction l’hiver suivant. Cette maturation intervient dès le premier automne pour une faible proportion dans les rivières bretonnes (<5%). Cette proportion peut atteindre 50 voire 100% des échantillons de jeunes mâles de l’année dans les rivières situées plus au sud.

Sur les frayères, les saumons adultes, ayant passé un hiver ou plus en mer, et mâles précoces, restés sur place, entrent en compétition. Plus costauds, très agressifs et bénéficiant d’une grande quantité de sperme, les grands mâles bénéficient d’un avantage qui leur assure la préférence des femelles et devraient s’assurer une victoire sans partage. Mais les petits saumons sont vifs, nombreux, malins et se cachent près des frayères. Ils n’ont alors aucun mal à féconder eux aussi les œufs en se glissant sous le couple. Ces mâles spermiants, participent activement à la reproduction et peuvent féconder jusqu’à 60% des œufs d’une frayère - jusqu’à 80% certaines années sur la Nivelle. Les tacons mâtures ont moins de chance de survivre. «Les survivants» peuvent reprendre leur migration après maturation. Cette décision individuelle est prise dès l’hiver ou le printemps précédent.

Chez les femelles, ce phénomène de maturation précoce est extrêmement rare. Cette différence entre mâles et femelles se tient au fait que les femelles précoces ne peuvent produire qu’un très faible nombre d’œufs - dont la fertilité n‘est d’ailleurs pas certaine - alors que les tacons spermiants peuvent fertiliser une grande quantité d‘ovocytes.

La Survie Après la Reproduction

Le saumon atlantique peut se reproduire plusieurs fois, mais la survie après reproduction est faible. Elle varie en fonction du stock, de l’année, de la qualité du milieu et de la localité. En France, la survie est très faible, le nombre de multi reproducteurs varie de 0,5 à 3% pour l’ensemble des populations françaises, cela étant très probablement dû aux fortes températures, à la qualité dégradée de l’eau et de l’habitat aquatique.

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Après la reproduction, les saumons sont très fatigués et peuvent être infectés par le champignon aquatique commun saprolegnia spp. Un fort taux de mortalité peut avoir lieu dans les 2 semaines suivant le frai. Les « survivants » ou ravalés, majoritairement des femelles, ne migrent pas directement vers la mer. Très amaigris, ils ont besoin de zones de repos sûres pour se rétablir et restent ainsi plusieurs mois en rivière. Avant de regagner l’océan, ils vont subir une nouvelle transformation physiologique pour redevenir un magnifique poisson argenté, adapté à l’eau salé. Certains de ces saumons reviennent alors pour un ou plusieurs autres cycles de reproduction, ce sont des saumons de X retours.

L'Instinct de Retour : Un Mystère Dévoilé

Les saumons sont des poissons anadromes : ils naissent en eaux douces, puis migrent en eaux salées pour revenir finir leurs jours dans les rivières. La capacité du saumon à retrouver sa rivière natale est un phénomène fascinant appelé "homing". Chez les saumons, la philopatrie, ou l’instinct d’un individu à revenir ou à rester sur sa zone de naissance, augmente le succès reproducteur de l’espèce : elle accroît leur chance de trouver un partenaire pour la reproduction et un milieu favorable au développement des œufs puis des jeunes saumons.

Durant la phase océanique, il semblerait que les saumons soient dotés d’un sens inné de l’orientation qui leur permet de se guider grâce aux courants marins ou, selon des recherches récentes, par le magnétisme de la Terre et des points de repère célestes. Une nouvelle étude, parue dans le Current Biology, indique que ces poissons utilisent le champ magnétique terrestre et plus particulièrement, la signature magnétique de leur rivière pour se repérer dans l'espace. Pour confirmer leur hypothèse, les scientifiques ont alors repris 56 ans de recherches et de données afin d'étayer leurs suppositions.

Dans la dernière partie de leur voyage, les saumons seraient guidés par leur capacité à reconnaître l’odeur ou la composition chimique de l’eau dans laquelle ils ont grandi. L’olfaction jouerait un rôle très important via les phéromones émises par les tacons et smolts de saumon. Car au moment où un saumon descend la rivière où il est né pour gagner l'océan, les odeurs de la rivière et de ses affluents s'impriment dans son cerveau. Il possède ainsi une « carte » d'odeurs qui lui permet de s'orienter en remontant la rivière. Si l'on prend l'exemple d'un saumon rouge né vers Vancouver en Colombie-Britannique (Canada). On sait déjà qu'il va passer ses trois premières années en eaux douces dans la rivière d'où il vient. Puis, il va migrer vers l'océan Pacifique, où il va rester dans un périmètre défini, entre l'Alaska et les îles Aléoutiennes. Néanmoins, le moment venu, il saura retrouver sa route pour regagner sa rivière natale.

Toutefois, le homing chez le saumon n’est en fait pas un phénomène infaillible. L’instinct de retour des saumons à leur rivière natale ne semble pas aussi strict dans le cas de rivières géographiquement proches. En effet, des saumons adultes « égarés » peuvent remonter une rivière voisine de leur rivière d'origine.

Menaces et Déclin des Populations

Autrefois abondant dans toute l'Europe, le saumon atlantique a vu ses populations drastiquement diminuer sur une large partie de son aire de répartition. Tout au long du XXe siècle, l'espèce a été décimée par deux facteurs majeurs : les barrages, initialement rarement pensés pour le passage des poissons migrateurs, et la surpêche. La présence d’obstacles rend difficile et retarde l’accès à des zones d’eaux froides situées plus en amont ou sur des affluents par les saumons. Qui plus est, les retenues d’eau créées en amont des obstacles favorisent le réchauffement de la température de l’eau. D'après l'INPN, le saumon Atlantique a disparu d'une grande partie de l'Est de la France. Il est également probablement disparu, ou quasiment-disparu, du bassin du Rhône. L’espèce a entièrement disparu de 15 % des rivières et fleuves d’Europe et d’Amérique du Nord dans lesquels elle abondait.

Aujourd'hui, selon l'IUCN, il n'est pas menacé à un niveau global. Il est cependant éteint en Suisse et en République tchèque.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation préoccupante. Les suivis continus aux stations de comptage (depuis 1994 sur le Scorff, 1999 sur l’Aulne et 2007 sur l’Elorn) montrent globalement une hausse des retours de saumons de printemps. Mais, la composante des individus ayant séjourné plusieurs années en mer reste aujourd'hui mineure au sein des stocks bretons : elle oscille entre 4 et 40% suivant les cours d’eau et les années.

Le saumon atlantique est une espèce poïkilotherme et sténotherme, ce qui signifie qu'il est incapable de contrôler sa température corporelle et qu'il est intolérant aux températures élevées. Le saumon préfère en effet des eaux fraîches, entre 9 et 17°C, valeur au-delà de laquelle le saumon connait un stress thermique pouvant conduire à sa mort lorsque la température de l’eau avoisine 25°C. En dehors des valeurs optimales, les fonctions d’alimentation, de locomotion, des sens… sont réduites. Cela se traduit par une demande en oxygène accrue.

L'heure de la reproduction Depuis l’automne, mâles et femelles se concentrent sur les faciès courants et oxygénés des rivières qui les ont vu naitre. Ils portent maintenant de belles parures dorées, signes que l’heure de la reproduction approche… Et lorsque les conditions de débit et de température sont optimales, commence alors la reproduction des saumons. Elle se déroule entre fin novembre et début janvier.

Efforts de Conservation

Face au déclin des populations de saumon atlantique, des efforts de conservation sont déployés pour assurer sa survie. Des programmes ont heureusement été mis en place afin de repeupler les rivières d’œufs et de saumons.

Le Saumon : Un Poisson d'Importance Économique

Largement consommé à travers le monde, ce poisson gras est réputé pour la qualité de sa chair et pour sa haute teneur en protéines. Ce succès sur les étals a entraîné un large développement de l'aquaculture à travers le monde. Il est ainsi élevé en Argentine, Chili ou encore en Australie. Le saumon est également réputé chez les pêcheurs sportifs car il est considéré comme un adversaire combatif et malin.

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