Sandra Forgues : Au-delà du voile, une vie de femme après le sport

Sandra Forgues, autrefois connue sous le nom de Wilfrid Forgues, est une figure emblématique du sport français. Médaillée d'or olympique en canoë biplace à Atlanta en 1996, elle a mené un combat personnel intense avant de révéler publiquement sa transidentité. Son histoire, racontée dans L'Equipe le 9 mars 2018, témoigne d'un long cheminement vers l'acceptation de soi et de la difficulté de vivre dans un corps qui ne correspond pas à son identité profonde.

Un rêve devenu réalité

Présidente du conseil d'administration du CREPS de Toulouse, Sandra Forgues a attendu l'âge de quarante-huit ans pour embrasser pleinement sa vie de femme. Six mois après avoir entamé sa transition au grand jour, elle confie vivre un rêve. Malgré une vie sociale, familiale et professionnelle réussie en tant qu'homme, elle ressentait une profonde frustration, une impression d'être emprisonnée dans un rôle qui ne lui correspondait pas.

La prise de décision

La décision de devenir une femme a été prise en septembre 2016, à la suite d'un événement anodin mais révélateur. Sandra Forgues, qui vivait déjà des moments de féminité en cachette, cachait ses affaires dans une pièce où sa femme n'allait jamais. Un jour, cette dernière a eu besoin d'y chercher des Lego, et a découvert les vêtements de Sandra. Cet incident a précipité les choses, la poussant à révéler sa transidentité à sa femme.

Sans cet événement, Sandra Forgues pense qu'elle aurait développé une dépression chronique. Elle était arrivée au bout de sa capacité à supporter le mensonge et le refoulement. L'approche de la cinquantaine a été un déclic, lui faisant prendre conscience qu'elle ne pourrait pas mourir sans avoir vécu sa vraie vie.

Transidentité : un corps en inadéquation avec l'esprit

Sandra Forgues définit la transidentité comme une inadéquation entre le corps et le câblage mental. Elle explique que la "maison" (le corps) a été construite à côté des "fondations" (l'esprit), et qu'il faut à un moment donné remettre les choses en ordre. Cette dysphorie de genre, ce sentiment de ne pas être dans le bon corps, a longtemps été psychiatrisée par les médecins. Cependant, grâce aux témoignages de personnes transgenres, les mentalités ont évolué, et il est désormais reconnu que la transidentité n'est pas une maladie mentale.

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L'impact sur la vie personnelle

Sandra Forgues s'est mariée et a eu deux enfants, un fils de 16 ans et une fille de 20 ans. Elle est tombée amoureuse de sa femme à l'université, et leur couple était passionnel. Elle aimait les filles, ce qui la rassurait. Elle était heureuse en famille, mais ne supportait pas la solitude, car c'est dans ces moments-là que son besoin de féminité se faisait le plus sentir.

La révélation de sa transidentité a eu un impact important sur sa vie de couple. Sa femme a été extraordinaire, essayant de comprendre malgré la douleur. Cependant, elle ne voulait pas vivre avec une femme, ce qui a conduit à leur séparation. Ils s'entendent toujours bien et essaient de reconstruire une vie différente, mais toujours passionnelle.

L'annonce à ses enfants a été un moment de grande appréhension. Sandra Forgues craignait de les abîmer, car la référence au père champion olympique était très forte. Leur réaction initiale a été un rejet, mais elle a prouvé qu'elle pouvait rester leur père malgré son changement de look. Aujourd'hui, l'acceptation a eu lieu, et elle espère qu'un jour ils seront fiers d'elle.

Le rôle du sport

Le sport a joué un rôle ambivalent dans le cheminement de Sandra Forgues. Il lui a permis de combattre sa question d'identité, de se réfugier dans ses capacités physiques et de se forger un corps de "marine". Elle surjouait même la masculinité, se regardant dans la glace et s'insultant après des séances de musculation. C'était une façon de se dire qu'elle était normale et qu'elle devait arrêter ses "conneries".

Cependant, le sport était aussi un mensonge, une façon de refouler sa vraie nature. Après son titre olympique, elle a compris qu'elle aurait du mal à lutter contre elle-même. Elle est fière de son titre, qui représente une satisfaction qui dépasse le fait d'être un homme ou une femme. Elle a profité de son corps d'homme pour relever ce défi, mais elle ne veut pas oublier son passé.

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Les réactions dans le monde du sport

La première personne à avoir été informée de sa transidentité a été Frank Adisson, son partenaire de canoë. Il a d'abord cru à une blague, mais a ensuite fait preuve de bienveillance et d'intelligence. Les autres kayakistes ont également été choqués, mais ont essayé de comprendre. Sandra Forgues était surnommée "le gros" dans le milieu du kayak, en raison de sa force physique. L'idée de "le gros" en femme était difficile à imaginer pour certains.

Les activités sociales et professionnelles

Au CREPS de Toulouse, où elle est présidente du conseil d'administration, Sandra Forgues a été agréablement surprise par le soutien qu'elle a reçu. Le directeur, Éric Journaux, ainsi que les élus de la région et les représentants de l'État, lui ont demandé de poursuivre ses missions. Elle participe aux réflexions stratégiques et apporte sa vision du haut niveau.

À la société Media & Broadcast Technologies, où elle occupe un poste de directrice technique, elle a expliqué sa situation en douceur. Elle mesure déjà que, en tant que femme, elle doit se justifier plus qu'un homme.

Le parcours de transition

Le parcours de transition de Sandra Forgues est un véritable "parcours du combattant". Il a commencé par un traitement hormonal qui modifie le corps, avec notamment la poussée des seins, la formation des hanches et le grossissement des cuisses. Ses performances sportives se sont écroulées en quelques mois. Elle constate également des changements au niveau des odeurs corporelles, des réactions et des émotions. Elle est devenue plus sensible, plus facilement vexée ou touchée.

La transition passe également par des opérations chirurgicales. Pour Sandra Forgues, l'objectif est d'être perçue socialement comme une femme. Le principal souci est le visage, suivi de la voix, qu'elle souhaite féminiser. Elle ne souhaite pas s'épancher sur ses envies plus intimes, car chacun est libre de choisir de se faire opérer du sexe ou non.

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En termes d'orientation sexuelle, Sandra Forgues ne s'interdit rien. Elle a envie de rencontrer une personne qui l'accepte pour ce qu'elle est.

Un message d'espoir

Sandra Forgues est la première sportive de haut niveau française, championne olympique, à devenir femme et à le révéler. Elle souhaite transmettre un message de bonheur et d'espoir. Elle souligne que la vie n'est simple pour personne, et que chacun doit essayer de trouver son chemin. Elle compare la situation des personnes transgenres aujourd'hui à celle des homosexuels dans les années 1980, avec une prise de parole et une acceptation croissantes, malgré les résistances. Elle pense qu'il y a encore une omerta très forte dans le monde du sport sur les problématiques d'homosexualité et de transidentité.

L'état civil

Pour l'instant, la carte d'identité et le passeport de Sandra Forgues sont toujours au nom de Wilfrid Forgues. Elle est en train de monter le dossier pour changer son état civil, une démarche qui a été facilitée ces dernières années grâce aux combats menés par d'autres personnes transgenres. Avant, il était obligatoire d'être opéré sexuellement pour changer d'état civil, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

En attendant, cette situation peut être amusante, mais aussi agaçante. Par exemple, lorsqu'elle doit présenter son permis de conduire pour une voiture de prêt, on lui dit qu'on ne peut pas prendre le permis de son mari. Elle répond alors : "Excusez-moi, mais moi aussi, je suis en réparation, mon mari, c'est moi !"

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