L'odyssée moderne du surfeur australien : entre survie et culture de la glisse

L'incroyable survie de Darcy Deefholts : le nouveau Robinson Crusoé

Mercredi 10 juillet, un Australien de 19 ans avait disparu après une sortie en surf. Darcy Deefholts, un surfeur australien de 19 ans s’était rendu sur la plage de Wooli, une ville côtière dans l’État de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, située à 480 kilomètres au nord de Sydney, pour s’amuser sur les vagues. Sauf qu’après son départ mercredi après-midi, Darcy Deefholts n’est pas rentré à son domicile. Une situation anormale. D’autant que son vélo, ses vêtements et ses chaussures ont été retrouvés sur le spot de surf connu sous le nom de One Tree, là où il était venu prendre les vagues. Ses parents, inquiets, ont fait appel aux autorités locales, qui se sont rapidement lancées à sa recherche.

Le père, Terry Deefholts, a même appelé sur les réseaux sociaux au soutien des habitants du coin. « J’ai besoin de bateaux, de promeneurs sur la plage, de drones, de 4x4 et d’avions dès les premières lueurs du jour. » Prêt à tout pour retrouver son fils, il a souhaité participer activement aux recherches. « Je demande à toute personne possédant un navire en état de naviguer de me retrouver à la rampe principale de mise à l’eau à Wooli et de m’emmener en mer pour aider à la recherche. » Après plusieurs heures de prospection, toujours aucune trace de l’adolescent. Alors, les recherches s’arrêtent vers une heure du matin, au grand dam du père, qui assure « craindre le pire ». D’après l’inspecteur Murray, chargé de l’enquête, « Wooli 30, le navire qui permet nos recherches, a été immobilisé pour la nuit pour repartir un peu plus tard ».

Vers huit heures du matin, les recherches reprennent, menées par environ six navires privés et les secours maritimes. Après avoir étudié les conditions des marées ainsi que les courants maritimes, les pistes ont mené les autorités sur la trace de Darcy. Vers neuf heures, il est retrouvé échoué sur une île isolée et inhabitée à environ 12 kilomètres de l’endroit où il surfait, à North Solitary Island. Sain et sauf, mais grelottant, marqué physiquement par sa nuit en plein milieu de l’océan. Le jeune homme avait réussi à nager jusqu’à North Solitary, une petite réserve naturelle rocheuse totalement inhabitée, et y a donc passé la nuit. « Il était visiblement allé trop loin avec son longboard et il ne pouvait pas revenir en arrière », raconte une proche du jeune surfeur. Par chance, la température de l’eau au moment des faits était d’environ 20 °C. Son père, très heureux, a qualifié sa découverte d’ « un miracle d’une chance sur un million ».

Les figures légendaires et l'évolution de la culture surf

Le surf est un sport fascinant dont la pratique couvre un large spectre complexe et varié. En retraçant sa vie de surfeur, William Finnegan dépeint une formidable épopée humaine menée à contre-courant. « Accro » aux vagues depuis plus de cinq décennies, William Finnegan, 65 ans, s’interroge tous les jours : son emploi du temps et la météo seront-ils compatibles avec une session de surf ? En écrivant Jours barbares, qui retrace sa vie par le prisme de cette obsession, il a obtenu le prix Pulitzer. L’auteur livre ainsi les mémoires d’un addict.

Parmi les trajectoires atypiques de ce sport, celle de Peter Drouyn occupe une place singulière. Descendant d’une famille nobiliaire, excentrique, mégalo, bagarreur, mais terriblement doué, devenu femme sous le nom de Westerly, Drouyn a marqué l’histoire du surf professionnel. Il est l’artisan qui a imaginé et dessiné la forme moderne des compétitions de surf, imposant des innovations qui vont aussitôt devenir la règle et qui perdurent encore aujourd’hui, comme les juges séparés par de petites cloisons. Pour le célèbre journaliste surf Phil Jarratt, il était « un éminemment sympathique paquet d’énergie nerveuse et surtout névrosé ». Quand, en 2008, l’ex-champion d’Australie de surf a annoncé qu’il se sentait désormais femme, la communauté du surf professionnel a pris la nouvelle avec ironie. Pourtant, cette fois-ci, son mal-être était plus profond. Une révélation qui va selon lui s’effectuer, durant l’été 2002 sur son spot de cœur de Burleigh Heads.

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D’autres figures, comme le triple champion du monde Mick Fanning, illustrent les défis extrêmes de cette discipline. Le champion aux 17 victoires en WCT était en course pour un nouveau succès le 19 juillet lorsqu’un requin de 3 m l’a attaqué à Jeffreys Bay, haut-lieu de surf sur la côte sud-africaine. Fanning s’en est sorti avec juste le cordon le reliant à sa planche sectionné, grâce à un réflexe de survie en donnant des coups de poing au requin. Ces récits soulignent à quel point la pratique du surf impose une confrontation constante avec la puissance brute de l’océan.

De la genèse du surf en France aux racines mondiales

Qui fut le tout premier surfeur français ? C’est Peter Viertel, scénariste d’Orson Welles, John Huston ou Alfred Hitchcock, qui introduisit en 1956 la première « vraie » planche de surf. Ce sport des rois hawaiiens fut porté par les « tontons surfeurs » : Georges Hennebutte, Michel Barland, Henri Etchepare, Jacky Rott, Jean Brana, Bruno Reinhardt, Pierre Laharrague, Joël de Rosnay, Jo Moraïz, André Plumcocq, Claude Durcudoy, Paul Pondepeyre, Robert Bergeruc. Michel Barland et Jacky Rott furent les premiers à en fabriquer, mais leurs méthodes et leurs moyens étaient plus qu’empiriques.

L’ouvrage Ride the Wild Surf, écrit par Alain Gardinier, raconte les histoires des pionniers du surf à travers le monde. Des plages californiennes aux forêts de pins landaises, des baies hawaïennes aux immensités australiennes, les personnages qui incarnent cette passion saugruenue pour l’époque ne vivent pas sur les mêmes continents, mais partagent un point commun, au-delà de la passion des vagues. Entretenir la mémoire de ces mecs considérés comme de doux dingues en leur temps, rentrés aujourd’hui au Panthéon d’un sport plus populaire que jamais et largement mondialisé, c’est aussi un moyen de préserver cet esprit frondeur qui a donné ses lettres de noblesse au surf.

L'écriture et l'océan : un prolongement de la glisse

Faire surfer la plume sur les feuilles blanches est aussi plaisant que de glisser sur les vagues. Le bon mot et la bonne vague ne s’improvisent pas. C’est un jeu pour certains, un art pour d’autre, l’essentiel est toujours le même, il faut y prendre plaisir et s’amuser. Après une carrière dans le surf de haut niveau, Cédric Grèze a écrit Le rire de Poséidon pendant le premier confinement, pour témoigner de cette période historique inédite. Cette fréquentation quotidienne des vagues a élaboré sa vision de l’existence, son écriture plonge dans cette source.

Le surf imprègne également la littérature, comme en témoigne le roman graphique du Californien AJ Dungo qui raconte sa tragique histoire d’amour avec Kristen, rencontrée au lycée et emportée par un cancer à l’âge de 25 ans. Rares sont les bons bouquins qui font du surf leur intrigue principale. De son côté, Lilian Haristoy dessine une ligne d’horizon entre art et culture, entre poésie et science. Dans sa chambre d’enfant, il compulsait les fiches Cousteau jusqu’à les connaître par cœur. Ce regard sur ce monde à la fois doux et sauvage, nous entraîne de la surface jusque dans les tréfonds de l’océan mais aussi de notre histoire, de celui des marins et de leurs frères, les pêcheurs.

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