Le revolver Nagant, bien que souvent associé à la Russie, trouve ses racines en Belgique, grâce à l'ingéniosité des frères Nagant. Cet article explore l'histoire de cette arme emblématique, en mettant en lumière les modèles belges, leur évolution, et leur adoption par différentes nations.
Les Origines Belges : L'Ère des Frères Nagant
En 1859, les frères Émile et Léon Nagant fondent à Liège la « Fabrique d’armes Émile et Léon Nagant ». Ils débutent par des collaborations fructueuses avec Samuel et Eliphalet Remington, qui leur confient des commandes et des licences de fabrication. Après des créations communes et les premières armes commercialisées sous leur nom, les Nagant produisent en 1874 leurs premiers revolvers, initialement destinés à la police fédérale hollandaise.
Le royaume de Belgique, satisfait des pistolets double-canons juxtaposés à platine bloc-tombant de la Gendarmerie 1877, commande à la firme Nagant des revolvers pour son armée et ses douanes en 1878. Il s’agit d’un revolver imposant de calibre 10.4 mm, avec un cadre fermé, simple et double action, et un barillet fixe à éjection manuelle des douilles. Cette arme robuste sert de base aux productions futures de Nagant. Une version améliorée est lancée en 1886.
L'Ascension en Russie : Le Modèle 1895
En 1888, le tsar Alexandre III contacte Léon Nagant pour remplacer le fusil à un coup « Berdan » de ses troupes. Les Nagant collaborent avec le colonel Sergueï Ivanovitch Mosin pour créer un fusil de calibre 7,62 mm, baptisé « Mosin Nagant M1891 », approuvé par le tsar en 1891 et devenu légendaire dans l’armée russe.
En 1895, les Nagant marquent définitivement l'histoire de l'armée russe lorsqu'ils conçoivent le revolver M1895, adopté comme arme de poing officielle. Ce revolver à sept coups de calibre 7,62 mm se distingue par son mécanisme unique qui élimine la déperdition de gaz entre le canon et le barillet, augmentant ainsi la portée et permettant l'installation d'un silencieux.
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La production du Nagant M1895 débute à Liège, en Belgique, avant d'être transférée en Russie en 1898, où les arsenaux de Tula produisent plus de 20 000 exemplaires par an.
Le Nagant M1895 : Un Mécanisme Révolutionnaire
Le Nagant M1895 fonctionne en simple et double action avec un barillet de 7 coups. Le chargement s'effectue par une portière latérale. Sa particularité réside dans son barillet auto-obturateur : à chaque armement du chien, le barillet avance pour étanchéifier l'espace entre la chambre et le canon, minimisant la perte de gaz. La cartouche à ogive interne contribue également à cette obturation complète.
Versions et Munitions
Le revolver Nagant est produit en deux versions : simple action pour la troupe et double action pour les officiers et la police. La cartouche, élément clé du système Nagant, assure une étanchéité maximale entre les chambres du barillet et le canon, avec un étui en laiton qui enferme complètement le projectile.
Le Modèle 1910 : Une Tentative de Retour au Marché Civil
Léon Nagant lance en 1910 un revolver quasiment similaire au modèle 1895, mais avec extraction. Anticipant la montée des pistolets automatiques, il espère reconquérir des marchés militaires avec ce modèle. Cependant, les gouvernements préfèrent les automatiques, et le modèle 1910 reste une arme civile.
Ce revolver possède un barillet extracteur en étoile tombant à droite, avec 7 coups en 7.62. Les mécanismes sont similaires au 1895, mais les pièces ne sont pas interchangeables. Il peut être considéré comme une triple action en raison de l'avancement du barillet pour obturer les chambres.
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Pour éjecter le barillet, il suffit de tirer légèrement la portière en arrière et de le pousser. Le poids de départ du modèle 1910 est d'environ 1.5 kg, contrairement au 1895 où il est difficile de descendre en dessous de 3.5 kg sans perdre le retour de détente.
Les marquages sur la carcasse droite indiquent « L Nagant breveté Liege 1910 ». Le numéro de série est situé sur la carcasse devant le barillet, et les deux derniers chiffres sont repris sur la face arrière du barillet. La face avant du barillet porte les marquages belges liégeois d’acceptation de poudre et d’épreuve, ainsi que l’étoile sur AR, marque d’inspection commerciale. Environ 2500 exemplaires de ce modèle ont été produits, ce qui en fait une pièce rare.
Production et Adoption
Le Nagant M1895 est d'abord fabriqué en Belgique, puis en Russie à partir de 1898. Les arsenaux russes produisent environ 180 000 exemplaires en cinq ans (1898-1902). Le revolver est produit en simple action pour la troupe et en double action pour les officiers et la police.
L'armée soviétique adopte le pistolet semi-automatique Tokarev en 1930, mais continue d'utiliser le Nagant jusqu'en 1945 en raison de son efficacité et de sa précision.
Le Nagant dans l'Histoire Militaire
Omniprésent dans l’armée russe impériale, le Nagant M1895 est également adopté par l’Armée Rouge. Bien qu'il soit remplacé en 1930 par le pistolet semi-automatique Tokarev modèle 33, il reste en service jusqu'en 1945 en raison de son efficacité et de la nostalgie des troupes.
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Le Nagant M1895 est réputé pour sa précision et a connu une carrière sportive sous une forme sportérisée avec détente match, poignée orthopédique et organes de visée réglables.
Le Nagant en Belgique Aujourd'hui
En Belgique, le revolver russe Nagant modèle 1895 est à l’origine de la suppression des armes de panoplie, en raison de sa grande disponibilité et de son faible coût.
Défis de Rechargement et de Munitions
Le rechargement des munitions pour le Nagant peut être complexe, nécessitant des outils spécifiques et une attention particulière au recuit du collet. Des alternatives comme le montage d'un barillet pour du .32 long sont possibles, mais nécessitent des modifications et des autorisations.