Plongée Écoresponsable : Connaissance et Respect de l'Environnement Subaquatique pour Préserver les Mondes du Silence

L'océan n'est pas seulement un lieu d'une immense beauté naturelle, il joue également un rôle crucial dans le maintien de la vie sur Terre. Il nous fournit de l'oxygène, régulateur de notre climat, et abrite des écosystèmes diversifiés essentiels à la biodiversité. Malheureusement, nos océans sont confrontés à de nombreuses menaces, de la pollution plastique au changement climatique. En tant que plongeurs, nous connaissons de première main les merveilles et la fragilité des environnements marins, ce qui nous place dans une position unique pour agir en tant que défenseurs des océans. La plongée en milieu naturel est une activité fascinante où l’on s’invite dans un milieu naturel qui n’est pas le nôtre. C’est pour cela qu’elle doit être pratiquée avec un profond respect pour l’environnement.

La Fragilité des Écosystèmes Subaquatiques : Témoignages et Urgence

La passion du « bleu » peut parfois virer au « blues » face à la dégradation des milieux subaquatiques, comme le témoigne Vincent Maran, vice-président de la commission « environnement et biologie » à la Fédération française d’études et de sports sous-marins (FFESSM). Photographe subaquatique depuis plusieurs dizaines d’années, il a vu les écosystèmes se dégrader. Sous l’eau, les plongeurs sont témoins de phénomènes que la plupart des gens ne voient pas. Le blanchiment des coraux dans les mers tropicales, par exemple, est un phénomène connu et étudié depuis une bonne vingtaine d’années, la première alerte aux Maldives ayant été donnée dès 1997-1998. Ce phénomène est dû au réchauffement de l’eau, avec le dérèglement climatique causé par nos émissions de CO2. Un autre exemple, plus proche en Méditerranée, est la mortalité massive des gorgones à l’été 2022, que de nombreux plongeurs ont pu constater de leurs propres yeux, et qui est vraiment spectaculaire.

Les plongeurs, en tant que milliers d’observateurs, ont un rôle à jouer, en plus des scientifiques, notamment grâce aux appareils numériques qui ont permis une démocratisation de la capture d’images. Il faut faire des photos, des vidéos, communiquer le plus largement possible, afin que les décideurs ne puissent plus dire : « On ne savait pas. » Plonger, c’est s’immerger dans un monde minéral et aquatique, mais aussi et surtout dans un monde vivant. 90 % des plongeurs parlent de ce qu’ils ont vu en revenant à la surface, de ce qu’ils ont aimé, et ils ont envie de revoir ça, donc de respecter et protéger ce monde vivant, pour l’immense majorité d’entre eux !

Les Fondements d'une Pratique Subaquatique Consciente et Responsable

Pour un plongeur, la connaissance et le respect de l’environnement subaquatique sont primordiaux. Cela implique de transformer une plongée d'exploration en plongée d'observation, en développant un comportement propice.

Objectif 1 : Évoluer en limitant son impact sur le milieu

En tant que plongeurs, l'une des façons les plus efficaces de protéger les océans et la vie marine est d'adopter des techniques de plongée responsables. Cela commence par des gestes simples et une maîtrise technique rigoureuse.Il est essentiel d'évoluer en étant équilibré, en étant compact et en maîtrisant son palmage. Ces compétences permettent d'éviter tout contact intempestif avec le milieu. Il s'agit également d'éviter toute nuisance, qu'elle soit visuelle ou sonore. Pour cela, il ne faut ni nourrir les animaux marins, ni les harceler, garantissant ainsi un respect du milieu.

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De petits gestes, comme ne pas remuer les sédiments avec nos palmes, peuvent contribuer à préserver les habitats naturels dont dépend la vie marine. Soyons bien stabilisés, afin de ne pas avoir à s'écraser sur le fond qui renferme forcément des organismes vivants, ou à nous accrocher à des végétaux, des gorgones, des éponges ou autres animaux. Toucher un cnidaire comme une gorgone, c'est l'abîmer à coup sûr. Une fois touchés, les polypes atteints vont mourir, et la zone atteinte de la gorgone sera vite envahie par des parasites (algues, alcyon). Ne prélevons rien, mort ou vivant. Si ce n'est les déchets abandonnés que nous pouvons remonter à la surface. À ce sujet, la plus belle des images ne justifie pas une dégradation du milieu. Ne retournons pas les pierres ou alors très délicatement, et remettons les en place précautionneusement. Il y a une vie fixée importante sous chacune d'entre elles.

Il est prouvé que les huiles solaires sont néfastes au milieu marin (mort des coraux, modification de la croissance et de la reproduction de nombreuses espèces,…). Certaines huiles sont moins néfastes mais toutes le sont néanmoins. Si on ne connaît pas, on ne touche pas ! En plongée de nuit, on plonge souvent avec des phares puissants. Ils aveuglent les animaux ou les réveillent quand les faisceaux sont dirigés vers les yeux. Apprendre les bonnes pratiques en matière de plongée n'est pas seulement bénéfique pour votre sécurité, mais aussi pour la protection des environnements marins fragiles, en veillant à ce qu'ils restent intacts pour les générations futures.

Objectif 3 : Plonger en étant responsable - La Charte Internationale du Plongeur Responsable

Plonger en étant responsable implique de connaître les dangers du milieu, de respecter le milieu et de connaître la charte internationale du plongeur responsable. Il s'agit de connaître les dangers du milieu : en surface, en pleine eau et au fond, afin de ne pas être mis en danger par le milieu.

La Fédération Française d'Études et de Sports Sous-marins (FFESSM) a adopté la Charte Internationale du Plongeur Responsable, lancée en février 2002. Cette charte est un guide éthique et non une somme de contraintes. Ses propositions doivent être envisagées au cas par cas, tant les sites de plongée et les situations diffèrent d'un lieu à l'autre. Son objet est de pousser chacun à s'interroger et à mettre en place les conditions de plongée optimales pour une préservation et un partage équitable des richesses de la mer.

Les "10 Commandements du Plongeur Responsable" incarnent l'esprit de cette charte :

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  1. Entretenir les moteurs des embarcations et ne rien jeter à la mer.
  2. Avoir un lestage adapté et une flottabilité contrôlée.
  3. Ne rien ramener du fond.
  4. Ne pas nourrir les animaux marins.
  5. Fixer près du corps tous les accessoires.
  6. Choisir des palmes adaptées et éviter d'évoluer près du fond.
  7. Éviter les ancres sur des zones sensibles (posidonies, récifs coralliens).
  8. Dans les grottes, contrôler ses expirations.
  9. Ne pas déranger les animaux marins.
  10. Faire attention à ne pas répandre la Caulerpa taxifolia.

La Charte Internationale du Plongeur Responsable s'articule en six domaines, offrant un cadre complet pour une approche respectueuse de la plongée :

1. Préparez votre voyage : Avant de partir, il est conseillé de choisir une agence de voyage qui adhère à une charte éthique et de privilégier les Centres de Plongée Responsables qui sont concernés par la protection de l'environnement. Renseignez-vous sur les écosystèmes marins que vous allez découvrir et informez-vous sur les habitants du pays qui vous accueille.

2. Avant la plongée : Remettez-vous en forme et informez-vous sur le site de plongée. Demandez une projection-présentation de l'écosystème à votre centre de plongée, ainsi que la liste des espèces menacées et les réglementations les concernant. Renseignez-vous également sur les actions menées par le centre de plongée en matière de protection du milieu sous-marin (bouées de mouillage…).

3. Sur le bateau : Une fois sur le bateau, ne jetez rien par-dessus bord. Refusez les assiettes et gobelets en plastique, et demandez l'installation de poubelles sur le pont pour les déchets. Veillez à bien fixer détendeurs de secours, consoles et manomètres, et choisissez des palmes courtes et peu agressives.

4. En plongée : Dès la mise à l'eau, pensez à vérifier votre lestage, et ajustez-le si nécessaire. Pensez à palmer doucement, pour ne pas heurter la vie fixée. Évitez le contact avec plantes et animaux fixés. Ils sont fragiles, la multiplication des chocs les détruit. Ne prélevez rien, sauf des images. Ne harcelez pas les animaux. S'ils se sont réfugiés dans leur cachette, ne les forcez pas, ils sont déjà stressés. Évitez de nourrir les poissons, car vous pervertissez leur comportement et déséquilibrez l'écosystème. Les animaux qui ne bougent pas le jour sont généralement nocturnes et vont chasser la nuit. S'ils sont dérangés trop souvent, ils n'auront plus l'énergie nécessaire pour se nourrir correctement une fois la nuit venue et seront moins forts pour échapper à leurs prédateurs, ce qui réduit leurs chances de survie.

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5. Après la plongée : Efforcez-vous d'économiser l'eau douce, car c'est le bien le plus précieux. Demandez des installations qui évitent le gaspillage d'eau douce.

6. Au cours du séjour : N'hésitez pas à sortir du centre de plongée, de l'hôtel : Il y a tout autour, un monde qui attend de vous rencontrer. N'achetez pas de souvenirs arrachés à la mer : dent de requin, carapace de tortue, étoile de mer, hippocampe et autres poissons séchés, corail, coquillages, etc. Boycottez les restaurants qui servent de la soupe d'ailerons de requin, de la viande de tortue et de cétacés, ainsi que des poissons capturés par des moyens destructifs. Demandez aux restaurateurs comment sont pêchés les produits de la mer qu'ils proposent.

Développer sa Capacité d'Observation pour Mieux Protéger

Pour respecter véritablement l'environnement subaquatique, il est indispensable de le comprendre. Cela passe par le développement de sa capacité d'observation et la connaissance des espèces.

Objectif 2 : Développer sa capacité d’observation

Il s'agit de développer sa capacité d’observation en maîtrisant des techniques d'approche (ventilation, stabilisation, palmage). Il faut savoir où et quand chercher, en comprenant les biotopes et le comportement des différentes espèces. Pour cela, il est nécessaire de connaître ce qu'on cherche, d'identifier les espèces et de partager ses observations.

Au final, on peut "VOIR" une vue d’ensemble, "REGARDER" pour percevoir des détails, et, si l'on aime, "OBSERVER" pour entrer dans la vie intime des espèces. Il s'agit de développer un comportement propice à l'observation : éviter les gestes brusques, approcher discrètement la faune, et après la plongée, recueillir auprès du Guide de Palanquée les informations relatives à ses observations.

La connaissance des différents types d'habitats est fondamentale pour l'observation :

  • Fonds rocheux : ils offrent une grande diversité et représentent environ 80% des plongées.
  • Tombants : très prisés par les plongeurs, ils abritent une vie très riche, avec des espèces aimant les courants.
  • Fonds de sable : sous le sable se cache la vie de nombreuses espèces pour qui le camouflage est devenu une seconde nature ; il faut fouiller des yeux pour accéder à leur monde.
  • Herbiers : forêts de laminaires, posidonies, ce sont souvent des lieux de nurseries pour des espèces.
  • Grand large ou le monde sous-marin en 3D : on y trouve de gros poissons et de petits planctons.

Il est aussi utile de connaître le comportement des principales espèces rencontrées et, à titre d'exemple, les périodes de reproduction en milieu d'eau douce. Plonger avec respect et précaution implique de savoir "VOIR, COMPRENDRE, AIMER, RESPECTER" ; quatre mots qui sont une profession de foi que tout plongeur devrait faire sienne. Ouvrez grand les yeux, protégez la vie, devenez des plongeuses et des plongeurs responsables.

Objectif 4 : Connaître les principaux groupes d’animaux et de végétaux subaquatiques

Pour être apte à reconnaître des animaux ou des végétaux couramment rencontrés, plusieurs raisons sont invoquées : ne pas perturber les biotopes et leurs habitants, ne pas être mis en danger par le milieu, et respecter la réglementation et la protection du milieu et surtout des espèces menacées.

La classification des espèces, qu'il s'agisse de faune ou de flore, est un outil essentiel. Les animaux se déplacent alors que les végétaux se contentent de stagner. Mais il existe des animaux bizarres aux allures végétales : les éponges, les coraux, les anémones de mer, certains sénateurs… Ces animaux sont dits « zoophytes » et leur existence même démontre que la différence entre les deux règnes n’est pas si simple à établir. Les scientifiques ont fixé cette différence principalement sur le mode d'alimentation. Les végétaux sont des organismes autotrophes, capables de photosynthèse. Les animaux, eux, n’ont pas cette capacité : ils sont hétérotrophes et n’assimilent que la matière organique qu’ils ingèrent. Les champignons, bien que distincts des animaux, s’alimentent par absorption (absorbotrophes) et non par ingestion.

La classification systématique des êtres vivants, qu'elle soit traditionnelle (fondée sur des caractères biologiques, physiologiques) ou phylogénétique (basée sur l'étude des relations de parentés), aide à mieux comprendre ce monde. Dans la classification phylogénétique, le groupe des poissons n'existe pas, et le « poisson » Cœlacanthe est plus proche des humains que de la truite, comme le montrent les études en phylogénie.

Ce qui nous intéresse particulièrement dans l'arbre phylogénétique des espèces marines sont des groupes tels que :

  1. Les Algues
  2. Les Éponges
  3. Les Cnidaires
  4. Les Vers
  5. Les Bryozoaires, Ascidies
  6. Les Échinodermes
  7. Les Mollusques
  8. Les Crustacés
  9. Les Vertébrés (y compris les Poissons)

Comment être apte à reconnaître ces animaux ou végétaux ? Par des observations détaillées (par exemple, les rayons épineux, la nageoire dorsale, l'opercule, l'œil, la nageoire adipeuse, les narines, les mâchoires, les barbillons, la nageoire pectorale, la nageoire caudale, la nageoire ventrale, la nageoire anale pour un poisson) et par l'utilisation de clés de détermination. Des outils et des clés pour connaître et reconnaître sont disponibles, comme DORIS (Données d'Observation pour la Reconnaissance et l'Identification de la faune et flore Subaquatique).

Cette connaissance permet aussi de ne pas être surpris par des espèces potentiellement dangereuses. Car il existe :

  • Des poissons qui mordent (barracudas, brochets …)
  • Des poissons qui piquent (poissons-pierre, poissons-chat …)
  • Des poissons qui coupent (poissons chirurgien …)
  • Des poissons qui embrochent (espadons)
  • Une faune qui pique (méduses, cônes, oursins …)
  • Une faune qui poignarde (raies …)
  • Une faune qui électrocute (torpilles …)
  • Une faune qui pince (crabes, écrevisses…).

L'Engagement des Organisations et la Formation pour un Futur Durable

La protection de l’environnement subaquatique est l’affaire de tous. La FFESSM développe différentes actions de sensibilisation, de découverte et d’information, la première d'entre elles étant le module "Environnement" des référentiels de formation technique. Historiquement, en France, les gens sont d’abord arrivés à la plongée loisir par la chasse sous-marine, mais petit à petit est arrivé un autre public, avec un autre regard sur le monde marin, puis sont apparues les commissions culturelles de la FFESSM, notamment la commission « biologie », qui s’est ensuite appelée « environnement et biologie ». On s’est rendu compte que plonger pouvait aussi avoir un impact négatif sur l’environnement. Donc apprendre à évoluer sous l’eau sans détruire, c’est devenu un message important au sein de la FFESSM. La mobilisation a eu pour point de départ la commission « bio », mais maintenant cela concerne toutes les commissions (techniques, sportives, etc.).

La commission "Apnée" a mis en place en 2007, une unité de compétence sur l’environnement, dès l’initiation. Cette action est basée sur trois points déclinables en fonction du niveau préparé : contact avec les fonds, gestion des déchets et gestion de l’eau douce. Enfin, la commission qui encadre la pratique de la pêche sous-marine développe la notion de pêche responsable : respect des sites, connaissances des poissons et surtout les périodes de reproduction.

La commission "Environnement et biologie subaquatiques" (CNEBS) organise des stages et des formations spécifiques à la biologie subaquatique et participe activement à l'évolution des connaissances sur le milieu marin. Les aménagements des sites de plongée ont pour objectif de limiter l’impact de l’activité sur le milieu, mais aussi d’en faciliter l’organisation et la sécurité. Cependant, les aménagements ne sont que des moyens, et la préservation du milieu en mer ou en eaux intérieures passe avant tout par la formation, l'information et l’autonomie des pratiquants. Les sites équipés sont en effet de nature à constituer, rançon de leur succès, des points de fréquentation plus soutenus. Lorsque les sites sont très fréquentés, les aménagements permettent de limiter les impacts de cette fréquentation, en évitant les mouillages répétés, les piétinements intempestifs de berges…, et d’organiser l’accès dans un espace faisant souvent l’objet d’une gestion spécifique.

La démarche pédagogique construite autour de la randonnée subaquatique en est un bel exemple. D’une simple activité de nature, cette activité peut devenir le support d’une démarche plus globale de respect de l’environnement. Par sa composante environnementale et l’éducation à l’environnement auprès d’un large public, y compris les scolaires, en s’intégrant à des projets éducatifs. Dans une approche économique permettant le développement d’un tourisme responsable, respectueux de l’environnement. À l'échelle d'un club, les actions de sensibilisation touchent en premier lieu ses adhérents.

La Fédération a également créé le label Écosub, avec un certain nombre de critères à remplir pour les clubs qui souhaitent s’engager dans une démarche écoresponsable très active. Tous les deux ans, elle récompense des initiatives sur un thème avec le Trophée des activités subaquatiques responsables. Les écoles de plongée ont un rôle important à jouer dans la promotion des pratiques durables de la plongée sous-marine auprès de leurs étudiants. Les professionnels de la plongée devraient acquérir une compréhension de base des principes de conservation de l’environnement naturel et de la biologie marine afin de sensibiliser et d’éduquer les plongeurs sur les problèmes de pollution et les menaces pour les récifs coralliens.

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