Les fondements de l'archéologie subaquatique en France
Le domaine de l’archéologie sous-marine en France trouve son épicentre à Marseille, véritable berceau mondial de cette discipline. C’est dans cette ville que siège le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), une institution créée en 1966 par André Malraux, alors ministre de la Culture. En 2024, cette entité regroupe 39 agents, incluant des chercheurs et des administratifs, dont la mission fondamentale est d’explorer, d’étudier, de valoriser et de protéger le patrimoine archéologique littoral et maritime de l’ensemble des eaux marines sous juridiction française. Depuis sa création, le département a recensé plus de 6000 épaves sur le littoral français.
Le Drassm assure également l’instruction, le contrôle et le conseil des opérations d’archéologie sous-marine. Il a réalisé l’expertise, dirigé l’étude et contrôlé la fouille de plus de 1600 sites archéologiques subaquatiques et sous-marins en France métropolitaine, en outre-mer et à l’étranger. Cette expertise reconnue mondialement lui confère un rôle de conseiller auprès de l’Unesco, permettant au département d’apporter régulièrement son savoir-faire lors de missions internationales. De nombreux pays ont ainsi sollicité l’assistance du Drassm, parmi lesquels le Brunei, l’Égypte, le Gabon, la Libye, Malte, le Pakistan, les Philippines, les Îles Salomon et les États-Unis.
La gestion des biens culturels et la transmission des savoirs
Au-delà de l’exploration, le Drassm gère les collections des biens culturels maritimes, qui sont les objets archéologiques issus du domaine public maritime. Avec la création de la cellule de conservation préventive en 2010, aujourd’hui dénommé pôle DSA (données scientifiques de l'archéologie), 63 234 biens culturels maritimes ont été inventoriés parmi ceux qui ont été déclarés. Ces objets sont conservés dans les 20 dépôts archéologiques gérés directement par le Drassm, répartis sur tout le territoire, ainsi que dans 240 autres dépôts administrés par des institutions partenaires.
La mission éducative est tout aussi centrale. Le Drassm contribue à la formation des futurs personnels scientifiques pour le ministère de la Culture. Co-fondateur du MoMARCH (Master of maritime and coastal archaeology) avec l'université Aix-Marseille, il organise chaque année des chantiers-écoles à destination des étudiants. Ce programme de formation sur deux ans délivre un diplôme de niveau Bac + 5 et prépare les futurs cadres internationaux spécialisés dans l’étude, la protection, la gestion et la valorisation du patrimoine archéologique littoral et immergé. Chaque année, le master accueille une nouvelle promotion internationale de 8 étudiants. Le suivi universitaire des étudiants et l’encadrement sur le terrain sont assurés par une équipe essentiellement composée de membres du Centre Camille Jullian (CNRS) et du Drassm. Le département met également à disposition les ressources de son pôle documentaire et accueille chaque année de nombreux stagiaires.
Les centres de ressources : Mémoire de la recherche
Le centre de ressources du Drassm est un pilier de la recherche scientifique. La bibliothèque Bernard Liou est la référence en France pour l’archéologie sous-marine et subaquatique. Elle réunit le fonds du Drassm, spécialisé dans le domaine, et celui de l’ancien CNRAS d’Annecy, plus particulièrement dédié à l’archéologie des eaux douces. En 2009, elle s’est enrichie de la bibliothèque personnelle de Bernard Liou, ancien directeur du Drassm disparu en 2006. Cette bibliothèque compte 9 533 ouvrages, 458 cartes et plans, 422 travaux universitaires et 260 revues et collections. Le fonds actuel couvre l’essentiel des domaines de compétence du département : archéologie sous-marine, fluviale et lacustre, histoire maritime, histoire de l’architecture et de la construction navale, naufrages et épaves, sites immergés, histoire de la plongée, études et inventaires des mobiliers, épigraphie, numismatique, conservation préventive et restauration. Son catalogue est accessible sur le site du Catalogue Collectif Indexé Frantiq.
Lire aussi: Tout savoir sur le rôle du maître-nageur à Reims
La photothèque-vidéothèque du Drassm constitue un fonds unique au monde, réunissant plus de 120 000 documents numérisés et restaurés. Ce fonds retrace les grandes étapes de l’histoire de la discipline grâce à 90 000 phototypes, 250 bandes vidéo de tous types et des centaines de dossiers scientifiques. Toutes les photos et vidéos sont accessibles en ligne dans la base Mémoire du ministère de la Culture. Enfin, les archives scientifiques regroupent l’ensemble des dossiers relatifs aux biens culturels maritimes. Chaque dossier d’épave comprend au moins la déclaration de bien culturel maritime ou la référence des archives collectées. Ces documents alimentent la base de données nationale Patriarche.
Réglementation et pratique de terrain
L’archéologie subaquatique obéit à une réglementation spécifique avec un classement hyperbare obligatoire selon la réglementation du ministère du travail. Le but de cette discipline est d'inventorier, d'identifier puis, selon les autorisations accordées, de fouiller des sites à caractère préhistorique ou historique. Qu’il s’agisse de sites maritimes comme des épaves, ports ou lieux de mouillage, ou dans les eaux intérieures comme des gués, ponts ou structures immergées, le Drassm assure également une mission de conseil auprès des services de l’archéologie des directions régionales des affaires culturelles. Il accompagne les responsables de ces opérations, notamment en matière de traitement de la documentation et du matériel recueillis.
Une partie des subventions nationales et régionales est redistribuée aux chantiers de fouilles afin de mener à bien leurs actions de formation pratique et théorique. Les chantiers fédéraux représentent plus de la moitié des autorisations délivrées par le Ministère de la Culture. Le niveau technique demandé varie selon la profondeur des chantiers, mais toujours dans le respect des normes fédérales. La période la plus longue est celle consacrée à l’étude des résultats et à la rédaction des rapports consignant les faits observés et leur interprétation, que tout titulaire d’une autorisation doit remettre en fin d’année au ministère de la Culture. Des exemples concrets illustrent cette rigueur, tels que l’enlèvement du mobilier archéologique sur l’épave Ouest Giraglia en Corse, ou la prospection du secteur nord de la plate-forme littorale aux alentours du site néolithique de Beau Phare, dans le lac d’Aiguebelette en Savoie.
La convergence des méthodes : L’exemple des fouilles urbaines de Reims
Si l’archéologie subaquatique définit des protocoles stricts, les méthodes de fouille terrestre, illustrées par les travaux au musée des Beaux-arts de Reims, partagent la même exigence de collecte méthodique. Cette opération a permis de mettre au jour des niveaux gallo-romains, médiévaux et modernes. Une découverte intrigante est celle d’une petite colonne antique retrouvée avec son chapiteau, suggérant la présence d’une colonnade décorative. Étonnamment, cette colonne se trouve contre le bâtiment médiéval, ce qui pourrait indiquer que cette structure a été intégrée à des fins décoratives. Des caniveaux romains ont également été retrouvés, remplis de dalles réutilisées, dont certains blocs rappellent les fontaines en pierre de taille mises au jour dans les années 1980 rue Libergier.
La zone 6, située dans la cour d’honneur, a révélé une chaussée romaine large d’une dizaine de mètres avec, de part et d’autre, l’emplacement de trottoirs. Parmi le mobilier découvert figurent une lampe à huile en céramique et une anse en métal d’un petit récipient. Par ailleurs, une grande pièce avec hypocauste a été mise au jour, indiquant la présence probable d’un établissement de bains. Les fouilles révèlent un frigidarium, salle froide entièrement carrelée dans sa dernière phase d’utilisation, mais qui a connu un état antérieur avec un sol en mosaïque. Des traces d’emplacement d’éléments de décor en marbre ou calcaire ont également été retrouvés le long des murs.
Lire aussi: Où se baigner à Reims et dans ses environs?
Ces recherches, réalisées sous des conditions météorologiques peu clémentes, ont apporté d’autres surprises. Au sud du jardin, plus d’une cinquantaine de blocs ayant servi de remploi pour la construction d’un large mur ont été dégagés : fragments d’architecture, dalles funéraires, plates-tombes et chapiteaux appartiennent probablement à l’église abbatiale ou à des bâtiments conventuels. Un peu plus loin, des moules à cloche et des scories de bronze attestent la présence d’autres types de fours sur ce site.
#
Lire aussi: Natation adulte : Cours et lieux à Reims