La performance en natation est un domaine complexe influencé par une multitude de facteurs. Des aspects techniques et biomécaniques aux considérations psychologiques et environnementales, chaque élément joue un rôle crucial dans la capacité d'un nageur à atteindre son potentiel maximal. Cet article explore en profondeur les différents facteurs qui contribuent à la performance en natation, en s'appuyant sur des études récentes et des exemples concrets.
L'influence de l'entraîneur et de l'entourage
L'influence entraîneurs nageurs est un pilier central de la réussite en natation. Une étude récente a révélé que près de 70 % des nageurs attribuent leurs performances exceptionnelles à la guidance de leur entraîneur. Le lien entre un entraîneur et son nageur transcende la simple relation d'instruction et d'apprentissage. Pour les entraîneurs, comprendre les besoins individuels des nageurs tout en stimulant leur potentiel est un art en soi. De la planification des séances d’entraînement à l’apport de soutien mental lors des compétitions, chaque interaction peut avoir un impact significatif sur les performances en bassin.
Une relation de confiance et de respect entre l’entraîneur et le nageur est essentielle pour maximiser le potentiel de l’athlète. L’influence entraîneurs nageurs est primordiale pour guider le développement technique, mental et physique de chaque nageur. Pour créer une dynamique positive, il est important que l’entraîneur comprenne les besoins individuels de chaque nageur, incluant l’évaluation de leurs points forts et de leurs faiblesses, ainsi que la reconnaissance de leurs objectifs personnels.
Un bon entraîneur doit posséder diverses compétences pour exercer son influence entraîneurs nageurs de manière efficace. Les entraîneurs ont un impact direct sur les performances des nageurs. Une étude récente a montré que les nageurs ayant un bon rapport avec leur entraîneur ont tendance à améliorer leur performance de 10 % en moyenne. De nombreux nageurs de renommée mondiale attribuent leur succès à la influence entraîneurs nageurs, comme Michael Phelps qui a souvent parlé de l’impact crucial de son entraîneur Bob Bowman dans sa carrière.
L'entourage nageur, qui comprend les entraîneurs, les coéquipiers, la famille et les professionnels de santé, joue également un rôle déterminant. Un entourage nageur bien structuré offre un environnement de soutien où chaque membre joue un rôle crucial. Les entraîneurs bénéficient de l’expérience partagée et des conseils des autres professionnels, tandis que les nageurs trouvent l’encouragement nécessaire pour dépasser leurs limites. La communication est la clé dans la relation entre les entraîneurs et les nageurs, et un entourage nageur efficace facilite la communication en créant des canaux ouverts et clairs, ce qui se traduit par une meilleure compréhension des objectifs et des attentes.
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Analyse de la performance et planification de l'entraînement
L'analyse de la performance est un autre facteur clé de la réussite en natation. L'analyse vidéo représente le second niveau d’analyse de la performance. Même s’il nécessite un équipement relativement coûteux (ordinateur, logiciel, caméra), cet outil permet aux entraîneurs, athlètes et scientifiques d’examiner en détail les différents éléments techniques (départ, nage libre, virage), de déterminer la vitesse du nageur à différents moments (au départ, à mi-course, à proximité de l’arrivée) et d’évaluer des paramètres techniques ou biomécaniques importants tels que la longueur et la fréquence des cycles de bras ou l’efficacité de nage.
Ce suivi comprend les tests maximaux réalisés en piscine (mesure de la performance associée à un effort maximal sur différentes distances), l’estimation de la « vitesse critique » à partir de performances réalisées sur différentes distances, ainsi que des tests sous-maximaux tels que la distance maximale couverte en 30 ou 60 minutes ou la vitesse maximale pouvant être soutenue sur 2000 ou 3000 m. L’estimation de la « vitesse critique » peut donner une indication relativement fiable, mais globale, de l’évolution de la vitesse de nage selon la distance.
Plusieurs chercheurs ont tenté de mesurer l’économie de nage en observant l’évolution de la relation VO2 - vitesse de nage. Toutefois, cette relation perd sa linéarité à l’approche de l’effort maximal et ne constitue, par conséquent, qu’un indice imparfait de l’économie de nage à des vitesses de compétition.
Une étude récente (Mujika et al., 2019) a cherché à observer quelles étaient les évolutions de performances des nageurs au cours d’une saison, en comparant leurs pics de performance obtenus dans la saison (record personnel de la saison avant la compétition internationale) et leurs performances réalisées lors des championnats du monde ou des Jeux Olympiques. En natation comme dans de nombreux sports, une des problématiques est de se qualifier pour les championnats internationaux durant les mois qui les précèdent. Deux options sont souvent envisagées : soit les nageurs doivent réaliser une performance lors des championnats nationaux qui font office de sélections internationales, soit les nageurs doivent réaliser une performance lors d’une période de temps bien définie. Quelque-soit le mode de sélection, ceci implique au nageur de devoir bien préparer son programme d’entrainement afin de remplir les critères de qualification, mais de pouvoir s’offrir une marge de progression lors des championnats internationaux, afin de pouvoir espérer gagner une médaille. La stratégie de préparation à ces différentes échéances est donc déterminante et c’est ce que les auteurs de cette étude ont donc cherché à comprendre : en quoi certains facteurs peuvent influencer les évolutions de performance entre le record personnel de la saison et le résultat obtenu en compétition internationale.
Pour cela, l’équipe de Mujika a collecté 7832 performances pour 1619 nageurs provenant des résultats des championnats du monde 2011, 2013, 2015 et 2017, et des Jeux Olympiques de 2012 et 2016. Pour chaque nageur, les chercheurs ont donc enregistré un pourcentage d’évolution de la performance, la durée entre le record personnel de la saison et la performance sur la compétition majeure. Sur l’ensemble des résultats, seulement 38% des nageurs ont réussi à améliorer leurs performances de la saison durant les championnats internationaux. Ces résultats montrent que la plupart des nageurs n’arrive donc pas à améliorer son record de la saison lors de l’événement international de l’année.
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Les résultats montrent très peu de différences selon la durée qui sépare le pic de performance de la saison et la compétition majeure. Quelque-soit cette durée, on observe des changements de performance similaires. Toutefois, les auteurs de l’étude proposent différentes solutions selon cette durée… Pour les nations qui choisissent des qualifications 3-4 mois avant l’échéance internationale, cela permet aux coaches et aux nageurs d’avoir suffisamment de temps pour reprendre un macrocycle complet de travail. Mais dans certains cas, les qualifications se situent 4 à 6 semaines avant la compétition majeure de la saison. Dans ce cas, l’approche de la périodisation par bloc semble plus adaptée, afin de mieux bénéficier des effets cumulés et retardés de l’entrainement tout en permettant une période de récupération.
Toutefois, les résultats nous montrent que la capacité à améliorer sa performance dépend également de la nationalité et donc forcément d’une culture propre à chaque pays. En effet, le seul pays qui réussit à améliorer la moyenne totale de ses performances est les Etats-Unis. On pourrait penser que la stratégie des Trials américains, qui consiste à réaliser les sélections environ 4-5 semaines avant les Jeux Olympiques est LA stratégie à utiliser. Toutefois, les statistiques nous montrent que même lorsque les états-uniens ont réalisé leurs sélections une saison à l’avance pour les mondiaux 2011 et 2015, ils ont également réussi à améliorer leurs performances. Ce constat est renforcé puisque beaucoup d’américains ne réalisent pas leurs records de saison lors des trials. Il est donc évident que les américains détiennent un secret qui leur permet d’améliorer leurs performances au cours de la saison, contrairement aux autres nations. La Hongrie semble aussi plutôt bien s’en sortir avec des performances qui restent similaires entre le pic de performance de la saison et l’événement majeur de la saison.
Les résultats révèlent également que ce sont les médaillés et les finalistes qui arrivent à améliorer leur record de saison lors de la compétition majeure de l’année. La plupart des nageurs qui n’arrivent pas à sortir des séries ou des demies-finales sont ceux qui n’améliorent pas leur record de la saison. Les médaillés améliorent leurs performances d’environ 0,9%, les autres finalistes d’environ 0,2% alors que les demi-finalistes n’ayant pas accédé à la finale régressent de 0,2%. Enfin, les nageurs qui ne sortent pas des séries régressent d’environ 0,9%. Avec ce constat, on peut considérer que les fédérations ne devraient pas imposer des temps de qualifications à hauteur d’un temps équivalent à un certain classement, puisque les nageurs ne semblent en majorité, pas capables de le reproduire ou bien de l’améliorer. Ces résultats traduisent également la capacité des meilleurs nageurs à répéter des performances proches de leurs records personnels. Ils arrivent à approcher leur record plus souvent.
Aucune différence n’a été observée selon le style de nage. On observe les mêmes résultats en papillon, dos, brasse, crawl et quatre nages. En revanche, on observe une baisse de performances moins forte pour les épreuves de 100 mètres alors que les épreuves de demi-fond entrainent des régressions plus importantes de manière générale. Il semblerait donc qu’une planification plus adaptée soit envisagée pour les spécialistes du demi-fond. Il semble que les hommes ont tendance à moins détériorer leurs performances que les femmes. Peu de différences sont observées concernant l’âge mais une tendance demeure étonnante au premier abord puisqu’on observe que les jeunes nageurs - malgré leur croissance encore en développement - détériorent davantage leurs performances que leurs ainés. Toutefois, nous pouvons supposer que les plus anciens arrivent à mieux gérer la préparation d’une compétition internationale et arrivent donc mieux à performer sur ces évènements. Aussi, il est possible que les nageurs les plus âgés bénéficient d’une marge plus importante lors des compétitions de sélections et peuvent se permettre de nager moins rapidement durant cette période. Nous retrouvons ici aussi un autre aspect qui tend à être développé par les fédérations nationales, qui pourraient prendre en compte l’âge des nageurs pour leurs systèmes de qualifications.
Moins de 40% des nageurs internationaux arrivent à améliorer leur record personnel de la saison lors des championnats internationaux. Cette progression n’est pas dépendante de la durée qui sépare les sélections nationales et les championnats du monde ou les Jeux Olympiques. Elle est également très peu dépendante du sexe, de la spécialité ou des nageurs. L’âge semble être davantage déterminant, au profit des plus anciens qui arrivent à mieux gérer leur période de préparation terminale.
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Biomécanique et physique de la nage
Les recherches de Rémi Carmigniani et de son équipe portent sur les sports nautiques dits « à rames » : natation, aviron, canoë et kayak. Pour faire varier leur vitesse moyenne, les nageurs jouent principalement sur la vitesse d’exécution d’un mouvement périodique avec leurs bras - appelé cadence. Plus la cadence est élevée, plus la vitesse moyenne est élevée. Pour étudier cette relation en natation, un test est effectué dans un bassin : un 10 × 25 m progressif avec un départ toutes les trois minutes. La cadence et la vitesse sont mesurées à chaque passage. L’objectif : améliorer la compréhension de l’évolution de la vitesse en fonction de la cadence et la mettre en relation avec la puissance délivrée au niveau des bras pour avancer.
Pour l’instant, des mesures macroscopiques (c’est-à-dire la vitesse moyenne, la cadence moyenne et la force totale en nage dite attachée) ont été effectuées, mais elles seront suivies de mesures des forces dynamiques au niveau des mains à l’aide de jauges de contrainte et de la cinétique du mouvement avec des mesures inertielles. Pendant les phases dites actives, le corps du nageur est soumis à des forces de résistance supplémentaires qui augmentent généralement la résistance dans l’eau. Par exemple, lors d’une ondulation, en raison de la déformation de son corps, le nageur doit lutter - en plus de la résistance passive de son corps non déformé - contre une force supplémentaire qui est également quadratique avec la vitesse et dépend de la forme de l’ondulation.
Ce projet a débuté en 2018 dans le cadre de l’ANR NEPTUNE (ANR-19-STHP-0004). Les particularités de la natation sont l’absence de matériel (pas de coque de bateau ou de rame, juste le corps de l’athlète) et la présence de l’interface eau/air rendant complexe l’utilisation d’équipements. Cet équipement peut comprendre des centrales inertielles (petits boîtiers étanches de la taille d’une pièce de 2 € contenant des gyroscopes et accéléromètres qui sont fixés directement sur le nageur) et des capteurs de forces. Pour seconder ces instruments, le bassin de l’INSEP a été équipé de vingt caméras (qui filment à une fréquence de 50 Hz). Dix sont placées en surface tous les cinq mètres et dix sous l’eau. Les données captées par ces caméras sont utilisées par des programmes d’apprentissage automatique pour suivre les nageurs.
L’un des principaux sujets abordés est l’étude du départ du nageur, et l’optimisation de sa trajectoire. Pour la première partie, il faut essayer de comprendre le meilleur angle de décollage que le nageur doit avoir en sortie du plot. La trajectoire aérienne qui suit jusqu’à ce que le nageur entre dans l’eau est moins intéressante du point de vue de la physique, car elle peut être décrite par les équations classiques de la chute libre (la friction de l’air est négligeable). Vient ensuite l’entrée dans l’eau : quel est le meilleur angle et quelle doit être l’orientation du corps ? Une fois que le nageur est sous l’eau, il s’éloigne de la surface et nous revenons à une situation plus simple physiquement parlant : les effets de l’interface eau/air deviennent négligeables. Souvenez-vous : en se propulsant, le nageur génère des résistances supplémentaires ! Les vitesses dans cette phase étant élevées (près de 4 m/s) ; il ne faut pas déclencher ses ondulations trop tôt au risque de se pénaliser d’une plus grosse résistance et finalement de freiner plus fort en cherchant pourtant à accélérer. En général, en crawl, les nageurs déclenchent des ondulations lorsqu’ils atteignent le point le plus bas à l’apex de leur trajectoire. Ils ont ainsi une vitesse verticale nulle.
L’objectif final de ce projet, le travail de thèse de Charlie Prétot, qui est membre de l’équipe de Rémi Carmigniani, est d’aider les nageurs à optimiser leur trajectoire sur les 15 premiers mètres (la longueur sur laquelle les nageurs sont autorisés à être sous l’eau en compétition) au départ et aux virages. Maxime Grousset, vice-champion du monde du 100 m nage libre aux derniers Championnats du Monde, qui est suivi depuis environ un an dans le cadre de ce projet, a montré que son meilleur départ se produit lorsqu’il sort de l’eau entre 11 à 12 m. Ce projet vise à l’aider également à améliorer la trajectoire de ses virages. Pour les observations vidéo, le nageur est suivi à l’aide de plusieurs marqueurs sur le squelette : tête, mains, épaules, sternum, coudes, poignets, genoux et chevilles.
Nage en eau libre : défis et adaptations
Dans la perspective des épreuves de natation eau libre qui se dérouleront dans la Seine en 2024, plusieurs projets se focalisent sur cette discipline. Une analyse de l’interaction des nageurs dans un canal de 80 m de long à Chatou est en cours. L’objectif de ce projet est de comprendre, sur des modèles réduits, comment, en fonction de la position des nageurs, les sillages qu’ils créent influencent les autres nageurs à proximité. Comme en cyclisme, dans ce genre de courses, les nageurs peuvent profiter de l’aspiration des concurrents pour s’économiser ou même perturber un autre nageur.
Un autre projet vise également à fournir des informations aux nageurs de l’Équipe de France d’eau libre sur les conditions de courses attendues : vitesse de l’écoulement dans la Seine et température de l’eau. Pour la vitesse, c’est la première fois qu’une course Olympique se déroule dans un fleuve depuis la réintroduction des courses en eau libre à Beijing en 2008. Pour la température, cela a un effet sur l’équipement (combinaison en néoprène ou en tissu) et sur la période d’affûtage deux semaines avant la course.
Facteurs psychologiques
La performance est influencée, positivement ou négativement, par plusieurs facteurs psychologiques, notamment l’anxiété, la confiance, la concentration et la motivation. L’utilisation répétée de tests psychométriques permet d’évaluer quantitativement l’état psychologique d’un athlète et de ses prédispositions, d’identifier les problèmes et de planifier les interventions appropriées. L’utilisation de tests psychologiques nécessite toutefois d’importantes précautions d’ordre éthique.