L'invention de la brasse : une plongée dans l'histoire de la natation

La brasse, nage simultanée où les mouvements des bras et des jambes sont symétriques, est souvent considérée comme la première technique utilisée pour se déplacer dans l'eau. Son origine, bien que difficile à dater précisément, remonte à des temps anciens et son évolution est étroitement liée à l'histoire de la natation elle-même. La difficulté de la brasse réside dans la coordination entre les bras, la tête (pour l'inspiration) et les jambes.

Les origines ancestrales de la brasse

Des gravures de l'Antiquité suggèrent que la brasse, ou du moins une forme primitive de nage ressemblant à la brasse papillon, pourrait avoir des origines très anciennes. Ces représentations évoquent le mode de déplacement ondulant des poissons, suggérant un mimétisme ancestral. La brasse est une nage occidentale et son origine remonte à l'Antiquité. Certains témoignages persistent de cette période. Elle émane d'une visée utilitaire, inspiré avant tout par l'instinct de conservation. Les Égyptiens, les Romains, les Assyriens et les Grecs développèrent la natation vers 2500 avant Jésus-Christ.

La brasse au Moyen Âge : utilité et détente

Au Moyen Âge, la natation était davantage perçue comme une activité de détente que comme un sport. Différentes classes de la population avaient un lien avec l'art de nager. Après une dure journée de labeur, les paysans, par exemple, se rendaient à la rivière pour se délasser. L'apprentissage de la natation faisait aussi partie de la formation du chevalier, en même temps qu'il apprenait le maniement des armes, l'équitation et le tir à l'arc. L'objectif principal était de pouvoir traverser des cours d'eau en transportant son matériel au sec. La nage ressemblait à une forme de brasse, la tête restant hors de l'eau.

La Renaissance : la natation comme signe de bonne éducation

À la Renaissance, avec la redécouverte de l'Antiquité, savoir nager devient un signe de bonne éducation. L'apprentissage de la natation fait partie de l'éducation de base dans les bonnes familles. Des ouvrages consacrés à la natation apparaissent, comme celui de Nicolaus Wynmann en 1538, qui explique comment imiter les mouvements des animaux aquatiques et conjurer la peur des eaux profondes.

Le XIXe siècle : la brasse à l'assaut des compétitions

À la fin du XIXe siècle, la brasse était la seule technique réellement pratiquée. La brasse acquiert ses lettres de noblesse en tant que nage d'endurance. Le 25 août 1875, le capitaine anglais Matthew Webb participe largement à construire la réputation de la brasse comme nage d’endurance en traversant le premier le chenal de la Manche à la nage, en 21 heures et 45 minutes. En France aussi, les nageurs savent nager en crawl en endurance, puisqu’en 1931, la française détient le record du monde du 400m nage libre, et Alex Jany le détiendra (ainsi que celui du 100m nage libre) en 1946 et 1947.

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L'évolution de la technique de la brasse

La brasse a connu plusieurs évolutions au fil du temps. La brasse « Anglaise » se nage sur le côté avec les bras alternés. Le retour reste malgré tout sous-marin. En contrepartie, elle est vivement contestée sur le plan de la vitesse. Très vite, on abandonne la Brasse anglaise à quatre temps en faveur de la Brasse allemande à trois temps, beaucoup plus efficace. La française Cartonnet, elle, ramène les mains hors de l’eau vers 1935, dans le but de limiter les résistances. Les nageurs sortent tellement de l’eau, qu’ils n’y mettent même plus la tête !

Dans les années 1970, les nageurs de l'ex-URSS introduisent un style ondulé en brasse. En 1986, l'immersion totale de la tête est autorisée en brasse, permettant ainsi de nouvelles améliorations techniques.

L'essor du crawl et l'influence des autres nages

Au XIXe siècle, les marins rapportent de nouvelles techniques de nage des Antilles, de Somalie et des îles du Pacifique. La FINA ne réglemente pas le Crawl mais la nage libre. En respirant sur le côté en brasse, la nouvelle technique répond à l’objectif de vitesse. Mais la poussée des jambes en brasse devient incompatible avec l'inclinaison du corps et se transforme en ciseaux de jambes (dans un plan sagittal). C’est la technique de « l’english side stroke », inventée (ou importée) en 1840 environ.

Vers 1880, Trudgen, après avoir observé les amérindiens, repositionne le nageur en nage ventrale pour permette un retour alternatif des deux bras hors de l'eau. Le « trudgeon » est alors adopté, car bien plus rapide que « l’over arm stroke » sur les courses de vitesse. Puis la greffe des ciseaux de jambes de brasse sur sa technique donne naissance en Australie au « double over arm stroke ».

En 1893, les frères Wickham prennent modèle sur les habitants de l’île Salomon du Pacifique. Ils transforment l’action des jambes en battement. Ce sont les frères Cavill qui rendront cette technique populaire. En 1902, Richard Cavill bat le record du monde du 100 yards en nageant l'épreuve de bout en bout en crawl.

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En 1906, un certain Tartakover impressionne en France. En compétition, il fait la démonstration de cette nouvelle technique à Joinville-le-Pont, près de Paris. « Tartakover » sera d’abord le nom accordé à cette technique, et plus tard elle deviendra le « crawl » reconnu actuellement. En 1922 sous la barre mythique de la minute au 100 mètres nage libre, son compatriote Johnny Weissmuller - le futur Tarzan - confirme la suprématie du crawl. Ensuite, Gertrude Ederle devient la première femme à traverser la Manche en 1926. Non seulement elle établit le record de la traversée, mais aussi, elle utilise le crawl pendant toute la durée de l’épreuve.

La brasse papillon : une évolution controversée

Le papillon est la dernière des 4 nages à avoir été reconnue par la FINA. Il est apparu grâce au manque de précision du règlement de la Brasse. Certains nageurs s’inspirent du « trudgeon » pour inventer l’ancêtre du papillon : alors que la grande nouveauté du « trudgeon » est de faire passer les bras alternés au-dessus de l’eau, les nageurs essaient de les faire passer de façon simultanée. Le mouvement est bien plus en adéquation avec le ciseau de jambes de brasse.

En 1926, lors d'une course de brasse, l'Allemand Erich Rademacher termine l’épreuve en ramenant ses bras au-dessus de l'eau pour toucher le mur plus rapidement que ses adversaires. En prenant idée, c’est Myers qui systématise le retour aérien des bras comme la technique de « Brasse-Papillon ». Elle est de plus en plus utilisée dans les années 30 en compétition car elle est bien plus rapide que sa petite sœur, la brasse. Malgré tout, la « brasse-papillon » est aussi plus éprouvante que la brasse. C'est pourquoi on assiste pendant environ 25 ans (1920-1945) à des courses de Brasse mélangeant différentes techniques (Brasse sous-marine, Brasse, et Brasse-Papillon).

En 1946, on imposa tout d'abord au nageur l'obligation de conserver le même style de nage pendant toute la course. La « brasse-papillon » trop fatigante sur les courses longues étaient alors parfois abandonnée. Mais pas toujours, car les nageurs arrivaient de mieux en mieux entraîné. Ainsi en 1952, aux jeux olympiques d'Helsinki, les 8 finalistes du 100 mètres Brasse nageaient en « Brasse Papillon ». En 1953, on sépare nettement la Brasse et le Papillon. En brasse, le retour de bras se fait obligatoirement sous la surface de l’eau, les mains ne peuvent dépasser la ligne des hanches. Aux JO de Rome, en 1960, Counsilman, de l’université Indiana aux USA, nagera en papillon avec 2 ondulations par mouvement de bras.

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