Laurent Voulzy, l'Artisan du Son Derrière "Surfin Jack" en 1980

En 1980, une mélodie entraînante et un hommage direct aux sonorités ensoleillées des Beach Boys marquaient le paysage musical français : "Surfin Jack". Cette chanson, emblématique d'une certaine "pop à Lolo", fut interprétée et co-créée par Laurent Voulzy, un artiste dont le parcours musical et personnel est aussi riche et nuancé que ses compositions. L'année 1980 fut significative dans sa carrière, puisqu'il publia ce 45 tours autonome, qui illustrait parfaitement sa démarche singulière sur le marché du disque.

Les Racines Créoles et les Premiers Accords

Laurent Voulzy est le fils de Lucien Gerville-Réache (1928-2008), un homme d'affaires et homme politique guadeloupéen, et de Marie-Louise Voulzy (1928-2022). Sa mère, ayant quitté son île natale pour Paris afin d'y tenter une carrière de chanteuse et de danseuse, a profondément influencé son enfance. Comme il le dira plus tard dans sa chanson "Cœur grenadine", Laurent Voulzy est ainsi « né dans le gris par accident ». À l'âge de huit ans, Laurent retourne vivre avec sa mère qui a abandonné tout projet de carrière artistique et s’est remariée. Il grandit à Nogent-sur-Marne avec sa mère et son beau-père, un environnement où, à la maison, on parle et on mange créole. Sa mère écoute beaucoup de musique antillaise et afro-cubaine, salsa, calypso, merengue et conga, des sonorités qui, sans aucun doute, ont imprégné son éveil musical. Cependant, il est vite influencé par la musique anglo-saxonne diffusée à la radio, jetant les bases de son style futur. Il ne rencontrera son père biologique qu'à l'âge de 15 ans.

Adolescent, Laurent Voulzy n'est pas un très bon élève ; son unique préoccupation est alors de perfectionner ses accords de guitare. Il organise ses premiers concerts à la maison des jeunes de Nogent-sur-Marne, notamment en compagnie de Claude Le Péron, qui deviendra le bassiste de Jean-Jacques Goldman. À 14 ans, il fait ses débuts de batteur dans le groupe les Tigers qu'il a fondé. En 1967, il remporte un concours local pour l’interprétation de sa première chanson, intitulée "Timide". Quelques mois plus tard, il monte le groupe Le Poing avec lequel il se produit à travers la France, mais sans enregistrer aucun disque.

En 1968, alors qu’il effectue son service militaire au 2e régiment de hussards, il apprend qu’une de ses anciennes maquettes a été réenregistrée et produite par une maison de disques. De retour à Paris, il signe son premier contrat sous le nom de Laurent Voulzy. Influencé par la pop anglaise des Beatles, des Shadows et des Rolling Stones, il commence alors à composer pour d'autres groupes. À partir de 1972, il sort un 45 tours par an, sans rencontrer le succès espéré : "L'amour est un oiseau" en 1972, "La Maison à croquer" en 1973, "Milady" en 1974, "La Fille en papier" en 1975, et "Les Radios qui chantent" en 1976. Parallèlement, Laurent Voulzy est guitariste et chef d'orchestre de Pascal Danel de 1969 à 1974. Durant cette période, il sort également un single en 1976 sous le nom de Dandy Lion, pseudonyme commun avec Ann C., intitulé "If You Want to Love Me Babe / Day Light".

La Rencontre Qui Change Tout : Souchon et Voulzy

Sa maison de disques lui fait alors rencontrer Alain Souchon par l'entremise de Bob Socquet, directeur artistique de RCA Records. Cette rencontre marque un tournant décisif dans la carrière des deux artistes. De la collaboration des deux hommes naît tout d'abord en 1974 la chanson "J'ai dix ans", écrite et interprétée par Alain et composée par Laurent. Cette composition s'inspire du titre "Bip bop" de Paul McCartney et rencontre un succès retentissant. Viendront ensuite les albums "Bidon" en 1976, puis "Jamais content" l'année suivante, solidifiant leur partenariat créatif.

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En 1977, c'est au tour de Laurent Voulzy de rencontrer un succès considérable auprès du grand public avec la chanson "Rockollection", qui deviendra un tube de l'été. Ce titre est toujours sur un texte d'Alain Souchon et rend hommage aux chansons pop rock des années 1960. La chanson paraît en 45 tours dans une version longue de plus de 11 minutes coupée en deux. Dès lors, Laurent Voulzy poursuit parallèlement les carrières de compositeur pour Alain Souchon, contribuant à un nombre remarquable de nouveaux tubes tels que "Le Bagad de Lann-Bihoué", "Papa mambo", ou encore "La Ballade de Jim". En même temps, il poursuit sa propre carrière de chanteur, interprétant des chansons à succès dont les paroles sont également signées Alain Souchon.

Laurent Voulzy adopte alors une démarche très singulière sur le marché du disque en éditant régulièrement des 45 tours autonomes, indépendants de tout album, caractéristiques de ce qui sera appelé la « pop à Lolo ». Cette approche souligne son désir de créer des œuvres complètes sur le format single, sans nécessairement les intégrer immédiatement dans un album.

L'Époque des Singles Autonomes : 1978-1981

Après l'énorme succès de "Rockollection", les 45 tours "Bubble Star" et "Paris Strasbourg", respectivement parus en 1978, rencontrent chacun un succès bien moindre. Néanmoins, ces titres constituent des pièces maîtresses de cette période créative. Laurent Voulzy décide ensuite de réaliser son premier album, "Le Cœur grenadine", qui sort en 1979. Cet album est lui-même « tronçonné » en trois 45 tours, illustrant la préférence de l'artiste pour ce format à l'époque.

"Bubble Star" est une chanson où Laurent Voulzy, au travers des mots d'Alain Souchon, compare l’ascension du chanteur à celle d’une bulle, d’un « ballon gonflé » qui monte, monte et pourrait bien éclater. Il précise cependant que si la bulle peut faire « boum », c’est qu’au préalable « on » l’aura zoomée, gonflée à mort. Ce « on » interroge sur la nature de l'influence, qu'il s'agisse du show-biz, du public, ou du hasard. L'artiste ne semble pas envisagé comme une des causes de sa réussite, ni de sa déchéance. Dans cette chanson, comme dans bien des thèmes traités par Souchon, les choses sont vues d’emblée avec une certaine distance, une certaine désillusion qui se transforme rapidement en autodérision, une incapacité à réagir, une sorte de soumission à la destinée, bonne ou mauvaise. Pour la musique, c’est étourdissant comme des bulles qui montent à la surface, c’est rythmé, entraînant, gai, tout en accords majeurs, sauf deux petits La m et Mi m rapides sur le pont. Pour le reste, c’est un magnifique I IV V : SOL (I) DO (IV) RÉ (V), joué la plupart du temps dans l’ordre : SOL RÉ DO DO RÉ… dans la version en SOL de 2016. La version originale de 1978 est un ton au-dessus, en LA. Les accords construits sur les degrés I IV et V sont tous les trois des accords majeurs, ce qui donne son nom à cette séquence particulièrement utilisée dans toutes les musiques, le I IV V.

"Paris Strasbourg" évoque une épreuve de marche à pied mythique organisée annuellement entre 1926 et 1937. Elle s’effectuait à l’allure de la marche sportive, sur plus de 500 km en continu, de jour, de nuit, et sans repos ni étape. En 1926, alors que de nombreux marcheurs n’arriveront pas à Strasbourg, les vainqueurs s’y rendront en un peu plus de 3 jours. Cette idée de compétition extrême et de gagnants surdoués est reprise sur fond de rock martelé par la grosse caisse, pour rappeler la marche, et de guitare son rétro style Shadows, peut-être pour signifier que ça date. Bien entendu, l'équipe de mauvais esprits, de loosers nés conduite par Alain Souchon aux paroles, propose bien entendu de faire le contraire et de plutôt prendre les chemins de traverse ou même de marcher à contre-sens. C’est un (boogie-country-) rock endiablé qui par bien des points préfigure "Idéal simplifié" qui sortira l’année suivante.

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En 1980, durant cette période féconde pour les 45 tours autonomes, Laurent Voulzy sort "Surfin Jack", un hommage direct aux Beach Boys. Cette chanson évoque une bande de jeunes fêtards, une jeunesse désinvolte et écervelée, bref la jeunesse puérile comme toutes les jeunesses, déjà prête à danser sur la plage. Les filles qui s’agitent, qui rient et qui crient dans tous les sens sont les témoins de cette atmosphère. La portion de chœurs sur « Surfin Jack Surfing Surfing Jack the surfer » est « bluffante » car plus vraie que nature, avec les changements de tons et les « hou hou hou » qui s’imposent. Ces chœurs féminins, pas aussi désordonnés que ça, même plutôt bien bidouillés, sont en passe de devenir une marque de fabrique du compositeur. Ils ont également la particularité, lorsqu’ils sont repris en cours de chanson, d’être un des rares moments où l’on change d’accord, un LA (IV), car cette fois, à la différence d’« Idéal simplifié » qui sera beaucoup plus sophistiqué sur le plan musical, l’essentiel du morceau tient sur l’accord de MI (I). "Surfin Jack" incarne l'esprit des sports de glisse aquatique, fidèle à l'influence des Beach Boys.

La même année 1980, Laurent Voulzy monte pour la première fois sur la scène de l’Olympia, accompagné d'Alain Souchon pour deux chansons ; il s'agit d'une de leurs rares apparitions ensemble. Le 18 décembre de cette même année, ils interprètent ensemble dans l'émission radiophonique de Claude Villers "Le Tribunal des flagrants délires" la chanson "Somerset Maugham", alors inédite, qu'Alain Souchon enregistrera l'année suivante.

Après "Surfin Jack", Laurent Voulzy publie "Idéal simplifié" en 1981, avec en face B "Ricken", qui annonce le second album de Laurent Voulzy, "Bopper en larmes" (1983). "Idéal simplifié" présente peut-être les paroles les plus iconoclastes, déjantées, ubuesques écrites pour une chanson de Laurent Voulzy. Cet idéal (simplifié) se résume donc à la musique, à la compagnie des « bell’ fill’ », à l’oisiveté et à la vie dans la nature. L’exercice littéraire est, lui aussi, désinvolte, et l’on peut se permettre « tous ces machins qu’on pas d’rim’ », les pires fantaisies, les pires associations d’idées, comme yaourt anglais et Lady Di, car de toutes manières : « Ça fait pas pipi loin mais qu’est-ce que ça sonn’ », entendez par là que même si les paroles sont pas terribles, la musique reste bonne. Le morceau est en SOL majeur et, pour des hommes, ça grimpe haut en deuxième partie (« On fait des yeah yeah… »). On peut alors le jouer 2,5 tons en dessous, en RÉ majeur (sans capo), les renversements d’accords ne sont pas plus compliqués : SOL7M, FA#m7, LA, MIm. Si l’on revient à la tonalité d’origine (SOL majeur), après l’intro (RÉ4…, SI4…, SI7 -On est un’…), on trouve les accords de DO7M (IV7M), SIm7 (IIIm7), RÉ (V), LAm (IIm). Le pont qui amène au refrain utilise en plus deux autres accords de la tonalité : MIm (VIm), SOL (I) et, en fin de pont (pré-refrain), un accord hors tonalité, le LA7 sur 4 mesures pour amener, par résolution, au premier accord du refrain : RÉ. Ce qui est intéressant, sur ce canevas apparemment tout en SOL (hormis SI7 et LA7), ce sont les fluctuations de la mélodie. Harmonieuse dans la première partie, elle mêle deux séquences différentes « tout’ la nuit sur… » et « pour pas passer not’ vie… » qui évitent la monotonie. Puis, pour faire ressortir le pré-refrain, il y a ce long LA7 avec la modulation en RÉ majeur qu’il entraîne et ces braillements de supporters presque fanatiques : avec ces « yeah yeah… On est des yé-yés », on sent qu’on a et qu’on va changer de registre. En effet, le rythme du refrain est plus enjoué, plus cadencé sur un air joyeux aux paroles franco-anglaises et, le plus fort, c’est que pour les 8 premières mesures, on peut aussi bien être resté en ton de RÉ majeur que revenu en ton de SOL majeur car les accords qui s’alternent (RÉ, RÉ7, SOL) appartiennent aux deux gammes : en RÉ majeur : RÉ (I) et SOL (IV) ; en SOL majeur : RÉ7 (V) et SOL (I).

La face B du single "Idéal simplifié", "Ricken", est restée très confidentielle bien qu’elle soit plutôt bonne. Mais il lui manque sans doute quelque chose, on la suit agréablement sans pouvoir s’arrêter quelque part, sur un petit truc qu’on retient et qui sert de repère. Avec un titre comme celui-là, on s’en doute, il s’agit d’une histoire de cœur, de cœur pas trop au beau fixe, de cœur noyé par le chagrin car on l’a quitté. La musique est sophistiquée, avec des tonalités incertaines, aériennes, un peu Jonasz, un peu Beatles par moments, mais déjà bien Voulzy, le Voulzy de "Bopper en larmes" où la chanson aurait sa place, ambiances éplorées obligent.

L'Évolution vers les Albums et la Maturité Artistique

Cette période allant de 1978 à 1981 s’inscrit dans une maturité toute nouvelle, même si quelques titres plus faciles, hérités des années précédentes plutôt « variété-rock », viennent encore « polluer » une production de qualité en pleine installation. Après cette série de singles, en 1983, à l'âge de 35 ans, Laurent Voulzy retourne à la Guadeloupe pour participer à une manifestation au profit de l’enfance handicapée et il redécouvre ses racines.

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La même année, il amorce un son plus synthétique avec la sortie de son deuxième album, "Bopper en larmes", dont l'enregistrement a duré treize mois. Il s'est enfermé dans son home studio du quartier des Halles à Paris où il travaillait alors avec son frère Richard qui assurait les parties de synthétiseur. Ce changement de style, rapidement adopté par Alain Souchon, est le bienvenu dans la carrière des deux compères. En effet, durant les années suivantes, Laurent compose de nouveaux tubes pour Alain, à l'image de "Ballade de Jim" qui relance sa carrière, et publie en parallèle de nouveaux 45 tours à succès.

Tout d'abord, il réalise en 1984 "Désir, désir" en duo avec Véronique Jannot. L'année suivante sort le single "Les Nuits sans Kim Wilde" avec en face B "Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante". L'année suivante, le single est réédité en inversant les faces et rencontre alors un plus grand succès. "Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante", un de ses plus grands succès, est élue meilleure chanson des années 1980 et quatorzième chanson du siècle par 3 000 professionnels lors des Victoires de la musique de 1990. En attendant, Laurent publie en 1987 la chanson "My Song of You", inspirée des ballades de McCartney, et en 1988 "Le Soleil donne", toutes deux devenant de nouveaux succès.

À ce moment-là, Laurent Voulzy décide désormais de privilégier le format album à celui des 45 tours, marquant une nouvelle étape dans sa carrière. En 1992, Laurent publie son troisième album, "Caché derrière", qui contient les tubes "Le Rêve du pêcheur", "Paradoxal système" et "Le Pouvoir des fleurs". Cet album est une véritable réussite tant commerciale qu'artistique et sera récompensé aux Victoires de la Musique. Après la sortie de l'album, il se décide à monter sur scène en mars 1993 au Casino de Paris, puis à partir en tournée et enfin à se produire au Zénith. Le témoignage de cette tournée sort en 1995 sous la forme d'un album intitulé "Voulzy Tour", ou "Voulzy Live" en 1994.

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