La Quête de Vitesse Absolue : Exploration des Performances Époustouflantes des Trimarans Modernes

Dans le monde de la voile, l'innovation ne cesse de repousser les limites de ce qui est possible, transformant les embarcations en véritables "Formule 1 des mers". Au cœur de cette révolution se trouvent les trimarans, des voiliers multicoques qui, grâce à leur conception unique et l'intégration de technologies de pointe, atteignent des vitesses autrefois inimaginables. L'ambition de ces navires ne se limite plus à la simple navigation ; elle est désormais ancrée dans la capacité de "voler" au-dessus des vagues, de pulvériser des records et de circonscrire le globe à des allures vertigineuses. Cette exploration des vitesses maximales atteintes par les trimarans contemporains révèle un mariage fascinant entre ingénierie de pointe, audace humaine et une soif insatiable de performance.

Les Géants des Mers : Les Maxi-Trimarans Ultim et leurs Vitesses Phénoménales

La classe Ultim représente le summum de la performance en mer, caractérisée par des voiliers de dimensions gargantuesques et des capacités de vitesse stupéfiantes. Ces géants sont conçus pour la course au large en solitaire ou en équipage réduit, avec l'objectif de battre les records les plus prestigieux autour du globe.

Le trimaran SVR-Lazartigue, mené par le skipper François Gabart, incarne parfaitement cette démesure. Baptisé en grande pompe à Concarneau le 20 septembre, deux mois après sa mise à l'eau le 22 juillet, ce voilier est le fruit d'un travail colossal. La star de cinéma Mélanie Laurent, marraine du bateau, a d'ailleurs souligné l'impressionnant investissement humain derrière ce projet, déclarant : « C’est merveilleux de me pencher au-dessus de ce berceau. Je suis impressionnée par les 150 000 heures de travail qui ont été effectuées pour construire ce bateau et je suis fière des valeurs qu’il porte. Je souhaite à ma filleule de voyager le plus possible, de nous émerveiller et de transporter nos convictions. » Ces 150 000 heures de travail, un chiffre particulièrement éloquent, illustrent l'effort collectif et la minutie requis pour concevoir et assembler un tel chef-d'œuvre technologique. L'actrice tenait ainsi à souligner que le bateau porte également les couleurs du fonds de dotation Kresk4Oceans, intégrant une dimension environnementale forte au projet sportif.

Les dimensions de SVR-Lazartigue sont, sans surprise, forcément XXL, à l'image de la majeure partie des voiliers de la classe Ultim. Il affiche une longueur de 32 mètres sur une largeur de 23 mètres, le tout pour un poids de 15 tonnes. C'est précisément cette masse considérable que la technologie moderne permet de faire "voler". En effet, ce voilier de 15 tonnes est capable de planer, ou de "voler", comme en lévitation au-dessus de l'eau. Et le faire voler vite, très vite. L'essence de la performance pour ces bateaux réside dans la capacité à voler vite et longtemps, un principe que François Gabart lui-même a explicité. Lors d'une interview pour Voiles et Voiliers, il raconte avoir déjà tenu 42 nœuds pendant une heure. Une telle moyenne, si elle pouvait être maintenue sur 24 heures, équivaudrait à couvrir 1008 milles nautiques en une seule journée, illustrant le potentiel hallucinant de ces machines.

La hauteur du mât de SVR-Lazartigue est un autre indicateur de sa grandeur, avec un tirant d’air s’élevant à 37 mètres au-dessus de l'eau. Autrement dit, le sommet du mât culmine à une hauteur comparable, au bas mot, à celle d'un immeuble de 12 étages. Une telle dimension permet de porter une surface de voiles conséquente, indispensable pour exploiter la puissance du vent à ces vitesses extrêmes. Pour permettre à un tel colosse de planer, des foils, ces appendices hydrodynamiques agissant comme des ailes sous-marines, sont cruciaux. Les foils de SVR-Lazartigue, pesant chacun 400 kilos, sont essentiels pour soulever la masse de 15 tonnes du bateau et réduire la traînée dans l'eau.

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Depuis sa mise à l'eau fin juillet, SVR-Lazartigue a déjà réalisé neuf navigations d'entraînement. François Gabart a partagé son enthousiasme et ses observations : « D’un point de vue sportif, l’ambition est d’aller le plus vite possible autour du globe et de battre des records. Depuis la mise à l’eau du trimaran le 22 juillet dernier, nous avons fait 9 navigations, parcouru environ 3000 miles et franchi la vitesse des 47,7 nœuds (près de 90km/heure). Le bateau est performant, nous sommes très satisfaits, il y a du potentiel mais il nous reste beaucoup de travail afin d’être prêts pour les prochaines courses. J’ai hâte de relever tous les nouveaux challenges qui nous attendent. » Atteindre 47,7 nœuds, soit près de 90 km/h, témoigne de la puissance et de l'efficacité de ce nouveau trimaran. L'ambition de Gabart inclut le record de la traversée de l'Atlantique en moins de 3 jours et 15 heures, une performance pourtant réputée absolument imbattable et qui est, elle aussi, détenue par Pascal Bidégorry et son équipage sur ce même Banque Populaire V, devenu Spindrift et passé aux mains de Yann Guichard. Un tel objectif véhicule tous les fantasmes et laisse espérer de battre tous les records maritimes. Didier Tabary, Président de Kresk développement, a également exprimé sa fierté : « Ce bateau, c’est beaucoup de fierté pour mes collaborateurs et moi-même. J’espère qu’il portera haut les valeurs de nos marques aux quatre coins du globe et qu’il nous permettra d’aller plus loin dans nos engagements environnementaux, car c’est le sens de ce projet. »

L'Arkea Ultim Challenge, un tour du monde en solitaire, illustre parfaitement l'arène de jeu de ces "Formule 1 des mers". Partis de Brest, des skippers comme Armel Le Cléac’h, Charles Caudrelier, Thomas Coville, Anthony Marchand, Éric Péron et Tom Laperche s'engagent sur un parcours de 22 000 milles (environ 40 000 km), d’Ouest en Est, via les caps de Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn. Ces Ultim de 32 mètres de long, dont le coût de construction se situe en moyenne autour de 12 millions d’euros, ont une vitesse de pointe pouvant dépasser les 40 nœuds (soit 74 km/h) et même atteindre les 45 nœuds (soit 83 km/h). Charles Caudrelier, le skipper du maxi-trimaran Edmond de Rothschild, a par exemple pu être observé à 45 nœuds sur la route vers le Goulet de Brest. À titre de comparaison, sur les derniers Vendée Globe, les bateaux atteignaient des vitesses maximales de 30 nœuds, soit environ 65 km/h, soulignant l'écart de performance significatif entre ces classes.

Le maxi-trimaran Sodebo Ultim 3, barré par Thomas Coville, est un autre exemple éclatant. Ce bateau, mis à l’eau en mars, a effectué sa première longue traversée de 14 000 milles lors de la Brest Atlantiques. Thomas Coville résume l'expérience unique offerte par ces engins : « Ce qui est assez jouissif, c’est de faire voler un bateau de 32 mètres de long et 23 mètres de large et que finalement ce soit très stable. » Cette stabilité en vol est une prouesse technique qui transforme radicalement l'expérience de navigation à ces vitesses. Cependant, comme l'a souligné Loïck Peyron, ancien vainqueur du Vendée Globe, qui dit plus grande vitesse, dit plus de risques. « Aujourd’hui, le côté spectaculaire des images et les vitesses exceptionnelles de ces Ultim font qu’on se demande si, mécaniquement c’est possible de boucler le tour du monde, et les marins se posent eux-mêmes la question. C’est leur grande question. » Cette interrogation met en lumière les défis colossaux non seulement techniques mais aussi physiques et psychologiques que représente la navigation à ces allures extrêmes sur de très longues distances.

À la Poursuite du Record Absolu : Le Projet SP80 et les Vitesses Extrêmes Sous Voile

Au-delà des maxi-trimarans de course au large, il existe une catégorie d'embarcations entièrement dédiées à la quête du record absolu de vitesse sous voile. Le projet suisse SP80 en est un exemple emblématique, repoussant les frontières de ce que l'on pensait réalisable. Ce trimaran, propulsé par un cerf-volant (kite), a été spécifiquement conçu dans un but unique : battre le record de vitesse sous voile actuel de 65,45 nœuds, établi en 2012 par Paul Larsen à bord du "Vestas Sailrocket II". L'ambition du SP80 est d'atteindre des vitesses supérieures à 80 nœuds, un objectif qui nécessite une innovation radicale en matière d'ingénierie et de conception.

Les récents essais du SP80 ont déjà donné des résultats prometteurs, montrant l'énorme potentiel de cette machine. Le trimaran propulsé par un cerf-volant a atteint une nouvelle vitesse maximale de 58,261 nœuds (soit 107,9 km/h) en seulement deux essais. Cette performance rapproche considérablement l'équipe suisse de son objectif déclaré. La clé de cette avancée réside dans une innovation majeure : un foil spécialement conçu pour permettre au trimaran d'atteindre des vitesses extrêmes. Le bateau fait déjà partie des rares voiliers à avoir franchi la barre symbolique des 100 km/h.

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Mayeul van den Broek, barreur du SP80, a souligné l'importance de cette "percée à 58 nœuds" : « C'est une étape importante pour toute l'équipe. Très peu de voiliers dans l'histoire ont dépassé la barre des 100 km/h et nous nous rapprochons concrètement de notre objectif final. » Il est particulièrement encourageant, selon lui, de constater que ces vitesses ont été atteintes à plusieurs reprises au cours de la semaine écoulée. Cela confirme non seulement la fiabilité du bateau, mais aussi son potentiel pour atteindre des vitesses encore plus élevées. L'équipe travaille désormais à maintenir ces vitesses sur la distance de 500 mètres, la norme requise pour l'homologation d'un record officiel par le World Sailing Speed Record Council (WSSRC).

Les succès récents du SP80 sont le fruit d'un travail de développement continu et d'une analyse approfondie du comportement du bateau à des vitesses dépassant les 100 km/h. Benoît Gaudiot, le pilote de kite, explique les défis techniques et l'apprentissage constant : « Nous connaissons le potentiel du bateau, c'est maintenant à nous d'améliorer la précision à la barre. Cette semaine, nous avons frôlé plusieurs fois les 50 nœuds de vitesse moyenne sur 500 mètres. » Le record actuel de l'équipe sur cette distance est de 48,6 nœuds. À chaque manche, l'équipage fait de gros progrès, et la coordination entre les pilotes s'améliore constamment, un facteur essentiel pour optimiser la performance à de telles allures.

Avec une vitesse moyenne de 48,645 nœuds (90 km/h) sur 500 mètres, le Team SP80 se rapproche des premiers records officiels qui pourraient être homologués par le WSSRC. Dans son viseur se trouvent d'abord les records de catégorie : les 50,07 nœuds de Macquarie Innovation (2009) dans la catégorie C (surface de voile entre 21 et 27 m²) et les 51,36 nœuds de l'Hydroptère (2009) dans la catégorie D (surface de voile supérieure à 27 m²). Ces marques pourraient tomber dans les semaines à venir, assurant au SP80 une place de choix dans les livres des records officiels, avant même d'atteindre son objectif ultime de dépasser les 80 nœuds. La poursuite de ces records est une démonstration éloquente de l'ingéniosité humaine et de la capacité à exploiter les forces naturelles avec une précision scientifique.

L'Équilibre entre Vitesse et Croisière : Les Trimarans de Croisière Rapide

Si les maxi-trimarans Ultim et les engins de records comme le SP80 représentent les extrêmes de la vitesse, une autre catégorie de trimarans offre un équilibre remarquable entre performance et confort, les trimarans de croisière rapide. Ces bateaux sont conçus pour permettre des voyages au long cours avec une célérité bien supérieure à celle des monocoques traditionnels, sans pour autant sacrifier l'habitabilité.

Les trimarans NEEL sont un excellent exemple de cette approche. Résolument tournés vers la croisière rapide, ils offrent des performances qui surprennent souvent les marins habitués aux voiliers monocoques. La navigation se déroule régulièrement à environ 10 nœuds de moyenne, permettant ainsi de couvrir plus de 200 miles par 24 heures. Ce rythme soutenu ouvre des horizons de voyage considérablement élargis, rendant les destinations lointaines plus accessibles et réduisant le temps de transit. De plus, des vitesses de 15 à 18 nœuds sont souvent atteintes dès que le vent fraîchit, transformant la navigation en une expérience dynamique et grisante.

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Plusieurs caractéristiques de conception contribuent à cette alliance réussie entre vitesse et confort. Le centrage des poids est méticuleusement soigné pour limiter le tangage, assurant une navigation plus stable et moins fatigante pour l'équipage et les passagers. La coque centrale est "rockée", une forme qui facilite les virements de bord, rendant le bateau plus manœuvrable malgré ses dimensions. Les formes des flotteurs sont tendues afin de privilégier la stabilité de route et l’avancement du centre de carène en fonction du chargement vélique. Cette conception permet au trimaran de maintenir son cap avec aisance et d'optimiser la performance sous voile.

Le gréement des trimarans de croisière rapide est directement issu des trimarans de course. Cette parenté technologique permet d'obtenir des vitesses de croisière à toutes les allures deux fois supérieures aux bateaux de croisière classiques, une distinction majeure qui attire de nombreux plaisanciers désireux de combiner confort et rapidité. La surface de voile est généreuse, avec environ 17 m² à la tonne, ce qui assure une puissance suffisante pour propulser le bateau efficacement même par vent léger.

Enfin, la configuration du trimaran facilite également une vitesse soutenue au moteur. En effet, le faible coefficient prismatique de la coque centrale offre une très faible résistance à l’avancement. Cela signifie que le moteur peut propulser le bateau à des vitesses respectables avec une consommation de carburant relativement faible, offrant une flexibilité précieuse en cas de manque de vent ou pour les manœuvres au port. Des exemples isolés de vitesses notables pour des bateaux de croisière, bien que ne rivalisant pas avec les Ultim, ponctuent également l'histoire maritime. On peut citer un Dragonfly 8 atteignant 45 nœuds de moyenne, un Sun Odyssey 40 surfant à 18,1 nœuds, ou encore un Attalia à 12,1 nœuds au large des Embiez. Ces performances, bien que contextuelles, soulignent que même des embarcations moins extrêmes peuvent procurer des sensations de vitesse significatives.

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