La vie d'un surfeur ne se limite pas aux moments exaltants passés sur la crête d'une vague. Entre deux sessions, loin du tumulte de l'océan, se déploie un univers de préparation, d'anticipation, d'apprentissage et de vie quotidienne, façonné par une passion dévorante. Cette période, souvent méconnue du grand public, est pourtant cruciale pour la progression, la sécurité et l'épanouissement personnel de ceux qui ont choisi l'océan comme terrain de jeu. Des calculs minutieux des prévisions météorologiques à la gestion des réalités de la vie, en passant par l'entretien du matériel et l'entraînement physique et mental, chaque instant est une facette de cet engagement total envers le surf.
Anticiper la Vague : La Science de la Préparation Terrestre
Pour le surfeur, l'attente d'une session commence bien avant de fouler le sable. Elle s'inscrit dans une anticipation rigoureuse, où la technologie moderne a révolutionné l'approche. "Tout de même je tiens à remercier les prévisions météo du net qui permettent d'organiser une vie de surfeur", écrit un passionné, rappelant l'époque où "la source d'infos était la carte des isobares sur l'Atlantique Nord sur la dernière page du 'Sud Ouest'". Si le cœur battait plus fort en passant la dune à l'époque, c'est que l'incertitude était grande et que "bien souvent on se déplaçait pour rien". Aujourd'hui, en croisant les données de plusieurs applications, on peut réussir à obtenir un report relativement précis et réaliste. Certaines de ces applications proposent même une vidéo en direct du spot sur lequel on souhaite surfer, ce qui rend l'analyse encore plus pratique.
Toutefois, même avec une analyse poussée et rigoureuse des prévisions météorologiques, il est indispensable d'observer et d'analyser le ou les spots de surf potentiellement visés par la houle. Un spot ne fonctionne pas de manière identique en permanence ; de nombreux paramètres déterminent le fonctionnement d'une vague, comme les marées, le vent, la puissance de la houle (taille, longueur, période). Même dans une région du globe où il y a peu de marée, les vagues ne seront jamais pareilles. C'est pourquoi il est indispensable de s'arrêter plusieurs dizaines de minutes à observer son spot avant de se jeter à l'eau. Passer du temps à regarder les vagues n'est pas une perte de temps, bien au contraire, cela fera gagner en efficacité lors de la session. Les plus grosses vagues ne sont pas toujours les meilleures à surfer ; il faut observer toutes les vagues pour se faire une idée précise des meilleures. Il se peut que les vagues soient belles et lisses, mais que le spot n'offre pas la qualité des vagues auxquelles on s'attendait. Pour les personnes ayant un niveau bas, prendre son temps permettra de savoir si les séries ne sont pas trop grosses.
Une règle d'or est la prise de repère en surf. Sans cette opération, on sera perdu à l'eau et on passera certainement à côté de sa session. Un repère n'est ni plus ni moins qu'un point sur la terre ferme que l'on aura déterminé avant d'aller surfer. Ces repères peuvent être ajustés une fois dans l'eau. Le milieu marin étant mouvant, l'eau se déplace, et tout objet flottant subit ses mouvements, qu'il s'agisse des vagues, des courants ou du vent. Il ne suffit pas de placer un objet sur le sol ou de choisir n'importe quoi ; un repère mal choisi peut s'avérer dangereux. Il est conseillé de choisir des repères fixes, comme un arbre imposant ou avec une forme particulière, un poteau, une grosse roche, un bâtiment, en évitant les parasols, les voitures ou une serviette. Une fois ces repères déterminés, il faut se jeter à l'eau et replacer ces repères depuis plusieurs endroits du spot, car la perception des repères changera une fois sur le spot. Le peak, l'endroit où démarre la vague et où l'écume apparaît en premier, est assez facile à repérer depuis le bord. Certains spots peuvent offrir plusieurs peaks, ce qui déleste un peu la zone et permet de surfer plus de vagues.
Le Corps et l'Esprit du Surfeur : Entraînement et Mental
Entre les sessions, l'engagement physique et mental est constant. Le surf est un sport exigeant physiquement, où tout le corps est mis à rude épreuve. Pour progresser plus vite, il est donc important de se préparer physiquement. Cela implique de pratiquer de l'exercice physique pour maintenir une bonne musculature, un bon cardio et une bonne souplesse. Lorsque certains ne vont pas à l'eau, ils courent ou ils skatent. La pratique d'un sport de glisse avant de débuter le surf, comme le skateboard, le snowboard, le kitesurf, la planche à voile, le stand up paddle ou le wakeboard, apporte un avantage certain en travaillant l'équilibre et la conscience du corps. Un surfeur impliqué va aussi trouver d'autres méthodes pour toujours continuer à progresser, comme le surf skate pour répéter les bons mouvements encore et encore, créant une habitude pour reproduire plus facilement à l'eau. Une pratiquante de yoga peut avoir une conscience corporelle que la plupart des gens n'ont pas, comprenant l'équilibre et la respiration.
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Mais le surf est aussi difficile mentalement. Il faut un mental d'acier pour apprendre le surf, de la détermination, de la persévérance, de la motivation. On va tomber encore et encore, être déçu de soi-même, sortir de certaines sessions sans avoir pris une seule vague. La progression de débutant à intermédiaire est l'endroit où la plupart des surfeurs vivent. Ce n'est pas le talent qui fait la différence entre quelqu'un qui progresse vite et quelqu'un qui est bloqué, mais l'intentionnalité. Les surfeurs intermédiaires s'entraînent pendant qu'ils surfent, plutôt que de "juste aller surfer". La plus grande barrière à la progression n'est pas physique, elle est mentale. La peur d'avoir l'air stupide, de lutter devant les autres, est plus puissante que la peur de se noyer. Les surfeurs qui progressent le plus vite sont ceux qui sont à l'aise d'avoir l'air mauvais, qui essaient de nouvelles techniques, tombent, apprennent et ne se soucient pas de qui regarde.
La progression mentale se déroule en étapes : l'ignorance au début, puis la conscience des erreurs sans pouvoir encore les corriger, et enfin la compétence où l'on peut les corriger en temps réel. Cette étape où l'on est intensément conscient de chaque échec est la plus difficile. Un surfeur passionné pense surf tous les jours, regarde des vidéos, écoute des podcasts, lit des articles, discute avec d'autres surfeurs, demande des conseils. Ce surfeur aura beaucoup plus d'informations dans sa tête qu'il pourra utiliser à bon escient. Un surfeur sérieux avec son apprentissage devra aussi obligatoirement passer par un coach, au moins ponctuellement, pour filmer les sessions, analyser et conseiller. Filmer ses sessions est un excellent moyen de s'analyser et de voir des erreurs que l'on n'aurait jamais senties.
La Vie Autour de l'Océan : Passion, Voyages et Équilibre
Loin des vagues, la passion du surf imprègne le quotidien, dictant des choix de vie et des projets. "J'ai d'autres activités dans ma vie mais ce qui me fait le plus tripper c'est la vie de bohème avec surf, camion et voyage", raconte un adepte. L'acquisition d'un espace aménagé avec banquette lit pour les surf trips permet de se rendre sur les spots, de dormir dans sa voiture au milieu des pins, d'être sur place réveillé aux aurores, de faire un tour à l'océan, de checker les vagues avec 1 à 2 personnes maximum à l'eau, et d'enfiler la combi pour être à l'eau. Certains restent quelques jours et rentrent chez eux pour se ravitailler, faisant cela tout l'été.
Le surf, même s'il occupe une place centrale, doit parfois s'intégrer à d'autres réalités. "Avant j'étais étudiante et j'ai passé mon DE en juin donc il fallait bosser, bosser, surfer, euh bosser, et je l'ai eu", témoigne un surfeur. Les contraintes financières ou le travail peuvent limiter les sessions. "Depuis Octobre je n'ai plus fait beaucoup de session à cause des finances + quelques sessions looses qui m'ont un peu refroidie (genre arrivée sur le spot zéro vague) + des conditions qui n'étaient pas favorable". Un mois de travail peut ainsi permettre de mettre de l'argent de côté pour un projet de surf trip en Indonésie ou ailleurs, ou l'achat d'un beau camion pour voyager.
Pour certains, la passion ne doit pas dévorer tout le temps. "Le surf est très important pour moi mais je ne pense pas en arriver à un point où je n'organiserai que mes vacances sur la côte pour surfer etc, comme d'autres". Il y a un besoin de rééquilibrer les choses et de prendre de l'air à côté, car une passion qui consume tout le temps peut être perçue comme un vice. Cependant, "les années où j'ai surfé moins (vie de couple, études, blessures/maladie ect…) quelque chose me manquait", démontrant le besoin d'un "minimum syndical" en terme de fréquence de sessions pour être pleinement soi-même.
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La progression en surf est un long chemin semé d'embûches. "L'apprentissage est dur ! mais j'aime le défi et quand je me fixe un but c'est que je sais qu'il m'est accessible et quelque soit le temps que j'y passe je lâche jamais". Pour ne pas se décourager, il est essentiel de toujours se fixer des petits objectifs qui permettront d'atteindre le but choisi. "Mon niveau est bas mais je m'amuse bien à essayer de prendre les vagues. J'arrive quelques fois à en prendre quelques unes, j'essaye de diriger ma planche." La sensation de la planche qui glisse sous les pieds est déjà une récompense. Le take-off reste difficile et la vitesse n'est pas toujours suffisante, parfois emporté par la force de la vague, ce qui mène à la gamelle. On peut passer plusieurs heures dans l'eau, appréciant tout particulièrement les sessions du soleil couchant avec les couleurs chaudes du ciel, quand il n'y a pas de vent.
Dans l'Eau : Étiquette, Priorités et Lecture du Spot
Une fois à l'eau, le surfeur évolue dans un espace partagé, et des règles implicites mais fondamentales régissent son comportement. Le surf est un sport magnifique, mais il se pratique dans un espace partagé : l'océan. Savoir partager les vagues n'est pas seulement une question de politesse, c'est une question de sécurité, de respect et de plaisir collectif. Un line-up harmonieux permet à tout le monde de prendre plus de vagues et de progresser plus vite. La règle de base est un seul surfeur par vague. Le surfeur le plus profond, celui qui est déjà dans la zone d'énergie maximale où la pente est la plus raide, a la priorité car il a besoin de moins de vitesse de rame pour décoller. Le surfeur qui rame doit laisser la place au surfeur déjà sur la vague. Si un surfeur démarre quand même, c'est un "Drop-In", aussi appelé "Taxe", ou "Braque". La priorité reste toujours d'éviter toute collision. Sur les point breaks, où le fond sous-marin provoque un déferlement toujours au même endroit, laisser de l'espace à chacun est primordial.
Les règles de priorité sont claires mais la réalité du spot peut être plus complexe. "Pour un secret spot, il y avait en fait beaucoup de monde à l'eau et beaucoup ne connaissaient pas les règles d'usage". Certains surfeurs expérimentés auraient même dû réviser ces règles avant de se mettre à l'eau. Il est important d'observer les autres surfeurs autour de soi et de repérer ceux qui connaissent toutes ces règles et qui attendent leur tour. Même s'il n'y a pas de queue matérialisée sur une ligne, l'ordre implicitement mis en place implique que la prochaine belle vague sera prioritairement pour celui qui a attendu son tour. Si l'on surfe un spot réputé pour son accueil mitigé, il est judicieux de demander des précisions aux locaux et de n'aller à l'eau que si l'on accepte les "règles locales" qui s'y appliquent. En Europe, des spots comme Mundaka, certains aux Canaries ou Le Jardin à Safi, peuvent être particulièrement sensibles. Si un local demande l'heure, il est important de la lui donner aimablement, car la violence peut parfois dégénérer.
Dans l'eau, on croise une diversité de comportements :
- Le "Speedé/rame aggro", qui rame comme une bête vers la zone du take-off pour des vagues de 50 cm, respirant fort avec des légers grognements, ne regardant personne autour.
- Le "Bavard", souvent en groupe, intarissable sur ses manœuvres ou ses soirées, servant de repère au line-up car il bouge peu.
- Le "Filou", silencieux, rapide, qui profite de la confusion pour faire l'intérieur et subtiliser la vague.
- Le "Câlin/Sympa", qui se rapproche gentiment, proposant de partager la vague, souvent en longboard.
- Les "Groms", toujours en groupe et plus près du bord, ne laissant rien passer.
- Le "Vieux Surfeur", cheveux gris, présent sur le spot dès l'aube.
- Le "Contemplatif", solitaire, placé plus au large, les bras croisés, regard vers l'horizon, surfant une ou deux vagues cool et stylées.
- Le "Local", agacé par les nouveaux venus, considérant souvent que c'est toujours son tour.
- Le "Gentleman", une exception, smart et bienveillant, faisant le show avec discrétion, compréhensif et même encourageant.
- Les "Dauphins", les vrais locaux, les plus cool, rapides et intelligents.
Ces dynamiques font que, dans les spots surpeuplés, il n'existe plus vraiment d'ordre établi, comme le reconnaît même King Slater. Mais quand les vagues sont petites et qu'il y a beaucoup de surfeurs, l'option "Mousse-Kook-Blaireau" peut s'avérer une bonne approche. Il est facile de régresser, d'oublier les pseudo-règles, pour surfer dans un consensus général et une bonne ambiance, surtout avec une soft-board. La totale anarchie d'un spot bondé peut alors devenir "un moment de grâce" où l'on apprécie les autres sans considération de niveau, et où les règles sont interprétées librement avec le sourire.
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Le Matériel : Choisir et Entretenir pour une Progression Optimale
Le choix et l'entretien du matériel sont des aspects cruciaux qui influencent directement l'expérience et la progression du surfeur. Le choix des planches n'est pas chose facile et requiert de la patience ainsi qu'une bonne connaissance en shape et l'expérience de nombreux types de spots différents. Même avec un bon niveau, il est parfois difficile de faire le bon choix, c'est pourquoi un bon surfeur possède un quiver complet. En allant surfer, il est parfois judicieux de prendre plusieurs planches.
Le volume, exprimé en litres, est la quantité d'eau que pourrait contenir une planche. Il est aujourd'hui très utilisé, devenant une référence. En effet, en fonction de la morphologie, deux planches de taille identique peuvent avoir deux volumes différents, tout dépend de l'épaisseur et de la largeur. C'est une des choses auxquelles il faut porter une grande attention lors des achats. Des "volume calculator" sont des outils très efficaces pour trouver le volume de planche correspondant. Il est important de noter que le choix de la planche est totalement libre ; rien n'oblige à prendre tel ou tel type de planche. Certains, par exemple, ne surfent qu'en longboard quelles que soient les conditions. Un surfeur expérimenté va forcément adapter le shape de ses planches en y modifiant certains paramètres afin de profiter pleinement des conditions, ce qui dépend du niveau et des exigences.
Pour les petites vagues, qui sont peu puissantes, une planche avec beaucoup de volume est nécessaire pour bien porter au-dessus de l'eau et partir facilement. Si le niveau est bon, il est possible de prendre des petites planches comme les fish, les twin fin, ou une planche hybride avec 2 à 5L de plus que la planche habituelle, voire plus pour une grande marge. La puissance des vagues moyennes permet de surfer la planche standard adaptée au gabarit et au niveau. Pour des vagues plus grandes, on choisira des planches plus grandes mais plus étroites. Plus grandes pour plus de surface de glisse, et plus étroites car à grande vitesse une planche large risque de "coller" à l'eau, rendant les virages difficiles. On parle alors de "step-up", une planche légèrement plus grande que celle surfée dans des vagues moyennes, entre 2 et 8 pouces de plus que la taille habituelle. Des tails fins comme les round pin tail (le plus utilisé pour ce type de planche), les round tail ou les baby squash tail sont à privilégier. Les spots de récif et de bord de mer rocheux, avec de grosses vagues, exigent un type de planche plus "gunny", c'est-à-dire plus étroite en forme d'aiguille, avec des rails plus fins, un nose et un tail plus étroit, et un rocker plus prononcé. Il est conseillé de prendre plusieurs planches au cas où les conditions ne seraient pas comme imaginé, ou en cas de dommage sur une planche.
Avant de partir, il est primordial de vérifier son matériel. L'oubli d'un objet si précieux et insignifiant que la wax peut annuler une session. Si la planche n'a pas assez de wax, il ne reste plus qu'à faire demi-tour. Il faut vérifier la board pour les "pets" (une planche qui prend l'eau s'abîme plus vite), s'assurer que les dérives sont bien emboîtées et les vis serrées, que le leash est en bon état avec des velcros qui tiennent bien, des vis bien enfoncées et un câble sans entaille, et enfin avoir un pain de wax adapté au climat de la région, la température d'utilisation étant mentionnée sur tous les pains.
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