Les champions ont ceci de fascinant qu’ils dessinent eux-mêmes leur propre destinée. On ne leur impose rien. Au mieux, on les oriente, on les conseille, on les surveille. Mais c’est eux, par leur intuition, leur égo, leur confiance qui décident de la route empruntée. Pour arriver au sommet, elle n’est pas unique même si le travail et le talent sont deux notions nécessaires mais pas toujours suffisantes. Florent Manaudou est un champion. Il l’avait déjà prouvé par le passé, notamment à Londres puis à Rio, malgré un argent amer. Il l’a confirmé dans les grandes largeurs ce dimanche, grattant une deuxième place presque inespérée au vu des derniers mois et, même en poussant plus loin, au vu de son itinéraire improbable depuis le Brésil.
La trajectoire d'un nageur hors norme
Même si Florent Manaudou préférait les sports collectifs, il est plongé dans les bassins dès son plus jeune âge, suivant les traces de son frère, Nicolas et de sa sœur Laure Manaudou. Le frère cadet de Laure Manaudou, qui avait lancé l’ère dorée de la natation française en remportant le 400 m des JO-2004 à seulement 17 ans, a réussi son formidable pari. Selon son entraîneur Barnier, une autre force a probablement beaucoup joué dans cette quête de l’or olympique : la médaille d’or sur 400 m nage libre de sa sœur Laure aux JO d’Athènes 2004. « Avoir assisté au titre de sa sœur à Athènes en 2004, cela a vraiment planté une graine qui n’a fait que grandir pendant huit ans. »
À 21 ans, Florent Manaudou se rendait à Londres pour disputer ses tout premiers Jeux Olympiques en 50 m nage libre. Cette finale du 50 m nage libre masculin restera l’un des grands moments olympiques français. Ce jour-là, le Français a pris un départ de folie, devançant ses concurrents grâce à une coulée exceptionnelle. Arrivé en finale olympique comme outsider, il triomphe sur 50 m nage libre, à 21 ans, devant l’Américain Cullen Jones et le Brésilien César Cielo. En remportant l’or olympique, Florent devient le premier Français victorieux dans cette discipline aux Jeux. Il continue sur sa lancée aux championnats du monde de Kazan, en 2015, où il décroche trois médailles d’or, sur 50 m nage libre, 50 m dos et sur 4 x 100 m nage libre. En 2016, il se rendait donc à Rio pour ses deuxièmes Jeux Olympiques, mais avec un palmarès nettement plus intimidant pour la concurrence.
De la parenthèse sportive au retour vers les bassins
Quelques semaines après Rio 2016, le nageur annonce mettre sa carrière entre parenthèses. Lassé, saoulé des séances quotidiennes et des exigences de la natation, Manaudou avait décidé de reprendre sa vie sportive en main, de tenter un nouveau défi et de fuir les bassins après Rio. Mais sans pour autant renoncer à l’exigence du haut niveau. Son choix de retrouver son amour de jeunesse, à savoir le handball, avait beaucoup fait parler. Après s’être éloigné des bassins et s’être essayé au handball, au Club d’Aix-en-Provence, Florent Manaudou est de retour, en 2019, pour partir à la conquête d’un nouveau titre sur sa distance de prédilection, à Tokyo et avec l’objectif de revenir au très haut-niveau pour Paris 2024.
"J'ai voulu prendre du plaisir après Rio, j'ai fait du hand, j'ai été beaucoup critiqué parce que c'est le jeu, a-t-il exposé à chaud, au micro de France Télévisions. L'entraînement, c'est hyper important, mais il faut aussi prendre du plaisir dans la vie". D’ailleurs, cinq ans après, le Français ne doute plus au moment d’expliquer sa perte de titre olympique au Brésil : "Rio, je ne me suis pas assez amusé en finale, a-t-il avancé. J’aurais pu gagner mais ça reste du 50m et il était plus fort que moi ce jour-là". Pour prendre part au voyage à Tokyo 2020, il fallait que le nageur valide les minima de la Fédération Française de Natation, ce qu’il a fait en nageant son 50 m nage libre en 21 s 72.
Lire aussi: Ambitions de Manaudou
La quête du bien-être comme moteur de performance
Alors, Manaudou s’était fait une promesse. Si son retour dans les bassins devait réussir, il devrait passer à tout prix par cette notion, indispensable carburant du quotidien et fantastique accélérateur de particules dans les grands évènements. Plus que la couleur de la médaille, c’est le chemin pour y arriver qui l’a rendu "fier" : "Je suis fier d'avoir réussi à profiter du moment, de l'instant présent, a-t-il révélé. Je n'avais jamais vraiment réussi à le faire. Quand je suis revenu à la natation il y a deux ans et demi, j'ai dit que je voulais vraiment prendre du plaisir. Je me suis un peu perdu en chemin cette année parce que mes perfs n'étaient pas ouf… Je ne fais pas une course incroyable niveau chrono, mais ça prouve que ça suffit et qu'il ne faut pas trop se poser de questions. Bien sûr, une médaille c'est bien mais je suis content de mon voyage personnel".
Les champions dessinent leur destin et Manaudou, alors que ses rivaux fourbissaient leurs armes et montaient en intensité dans le dernier virage avant ces JO atypiques, a décidé du sien. Une pause pour se régénérer et retrouver le sourire, plus si présent ces derniers mois. "J’ai serré les dents, a-t-il rembobiné. C’était pas simple cette année, j’ai été négatif avec beaucoup de personnes autour de moi, avec moi-même. Ça ne m’a pas mené très loin. Donc j’ai décidé de lâcher prise sur ces derniers mois et ça a marché donc je suis hyper fier de moi. C’est compliqué de performer dans ces moments-là. Switcher c’est pas simple, se faire confiance c’est pas simple, sur une course comme ça en plus où il faut lâcher prise. Ma plus belle victoire, c’est ça, d’avoir changé de mode au bon moment".
Car, en mai, après des championnats de France en forme de signal d’alarme, Manaudou broyait franchement du noir. "Tout le monde m'a dit 'je ne t'ai jamais vu nager aussi mal', a-t-il encore expliqué. Moi j'étais là, 'super, on est à un mois des Jeux, c'est encourageant'. Mais je me suis dit 'laisse toi aller, tu verras bien ce qui se passe'. J'ai réussi à me dire qu'on s'entraîne quatre ans, dix ans, quinze ans pour vivre une finale olympique et quand on la vit, on a peur. C'est quand même paradoxal. Je me suis dit 'c'est vraiment bête de ne pas avoir profité de tes deux médailles à Rio, donc profite du moment, le résultat s'offrira à toi'. Je pense que c'est ça qui m'a aidé à me relâcher. Le fait de dire que je voulais prendre du plaisir, de le mettre en mots, c'est super important. Et quand je suis arrivé derrière le plot, je me suis dit 'tu fais comme à Londres, tu souris et on verra bien'".
L'exploit de Tokyo : une place dans l'histoire
Au Japon, il est de nouveau parvenu à obtenir une médaille d'argent sur 50m, sa distance. Tôt ce matin, Florent Manaudou a obtenu une belle médaille d’argent aux Jeux olympiques de Tokyo sur le 50 m nage libre. Le nageur français apporte ainsi une vingtième médaille à la délégation française. Le Français Florent Manaudou a décroché dimanche la médaille d’argent du 50 m nage libre des JO de Tokyo, derrière l’Américain Caeleb Dressel, réussissant le pari de remonter sur un podium olympique après deux ans et demi de pause. Placé ligne d’eau n°5, aux côtés de Dressel, le Français de 30 ans n’a pu suivre le départ hors normes du Floridien, toujours aussi explosif et déjà en tête en sortie de coulée.
Car cette nouvelle médaille olympique fait de lui un homme à part dans l’histoire olympique française. Aucun nageur tricolore avant lui n’avait réussi à glaner trois médailles sur trois éditions différentes. Manaudou l’a fait, sur la distance la plus imprévisible qui soit. Dans cette finale, il n’a jamais rêvé de beaucoup mieux, la faute à un Caeleb Dressel imprenable. Mais son chemin vers la médaille donne un goût presque doré à son métal argenté. "La saveur de cette médaille est meilleure parce qu'il y a un avion devant qui fait 21"07, a-t-il résumé. C'est compliqué d'aller le chercher. Alors qu'à Rio, je perds pour un centième, c'est différent. C’est dur de parler : troisième médaille consécutive. J’ai arrêté, je suis revenu, ça a été une année difficile. Ça prouve qu’il ne faut pas se prendre la tête, il faut juste nager."
Lire aussi: Où et quand voir Florent Manaudou
#
Lire aussi: Le voile de mariée : guide complet